‹ Des Pigmentations Cutanées d'Origine MédicamenteuseChapitre 9 sur 23 · PAU UE · texte numérisé non relu

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des macules violettes pendant six semaines; M. Goldschmitt, la persistance sur les mains, pendant quelques temps, d'une teinte fambroisée, comme à la suite d'un érysipèle ou d’une brûlure; MM. Tournel et Raviart des taches d’un rouge noirâtre palissant rapidement avant la fin de l’éruption ; M. Pétrini ne Galatz, une pigmentation brunâtre de tous les points intéressés. M. Jullien, une teinte violacée discrète au bout de 3 ans ; M. Brocq une coloration bistre, M. Morel Lavallée des placards pigmentés figurant un ovale à fond grenu chagriné, dans l'aire duquel il semblerait que la peau a été barbouillée avec de l’eau violette à l’aniline. La malade de notre observation est particulière, la pigmentation se rapproche assez de la mélanose arsenicale : Elle présente des macules brunâtres, plombées, s’entrecroisant par bandes ; d’autres, couleur nèfle blette, ou feuille de tabac séchée.

La coloration n’est pas toujours uniforme, et l’on arrive à avoir des effets surprenants. M. Jullien dit que le centre offre une teinte vineuse violette allant en s’atténuant et devenant quelques jours plus tard, couleur peau de pèche. Chez notre malade, certaines bulles ont laissé des cicatrices pigmentées à l'aspect de cocarde : à la périphérie, un liseré rose persistant, entourant une zone pigmentéé au centre, décolorée dans la région comprise entre cette lache centrale et la bordure.

M. Morel Lavallée décrit ainsi ces deux taches que sa malade présentait au cou :

« La postérieure, la plus considérable, représente un halo

brünâtre, se perdant dans la pigmentation du cou, Au centre,

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la peau est de teinte normale, L’anneau brun offre par places, jusqu’à un centimètre de surface en largeur, autour du centre pâle. La peau étant brune à cet endroit, l’œil a à peu près l’impression de l'anneau arsenical révélé par l’appareil de Marshe, el que recevrait une porcelaine déjà ternie.

Mais, c’est la tache antéro-latérale du cou à gauche, l’une des deux dernières qui m'a le plus vivement frappé, parce que, étant plus irrégulière, plus floue, «elle figure deux cocardes à hélos périphériques sacantes sur un point, si bien qu'on a l’aspect, à cet endroit, d’une syphilide pigmentaire effacée, ou mieux, d’une de ces pigmentations consécutives à certaines

syphilides érythemato-papuleuses. »

État du tégument sous-jacent. —Sous celte tache colorée, on trouve toujours, dit Brocq, une tuméfaction accentuée du tégument qui parait épaissi, maisreste toujours mobile sur les parties profondes. Cette infiltration sous-jacente est surtout marquée au début pendant la période aiguë, quand les phénomènes congestifs disparaissent, elle devient moins prononcée, mais exisle cependant pendant une certaine durée de la phase chronique de pigmentation.

€) Évolution

Un dernier caractère important nous sera fourni par l'évolution, L’éruption n'étant jamais diagnostiquée dès la première poussée, les malades reprennent de l’antipyrine et les récidives sont fréquentes. Brocq a, le premier, noté que dans la forme érythémato-vésiculeuse, celte récidive se faisait 2n situ. C’est sur la lache pigmentée, vestige de la

première manifestation cutanée, qu’apparaît le nouvel élé-

ment, il conserve souvent la forme de son ainé, mais souvent aussi, il en dépasse les limites, et aggrandit la tache. L'intensité de la coloration s'accroît pendant cette seconde phase aiguë, et après, la cicatrice reste bien plus foncée qu'elle ne l'était auparavant.

M. Hallopeau (1) a signalé le même fait dans son éruption d’érythème polymorphe par l’antipyrine. M. Morel Lavallée l’a constaté également. Mais, dans son cas, deux nouveaux placards se produisirent dans une poussée ultérieure, et leur coloration resta toujours moins accentuée que celle des plus anciens.

Dans la forme bulleuse, cette particularité ne se présente pas : notre malade à des taches de tout âge et comme l’éruppüon se renouvelle sur la peau restée saine, une grande surface du tégument se trouve atteinte.

Caractère commun à la mélanose arsenicale, et à la pigmenlation par l’antipyrine : tandis que certains placards s’éffacent assez vite, d’autres ont une tendance à persister indéfiniment.

Les petites plaques disparaissent assez vite, en deux ou trois semaines (Brocq). Leur couleur passe au ton bleuâtre dégradé et s’atténue de plus en plus en s'accompagnant de légère desquamation.

À côté de ces faits il y en a d’autres où tous les moyens mis en œuvre pour débarrasser les malades de ces traces gènantes ont échoué. La première malade de M. Brocq avait une pigmentation brunâtre qui ne disparaissait jamais Com-

plètement dans l'intervalle des poussées. Une institutrice,

(1) HALLOPEAU. Loco citato.

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soignée par M. le docteur Henri Fournier a été cinq fois atteinte par des éruptions causées par l’antipyrine, quelques bulles seulement ont laissé des cicatrices. A l’un des avantbras persiste depuis cinq ans un placard pigmenté ineffacable de l'étendue d’un centimètre carré. La malade qui est présentée dans l'observation de M. Morel-Lavallée « gémit d’avoir ces grands placards noirs, sales, dont cinq lui sont acquis depuis cinq ans et demi. »

En résumé, les pigmentations laissées par les éruptions d’antipyrine, sont de deux sortes : ;

Les unes, suite des érvthèmes vésiculeux sont discrètes, disséminées sur le corps, fixes, et récidivent #n situ ; les autres, vesiiges des bulles, sont bien plus abondantes, récidivent çà et là, et peuvent envahir une grande surface du tégument ; toutes peuvent persister indéfiniment.

d). Pathogénie.

M. Guilhioud, dans sa thèce sur l’antipyrine, a recherché quel était le processus de cette pigmentation médicamenteuse.

On ne peut invoquer ici comme dans les éruptions purpuriques l’action du sang répandu dans les mailles du derme où il abandonnerait son pigment globulaire.

« M. le professeur Raymond rapporte les pigmentations anormales à des troubles de l’innervation. Le pigment est apporté aux cellules épidermiques par des cellules migratrices qui sont en rapport avec les vaisseaux sanguins. Les

cellules épithéliales n’ont pas la faculté de produire du pig-

— A1 — ment par elles-mêmes, » Un fait bien établi c'est que chez les animaux inférieurs, les céphalopodes, le caméléon, la grenouille, le système nerveux à sous sa dépendance immédiate les cellules chargées de l'élaboration du pigment.

Vulpian, Pouchet, Paul Bert, ont montré que les nerfs qui font contracter les chromatoblastes et pâlir la peau, suivent le trajet des ‘Vaso-constricteurs, ceux qui font étaler les chromatoblastes et noircir la peau, suivent le trajet des vaso-dilatateurs. L’antipyrine a une action vaso-dilatatrice. Si l’on peut cenclure que ce que l’on constate chez les animaux, se passe ainsi chez l’homme, on peut concervoir la pathogénie de ces pigmentations. M. le professeur Raymond pense que ce rapport entre le pigment chez les animaux et le pigment chez l’homme est permis ; il s'appuie pour cela sur les analogies physiologiques et histologiques que présentent les cellules pigmentées humaines avec les chromatoblastes de la grenouille.

Voici sa conclusion : « il est facile de concevoir qu'une influence trophique mise en jeu par un acte réflexe à point de départ variable ou directement par la lésion d’un centre nerveux encore inconnu, ira provoquer l’hypertrophie générale ou partielle de ces cellules pigmentaires. »

e). Traitement.

Le traitement n'existe pas en dehors du traitement de l’éruption. La suppression de l’antipyrine s’impose chez ces malades bien que quelques-uns aient préféré supporter ces inconvénients plutôt que de se passer de leur médicament

ns.

favori. M. le Goff pense que l’antipyrine paraît un peu mieux tolérée lorsqu'elle est associée aux alcalins. Il a pu la faire

Supporter au cours d’un traitement de coqueluche, en la mélangeant à un sirop et à l'eau de Vichy.

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