CHAPITRE III
LÉSIONS TRALiMATIQUES DES MÉNINGES.
\Ln partant de ce fait d'observation , qu'il n'est pas dans la nature des causes traumatiques d'atteindre et de choisir en quelque sorte , comme le font les causes internes . soit le cerveau séparément de ses membranes, soit ces dernières séparément du cerveau ; eu considérant que la distinction des signes , par le seul fait de la fréquente simultanéité des lésions, était difficile et souvent impossil)ie; enfin que la distinction entre l'inflammation du cerveau et celle de ses membranes ne semblait pas fournir , dans le cas de plaies de tête, des indications particulières pour le traitement, on a pu avancer qu'il n'y avait pas lieu à séparer ces deux ordres de lésions, et dans des ouvrages justement estimés nous voyons que l'on réunit et que l'on identifie en quelque sorte l'inflammation du cerveau et celle des méninges.
Cette manière de faire est le plus souvent , à la vérité . la conséquence forcée de la nature des choses, et de l'impuissance de nos moyens d'observation ; mais on a commis, à notre avis, une faute en s'cxagérant la difficulté d'établir toute distinction pratique entre les lésions traumatiques du cerveau et celles des méninges.
Je suis convaincu que, si l'on s'était attaché à rechercher avec plus de soin les car.iclères distinctifs des lésions traumatiques des méninges de celles de l'encéphale, on aurait été mis sur la voie d'inductions pratiques dont on n'a pas soupçonné limportancc, faute d'avoir cru à 1 im-
possibilité d'établir, dans tous les cas , un diagnostic différentiel .
Je me bornerai aux questions suivantes : i« N'est-il pas démontré que la surface de la dure-mère peut être le siège d'une lésion traumatique qui a parfaitement respecté les deux autres membranes cérébrales et le cerveau luimême? 1° Est-il rationnel d'admettre que les symptômes d'une lésion de cette nature n'auront pas quelques caractères distinctifs de ceux qui appartiennent aux lésions du cerveau proprement dit? La marche de la maladie, sa durée, ses terminaisons n'auront-elles pas quelque chose de suffisant pour permettre de la distinguer?
3" Et pour le traitement , ne voit-on pas la différence que peut entraîner dans les indications, la connaissance que l'on aurait, soit d'une lésion exclusivement bornée à l'extérieur de la dure-mère, soit d'une lésion qui occupe à la fois cette membrane et les parties qu'elle recouvre ?
Je crois donc, non seulement à l'existence parfois distincte des lésions Iraumatiques de l'encéphale et de ses membranes, mais encore à la possibilité et à la nécessité pour le traitement de les distinguer dans un certain nombre de cas; et pour donner un exemple qui fera mieux comprendre ma pensée, je dirai que si l'on arrivait à obtenir un diagnostic différentiel satisfaisant des cas de suppuration traumatique extérieure à la dure-mère sans complication de lésions des organes subjacents , il y aurait là une source d'indications qui pourrait devenir d'une haute utilité pratique.
Le temps ne m'a pas permis de réunir en assez grand nombre et de comparer avec assez d'attention les observations de lésions traumatiques de la tête pour arriver à démontrer l'exactitude des propositions qui précèdent. D'ailleurs, il faut le dire, les observations que renfer-
inenl beaucoup dauleurs , inanqueul de détails à uit point tel , qu'il est impossible d'en tirer parti pour approfondir la plupart des questions, même les plus simples, de la pathologie des plaies de tête, et, à plus forte raison, des questions aussi délicates que celles dont il s'agit actuellement. Croirait-on, par exemple, que, dans les quarante-trois observations que renferme le mémoire de Pott, et oii la mort eut lieu chez vingt-deux sujets , l'état du foie n'a pas été noté dans un seul cas , et que les désordres trouvés à la tète ne sont indiqués que de la manière la plus incomplète et la plus insuffisante ! Dans Morgagni luimême, c'est seulement pour un très petit nombre d'observations que l'on trouve l'indication de l'état anatomique du foie et des poumons.
Ainsi, en plaçant ici ce chapitre, auquel je regrette de n'avoir pas donné le développement qu'il comporte, j'ai voulu du moins indiquer qu'il faudrait réunir les observations dans lesquelles on peut rigoureusement établir qu'il y a lésion traumatique siégeant dans les méninges exclusivement, du moins par rapport au cerveau. J'ai voulu exprimer cette opinion que dans l'étude de ce genre d'observations existent des éléments importants pour le diagnostic etla thérapeutiquedes affections qui nous occupent, et que si un travail est fait en ce sens, et avec tout le soin convenable, il me paraît de nature à répandre de nouvelles lumières sur la question si complexe des plaies de tête.
Je chercherais, si j'en avais le temps , à t-tablir par des faits précis plus que par le raisonnement, la distinction dont j'ai parlé pour un certain nombre de cas; cela toutefois ne me conduit pas à méconnaître que dans le chapitre qui va suivre nous trouverons que les lésions du cerveau coïncident le plus habituellement avec les lésions des membranes.
Mais je n'en persiste pas moins à dire qu'il me paraîtra exister dans la pathologie chirurgicale une lacune , tant que je n'y verrai pas une section ayant pour titre : Lésions traumatiques des méninges, et particulièrement de la duremère.