‹ Des plaies de la têteChapitre 15 sur 36 · PLAIES DU CERVEAU PAR INSTRUMENTS CONTONDANTS · texte numérisé non relu

PLAIES DU CERVEAU PAR INSTRUMENTS CONTONDANTS

Les blessures par armes à feu paraîtraient plus dangereuses dans le cas où le cerveau lui-même a été louché que dans ceux où le projectile n'a pas traversé la cavité du crâne. Cependant, chose que le raisonnement eût difficilement fait prévoir , dans beaucoup de cas c'est le contraire qui a lieu. Toutefois, il ne faudrait pas se laisser trop influencer par quelques exemples de guérisons inespérées, et je crois qu'on peut avancer que sur un nombre égal de faits dans lesquels il j a eu contact direct avecla substance cérébrale, et de cas, au contraire, dans lesquels cette circonstance n'a pas eu lieu , les suites les plus défavorables appartiendraient aux faits de la première catégorie.

Observation XXV.

Lésion traumalique du cerveau. — Epilepsie à la suite.

Un fermier, appelé Meen, l'ut blessé à la tète en déchargeant son fusil par un morceau de la culasse qui éclata.

Ce morceau avait traversé son chapeau, percé l'os frontal un peu à gauche de l'apoiihyse épineuse de cet os , et à un pouce et demi environ au dessus du rebord de l'orbite , etpénétré dans le cerveau, entraînant devant lui un morceau circulaire du chapeau et plusieurs fragments d'os.

Il tomba, étourdi du coup qu'il avait reçu , mais il put se remettre bientôt et gagner, avec l'aide de quelqu'un , la maison la plus proche d'où il lut transporté dans une charrette chez lui.

Je le trouvai assis sur une chaise et en état de me donner tous les détails nécessaires sur son accident. Le morceau de culasse avait été retiré lorsqu'il ôta son chapeau. Et comme il n'y avait pas d'iiémorrhagie, j'appliquai un morceau de diachylon , pendant qu'on allait me chercher mes instruments. Au bout de dix mitîutes environ, le malade eut une attaque d'épilepsie bien marquée, qui cessa dès que j'eus retiré le morceau de diachylon sous lequel je vis qu'il s'était formé un petit caillot de sang, dont la pression, quoique légère , troublait ainsi les fonctions de l'encéphale.

Jefisuiîe incision cruciale aux téguments, et je trouvai inutile l'application du trépan. A un pouce environ de profondeur dans le cerveau , je senlis avec la sonde un corps dur que je reconnus, après l'avoir retiré, pour être un morceau duchapeau, circulaire et correspondant, pour la forme et les dimensions, à celle de l'éclat de la culasse. Je relirai aussi plusieurs esquilles qui avaient pénétré assez profondément dans le cerveau, dont il sortit également une certaine quantité. Les téguments furent alors rapprochés, la plaie pansée légèrement. Saignée, purgatifs répétés plusieurs fois.

Le malade se guérit parfaitement ; mais , depuis lors , il a eu deux ou trois attaques d'épilepsie auxquelles il n'avait jamais jusque \h été sujet. Octobre i835. Edinib. med. et sur g. Journal , page 260. )

De la contusion da > erTeau.

11 est facile de se convaincre , en parcourant les auteurs qui ont traité des lésions traumatiqucs du crâne et des organes qu'il renferme » que la contusion du cerveau est une lésion dont on n'a donné qu'une description fort incomplète. Ainsi, Bojer ne l'envisage pas comme une complication particulière , il se contente de l'indiquer en énumérant les causes de l'inflammation traumalique.

Les écrits de Quesnay, insérés dans les Mémoires dé l'Académie de chirurgie, n'en font point mention; él Sanson lui-même, dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, n'en a tracé qu'un tableau bien restreint. Suivant lui, la contusion du cerveau «est le ré- » sultat de l'action , sur le crâne ou sur ses organes eux- » mêmes, d'un corps obtus, qui a ou non déterminé la » rupture de l'enveloppe osseuse. » Qui ne voit que cette définition n'est point exclusivement propre à la contu^ sion , et qu'elle convient tout aussi bien à la commotion , et même à la compression?

Tâchons donc de préciser davantage le sens qu'on doit attacher k cette dénomination.

Par contusion du cerveau, nous croyons qu'on doit entendre une altération de la pulpe cérébrale produite par l'action immédiate ou médiate d'un corps obtus, consistant dans sa meurtrissure, son froissement, et caractérisée par la déchirure des vaisseaux capillaires, et l'attritiou plus ou moins marquée des fibres nerveuses.

Le mécanisme suivant lequel survient la contusion du cerveau n'est pas toujours le môme; cette lésion peut être produite de deux manières principales: ainsi, tantôt le corps contondant, après avoir traversé l'enveloppe osseuse, vient agir directement sur l'encéphale, soit que les ménin-

1 visées, soit que ces membranes n aient éprouvé aucune solution de continuité; el tantôt , le corps contondant ne pénétrant pas à l'inlérieur du crâne qu'il a ou non fracturé, n'agit sur le cerveau que mcdiatement.

La contusion immédiate doit être assez rare; on conçoit cependant qu'une balle qui viendrait frapper obliquement la tête, pourrait . après avoir perforé le crâne, glisser à la surface de l'encéphale , et y produire simplement la lésion qui nous occupe.

Quant a la contusion médiate , celle qui s'observe presque constamment, elle peut avoir lieu dans le point de rencépliale qui louche la portion du crâne où a agi la violence extérieure ; ou bien , se produisant plus ou moins loin de ce lieu , elle est dite par contre-coup , et alors elle peut occuper une partie superficielle ou une partie profonde du cerveau ; exister dans le point de l'organe diamétralement opposé à celui du choc extérieur, ou dans un autre endroit plus ou moins éloigné de celui-ci. Enfin, iî peut arriver, si la violence est extrême, que la contusion occupe à la fois presque tous les points de l'encéphale.

Quel que soit du reste le siège de la contusion médiate, iî se présente à l'esprit deux explications pour s'en rendre compte.

Les lois de la physique apprennent que lorsque le crâne est soumis à une percussion violente, il subit, en vertu de son élasticité, un aplatissement k la suite duquel il se rétablit dans sa forme primitive. Or, au moment de cel aplatissement, le cerveau doit être brusquement pressé par son enveloppe osseuse ; il est donc présumable qu'une pression de celle nature pourrait en déterminer la contusion.

Les choses ne se passent pas toujours ainsi , et l'enveloppe osseuse n'agit le plus souvent qu'en transmetlant

au viscère qu'elle protège le choc qui lui est communiqué du deliors.

Les lésions anatoiiiiqiies de la < ontusion du cerveau varient, suivant qu'on les (Hudic avant ou après le âéveloppemcnt de l'inflammation ; et du reste nous n'avons à nous occuper ici que de celles qui existent dans la première période, puisque nous traiterons ailleurs de l'inflammation.

C'est avec raison qu'on a admis différents degrés de contusion du cerveau, du cervelet , de la protubérance annulaire. Dans un premier degré , en effet, le sang est seulement sorti des vaisseaux capillaires, veineux et atériels, et les substances grise et Manche ne sont nullement désorganisées ; elles sont tout simplement ponctuées, on dirait qu'à l'aide d'un pinceau un liquide rouge y a été déposé.

Dans le second degré , un sang noir et rouge baigne plus abondamment les parties lésées; il est comme extravasé sous l'arachnoïde et la pie-mère, dans les anfi'actuosités comme dans l'épaisseur des circonvolutions , et donne aux deux substances un aspect marbré bien tranche.

Enfin, dans un troisième et dernier degré, la désorganisation est portée à un tel point , que l'œil le mieux exercé ne saurait reconnaître la structure primitive des deux substances. Elles semblent mêlées, combinées avec le sang, et simulent une sanie épaisse et gluante. Plus d'apparence fibreuse ; tout est confondu , à part quelques débris membraneux qui flottent au milieu de celte espèce de bouillie noirâtre : on croirait voir delà lie de vin ou le tissu spléniquc ramolli.

Un des faits les plus curieux de la pathologie du cerveau, c'est que la contusion de cet organe ne soit pas suivie immédiatement de troubles fonctionnels. L'extravasalion

de sang dans la matière nerveuse , la déchirure plus ou moins considérable de cette substance, ne sont pas des lésions assez profondes pour empêcher, du moins d'une manière appréciable , la portion de l'encéphale où elles se manifestent de continuer à remplir ses fonctions ; il faut qu'un travail morbide, l'inflammation, vienne s'emparer de la partie contuse, et alors les modifications fonctionnelles qui surviennent sont celles qui s'observent dans l'encéphalite. Cependant si la contusion est très étendue, ainsi que cela a lieu dans les chutes d'une hauteur considérable, la mort peut en être la suite immédiate, comme lorsqu'il survient une violente commotion ; et alors c'est seulement par l'autopsie que l'on peut reconnaître à laquelle de ces deux causes la mort doit être attribuée.

Mais les cas de cette espèce sont rares, et le plus souvent il s'écoule plusieurs jours avant que les symptômes de la contusion, c'est-à-dire ceux de l'encéphalite, n'apparaissent.

Malheureusement pour la certitude du diagnostic , l'observation clinique vient quelquefois contredire cette loi (exposée dans Sanson). Le fait suivant que M. Aubry a communiqué à la Société anatomique est une preuve évidente de ce que nous avançons :

Observation XXVI.

Le 3i janvier dernier(i), un carrier de quarante ans fit une chute de lo à i3 mètres de hauteur, et se fit au côté gauche de la tète une plaie avec fracture du pariétal, et enfoncement d'une portion d'os vers la cavité crânienne. Il y eut d'abord perle de connaissance pendant quelques minutes; mais bientôt ce phénomène se dissipa, et le

(i) Celte observalioti doit être publiée prochainement dans tes Bulletins de la Société anatomique.

blessé, qui avait été transporté è l'hôpital Gochin , resta vingt-quatre heures sans oiïiir aucun accident, ni fièvre ni trouble dans les fonctions des cenlres nerveux.

Au bout de ce temps, une encéphalite se déclara, et le malade mourut trente-six heures après le début de celte maladie, 'sàtis iiVo\^ offert d'hémiplégie. On t'roUVa a l'auliSpàie environ ùtié cuillerée à café de sang liquide épanché entre le crâne et la dure-mère, et un aplatissement marqué des circonvolutions cérébrales, déterminé par la pression de îa portion d'os ehfoncée; il n'y avait d'aiileurs aucune modification ni dans la couleur ni dans la consistance de la pulpe cérébrale. Les membranes du cerveau n'offraient, non plus, rien de morbide.

La Contusion , (iuand die donne iieii à un abcès superficiel, peut jpermettre la guérîson par l'issue du pus à travers la dure-mère ouverte à cet effet. L'exemple suivait, de J.-L. Petit, est l'un des plus remarquables qu'on puisse trouver. ( Médecine opératoire de Sabaticr, tome n , page 64. — Observation de J.-L. Petit.)

Observation XXVII.

Un enfant eut une fracture au crâne avec enfoncement ; les pièces d'os qui se trouvèrent détachées furent ôléés; les accidents cessèrent jusqu'au huitième jour, qu'ils revinrent avec plus de force, J.-L. Petit, qui pansait le malade , s'aperçut que la dure-mère faisait bosse à l'endroit où elle était découverte ; il y fit une incision , laquelle procura la sortie du pus d'un abcès qui avait son siège dans le cerveau; la suppuration continua à se faire avec facilité, et le malade guérit.

En thèse générale, on peut dire que le pronostic de la contusion est grave; car, lorsqu'elle est assez lorte pour donner lieu à des symptômes bien tranchés , il est bien rare que rinflaramalion à laquelle elle donne lieu se ter-

mine par résolution : presque toujours un abcès en est le résultat, et si le pus ne trouve pas une issue à l'extérieur, les symptômes de la compression sont suivis de près par la mort.

Page 1