C. Cautérisation
La cautérisation que les anciens employaient plus que nous , peut rendre de vrais services dans le cas où certaines veines sont blessées. A l'inverse de la ligature , son emploi sera pour ainsi dire exclu des gros troncs ; mais il trouvera son indication dans les hémorrhagies qui accompagnent certaines opérations et que la ligature serait trop longue à arrêter. — Mais ce n'est pas tant comme hémostatique que la cautérisation a des avantages précieux , c'est surtout en tant que moyen préventif de la phlébite ; la ligature devra être employée là où l'abondance de l'hémorrhagie constitue le danger; la cautérisation, là où Ton a surtout à craindre l'inflammation des veines.
On vient d'enlever une tumeur veineuse , le sang coule en abondance de plusieurs bouches à la fois ; avec la ligature vous n'y réussiriez jamais, mais un fer rouge vous en rendra maître; vous pourriez employer le tamponnement, mais ce moyen mécanique , quoique puissant contre l'hémorrhagie , est tout à fait sans influence contre la phlébite qui peut survenir.— Le fer rouge, au contraire, par l'inflammation franche et limitée qu'il provoquera, vous mettra dans les meilleures conditions pour éviter cette complication. Comment expliquer cette immunité relative des solutions de continuité par cautérisation ? la théorie est encore en défaut, mais l'expérience vient chaque jour confirmer la réalité du fait et donner plus d'autorité à la doctrine de M. Bonnet et des chirurgiens de Lyon. Mais voyons comment le fer rouge agit sur les parois des veines et par quel mécanisme l'hémostase se produit.
Quand on applique un fer rouge sur une veine béante, l'écoulement sanguin est d'abord activé, mais bientôt sous l'in-
fluence du calorique le sang se coagule, les tuniques du vaisseau se carbonisent et se rétractent. M, Bouchacourt a étudié le mode d'action du calorique sur les extrémités béantes d'un vaisseau; et de ses expériences faites comparativement sur les veines et les artères, il a conclu : « Que la cautérisation doit être faite avec un fer médiocrement chaud, au-dessous du rouge obscur ; que l'application de celui-ci à l'ouverture du vaisseau, un peu prolongée au commencement, ne doit pas être continuée ensuite, mais faite par intervalles très-rapprochés, afin de favoriser le retroussement des tuniques artérielles et de ne pas engager l'instrument dans leur cavité. » (V. Philipeaux, Traité de la cautérisation.)
Enfin dans certains cas d'hémorrhagie veineuse à sources multiples, les caustiques métalliques trouveront . leur emploi. M. Bonnet a démontré qu'ils avaient un triple avantage : ils coagulent le sang; on peut limiter leur action; la réaction qu'ils déterminent est toujours franche et régulière.
La cautérisation constituera une méthode exceptionnelle pour les hémorrhagies veineuses primitives, à part celles qui surviennent dans les cas auxquels j'ai déjà fait allusion, et il ne viendra à l'idée de personne d'imiter Joannis Bohn quand la jugulaire est blessée (1). Mais dans les hémorrhagies secondaires, son emploi sera plus souvent indiqué ; l'insuccès d'une première ligature et l'insuffisance des autres moyens hémostatiques nous rendront plus hardis dans le maniement du fer rouge.
(t) Jolianis Bohn, De Renunciatione vulnerurrty 1689, p. 275.