TRAITEMENT
Trois indications principales se présentent dans le traitement des plaies du cœur. Il faut :
1° Favoriser la formation d’un caillot qui obture la plaie faite au tissu du cœur ;
2° Prévenir la chute de ce caillot, et pour cela modérer la force d’impulsion du cœur;
3° Prévenir et combattre l’inflammation du péricarde et du tissu du cœur.
Pour remplir la première indication, le chirurgien fera tous ses efforts pour arrêter l'effusion du sang ; d bouchera hermétiquement la plaie extérieure, tout débridement de la plaie serait funeste ; aussi ne faudrait-il en venir à cette opération que dans le
cas où le blessé serait sous le coup d’une suffocation imminente.
Il semble résulter, de l’observation de Durande (n* 57), que l’état d’engourdissement et de torpeur produit par le froid détermine une syncope prolongée, favorable à la formation d’un caillot ; aussi doit-on faire tenir le blessé dans une atmosphère aussi froide que possible : on fera sur la région du cœur des applications réfrigérantes, de la glace, et même au besoin, de la glace mêlée avec une certaine quantité de sel.
Tous cesmoyensont bien leur utilité réelle. Mais le traitement sur lequel nous insistons, et qui nous paraît présenter le plus de garantie de succès, est le traitement antiphlogistique le plus énergique. Au moyen de saignées fréquemment répétées, en ne laissant au blessé, comme l’aformuléDupuytren, que la quantité de sang qui lui est strictement nécessaire, on se met dans des conditions favorables.
Ces émissions sanguines peuvent être répétées un très grand nombre de fois, puisque dans le cas de M. Bégin, cité plus haut, et où il y eut guérison, on pratiqua en cinq jours dix saignées. Les émissions sanguines ont un triple avantage :
• 1° Elles diminuent la tension qui s’exerce dans le système vasculaire et la force d’impulsion du cœur, car le pouls devient extrêmement faible ; par conséquent, le caillot a le temps de s’organiser entre les lèvres de la plaie avant qu’une ondée sanguine ne vienne à le déplacer.
2° Elles préviennent et combattent même l’inflammation du péricarde et du tissu du cœur.
3° Elles favorisent l’absorption du liquide épanché, soit dans le péricarde, soit dans la poitrine.
A cette thérapeutique qui devra être appliquée d’une manière énergique, on joindra l’administration de quelques médicaments dont l’action sur les mouvements du cœur est parfaitement démontrée : c’est ainsi qu’on prescrira de la digitale en poudre, de la digitaline, etc.
Le blessé sera condamné à l’immobilité la plus absolue, pendant un temps beaucoup plus long que ne pourrait le faire supposer l’état rassurant dans lequel il se trouve peu de jours après l'accident.
Les moindres efforts seront prévenus; aussi vaudrait-il beau-
coup mieux administrer de temps en temps, à l'aide d’une longue canule flexible, des lavements huileux, que d’exposer le blessé à des effortsde défécation. Au besoin même, si la miction présentait des difficultés, ce qui arrive assez souvent chez des sujets qui ne peuvent uriner dans certaine position, on aurait recours au cathétérisme.
A peine est-il besoin de rappeler que toute espèce d’émotion doit être prévenue, que la diète la plus rigoureuse sera prescrite au début, et que peu à peu seulement on permettra l’usage des aliments de digestion facile.
Dans la troisième période, lorsque la péricardite estconfirmée, il faudra chercher à combattre cette complication par les antiphlogistiques : saignées générales, ventouses scarifiées sur la partie antérieure de la poitrine; vésicatoires appliqués dans la même région; enfin, si le péricarde était distendu par une grande quantité de liquide, convient-il de pratiquer, à l’exemple de Larrey, la ponction de cette membrane, afin de permettre au cœur comprimé par l’épanchement de remplir ses fonctions.
S’il existe un corps étranger dans la plaie du cœur, devra t-on en faire l’extraction? Nous avons ici deux cas : si le corps étranger est apparent à l’extérieur, il faut en faire l’extraction: à la vérité la mort plus rapide peut en être la conséquence; mais que gagnera-t-on à laisser ce corps dans la plaie, peut-être quelques heures de vie.
Mais s’il est profondément caché dans le tissu du cœur, si l’on avait quelque peine à l’atteindre, il faudrait bien se garder d’aller à sa recherche, car en ouvrant le thorax on augmenterait les chances d hémorrhagie, et on s’exposerait à produire des délabrements plus considérables encore que ceux qui ont été déterminés par la blessure ; et d’ailleurs nous avons rapporté des faits qui démontrent que la présence d’un corps étranger dans le cœur n’est pas incompatible avec l’existence.