PRONOSTIC
Comme nous l’avons déjà dit, les anciens regardaient les blessures du cœur comme nécessairement et instantanément mortelles ; notre pronostic ne saurait être aussi grave. Ainsi, quelques faits épars prouvent la possibilité de la guérison ; nous y avons assez insisté plus haut pour qu’on ne doive plus y revenir.
Quant à ce qui concerne la rapidité de la mort, voici les résultats que nous avons obtenus: Sur 121 observations, la mort instantanée ou très rapide n’a été constatée que 21 fois, c’est-àdire dans la proportion de 1 à 5,80. Il ne faut pourtant pas exagérer la valeur de ces chiffres: il est probable que, si tous les faits de blessures du cœur avaient été indistinctement publiés, la proportion serait loin d’être aussi favorable.
Si maintenant nous étudions le pronostic relativement aux cavités ouvertes, nous voyons que les plaies du ventricule gauche sont plus souvent suivies de mort instantanée que celles du ventricule droit, puisque pour les premières le rapport est comme 1 à 22, et pour les secondes, de 1 à là. Quant aux plaies des autres parties du cœur, nous ne saurions établir lé rapport de gravité qui existe entre elles, car le nombre de faits n’est pas assez considérable. Toutefois nous pouvons déduire, des observations que nous avons rassemblées, que les plaies des oreillettes, et surtout de l’oreillette gauche, sont plus graves que celles des ventricules.
Nous croyons devoir prémunir les chirurgiens contre le calme trompeur qui succède fort souvent aux plaies du cœur. Ils se rappelleront que parfois, à la suite du moindre effort, les malades pâlissent et succombent tout à coup au moment où I on
pouvait les croire hors de danger. Nous avons expliqué précédemment le mécanisme de ce phénomène.
Il est aussi très fréquent de voir survenir au bout de plusieurs jours une douleur très vive au niveau delà région blessée; un frisson se manifeste. C’est le début d’une péricardite et même d’une inflammation du tissu du cœur, dont les cotiséquences sont des plus fâcheuses.
Enfin, chez quelques sujets dont la plaie du cœur est restée béante, on voit une perte considérable de sang se renouveler chaque jour, et les malades finissent par succomber épuisés par des hémorrhagies successives.
En résumé, plusieurs causes concourent à faire périr les sujets affectés de plaies du cœur.
Au début, la compression du cœur par le sang épanché dans le péricarde ; la désorganisation de tout le tissu du cœur, d’une ou de plusieurs de ses cavités; probablement dans certains cas, l’hémorrhagie primitive; peut-être les troubles circulatoires dépendant de la lésion elle-même.
Consécutivement, la compression du cœur par hémorrhagie secondaire; la péricardite; les hémorrhagies successives.
Accessoirement, les lésions qui compliquent si souvent les plaies du cœur.