‹ Des plaies et de la ligature des veinesChapitre 2 sur 26 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les saignées sont les premières plaies des veines dont on se soit occupé; maison ne sait à quelle époque en faire remonter l'origine; elles étaient connues des Scythes. Dujardin pense qu'elles devaient être employées plusieurs siècles avant Hippocrate, et cela en des régions du corps qu'on ne peut préciser.

Hippocrate parle longuement de la saignée, mais il connaissait aussi les plaies accidentelles des veines, et en particulier cellesde la jugulaire interne, qu'il considérait comme mortelles.

Celse, qui vint trois siècles environ après Hippocrate, est le premier chez lequel on trouve l'idée de la ligature des vaisseaux. Plus tard, vers la fin du premier siècle de notre ère, Archigène (d'Apamée) recommande, avant de retrancher un membre, d'embrasser les vaisseaux qui s'y portent dans un lacs oudansquelques brins de fil passés autour au moyen d'une aiguille, et de les lier.

Galien, dans le 11e siècle, connaissait à peu près tous les caractères différentiels des hémorrhagies veineuses et artérielles. Avicenne (fin du Xe siècle) paraît n'avoir rien ajouté à ce qui était connu avant lui. Guy de Chauliac (1325), comme Galien et Avicenne, parle défaire la ligature des vaisseaux ouverts au fond des plaies, puis il propose la suture cutanée pour arrêter l'hémorrhagie.

A. Paré (1592) semble être le premier chirurgien qui ait proposé de lier les vaisseaux ouverts à la surface d'une plaie d'amputation; quelques années après (1600), Fabrice d'Aquapendente suivait la même pratique.

Nous arrivons à Harvey qui, en 161 3, est nommé régent du collège de médecine de l'hôpital Saint-Barthélémy à Londres. C'est

alors qu'il expose clans ses leçons sa théorie de la circulation du sang; ce n'est qu'en 1628 qu'il fait la première publication sur ce sujet.

Bien avant la découverte de la circulation on connaissait les signes des plaies des veines et des artères; Galien les avait déjà signalés et nous allons les retrouver simplement résumés dans La grande chirurgie des tumeurs par Jean Vigier, docteur-médecin à Castres d'Albigeois, publiée à Lyon en 1614. — A la page 358 se trouve un chapitre intitulé : Des plaies des veines et artères.

« La continuité des veines ou artères se sépare par cause externe navrante, aiguë, tranchante, froissante et dure, ou qui rompt en plusieurs façons, ou par une grande tension des vaisseaux, procédant de cause interne, ou par corrosion. (Gai. lib. 5. méthod. cap. 2.)

« On recognoist le sang être artérial, s'il sort vistement en sautellant ou sifflant par son impétuosité, s'il est subtil, fort chaud, et blafard, en tombant sur le jaunastre. Mais s'il est noir, ou rouge, espès, et qu'il coule assez lentement sans sauter, c'est signe qu'il sort de la veine. »

Jean Vigier expose ensuite le traitement général et local des plaies, puis il termine en disant « que l'artère est plus difficile à guérir que la veine, à raison de la siccité et de son perpétuel mouvement que les Grecsappellent diastode et sistode, laquelle suit le mouvement du cœur son principe...» Plus loin, à propos des plaies du cou, le même auteur recommande la ligature des jugulaires.

J'ai insisté un peu sur le travail de Jean Vigier, parce qu'il faut ensuite venir jusqu'au commencement de ce siècle pour voir les plaies des veines attirer l'attention des chirurgiens et faire l'objet d'expériences et de travaux spéciaux.

Heister (1758), Bertrandi (1765), sont partisans de la ligature des veines.

L'Académie royale de chirurgie, qui fut installée en 1731, n'a pas porté son attention sur les plaies des veines; quelques-uns de ses membres seulement s'en occupaient isolément. Disons encore que la ligature fut acceptée par Richter (1812), par Sabatier (1811) et par Larrey.

Ainsi, au commencement du xixe siècle, les connaissances que l'on avait sur les plaies des veines étaient à peu près les mêmes qu'au commencement du xvne siècle.

Mais la découverte de certaines complications de ces plaies, et surtout les travaux de Hunter sur la phlébite, appelèrent l'attention sur la pathologie des veines, et c'est à partir de ce moment que la question entra vraiment dans une voie scientifique. Les premiers résultats obtenus furent précis, importants et subsistent toujours; ils portent sur la forme des plaies et sur leur mode d'oblitération ; on arrive à la connaissance de la formation du caillot dans les plaies latérales.

Travers, en 1818, commence la série des recherches expérimentales; il étudie le mode d'oblitération des plaies incomplètes et les effets de la ligature sur les veines. En 1827, Trousseau et Rigotfont des expériences qui portent surtout sur les phénomènes des plaies latérales. En 1839 et 1840, Bouley et Renault dirigent leurs recherches sur les effets de la ligature.

Par ces travaux, la question de l'hémostase spontanée et des effets immédiats de la ligature est à peu près élucidée ; reste la question de l'hémostase définitive, du mode d'oblitération de la veine ; celle-ci est l'objet de recherches nombreuses à l'étranger et de quelques travaux en France, dont les principaux sont ceux de Robin et Ollier.

En 1857, Ollier a soutenu pour le concours d'agrégation en chirurgie une excellente thèse sur les plaies des veines.

En 1859, Malgaigne fait une étude critique très-soignée de la pathologie chirurgicale des veines. Depuis cette époque, à part les observations de cas particuliers, nous n'avons à signaler que les mémoires de Langenbeck, de 0. Weber et de Gross.

On trouvera à la fin de cette thèse l'indication bibliographique de tous ces travaux.

Pendant longtemps les complications des plaies des veines sont passées inaperçues, mais peu à peu on les a reconnues les unes après les autres.

En 1700, Boerhaave a eu la malheureuse idée de soutenir que la gangrène pouvait survenir à la suite des plaies des veines ; depuis, cette opinion s'est perpétuée, et on la trouve acceptée par nos

plus grands chirurgiens de ce siècle ; nous verrons plus loin qu'il ne s'agit là que d'un danger imaginaire, car depuis 1700, il est impossible de trouver dans aucun auteur la citation d'un cas précis de gangrène à la suite de plaies des veines.

William Hunter(l) découvre l'anévrysme artérioso-veineux et présente sa première observation, en 1857, à la Société des médecins de Londres.

En 1784, J. Hunter, le frère du précédent, fait sa première publication sur la phlébite; cette question a, depuis cette époque, toujours dominé la scène de la pathologie des veines, et elle a été en France l'objet de travaux nombreux et considérables de 1815 à 1830. De cette question se rapproche celle des thromboses : d'abord le caillot fut considéré comme conséquence de la phlébite ; puis les recherches de Cruveilhier et de Virchow arrivèrent à l'en séparer, et aujourd'hui, Ton admet que les thromboses peuvent être une complication isolée des plaies des veines.

Enfin Verrier, en 1806, constata l'entrée de l'air dans la jugulaire d'un cheval, etBeauchêne, en 1818, eutl'oecasion de l'observer sur l'homme.

Non-seulement on a pratiqué la ligature des veines saines, mais encore on a fait la même opération sur les veines malades, sur les varices.

Everard Home (1763) rappela cette opération, abandonnée alors dans le traitement des varices, et trouva des imitateurs dans Smith, Travers, Brodie, Hysic, Bédard et Dupuytren. Reynaud,de Toulon, faisait sa ligature en passant au-dessous des vaisseaux un fil dont les deux chefs étaient ensuites serrés sur un rouleau de diachylon. Vidal (de Cassis) pratiquait ce qu'il appelait l'enroulement. Velpeau étranglait la veine avec une épingle et un fil ; nous parlerons plus loin du procédé de Davat.

Les varices étaient aussi traitées par des opérations sanglantes; nous n'avons pas à y insister.

Les travaux qui ont été faits sur les plaies et les ligatures des veines sont donc assez nombreux, mais ils sont épars et le plus souvent chacun d'eux ne traite qu'un point très-limité de la

(1) Broca, Des anévrysmes, p. 24.

question. Aussi ces faits ne sont-ils pas très-répandus, et dans les traités de chirurgie de la première moitié de ce siècle on ne trouve pas de chapitre sur les plaies des veines. Il faut arriver jusqu'à nos traités classiques, le Compendium de chirurgie (1845) et le Traité de pathologie externe de Follin et Duplay (1861), pour voir la question être l'objet d'un chapitre important.

Page 1