‹ Des PlaiesChapitre 18 sur 41 · po · texte numérisé non relu

po

Articulations et système osseux. — D'après M. Farabeuf (1), « une traction de 150 kilos avec secousses brusques ne fait rien du tout sur un pouce intact. Sur un pouce dont les ligaments ont été coupés avec un ténotome, les téguments résistent également à une traction de 150 kilos. Sur un pouce dont la peau a été coupée circulairement, les ligaments résistent à une traction égale et c’est seulement par fracture de la phalange que l’on parvient, après des secousses brusques et nombreuses, à arracher le pouce. »

Il ne faudrait pas croire que, pour opérer un arrachement, la machine-outil dût développer une telle force ; dans les expériences de M. Farabeuf la traction est faite suivant l’axe du doigt. Mais dans les accidents, les tractions ne sont pas d'ordinaire exactement parallèles à l’axe digital et elles s’accompagnent de torsion : ces deux conditions favorisent singulièrement la rupture des phalanges et surtout la déchirure des ligaments.

L’arrachement ou non des ligaments articulaires dépend de l'intensité des forces par lesquelles sont produits Îes arrachements. Ces forces peuvent être représentées par la vitesse des machines dans l’unité de temps.

Les arrachements rapportés par M. Guermonprez, ont été produits par des cylindres ou des essieux dont le diamètre est en moyenne 6 centimètres et

sur le bras suffit pour expliquer la préservation des muscles; mais elle nous paraît insuffisante pour rendre compte de la conservation intacte des nerfs.

(4) Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales. 1880.

En 67 —

le nombre de tours 120 à la minute. Or le calcul mécanique nous démontre que la vitesse angulaire dans ces conditions est de 35 centimètres par seconde ; pour un diamètre de 10 centimètres à 500

Fig. 13. — Fractures des os dans deux cas de plaies par arrachement de l’avant-bras.

tours on a une vitesse angulaire d'environ 2,40 par seconde.

Voilà pourquoi, dans ces cas, la séparation se fait plutôt dans les articulations. De plus, l’agent vulnérant fracture, écrase la portion de doigt fixée, et par là prépare l’arrachement. Par conséquent, on le comprend facilement, l'effort qui arrache n'est pas aussi considérable que celui dont il est fait mention dans les recherches expérimentales.

Sur une phalange enlevée par arrachement ou voit rarement la rupture des ligaments. Dans la plus grande généralité des cas, le ligament est accompagné d’une esquille osseuse : il a emmené avec lui son point d'insertion. Lorsqu'il s’agit de l’'avulsion d'une portion considérable d’un membre ou même d'un membre entier, en aucun cas, on n’a wu céder les ligaments articulaires. Les articulations même les plus flasques demeurent intactes, comme dans l'observation de Loumeau. Ce sont les os qui cèdent et leur fracture préalable est une des conditions nécessaires de l’arrachement. On ne peut se figurer un enroulement autour d’un arbre de transmission. ou un entrainement par une roue, alors que le corps entier est enlevé et tourne plusieurs fois dans l’espace, sans une fracture et même plusieurs qui préparent et favorisent l’avulsion. Les faits cliniques confirment cette interprétation (1).

S. Wood n'’avait-il pas l’omoplate fracturée ainsi que l’humérus et les deux os de l’avant-bras. Dans l'observation XVIII, il y a double fracture de l’humérus. On pourra dire qu’il ne s’agit là que des os longs, dont la diaphyse ne résiste pas à une flexion

(1) « La fracture des os est signalée dans la plupart des observations que nous avons consultées; l'omoplate était rompue en travers chez S. Wood ; la plupart des os du carpe sont rompus dans l'observation d'Huguier; chez la femme dont l’avant-bras avait été arraché dans les efforts de réduction d'une luxation, la partie supérieure de l’olécràne était restée appendue au tendon du triceps, tandis que ka moitié postérieure du condyle de l’'humérus, l’épicondyle et une portion de l’épitrochlée, adhéraïient aux muscles de l’avant-bras. Les maliéoles sont le plus souvent arrachées avec le pied et lorsqu'il s’agit des doigts, les phalanges sont souvent fracturées. » J. RocHARD, Nouveau Dictionnaire de Médecine el de Chirurgie pratiques, 1880, XXXVII, p. 144, art, PLAIE.

exagérée, qui augmente de plus en plus, dans Île temps de l’enroulement du membre, enroulement qui précède l’arrachement. L'observation suivante montre très bien que les os courts sont atteints des mêmes lésions que les os longs.

OBSERVATION XXI. — (Huaurer, Gazette des Hôpitaux, 25 novembre 1854.)

Le 3 novembre 1854, le mécanicien Fougeret Denis, 28 ans, travaillait dans une usine. Le pan de sa blouse a été pris par un arbre tournant, et il a été entraîné de manière à avoir fait, dit-on, une vingtaine de tours ; en même temps la main gauche s’est trouvée prise entre une partie plus épaisse de l'arbre et le mur très voisin, et a été complètement séparée de l'avant-” bras. Cette partie de la machine présente probablement une saillie qui, d'après les traces qu'on retrouve, a passé obliquement sur le poignet avant d'avoir assez de prise pour l'entrainer.

Une hémorrhagie peu abondante a été arrêtée par un pansement immédiat.

Examiné le lendemain, le malade présente les lésions suivantes :

La main gauche a été séparée complètement de l’avant-bras, et a entraîné avec elle la plupart des tendons. La plaie est inégale et ne donne pas de sang ; la peau qui la limite est, du côté dorsal, divisée au niveau des autres parties, c’est-à-dire à la hauteur de l'articulation imédio-carpienne. Du côté palmaire et interne, elle forme un lambeau inégal, d'environ un centimètre et demi. La surface de la plaie présente quelques caillots et les débris des ligaments et des tendons des radiaux, qui ont été coupés à ce niveau. La palpation fait reconnaitre qu'il reste encore quelques débris des os du carpe.

Huguier, considérant que la plaie pourra se réunir, enlève un de ces débris à l'aide d'une pince et du bistouri : c'est la tête du grand os fracturé.

Outre cette lésion principale, on trouve à la main droite les doigts médius et annulaire privés de leur extrémité, la perte de substance comprend la phalangette et la tête de la deuxième phalange, qui a été fracturée. Les plaies sont inégales, con-

rie

tuses. Le petit doigt de cette main est aussi contusionné fortement à son extrémité, et l'ongle arraché. Le blessé ne peut expliquer le mode de production de cette lésion.

Il existe enfin une forte contusion à la face dorsale du pied gauche et une division du bord de la lèvre supérieure, qui n’a que quelques millimètres d’étendue.

On réunit la plaie de l’avant-bras gauche avec des bandelettes, de manière à utiliser autant que possible le lambeau palmaire. Aucune ligature n'a été nécessaire, soit au moment de l'accident, soit le lendemain. |

L'étude de la main arrachée montre que la peau a été divisée obliquement, suivant une ligne allant de la partie externe de l'articulation radio-carpienne à l'articulation métacarpo-phalangienne du petit doigt, tant à la face palmaire qu'à ‘a face dorsale ; il existe en outre un lambeau long et étroit, dont les bords suivent la même direction.

Les os sont divisés eux-mêmes suivant la même direction, mais un peu plus haut, de manière qu’en dedans le trapèze et le trapézoïde sont intacts, ainsi que la partie inférieure du scaphoïde, qui a subi une fracture nette; mais on ne peut retrouver sa portion supérieure dans les os extraits du moignon.

Le grand os a perdu sa tête, ainsi que nous l’avons dit. En dedans, la lésion a porté sur l'os crochu qui est broyé et dont il ne reste que quelques débris. Enfin, l’extrémité supérieure du cinquième métacarpien a été aussi entamée dans sa partie interne. Le semi-lunaire, et peut-être le pyramidal et le pisiforme sont donc restés dans la plaie.

Quant aux autres parties, tous les tendons des muscles, qui se rendent de l’avant-bras à la main, ont suivi celle-ci; ils présentent une longueur libre de 18 à 28 centimètres, avec plus ou moins de tissu musculaire resté adhérent.

I] faut en excepter les tendons des radiaux externes et ceux des extenseurs du médius et de l’annulaire, qui ont été divisés à peu de distance du poignet. Ceux des cubitaux manquent complètement.

Les principales artères (branches de la cubitale, radio-palmaire, radiale), dépassent de 1 à 2 centimètres la division de la peau; elles sont comme étirées et étroites, et la gaine celluleuse est conservée plus loin que les autres tuniques, qui sont divisées nettement. Cette disposition n'existe pas sur la

RG ye EE

radiale, qui a un orifice béant et parait même manquer de la tunique celluleuse.

Les nerfs ont également été étirés. Cet état est surtout remarquable sur le médian, dont il est resté deux décimètres adhérents à la main ; mais il s’amincit graduellement jusqu'à l'extrémité et il ne contient guère que du névrilème (1).

Avant d'être arraché, le segment du membre est enroulé autour de l’axe de la machine. Cet enroulement est maintenu avec une force dont la violence va jusqu'à la brutalité. Toutes les parties molles cèdent et suivent la courbure, les ligaments articulaires comme les autres. Il n’en saurait être de même des os, dont les diaphyses cassent en un et même plusieurs points de leur hauteur, en même temps que les épiphyses et les os courts sont partiellement arrachés par la ténacité si connue du tissu fibreux des ligaments intra ou péri-articulaires. La solution de continuité des os est donc une sorte de premier temps dans la succession des ruptures qui s'effectuent dans le court instant où s'accumulent les multiples solutions de continuité qui constituent la plaie par arrachement.

(1) Cette observation d'Huguier n'a jamais été publiée entièrement.

Page 1