PERDRE
Îl ne faut pas juger des douleurs secondaires par l’anesthésie primitive. Dans les cas d’arrachement d'un segment de membre auquel appendent un ou plusieurs tendons déchirés plus haut que la section cutané, il est à remarquer que le long des gaines occupées normalement par ces tendons, il existe une exquise sensibilité, voire même de la douleur spontanée, et si l’on essaie d’une palpation très douce, le
blessé accuse une vive souffrance.
Hémorrhagie. — La première impression ressentie en face de l’avulsion brusque d’un organe volumineux est qu'il doit y avoir un abondant écoulement de sang. Il n’en est rien. Le mode de rupture des artères et la présence des valvules dans les veines. dés membres, donnent une suffisante explication de l’hémostase immédiate et spontanée qui suit les plaies par arrachement.
Evans Jones signale très peu d’hémorrhagie ; Huguier dit qu'une hémorrhagie très peu abondante
lorsque l’achromatose n’est pas absolue, on peut voir tout au moins dans certaines cellules, une tuméfaction du noyau. Pendant que l’'achromatose s’accentue, il commence à paraître des altérations du côté du noyau et du nucléole. Le premier change de forme et de volume, il devient ovale, oblong, piriforme, etc.; son volume diminue de plus en plus, la membrane nucléaire suit de près ces modifications: elle se plisse, se ratatine. Le nucléole, à son tour, devient pâle, vacuolaire, où bien disparait complètement, et, à sa place, apparaissent des, granulations chromatiques variables comme forme et comme dimension et qui se répandent dans le suc du noyau. Ceci montre que le nucléole, composé de granulations chromatiques, subit également l'altération que M. Marinesco a nommé chromatolyse. (Nouvelles recherches sur les lésions des centres nerveux consécutives à l’arrachement des nerfs. — Le Courrier Médical, 49 juin 1898, p. 194, 195.)
fut arrêtée par un pansement immédiat. M. le docteur Vincent, chirurgien de l'hôpital d'Armentières, ne fit aucune ligature pour un arrachement du bras. Dans le cas de Lunn, rappelé plus haut, il n’y eut aucune hémorrhagie, bien que la vessie et le rectum aient été mis à nu.
Il y a donc trois sypmtômes importants et tous trois négatifs : on les rencontre dans la majorité des cas. Il ne faudrait cependant pas être absolu dans l’affirmation de leur existence; il y a des exceptions, mais elles confirment la règle.
Aspect de la plaie. — Lorsque l’on se trouve en présence d’une plaie par arrachement, il se peut, s’il s’agit d’un membre entier, que la plaie soit, suivant l'expression de M. Loumeau, « vaste, horrible, mesurant 15 à 18 centimètres sur 12. » Si, au contraire il n'est question que d’un doigt, d’une phalange avec un tendon ou plusieurs, c’est une plaie qui, à une exploration hâtive, paraît banale, et on la rangerait simplement parmi les plaies contuses. Mais si on veut prendre le soin de voir chacune des parties de l'organe en particulier, on reconnaïîtra aux plaies par arrachement des caractères absolument propres qui justifient les auteurs pour en faire une
classe à part.
La peau est d'ordinaire sectionnée nettement ; on ne trouve point de ces irrégularités d'épaisseur avec des ecchymoses et des incrustations de corps étran-
&ers, comme dans les écrasements où les bords de la plaie sont déchiquetés et biseautés avec des glissements et des décollements plus ou moins considérables; dans bien des cas d’arrachement, suivant la comparaison de M. Loumeau, la section semble faite au bistouri tant elle est régulière.
‘ Les muscles sont sectionnés irrégulièrement lorsqu'ils se rompent au niveau de leur insertion aux fibres tendineuses ; d'autrefois, comme dans le cas suivant, leur section est aussi nette que celle de la peau.
OBsERvATION XXIV. (1) — Un homme de 24 ans était occupé à replacer une courroie sur un arbre de transmission lorsque l'échelle venant à manquer, l’ouvrier saisit la courroie, fut entraîné par elle et fit deux ou trois fois le tour de l'arbre de transmission, après quoi le corps lancé par la force centrifuge, retombe sur le sol de l'atelier, tandis que le bras demeure enroulé par la courroie sur l’arbre de transmission.
La pièce anatomique présente, en même temps que la plaie par. arrachement, une fracture complète de l’avant-bras à l'union des deux cinquièmes inférieurs avec les trois cinquièmes supérieurs. On rencontre assez habituellement des lésions multiples de ce genre, lorsque le bras subit l’enroulement autour d’un arbre de transmission.
La plaie par arrachement répond à peu près exactement à la partie moyenne du bras. La section de la peau est nette. Celle des muscles serait aussi nette que l’aurait pu faire le bistouri si n'étaient quelques ruptures transversales et peu profondes à 2 centimètres environ de la section principale. Les vaisseaux sectionnés sont rétractés.
Parmi les nerfs, on distingue deux troncs principaux, ceux du cubital et du médian, et deux cordons moins volumineux.
(1) GUERMONPREZ, Bulletin de la Société anat. clin. 1887.