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CHAPITRE V

Pronostic. — Marche. — Durée.

Terminaison.

Le pronostic est d’une étrange bénignité lorsque l’arrachement du cuir chevelu est encore incomplet. M. le docteur Franchomme, chef de clinique chirurgicale à la faculté libre, a observé un cas encore inédit et où la guérison a pu être obtenue en dix jours (fig. 32). Il en a été de même dans deux des cas d'arrachement du cuir chevelu observés à l'hôpital de Roubaix et aussi dans ceux dont M. le docteur Sockel, de Douai, a conservé le souvenir:

I1 est prohable que, pour ces divers cas, il faut tenir compte non seulement de la nature du trau-

matisme, mais encore de l’âge, assez peu avancé pour

la plupart des blessés ; il faut tenir également compte de l’état constitutionnel et des conditions hygiéniques de chacune des ouvrières qui ont si facilement guéri. — 11 sera bon toutefois de ne rien exagérer et d’accumuler les ressources de la théra-

péutique pour sauvegarder la vitalité du lambeau

et pour soutenir un état général d’un organisme dont on ne peut méconnaitre l’ébranlement.

Toutes différentes étaient les conditions d’une enfant qui a succombé à l'hôpital de Roubaix, dès le lendemain d’un arrachement complet du cuir

Fig. 32. — Arrachement incomplet du cuir chevelu.

Croquis de M. PuJEBET d'après une photographie se rapportant au cas de M. FRANCHOMME.

chevelu. On peut admettre qu’elle est morte du choc traumatique.

On peut donc résumer l’état actuel de cette question en tenant pour”bénin l’arrachement incomplet du cuir chevelu et pour grave l’arrachement complet surtout pendant l'enfance.

La marche du processus réparateur est simple et rapide lorsque la nutrition du lambeau est sauvegardée. La couleur du front reste longtemps pâle,

la sensibilité y reparaît lentement ; son retour est précédé de quelques sensations pénibles vers les régions temporales ; la souplesse et la mobilité du tégument se retrouvent plus tard encore spécialement dans les régions qui ont été le siège de suppuration ou d'élimination de tissu cellulaire ou de globules huileux.

Il semble que la nutrition des cheveux n'est point troublée ni quant au nombre, ni quant à la couleur, ni quant au volume, ni même quant à l’adhérence.

On peut se demander si quelques douleurs épicrâniennes tantôt unilatérales, tantôt bilatérales, ne sont pas signalées par les femmes que nous avons interrogées pour se rendre intéressantes ou bien pour cacher une migraine que leurs sœurs tiennent pour banale.

Pour apprécier les conséquences éloignées de l’arrachement complet du cuir chevelu, il faudrait épuiser les détails de l’odyssée véritable d’une vaste brûlure déterminée sur le crâne par un liquide dont la température dépassait 250. On en pourra déjà juger par le résumé des principaux incidents que relate l'observation suivante :

OBsERvATION XLII (/nédite) (1). — Fanny X.., 68 ans, alors âgée de 39 ans, était une grande et vigoureuse cuisinière, lorsqu'elle fut brûlée par de la graisse bouillante, Montée sur une chaise, elle en descendait en se baissant, lorsqu'elle vint à accrocher le manche de la casserole et à renverser tout le contenu d’une copieuse friture en ébullition sur la partie supérieure de son corps. Son abondante chevelure et son bonnet de

(1) Due à l’obligeance de M. GUERMONPREZ.

linge en retinrent une grande quantité sur toute la tête, Les vêtements, immédiatement appliqués au pourtour du cou, en accumulèrent également en cette région, tombèrent sur le côté droit, y dirigèrent l'écoulement de la matière et, de ce côté, les brûlures furent plus étendues et plus profondes.

Des brûlures aux quätre premiers degrés s’étendaient à la presque totalité du cuir chevelu, à la totalité du front et même à une partie des sourcils et de la paupière supérieure de chaque côté. Le quart supérieur de l'oreille du côté droit fut également éliminé avec les autres portions escarifiées. Il en fut de même à la partie externe de la région sus-claviculaire du côté droit et encore sur le côté droit du cou, du menton et de la joue.

Entrée à l'hôpital Saint-Sauveur le 9 décembre 1869, elle fut soumise au traitement alors en usage pour le pansement des brülures profondes. Jamais il n’y eut d'élimination de séquestres osseux ; mais toute la surface du front, du synciput et même des régions temporale et occipitale ont présenté pendant un temps très long l'aspect d’une vaste nappe de bourgeons charnus, lisses, mollasses et comme vernissés. Plusieurs générations d'étudiants ont connu cette blessée au numéro 1 de la salle Sainte-Marguerite, dans le service d'Houzé de l'Aulnoit, M. Guermonprez étant interne. En dehors des pansements à l’aide du cérat et du linge fenêtré, il y fut appliqué bien des fois les divers modes de greffe, soit avec de la peau humaine, soit avec de la muqueuse ou de la peau de lapin, de cobaye, de chien, de grenouille. Plus d’une fois des érysipèles, des angioleucites, des phlegmons furent soignés dans le même service et par le même personnel, sans que le contage lui fût transmis.

A la longue, les rétractions cicatricielles entraînèrent les paupières de bas en haut, un peu aussi les deux oreilles dans le même sens ; elles produisirent surtout un important glissement du cuir chevelu de la nuque. Les greffes déterminaient des ponts de tissu cicatriciel qui en s'étendant arrivèrent à circonscrire les surfaces bourgeonnantes qui prirent peu à peu chacune une forme circulaire. Ces dernières surfaces. finirent par se cicatriser à leur tour.

Ce travail de réparation n'était pas encore terminé lorsque la malade quitta l'hôpital après y avoir séjourné près de quatre ans ; elle précise 1,373 jours d’hospitalisation.

Dix-neuf ans après l'accident, nous revoyons la blessée avec

M. Guermonprez. Arrivée à l'âge de 68 ans, elle est devenue petite, maigre, et présente un abaissement du tiers antérieur du crâne, qui contraste avec la configuration relativement haute et large dont elle était encore douée pendant son séjour à l'hôpital. Elle réussit à cacher sa vaste calvitie en ramenant d'arrière en avant tout ce dont elle dispose des cheveux de la

Fig. 33. — Fanny X..., vingt-huit ans après une brûlure ayant amené la perte des trois quarts du cuir chevelu et une hospitalisation de 1373-jours.

D'après une photographie.

nuque qui sont d’ailleurs évidemment teints en noir, de bonne

épaisseur et d’une longueur de 30 à 40 centimètres. Elle trouve

moyen de les replier ensuite latéralement à droite et à gauche, de façon à donner à l’ensemble une ressemblance acceptable avec la coiffure en bandeaux. Elle maintient le fout à l’aide de

quelques cordons de coton et même de velours et y ajoute à

peine un très petit postiche.

Toutes les cicatrices sont devenues absolument blanches, elles ne présentent ni vascularisation anormale, ni état phlyc-

ténulaire, ni la moindre verrucosité, ni la plus petite ulcération. Cette cicatrice est lisse, régulière, et s’exfolie par places en quelques écailles larges et nettement épidermiques. — La paupière supérieure du côté droit est entraînée de bas en haut, mais ce déplacement s'effectue en masse, c'est-à-dire sur la couche musculaire aussi bien que sur le tégument. Ilen résulte non pas un ectropion, mais un écartement de la paupière dont le bord libre se tient à une distance de 4 à 7 millimètres du globe de l'œil, formant une sorte de voûte sous les deux tiers externes de la paupière avec une muqueuse rouge, épaissie par la blépharite irritative chronique. L’angle externe de cet œil droit est d’ailleurs entrainé en haut, et la paupière supérieure qui n'est d’ailleurs plus surmontée par le sourcil, ni même par la saillie du rebord sourcilier du frontal, présente une étrange configuration verticale qui se continue sans aucune transition avec la surface très oblique et surbaissée de la totalité du front.

Les deux yeux sont altérés en même temps que les paupières, mais il n’y a aucune symétrie.

Tandis que l’entrebâillement, qui maintient à distance les paupières et le globe oculaire, se trouve localisé à tout l’angle externe pour le côté droit, cet entrebäillement est dyssymétrique à gauche. C’est dans la moitié interne que la paupière inférieure est toujours maintenue à distance, tandis que c’est à la moitié externe que la paupière supérieure est séparée d’une façon égale. La dyssymétrie existe aussi pour les points lacrymaux du côté gauche. Le point lacrymal supérieur est reporté en dehors, tandis que le point lacrymal inférieur reste à sa place. Au contraire, les deux points lacrymaux du côté droit sont sensiblement en face l’un de l’autre, parce qu'ils sont tous deux également entraînés fortement en dehors, de sorte que les deux coudes observés normalement ne se retrouvent plus. L'ensemble est tout à fait rectiligne, le point lacrymal supérieur est simplement un peu recroquevillé en dedans.

Cet état est déjà beaucoup moins défectueux que celui qui “faisait un ectropion des deux paupières supérieures. La guérison de cette double infirmité a été obtenue par l’incision avec interposition de la muqueuse linguale du lapin, par Houzé de l’'Aulnoit et Cuignez. Les cils sont très largement étalés pour la paupière supérieure gauche. Il ne s’en trouve presque point

qui soient dirigés en dedans ni à l'une ni à l’autre des deux paupières supérieures. Il est à remarquer que, pour la paupière inférieure, la régularité est irréprochable du côté droit, tandis qu'à la paupière inférieure gauche, il existe trois cils nettement repliés en dedans, sans que l'on puisse les diriger normalement. Cette particularité est d'autant plus remarquable qu'il existe un albugo inféro-externe occupant le tiers environ de la cornée du côté droit, tout en laissant la pupille à découvert. L’altération cornéenne est plus importante à gauche; le leucome principal est un peu en dessous du centre de la cornée, et il est compliqué d’un staphylome peu saillant avec un gros vaisseau horizontal qui vient de la portion interne de la conjonctive. Le leucome accessoire de ce côté présente une configuration presque linéaire, comme un coup d’ongle, et se trouve par malheur exactement en rapport avec la pupille. Le pourtour de la cornée entre le leucome et la sclérotique présente d’ailleurs une teinte grisâtre sans autre dépoli qu'un seul ulcère situé à gauche exactement entre les deux leucomes et manifestement en rapport avec l’hiatus des paupières lorsque celles-ci sont mises dans l'état de sommeil et que le globe de l'œil n’est point tourné en haut, de façon à abriter la cornée sous la région orbitaire. (Voir l'Addendum, p. 171.)

On n'oubliera pas la longue durée du processus réparateur lorsqu'il s’agit d’un arrachement complet, alors même qu’il ne comporte pas la totalité du cuir chevelu.

Dans l'observation XX XIII la guérison est obtenue en 45 jours; dans l'observation XXXIV en272 jours; dans l'observation XXXV en 60 jours; enfin la malade qui fait le sujet de l'observation précédente reste à l'hôpital pendant 1,373 jours.

Les complications des arrachements du cuir chevelu sont rares. Velpeau, dans son rapport à l’Aca-

démie en 1842, s'étonnait « de l'absence de fièvre, de CU à

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