CHAPITRE IV
Diagnostic.
Comme pour les arrachements des membres, le premier élément de diagnostic sera le mécanisme de l'accident. Le chirurgien ne devra pas se contenter de ce que raconte le blessé ; il faut aller soi-même sur le lieu de l'accident et se rendre compte de la manière dont il s’est produit.
I1 n'est guère que les plaies avec glissement, qu'elles soient contuses ou parinstrument tranchant, qui se puissent confondre avec les plaies par arrachement du cuir chevelu. L'histoire du cocher, rapportée par J. L. Petit (1), qui eut la peau et une partie du péricrâne, depuis le milieu du front jusqu’à la partie supérieure de l’occiput, enlevées par la roue de son carrosse, est une véritable plaie par glissement.
Les deux observations suivantes sont également en dehors des arrachements. Ce sont des contusions avec décollement, glissement du cuir chevelu.
(1) Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, art: CRANE,
OBSERVATION XXXIX. — (Due à l’obligeance de M. le docteur Lenys, de Carvin, inédite.)
En 1889, un mineur de Carvin roule des wagonnets dans le fond de la mine; il heurte une des pièces carrées de sapin qui soutiennent la voûte de la galerie. Il travaillait la nuit et, étant fatigué, ne baissa pas sa tête au niveau d’une barre du wagonnet, marquant la hauteur maxima que doit avoir le chargement. Portant la main à la tête, il s'aperçoit que son cuir chevelu est rabattu en arrière en forme de capuchon.
De suite il est appliqué un pansement phéniqué provisoire. — Le lendemain il est fait une vingtaine de sutures au point passé par M. le docteur Lenys, chirurgien de la mine, sans drainage et après un minutieux nettoyage des particules de charbon qui souillaient la plaie. — Le pansement antiseptique fut renouvelé de trois en trois jours et supprimé le neuvième, car à ce moment la cicatrisation est obtenue.
Pendant de nombreuses années, l’ouvrier se plaint de souffrir de la tête, non seulement dans la région traumatisée, mais partout. Il aurait même quelques troubles psychiques. On peut encore signaler une calvitie importante et qui remonte à la période de la convalescence.
OBSERvATION XL. — (Due à l’obligeance de M. le Docteur Jousser, de Lille.)
L'enfant Georges K.., âgé de 8 ans, a été blessé dans la journée du dimanche en mai 1896, par le siège d’une balançoire.
Ce bambin se trouvait en face de cette balançoire quand on l'appela. Il se retourna vivement au moment où la selle de bois poussée subitement revenait vers lui. Cette selle prit la tête en biais et fit au cuir chevelu une large entaille, allant jusqu'aux os. La plaie présente un aspect triangulaire occupant la partie antérieure du pariétal et une partie de la portion écalleuse du temporal à droite. L'hémorrhagie fut assez abondante et arrêtée. par la compression faite avec la main et un bandage sommaire.
L'enfant souffrait quand M. le docteur Jousset vint le voir deux heures après l'accident, il paraissait endormi et inconscient. Il y avait manifestement de la stupeur cérébrale. Le pouls était petit, fréquent, la température à 369,8.
Un lavage fait au sublimé à 1/2 °/ nettoie la plaie. De l’eau phéniquée à 3 °/, arrête l'hémorrhagie en nappe des angles de la plaie. Dix-huit points de suture au crin de Florence furent jetés sur la plaie, les uns profonds, les autres superficiels. Le pansement fut fait avec l'iodoforme, de la gaze iodoformée, de l’ouate et une bande.
Le lendemain-l'enfant se plaint de sa tête; le pouls est à 110, la température monte à 389,3, la respiration un peu gênée. M. Jousset met cet état fiévreux sur le compte d’une rhinite due à un curetage pratiqué quelques jours auparavant pour végétations adénoïdes.
Le surlendemain, la température redevenait normale et la guérison eut lieu rapidement. Les fils avaient été enlevés le onzième jour.
Ce n’est pas non plus une plaie par arrachement que le fait rapporté dans le bulletin de l’Académie royale de Médecine (1842) par de Lavacherie.
OBSERVATION XLI (1). — Un homme, âgé de 33 ans, voulant se suicider, se porte un coup de rasoir sur le devant du cou, et finit par se blesser gravement dans sa prison en se frappant avec violence le sommet de la tête contre l’angle d’un mur, à la manière du malade dont parle Littre. La plaie du larynx n'eut aucune suite sérieuse, À l'hôpital on constate une destruction presque complète, et par broiement, d’une grande partie du cuir chevelu qui tomba en lambeau et fut entraînée par la suppuration. Quand la détersion des surfaces fut opérée, on eut une plaie ayant dix-neuf centimètres et demi de longueur, quatorze centimètres et demi en arrière et douze en avant. Survint ensuite l’exfoliation de la table externe des os; des bourgeons celluleux de bonne nature ne tardèrent pas à s'établir, de telle façon qu'au bout de six mois cette vaste dénudation se trouva complètement cicatrisée.
La production d’une plaie par arrachement, on l’a vu, nécessite une solide fixation, une force agis-
(1) Bulletin de l’Académie royale de Chirurgie. 1842.
sant brusquement et avec violence, et la déchirure des téguments sans broiement, sans contusion, sans glissement. Les bords de la plaie ne sont pas ecchymotiques, ni abondamment incrustés de corps étrangers ; ils sont nets, réguliers ét l’hémorrhagie secondaire qui caractérise la plaie contuse ne se produit pas, les bords sont plutôt exsangues ; le lieu d'élection pour la section cutanée paraît être la région sourcilière.
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