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CHAPITRE VI

Traitement.

Dans le cas d’arrachement incomplet du cuir chevelu, la première indication à remplir est le nettoyage minutieux du lambeau. Le savon et la brosse ne seront pas épargnés ; les corps étrangers seront soigneusement enlevés. Mais il est nécessaire de sauvegarder et même de stimuler la vitalité du lambeau dont il s’agit; c'est pourquoi il sera bon de recourir aux antiseptiques aromatiques, cest ainsi qu’on ajoute un peu d'alcool camphré à de l’eau tiède. Il est important de tenir compte de la température du lambeau ; à cetitre il faut se souvenir que l’eau trop chaude devient hémostatique et qu'il vaut mieux se borner à des affusions d’eau tiède ; que de la même manière l’alcool pur est astringent, tandis que l’eau alcoolisée est simplement stimulante.

On doit raser complètement le cuir chevelu : c’est la seule façon d'éliminer les souillures plus ou moins septiques qui sont accumulées sur les cheveux et au pourtour de leur implantation. Puis on réapplique le lambeau et on le maintient en position normale

par des points de suture aussi rapprochés que possible. Le drainage se fera par plusieurs drains placés méthodiquement dans les portions les plus meurtries et aussi dans les parties les plus déclives.

Reste à déterminer quel est le mode de pansement le plus avantageux pour ces sortes de blessure. Comme il est dit plus haut, la vitalité du cuir chevelu, dont la nutrition est profondément entravée, doit être stimulée ; les poudres sont contrindiquées parce qu'où n’apprécie pas suffisamment ce qui se passe sous leur accumulation. Les pansements liquides ou humectés ont l'inconvénient de suinter dans les conjonctives déjà menacées par la tuméfaction résultant de la plaie qui traverse chaque sourcil. Par ailleurs le maniement des pansements humides sur une vaste étendue du cuir chevelu est toujours plus pénible que celui des pansements qui se décollent spontanément. Ainsi on est amené à préférer les pansements antiseptiques et gras pour toutes les plaies par arrachement du cuir chevelu. Parmi tous les corps gras et les médicaments qu'on y peut incorporer il n’y a qu’une seule catégorie dont le choix s'impose, c’est celle des stimulants : l’onguent styrax est le plus connu et le plus facilement disponible dans toutes les pharmacies ; ajoutons qu'il nous a donné les meilleurs résultats.

On n'en est plus au temps de Derrecagaix ou de Desault qui, on le sait, faisaient des pansements au moyen d'un linge fenêtré enduit de cérat.

La gaze antiseptique ou aseptique que fournissent les fabricants modernes, est tout aussi aisément uti-

lisable. On en découpe la dimension néccessaire, on limbibe, on la pétrit dans l’onguent, sans interposition de planchette ou de spatule, et on applique le médicament dans des conditions aussi efficacement antiseptiques qu'on le fait pour les autres façons actuellement en usage. Un tissu imperméable (protective, taffetas chiffon ou taffetas gommé) est placé par-dessus ; il empêche la dessication et l’imbibition des bandes et des vêtements ; enfin avec interposition d’une abondante couche d’ouate on fera de la compression. Ce pansement sera renouvelé tous les jours. — Dès que se manifeste l'existence d’un clapier, on donne issue à la suppuration par des débridements aussi larges et aussi multipliés qu'il sera nécessaire. |

L’arrachement complet ne comporte pas d’indications formelles. Dans notre observation XXX VIII, la partie enlevée était tellement meurtrie qu'on n’a pas cru devoir la réappliquer sur le crâne. M. le docteur Jousset a essayé de suturer le lambeau séparé (Obs. XXX VII), mais il est à craindre que la malheureuse victime de cet accident ne voie s'éliminer partie par partie tout son cuir chevelu (1).

I1 faut cependant toujours tenter la réapplication du lambeau séparé. Ce serait la greffe idéale si le lambeau était conservé au lieu d’être étiré dans tout son pourtour; s’il était réappliqué immédiatement après sa séparation, ce qui n’a jamais été réalisable jusqu'ici; si surtout on pouvait improviser toujours

(4) C'est ce qui est arrivé depuis que nous avons écrit ces lignes.

et partout l’ensemble des conditions, de nature à lui donner les plus grandes chances de vitalité. — Ce sont malheureusement des conditions chimériques dont l'idéal sera toujours plus ou moins inaccessible. Chacun se bornera à s’en rapprocher le plus possible.

A cetitre on peut se demander s'il n’y aurait pas lieu d’aviver les bords du lambeau, peut-être quel-

ques-uns de ceux du pourtour du crâne.

On ne perdra pas de temps à raser la totalité du cuir chevelu ; on se bornera à enlever les cheveux à grands coups de ciseaux ; on multipliera les drains, et on s’efforcera de réaliser, au moins en quelques régions voisines des vaisseaux nourriciers, l’affrontement des surfaces à revivifier : il en sera surtout ainsi au pourtour de chaque oreille, dans la région frontale médiane qui reçoit les quatre artères frontales et dans la région médiane de la nuque qui reçoit les occipitales. Le pansement ne différera guère de celui qui est stimulant et gras pour les arrachements incomplets.

Il conviendra d'éviter davantage encore les mouvements communiqués par une exploration indiscrète et qui diminueraient les chances de réimplantation.

Les pansements seront plus rares, pratiqués avec une très grande légèreté de main, et on sauvegardera attentivement la région contre tout refroidissement qui diminuerait encore la vitalité du lambeau rapporté.

Il ne resterait qu’une ressource, la greffe. De

Lavacherie, dans sa communication à l’Académie de médecine en 1842, parle à plusieurs reprises de cette méthode dans les cas d’arrachement complet du cuir chevelu. Vélpeau estime que le professeur de Liège s'abuse sur les ressources de la greffe et qu'on risque de hâter la fin du blessé par les opérations multiples qu'elle nécessite. Depuis Velpeau, les diverses formes de greffe ont fait de si importants progrès qu'il faut bien rapporter cette appréciation pessimiste. — On l’a vu plus haut, chez un sujet déjà avancé en âge, les greffes tant humaines qu'animales ont rendu de grands services ; à plus forte raison est-il permis d'espérer des résultats analogues chez les sujets jeunes. On trouvera dans les nombreux mémoires sur la question que des résultats analogues peuvent être obtenus par la greffe humaine que l’on préférera à la greffe animale, sans compter ce que l’ingéniosité des chirurgiens permet d'obtenir des ressources variées dont dispose lautoplastie.

Comme dans toutes les questions nouvelles, la plus grande part appartient à l'avenir dont nous ne disposons pas.

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