‹ Des PlaiesChapitre 41 sur 41 · GRÉARD · texte numérisé non relu

GRÉARD

ADDENDUM

Nous avons retrouvé tout dernièrement un article de Houzk DE L'AULNOIT, traitant des greffes animales dans les cas de perte d'une partie étendue du cuir chevelu. Les lignes suivantes se rapportent à l'observation XLII :

« J’obtins également une adhérence intime sur une femme àgée de 45 ans, et qui, à la suite de brûlures profondes à la tête et à la face déterminées par de l’axonge bouillante, était affectée depuis trois ans d’un ectropion à la paupière supérieure gauche et d'un double ectropion à droite. Le 1°" juillet, je pratiquai sur l'œil gauche la blépharorraphie en présence de M. Gueury, chirurgien en chef de l’hôpital militaire de Lille, de M. Cuignez, chirurgien-major, et de nombreux élèves de l'école de médecine. Dans l’incision libératrice faite à la paupière supérieure, je déposai deux petites greffes de 1 centimètre, empruntées à la joue” d'un lapin; elles furent immobilisées avec des bandes de mousseline collodionnées. Le cinquième jour, pour enlever les sutures placées sur les paupières, je fus obligé d’arracher un de ces lambeaux, très adhérents à l'appareil; il en résulta un petit écoulement sanguin qui était une preuve de leur parfaite adhérence; au-dessous, les surfaces ressemblaient par leur coloration à une plaie récente.

« Le 8 juillet, les tissus étaient en voie de suppuration. J'y plaçai deux nouvelles greffes muqueuses qui se gangrenèrent, comme nous nous y attendions. Elles furent soulevées par le liquide purulent.

« Le 415 juillet, la plaie de la paupière supérieure était granuleuse; je la couvris d'un petit lambeau muqueux, au-dessus duquel je plaçai un petit morceau de taffetas gommé immobilisé avec de la ouate et des bandelettes de diachylon. Le Jambeau fut rejeté et quelques jours après tout était cicatrisé.

« Ce mode de pansement nous paraît défectueux et ne doit pas être employé à cause du glissement du taffetas.

« L'opération que je devais tenter sur l'œil droit était plus délicate que la précédente, j'avais affaire à un double ectropion. La transformation en tissu cicatriciel de la peau du crâne, du front, des paupières et de la joue de ce côté devait constituer un obstacle invincible à la blépharorraphie, à moins de pratiquer une longue incision curviligne encadrant les deux tiers externes des bords libres des cartilages tarses. C’est ce que je fis le 13 juillet, après avoir endormi la malade. Je passe sous silence les détails de cette laborieuse opération qui dura près de deux heures. Les bords libres des paupières furent avivés, puis cousus avec six points de suture. Grâce à cette incision libératrice, les voiles palpébraux devinrent libres, flottants et recouvrirent le globe oculaire sans être soumis au plus léger tiraillement. Je déposai sur les surfaces saignantes, dans une étendue en haut et en bas de 1 centimètre, quatre petites greffes, dont trois avaient été empruntées à la langue ou aux joues d’un lapin, et la quatrième prise directement sur l’avantbras de la malade. Cette dernière seule adhéra, les autres se gangrenèrent. Cet insuccès fut la conséquence d’un défaut d'immobilisation. J’eus au moins la satisfaction, le quatrième jour, au moment de la levée de l’appareil, et après avoir retiré les sutures, de constater que l'opération de la blépharorraphie avait parfaitement réussi comme celle du côté opposé.

« Ayant quitté le service pour le céder à M. Paquet, je ne fis pas une autre application de greffes à la période granuleuse et laissai cicatriser naturellement la large plaie que j'avais pratiquée dès le début sur les deux tiers externes du releveur des paupières, travail qui fut terminé le 13 septembre.

« Plus tard de nouveaux essais d’anaplastie muqueuse pourront être renouvelés dans de meilleures conditions, n'ayant plus à nous occuper de l’occlusion des paupières qui est très intime pour les deux yeux. Nous sommes disposé à la maintenir pendant plusieurs mois, afin d'empêcher la récidive des ectropions et de permettre aux larges cicatrices du front, du cuir chevelu et de la joue d’épuiser leurs efforts rétractiles. »

(Gazette hebdomadaire, 1872, p. 663.)

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