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courroies de laquelle une partie du corps serait engagée. On admet sans peine ce, mode de production des arrachements, mais avec une restriction, cest qu'il n’est pas le plus fréquent. Dans ces conditions il y a plutôt dilacération, écrasement, parfois cependant une avulsion totale d’un membre, ainsi que le montre le fait suivant :
OBSERVATION III. — Le tourneur B. N... place inconsidérément la main près d’un engrenage de son tour, au moment où il déclenche sa machine-outil pour la mettre en marche. Se sentant saisi, il retire brusquement et très énergiquement la main et se présente à la consultation.
Les médius et annulaire présentent des plaies contuses et des plaies par glissement, dont la guérison ne présente aucun accident notable. L'auriculaire n'existe plus, la description faite par les témoins indique nettement l’arrachement de ce doigt avec un ou plusieurs tendons. La plaie présente bien des caractères correspondants, et la sensibilité des gaines palmaires dès la moindre pression indique la probabilité de la perte d'un tendon fléchisseur. Afin de trouver assez de peau pour recouvrir les parties cruentées, il est pratiqué successivement la désarticulation d’un reste de la phalange métacarpienne de l’auriculaire, et-ensuite l'amputation d’une partie de la phalange moyenne de l’annulaire.
La guérison est obtenue sans incident important à signaler. Pansement de Lister.
Deux ou trois faits semblables sont à notre connaissance, nous n'en avons malheureusement pas l'observation.
Les courroies déterminent de nos jours des accidents beaucoup moins nombreux. Il n’y a plus lieu de maintenir l'appréciation de J. Rochard qui les envisageait comme une des causes les plus fréquentes de son temps.
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Les plaies par arrachement dues à une courroie de transmission sont devenues d’autant plus rares qu’on observe davantage les décollements, et les plaies par glissement. L’arrachement par ce mécanisme n'est pas cependant impossible. En voici la preuve (1):
OBSERYATION IV. — G. S.…., âgé de 32 ans, employé dans une scierie mécanique, se présente à l'hôpital Saint-Louis, service de Péan, le 21 juin 1879. Cet homme raconte qu'ayant imprudemment appuyé la main droite sur une courroie sans fin, son pouce se trouva pris entre la courroie et la roue qu'elle mettait en mouvement et qui tournait lentement. Il fit alors un brusque mouvement en arrière et réussit par un effort énergique à dégager son pouce. Il ne ressentit à ce moment qu'une douleur légère et peu en rapport avec la blessure produite au doigt par sa compression entre la roue et la courroie.
Le pouce était arraché au niveau de l'extrémité inférieure de la première phalange, un peu au-dessus de l'articulation des phalanges entre elles. La surface de la plaie est nette, régulière et obliquement taillée aux dépens de la face palmaire, Les bords de la plaie et la section de l'os sont très réguliers. La peau de la face antéro-externe est un peu déchiquetée, mais le tégument de la face dorsale a résisté et un pont cutané, large d'environ un centimètre, relie au moignon la portion divisée du pouce. Le tendon du long extenseur est respecté, celui du muscle long fléchisseur n’est pas détaché à son extrémité inférieure et déborde la surface de la plaie de 5 ou 6 centimètres. Il n’a pas entièrement quitté sa gaîne, mais une légère traction suflit pour l’amener complètement au dehors. On voit alors que ce tendon a été arraché dans toute sa longueur. A son extrémité supérieure sont appendues des fibres musculaires rompues à une hauteur inégale, mais qui ne présentent pas plus de 4 centimètres dans leur plus grande longueur. Tout à fait à l'extrémité du tendon, on remarque une surface dépourvue de fibres charnues. Il paraît y avoir eu là un décollement partiel.
(1, Cf. Thèse de LALLEMENT. Paris, 1880.
Dix minutes environ se sont écoulées depuis le moment de l'accident; le blessé pâle, souffre peu: [1 a perdu peu de sang, assez cependant pour que le mouchoir dont il a entouré son pouce, soit entièrement mouillé.
La plaie est lavée avec de l’eau phéniquée, puis les deux surfaces de la solution de continuité sont exactement appliquées l’une à l'autre, après la section préalable de la portion flottante du tendon fléchisseur. A la face palmaire du pouce, il reste une petite étendue de la plaie qui ne peut être recouverte avec le lambeau cutané de la portion divisée. La juxtaposition est maintenue avec quelques bandelettes de diachylon et le pouce entouré de gaze phéniquée est fixé sur une attelle. La main est ensuite entourée d'une épaisse couche d’ouate. Le malade, malgré de vives instances, ne veut pas rester à l'hôpital et regagne à pied son domicile.
Le 25, le malade revient se faire panser; il a-eu un peu de fièvre, et a ressenti dans le pouce et à la partie antérieure de l’avant-bras, des douleurs assez vives, qui l’ont empêché de dormir. La nuit dernière a été meilleure et les douleurs ont complètement cessé. |
La portion divisée adhère au moignon et présente une chaleur normale. Au niveau de la partie non recouverte et sur les lèvres de la plaie, on trouve un peu de suppuration. En pressant sur le trajet du long fléchisseur, on détermine un peu de douleur, mais cette région n’est le siège d'aucun gonflement.
Le malade revient à l'hôpital tous les deux jours et on le panse de la même manière.
La cicatrisation a marché assez rapidement, excepté cependant au niveau de la partie exposée de la plaie, dont la suppuration a retardé la guérison du malade; celle-ci a été complète au bout de six semaines environ.
La face palmaire de l'extrémité du pouce a recouvré la sensibilité. Le malade a repris ses travaux, mais au bout de quelques jours, il se présente de nouveau, demandant qu'on lui ampute le pouce, devenu pour lui une occasion de gène et de douleur.
Le pouce est en effet dans l'extension la plus complète; l'articulation phalango-phalangettienne est ankylosée. Tout mouvement volontaire est impossible, et le malade ne peut sai sir aucun objet, De plus la cicatrice est un peu douloureuse.
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On engage le malade à patienter et à s'exercer à saisir des objets.
Quinze jours plus tard, il revient à l'hôpital ; la préhension est déjà plus facile, mais il reste encore une grande inhabileté. Depuis cette époque, nous n’avons plus revu le malade, qui, à force d'exercice, a recouvré probablement, en partie, l'usage de sa main.
De ce fait, il convient de rapprocher l'observation que M. A. Massé a communiquée à la Société clini-
que de Paris (1).
OBSERVATION V. — Mongelaz (Léon), 15 ans, apprenti mécanicien, entre le 26 décembre 1877, à l'Hôtel-Dieu, dans le service d’'Alph. Guérin.
Cet enfant voulait essayer d'arrêter la roue d’une machine quand il eut le pouce de la main droite pris et-arraché par une courroie, celle-ci n'ayant pu être arrêtée à temps. Cet accident n’a été suivi d'aucune complication immédiate ; l'écoulement de sang dû à la plaie ainsi produite a été peu abondant, et la douleur est courageusement supportée par le malade quand il arrive à l'hôpital, peu après la production du traumatisme. La séparation a eu lieu dans l'articulation métacarpo-phalangienne, qui est largement ouverte ; la tête du premier métacarpien est mise à nu au milieu de la plaie, où apparaît un petit fragment d'os appartenant à la première phalange du pouce, les lèvres de la solution de continuité sont nettes sans grandes anfractuosités.
Le pouce arraché que j'ai l'honneur de mettre sous les yeux de la Société (clinique de Paris), présente les dispositions suivantes :
Le doigt a été entraîné en totalité; les parties molles sont rétractées sur la première phalange, qui les dépasse en bas et laisse voir une petite encoche marquant la place occupée par la petite esquille dont nous avons signalé la présence dans la plaie. Les tendons du long fléchisseur et du long extenseur du pouce, encore fixés à leur point d'insertion sur le doigt, sont
(1) Union médicale, 10 août 1878.
arrachés dans toute leur longueur; à chacun de ces tendons fait suite une partie du muscle auquel il appartient, et comme cela arrive d’ailleurs le plus souvent dans les plaies de cette nature, c'est sur le corps charnu qu'a porté la solution de de continuité ; elle a eu lieu à un niveau plus élevé pour le long extenseur que pour le fléchisseur propre ; de sorte que, pour celui-là, on peut évaluer à environ la moitié du corps charnu, la partie ainsi entraînée. Les deux nerfs collatéraux palmaires et un nerf collatéral dorsal ont été arrachés aussi et se voient sur les parties latérales du tendon; ils s’effilent progressivement vers leur extrémité. La séparation s’est faite également, pour ces différents nerfs, à des hauteurs variables. La longueur de ces cordons n’a pas été mesurée au moment même de l’arrivée du malade. Le plus long est le collatéral palmaire interne, il mesure encore dix centimètres sur cette pièce ratatinée par une macération de plusieurs mois dans l’alcool.
Un grand pansement ouaté fut fait immédiatement, après avoir pris les précautions habituelles ; &e pansement enfermait toute la main, l’avant-bras, le bras et remontait jusqu'à l’aisselle.
Le pansement est enlevé le vingt-quatrième jour après l’accident et on ne met que quelques bandelettes de diachylon. Huit jours après, le blessé sort de l'hôpital, guéri.
Ces faits viennent à l’appüi de la théorie de J. Rochard, et ils rentrent bien dans la série de ceux qui sont imputables à l'entrainement dans un engrenage ou par une courroie.
Un autre mécanisme, encore plus rare, et rappelant singulièrement le coup de dent du cheval qui mord, est cité par Huguier. Avant lui, Jobert de Lamballe, à l’Académie de Médecine (31 juillet 1855), Debrou (d'Orléans), à la Société de Chirurgie (26 mai 1852) et Nélaton à la même Société (9 juin 1852) l'avaient signalé. Au lieu des deux mâchoires du cheval qui mord, ce sont deux pla-
ques de fer qui se rapprochent comme l'indique
cette observation (1).
OnsERvATION VI. — Le serrurier P. F., 15 ans, entre le 27 octobre à l'hôpital Beaujon. L'extrémité de son doigt ayant été prise entre deux plaques de fer, qui se rapprochaient fortement, il a exercé une traction désespérée en prenant point d’appui par le thorax. La phalangette s’est séparée dans son article et a entraîné deux décimètres du tendon avec un peu de tissu musculaire du fléchisseur profond de l’annulaire.
Dans la plaie terminale du doigt, la deuxième phalange fait saillie. On désarticule cette phalangine sans toucher aux téguments et la plaie est rapprochée par des bandelettes.
11 n'y a eu ni douleur ni tuméfaction quelconque sur le trajet du tendon arraché.
Dans d’autres circonstances, deux cylindres horizontaux tournant en sens inverse produisent le
même résultat.
OBsERVATION VII (2).— Dans l'imprimerie Chaix, leconducteur de mécanique A.., voulant rattraper une feuille de papier mal engagée, eut l'extrémité du médius de la main droite prise entre deux cylindres horizontaux. Ainsi saisi, ke doigt était attiré de plus en plus et la main menaçait d’y passer. A cet instant critique, A... réussit, par un violent effort, à arracher le doigt, qui, l’écrasement aidant, fut séparé dans l’articulation formée par la première et la seconde phalange, laissant avec la portion détachée le tendon du fléchisseur profond, lequel mesurait 35 centimètres. Cette bande nacrée présentait sur ses bords latéraux, dans plus de la moitié de sa longueur et du côté de son extrémité supérieure, de nombreuses insertions musculaires très courtes, qui donnaient au tendon un aspect penniforme.
Or, chose singulière, si cette pièce n’eut pas été retrouvée et
(1) Bulletin de la Société de Chirurgie, 1854. (2) Journal de Médecine et Chirurgie pratiques, janvier 1866.
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rapportée, le lendemain de l’accident, à M. Reïinviller, ce chirürgien n'eut pas même soupçonné une lésion aussi importante.
Le malade souffrait peu.
Il ne s’écoulait pas de sang.
On se borna à régulariser la peau et à réunir aussi exactement que possible les lèvres de la-plaie.
Au bout de huit jours, le blessé pouvait assister à une revue de la garde nationale.
Quatre semaines après, sa guérison était complète; ce que l’auteur de l'observation attribue à la promptitude et à l'exactitude avec lesquelles la plaie extérieure a été fermée et la plaie interne mise par suite de cette occlusion à l'abri du contact de l'air (Dr H. CHaïrzLoN).
Citons encore le fait suivant rapporté par Debrou à la Société de Chirurgie (1).
OBsEeRvVATION VIII. — Un homme descend de cheval à une porte où il devait s'arrêter ; il met d’abord un pied à terre, pendant qu'il dégage l’autre de l’étrier, le cheval appuie son sabot sur le bout du gros orteil du pied droit qui était déjà posé sur le sol. Le premier mouvement de l’homme une fois que son pied gauche fut dégagé, fut de retirer fortement le pied droit qui était comprimé par le cheval, au lieu de chercher à faire changer celuici de place. Pendant le mouvement brusque et très fort ainsi opéré, le cheval ne lâcha point prise et il résulta de cette double circonstance : d’une part, une extension énergique faite par la jambe de l'homme, et d'autre part, une contre-extension faite par la pression du sabot du cheval. L'orteil se rompit dans ces deux efforts dirigés en sens inverse, et la séparation eut lieu au niveau de l'articulation des deux phalanges. Au premier instant, l'homme heureux d’avoir retiré son pied, se crut quitte pour peu de chose; mais, en voulant marcher, il se sentit blessé, vit du sang sortir, et regardant alors au pied du cheval, il trouva un bout de son orteil avec des chairs pendantes. Le hasard fit qu'il était à la porte d'un médecin qu'il venait chercher.
(1) Bulletin de la Société de Chirurgie, 1852.