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est la conséquence de l'entrainement de la corde, comme dans le cas de Derrecagaix (Voir Obs. X1). Elle est due plus souvent encore à l'entraînement de l’objet même sur lequel est fixée la partie du membre ou du moins à l'entrainement simultané de cet objet et de la corde.

On en trouve un type dans une observation de Deguise (1), au sujet d'un homme occupé à décharger des sacs de blé et dont l'extrémité du pouce fut prise entre le sac et la corde et tout aussitôt violemment arrachée avec les tendons des muscles fléchisseur et grand extenseur.

OBSERVATION X. — Présentée par M. F.-H. Deguise, chirurgien en second de l'hôpital de la Charité de Charenton, près Paris.

François Gros, âgé de 30 ans, se trouvant, le 12 novembre 1791, sur une voiture chargée de sacs de bled, que l’on enlevoit par le moyen d'une machine adaptée à un moulin à eau, engagea l'extrémité du pouce entre le sac et la corde. La dernière phalange fut arrachée, avec les tendons et une portion des muscles fléchisseur et grand extenseur. La plaie fut pansée avec de la charpie, des compresses sur tout l’avant-bras, et un bandage un peu serré, que j'arrosai plusieurs fois pendant la journée avec l’eau marinée. Je fis le même jour deux fortes saignées, et je tins le malade à un régime sévère et antiphlogistique. Il ne survint aucun accident, et dès le cinquième jour, le malade commença à prendre des aliments solides. La plaie fut pansée jusqu’au dix-huitième jour avec le baume d'Arcéus, auquel je substituai ensuite un digestif simple.

Le vingt-troisième jour, l'extrémité de la première phalange, dont une partie s’étoit exfoliée, étoit recouverte de bourgeons charnus. Depuis le trente et unième jour jusqu'à la fin du traitement, je n’employai que la charpie sèche, et la cicatrice fut achevée soixante-quinze jours après l'accident. Il ne reste

(4) Journal de Desault, 111, 376.

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maintenant à ce malade d'autre incommodité qu’un peu de foiblesse dans l’avant-bras.

Note du rédacteur. — On peut voir dans le second volume in-4° des Mémoires de l'Académie de chirurgie, un grand nombre d'exemples d'arrachement de tendons, dont la plupart n'ont point été suivis d’açcidens graves. On trouve aussi dans le tome 1 des Mélanges de Chirurgie de Schmucker (1), une observation de M. Riesenbach, sur l’arrachement du poignet et de plusieurs muscles de l’avant-bras, par la roue d’un moulin. Le traitement fut un peu long, parce que l’on attendit la séparation spontanée d’une portion considérable des os de l’avant-bras, qui se trouvait dénudée; mais une plaie si grave n'entraîna point d'accident remarquable..

11 en est de même dans le fait suivant :

OBSERVATION XI (2). — Le 15 décembre 1791, T. D..., garçon meunier, âgé de 18 ans, aidant à monter un sac de farine très pesant, engagea entre la corde et la poulie de fer, le pouce de la main gauche, dont la dernière phalange et l'extrémité. articulaire de la première furent arrachées avec les tendons et une portion des fibres charnues des muscles longs extenseurs et fléchisseurs et toute la peau qui recouvre l’'éminence thénar, le premier os du métacarpe et l'intervalle du premier au second doigt. Ce malade vint à l’Hôtel-Dieu, deux heures après l’accident, sans presque avoir perdu de sang. Il n'éprouvait qu’une douleur légère le long du trajet des muscles arrachés où se manifestait un peu de gonflement. |

On le pansa d’une manière fort simple, en couvrant la plaie de charpie brute, et tout l’avant-bras de compresses épaisses, contenues par un bandage modérément serré. On arrosa cet appareil d’eau végéto-minérale et on plaça la main sur un oreiller.

Le malade fut mis à la diète.

Ce blessé dormit une partie de la nuit. Le lendemain il éprouvait, par intervalles, quelques élancements au poignet et le long de la partie postérieure et antérieure de l’avant-bras. On appliqua sur le trajet des muscles arrachés deux compresses

(1) ScaMuckER, Vermischte Chirurgische Schriften. (2) DERRECAGAIX, Journal de Desault, 11, 373.

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graduées sur lesquelles on fit un bandage roulé. La douleur fut bientôt dissipée; le gonflement disparût le troi- sième jour.

Le quatrième jour, la suppuration commençait à s'établir ; on permit dès lors quelques aliments solides.

Le sixième jour, la bouche devint amère et la langue chargée; bien qu'il n’y eut ni fièvre, ni douleur, on donna au malade un grain d'émétique.

Quatre jours après, la première phalange du pouce était recouverte de bourgeons charnus.

Le douzième jour, la plaie fut émet pansée avec de la charpie sèche. A cette époque, une grande partie de l’'éminence thénar était recouverte par la peau; la cicatrice fit ensuite des progrès si rapides que, le trente-sixième jour, il ne restait plus à découvert que l'extrémité de la première phalange du pouce dont une partie s'était exfoliée.

A ce moment apparut à la partie antéro-inférieure de l’avantbras, une petite dartre que l’on combattit par des lotions avec une solution de sublimé corrosif; la cicatrisation ne s'acheva qu'après la guérison de la dartre, c'est-à-dire vers la fin du troisième mois.

Chassaignac communique à la Société de chirurgie (1) la relation d’un fait analogue. Un ouvrier voulant replacer dans sa gorge la corde d’une poulie en marche à soixante tours à la minute, eut l'indicateur de la main droite pris entre la corde et la gorge de la poulie; il en résulta un arrachement.

Dans le fait suivant rapporté par M. le professeur Guermonprez, on retrouve ce mécanisme dans toute son intégrité.

OBSERvATION XII. — Arrachement de la phalange unguéale du pouce droit avec tout le tendon du long fléchisseur. Le 6 novembre 1880, le manœuvre G..…, 19 ans, installe

un essieu de wagon dans un tour à essieux. Au moment où

(1) Bulletin de la Société de Chirurgie, 1854.

il achève de disposer la corde enroulée en spirale autour de cet essieu, brusquement, un autre ouvrier met inconsidérément la machine-outil en marche: le manœuvre G... se sent pris ; et tout aussitôt, il voit suspendu à la machine un long cordon blanc, et au bout de ce cordon une partie de son pouce qui est restée entre la corde et l’essieu.

Il affirme n'avoir éprouvé aucune douleur immédiate; il assure de la même manière n'avoir exercé aucune traction; la machine-outil a donc fait l’arrachement.

Après un premier moment de stupéfaction, le blessé éprouve une douleur, non pas dans le pouce, mais bien dans presque tout l’avant-bras. Cette douleur n'est pas plus localisée à la face antérieure qu'à la face postérieure ; elle paraît se calmer par l’action de la marche.

La portion arrachée du pouce se trouve extrêmement aplatie, tant sur la face palmaire que sur la face dorsale; l’ongle n’est nullement décollé. La peau et le tissu graisseux ne présentent aucune modification notable. L’os est peut-être aplati, il est sûrement fracturé, laissant dans le moignon les parties internes et externes de la surface articulaire. Le tendon arraché est très adhérent à la face palmaire de cette phalange unguéale. Ce tendon à peine taché de sang n’a pas été lavé; il présente dans sa partie supérieure des irrégularités sur ses deux faces et surtout sur ses bords; on n’y peut trouver aucun fragment musculaire à l’œil nu. Une demi-heure après l'accident, la longueur totale du tendon dépasse 23 centimètres ; après une macération de six jours dans l’alcool, cette longueur se treuve réduite à 17 centimètres.

La plaie est extrêmement irrégulière; ses bords, festonnés, sont recroquevillés en dedans, très amincis, ils recouvrent complètement le tissu cellulo-graisseux. Le lavage de la plaie ne donne qu'une hémorrhagie en nappe qui est très diminuée par trois ligatures au fil de lin. Ce lavage permet de reconnaître les deux petits fragments de la phalangette, fragments qui sont très adhérents par les ligaments latéraux et dont l'exploration est si douloureuse, que le blessé n'en veut pas laisser faire l’excision immédiate.

L'inspection de l’avant-bras n'indique rien d’important, mais la palpation permet de reconnaître à la face antérieure et externe de l’avant-bras, une vive sensibilité à la pression pro-

fonde et même un certain degré de sensibilité à la pression superficielle dans toute l'étendue de la face antérieure du radius, de l’éminence thénar et de la face palmaire de la phalange métacarpienne conservée du pouce.

Le pansement de Lister est appliqué, en remplaçant toutefois la bande de gaze phéniquée par une bande de tarlatane pourvue de l’apprêt ordinaire et imbibée comme toutes les pièces du pansement, à l’aide d’eau phéniquée normale (2,5 °/). Le blessé maintiendra la main à un niveau plus élevé que l'épaule.

Le 7 novembre, le blessé a beaucoup souffert pendant toute la nuit. Des douleurs violentes ont siégé, non pas dans la plaie, mais bien vers la face antérieure de l’avant-bras et surtout au niveau de l’éminence thénar et de la partie voisine de la face anté- Fig. 3. rieure du carpe. (Cinq

Cette figure est tirée du Traité de Pathologie sangsues à ce niveau du

externe, de Follin. et donne bien l’idée de < ) la pièce se rapportant à l'Observation. Cette carpe. figure est gravée d'après celle du Mémoire Le pansement Er ronons

de Morand.

velé bien qu'il n'ait été

que peu souillé par le sang. Une hémorrhagie, provenant évidemment de la collatérale externe du pouce, survient à ce moment (ligature au fil de lin).

Le 8, l'application des sangsues a déterminé un soulagement complet, le blessé n’éprouve plus aucune douleur, mais seulement une gêne très légère au niveau du pouce.

Le 9, légère sensation dé pesanteur au niveau du tiers inférieur de l’avant-bras. |

Le 10, après un peu de fatigue la veille, de nouvelles douleurs se sont développées vers le tiers inférieur de l’avant-bras, ont causé une insomnie complète et sont devenues ce matin, tout à fait intolérables. On trouve en effet, dans la partie indiquée, une tuméfaction évidente dans une étendue verticale de trois ou quatre travers de doigt, une rougeur diffuse et modérément marquée et surtout une chaleur âcre, extrêmement intense et qui rappelle celle du phlegmon. (Huit sangsues loco dolenti, et un purgatif.)

Le 11, le soulagement est tout aussi complet qu'après la première émission sanguine locale.

Le 15, le pansement n’a pu être renouvelé depuis trois jours. Une légère douleur existe au niveau de la plaie : on trouve en ce point un petit clapier du côté palmaire. Le dernier débris de la phalange unguéale est excisé ; les autres avaient été enlevés lors du renouvellement du précédent pansement.

A partir de ce moment, la marche de la séparation est lente, mais régulière; ie 15 décembre, le blessé commence à savoir tenir une plume.

Vers.le 1°" janvier, il prend un service de bureau et ne cesse pas de le continuer. La cicatrice un peu délicate le gêne lorsqu’il heurte la partie terminale du pouce, dont la portion conservée est d’ailleurs quelque peu amaigrie, pâlie et refroidie, peut-être en raison du doigt de gant dont elle est revêtue presque en permanence. ;

Tous les mouvements du pouce sont conservés (sauf bien entendu ceux de la phalangette) dans toute leur étendue, cet homme écrit aussi convenablement et tout aussi rapidement qu'autrefois. \

On retrouve bien dans ce fait les trois éléments nécessaires pour la production des plaies par arrachement : 1° — un cylindre volumineux; 2 — une corde fixant impérieusement et de plus en plus l'extrémité du pouce sur le cylindre ; & — enfin, un puissant et irrésistible mouvement de la machineoutil.

Dans les ateliers de filature de lin, on connaît un mécanisme identique. Sans être fréquents ces faits s’observent assez souvent pour que nous décrivions avec détails ce mode d’arrachement (1).

« On sait que la filature comprend deux séries d'opérations industrielles : l’une dite de préparation, a pour but de disposer les filaments parallèles entre eux et de les former en un ruban ou mèche continue et régulière, c’est-à-dire ayant partout la même épaisseur; l’autre le filage, ayant pour but d’allonger encore la mèche fournie par les machines de préparation, de lui donner la grosseur que doit avoir le fil et de tordre celui-ci pour qu'il ait de la solidité. — Il y a donc, naturellement, deux genres de machines en filature : les machines de préparation et les métiers à filer (KE. GRÉGOIRE).

« C’est l’étaleuse à lin, c’est-à-dire la première des machines de préparation, qui détermine Îles arrachements dont nous voulons parler. L

« L’étaleuse est la machine qui a pour but de transformer en un ruban continu, les cordons ou paquets de lin provenant du peignage.

« Pour en exposer le fonctionnement, nous sommes heureux de pouvoir reproduire les deux croquis (élévation et plan horizontal) de l'étude publiée par M. E. Grégoire Sur le travail mécanique de la filature du lin (2).

(1) Cette description est empruntée à l'ouvrage de M. le Professeur Guermonprez : Pratique chirurgicale des établissements industriels. Lille, 1885.

(2) Mémoire couronné en 1876 par l’Académie des Sciences, de l'Agri-

culture et des Arts de Lille.

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