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En chirurgie d'armée, il est fréquent de voir se produire ce mécanisme. D. J. Larrey rapporte que les cavaliers, en conduisant leurs chevaux à l’abreuvoir, ont l'habitude d'enrouler la bride autour d’un ou plusieurs doigts et se trouvent ainsi exposés à une traction violente de la main par un mouvement brusque de la tête du cheval ou par un écart ; il en résulte que cet effort imprévu exerce sur les doigts une puissance d’autant plus grande que l’action musculaire, surprise pour ainsi dire, reste nulle ou sans résistance. Le doigt cède donc à la force qui l’entraine, soit par une traction directe, soit par un mouvement simultané de torsion ; il est rompu, arraché, tantôt près d’une articulation, tantôt et plus souvent dans une articulation même.

C’est dans d’autres conditions de détails que s’est produit l’arrachement dans les cas rapportés par Nogier (1), Millet (2), Doubre (3), et Vercoutre (4). Dans ces quatre observations, le mécanisme est le même. Les cavaliers veulent attacher leur cheval à un anneau scellé dans le mur ; pour cela, ils engagent une anse de bridon dans l’anneau ; au moment où ils prennent cette anse sur l'index gauche, le cheval recule en levant brusquement la tête; le doigt est alors arraché par une traction perpendiculaire à son axe (fig. 2).

Dans la marine, un mécanisme analogue a été décrit. J. Rochard signale des exemples d’arrache-

(1) Mémoires de Médecine et de Chirurgie militaires. 1877. (2) — — 1879.

ment du pied, principalement dans la manœuvre de jeter l'ancre ou d'amener les voiles.

Fig. 2. — Mécanisme de l'arrachement des doigts chez les cavaliers.

Ce croquis est reproduit d'après une figure du Recueil des Mémoires de Médecine eébde Chirurgie militaires.

S'il en faut en croire C. Forget, les plaies par arrachement doivent être assez fréquentes en pralique navale, si l’on envisage la multiplicité des circonstances qui peuvent y donner lieu.

L'auteur relate « l’arrachement du bras dans l'exercice du canon ; et l’on conçoit que le jeu des manœuvres courantes peut occasionner de semblables accidents ; c’est ainsi qu'un doigt, une main, un membre entier, peuvent se trouver engagés dans une drissé, un bras de vergue, au moment où l’on amène ou brasse les voiles, et se trouver genopés, puis arrachés au moment où ils rencontrent la poulie, ou le conduit rétréci quelconque, que traverse la corde. Même accident peut avoir lieu au

D QE moment du mouillage, lorsqu'un membre engagé dans le câble arrive à l’écubier, etc.

« Ces plaies, ajoute C. Forget, offrent une surface très inégale, ordinairement sans hémorrhagie; et les accidents ne sont pas toujours en rapport avec les désordres; quelquefois elles exigent l’'amputation audessus de la blessure ; d’autres fois il suffit d’égaliser la blessure et d’en rapprocher les bords (1). »

Dans les milieux industriels, ce mécanisme se reproduit à chaque instant. La partie du membre enlevée par arrachement est fixée entre une corde et une pièce plus ou moins grosse, comme par exemple un tronc d'arbre, un cylindre quelconque : voilà la condition préalable, la fixation très solide, aussi solide que dans un nœud coulant, ou entre les mâchoires d’un-cheval qui mord. Une violente traction opère ensuite l’arrachement.

Le cas de M. Notta (de Lisieux) est une variété de ce mécanisme. Un bouvier conduit une vache à l’aide d’une corde qu’il tenait à la main, l'animal veut s'enfuir, le bouvier pour retenir la bête enroule cette corde autour d’un tronc d’arbre et a le pouce pris entre la corde et l'arbre ; il court après la bête; l'effort qu'il fait pour dégager son pouce, produit l’arrachement de ce dernier. — Ici on a bien, en effet, la très solide fixation préalable du pouce. L’arrachement se fait par traction violente effectuée par l’homme lui-même. — D’autres fois, le résultat

(1) Médecine navale ou nouveaux éléments d'hygiène, de pathologie

et de thérapeutique médico-chirurgicales, à l'usage des officiers de santé de la marine de l'Etat el du Commerce. Paris, 1832, 11, 377.

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