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Garengeot cite un fait semblable : « M. Arnaud, dit-il, pansa deux blessés qui avaient la trachée ouverte... Le second avait reçu un coup de pistolet. L'ouverture de la trachée artère n'était point parallèle avec la plaie de la peau et des chairs, de sorte que l'air qui sortait continuellement de la trachée artère, tant dans l'inspiration que dans l'expiration trouvant un obstacle du côté de la peau, se glissa dans les cellules graisseuses, et causa dans les trois ou quatre premiers jours un emphysème universel, comme s’il avait été soufflé par tout le corps, et surtout sa tête était monstrueuse. Notre opérateur fut appelé, et, ayant dilaté la plaie, il découvrit la trachée artère, y appliqua un morceau de papier mâché, et pansa le reste de la plaie à l'ordinaire. Le malade désenfla peu à peu, et guérit parfaitement bien. »
Ainsi, au commencement du dix-huitième siècle, des faits importants étaient désormais acquis. On savait, contrairement à l’idée que l’on s'était faite jusqu'alors, que les blessures du canal aérien peuvent guérir, et cela, même lorsqu'il existe des dégâts considérables. Presque tous les écrivains en effet qui nous ont laissé des travaux de chirurgie avant cette époque, rangent les plaies du larynx et de la trachée parmi les blessures mortelles ; et en tout cas, bien peu avant Ambroise Paré admettaient qu'elles pussent se réunir. Et cependant il ne s'agissait que des plaies par instruments tranchants et piquants.
Avicennes, il est vrai, pour prouver expérimentalement la possibilité de leur guérison, avait sectionné la trachée artère à une chèvre, et l'animal avait parfaitement guéri. Albucasis avait dit aussi que les plaies de la tra-
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gd ES chée pouvaient guérir. Mais les préceptes des deux grands médecins arabes avaient été presque totalement oubliés par leurs successeurs.
Les remarques d'Ambroise Paré, les observations de Habicot, de Dionis, de Garengeot ébranlèrent cette croyance jusque là universelle, et prouvèrent même, comme nous l’avons dit plus haut, que les plaies par armes à feu, les plus graves de toutes, sont néanmoins, malgré l'étendue des désordres qu'elles déterminent, parfaitement susceptibles de guérison.
Plus probante encore était l'observation que rapporte Van Swieten.
Je me souviens, dit Van Swieten, d’avoir vu il y à longtemps, un soldat qui demandait l’aumône de porte en porte, faisant voir une large ouverture qu'il avait à la trachée artère à la suite d’une balle, et qu'ilavait coutume de couvrir d’une éponge. Alors il pouvait parler facilement. Mais sitôt qu'il découvrait le trou, il perdait la voix.
L'histoire des plaies du larynx et de la trachée par armes à feu a été faite surtout par les chirurgiens militaires. Dans la pratique civile, en effet, on ne voit guère que des blessures de cette région par instruments tranchants, par exemple à la suite de tentatives de suicide. A la guerre, au contraire, les plaies du canal aérien, principalement du larynx, plus exposé que la trachée en raison de la saillie qu'il forme, sont relativement assez fréquentes.
Larrey a bien étudié ce genre de traumatismes, et il nous a fourni sur ce sujet des observations intéressantes que nous avons cru devoir consigner dans cette thèse.
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Les travaux d'ensemble qui ont eu lieu sur la statistique des blessures pendant les guerres de Crimée, d'Italie, la guerre de Sécession d'Amérique, la guerre franco-allemande, la guerre d'Orient de 1877, nous ont fourni d'abondants matériaux que l’on retrouvera dans le présent travail. Enfin, les relations que nous a données M: Nimier sur les traumatismes pendant l'expédition du Tonkin nous ont fourni deux cas intéressants.
Le Dictionnaire de Médecine pratique, le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales sont très brefs sur cette matière, ainsi que nos ouvrages classiques de pathologie chirurgicale. Nous y avons trouvé néanmoins de précieuses indications que nous aurions désiré seulement plus détaillées.
Signalons en terminant le travail de Witte (Arch. Ÿ. Klin. chir. XXI, 1877) qui traite des blessures du larynx par armes blanches et par armes à feu; l'ouvrage de Legouest (ch. XI) et le Traité de chirurgie d'armée de Fischer.