‹ Des pneumonies secondairesChapitre 3 sur 9 · FORMES · texte numérisé non relu

FORMES

Les symptômes de la pneumonie secondaire se grou- I pent et s’associent de différentes façons, et constituent ainsi un certain nombre de formes plus ou moins distinctes. On doit évidemment séparer d’abord, au point de vue des symptômes aussi bien qu’à celui de l’anatomie pathologique, la pneumonie hypostatique, la pneumonie lobulaire et la pneumonie à splénisation, de la pneumonie lobaire. En effet, tandis que celle-ci se présente assez fréquemment avec tous les signes rationnels et physiques de la pneumonie primitive, les autres états morbides sont très-souvent plus ou moins latents. En ne considérant que les symptômes, la physionomie de leur ensemble, ainsi que la marche de la maladie, on pourrait peut-être établir d’une façon très-générale les deux formes que Legendre a décrites dans l’histoire de la pneumonie catarrhale chez les enfants, savoir la forme asphyxique et la forme lente. Il est certain que la pneumunie consécutive peut se montrer sous ces deux formes, produisant dans un cas une oppression et une dyspnée croissante avec des symptômes d’asphyxie progressive, ou bien au contraire elle peut se développer lentement, miner peu à peu la constitution déjà affaiblie, et achever pour ainsi dire l’œuvre destructrice de la maladie primitive.

Mais il est une autre forme qui a un cachet bien plus

net, et que l’on ne peut se dispenser d’admettre, c’est la forme typhoïde, ataxique ou adynamique. Nous avons déjà signalé plusieurs des circonstances dans lesquelles la maladie revêt cette forme. Nous rappellerons surtout, parmi ces circonstances, les fièvres graves, toutes les affections en connexion avec une altération du sang, et les affections cérébrales. Cette forme a d’autant plus de tendance à se manifester que les sujets sont plus âgés et plus affaiblis (Laennec, Cruveilhier, Grisolle). Dans un certain nombre de cas, plus fréquemment que dans la pneumonie primitive, on a observé du délire.

Dans la pneumonie de la grippe, on a noté la prostration, et tout l’ensemble des phénomènes caractéristiques de l’état typhoïde ; langue sèche , noirâtre ou brune, stupeur profonde des traits, soubresauts des tendons et évacuations involontaires ; quelques malades ont présenté un délire violent suivi d’un état de roideur et de contracture (Grisolle). Mais, comme le fait remarquer cet auteur, ces différents troubles graves n’étaient pas en rapport avec l’étendue de la lésion, et l’on doit, pour les expliquer, tenir compte de l’affection générale primitive.

Quelquefois enfin, la maladie consécutive ne se révèle par aucune manifestation qui puisse éveiller l’attention du médecin, et le porter à examiner les organes thoraciques. C’est là la forme latente. Elle n’est pas rare dans le cours des maladies graves, lorsque l’affection secondaire se montre chez de jeunes enfants, ce qui est dû en grande partie à ce qu’elle est lobulaire, ou lorsque la maladie primitive a produit des troubles des facultés intellectuelles. Aussi l’observe-t-on assez communément chez les aliénés. « Chez eux, les sympathies sont émous-

« sées ou limitées ils continuent à marcher, à se pro- « mener et l’on ne pense pas à rapporter à la cause « véritable l’altération qu’on trouve quelquefois imprimée « sur leurs traits. Enfin ils succombent tantôt brusque- « ment, et dans une espèce de syncope, quelquefois dans « l’espace de quelques heures et dans un état d’orthop- « née, et à l’autopsie on découvre avec surprise une « inflammation étendue des poumons (Grisolle). » D’une façon générale la diminution de l’énergie nerveuse, la nature de la lésion, l’affaissement ou le trouble des facultés intellectuelles, sont les conditions qui déterminent l’état latent des pneumonies secondaires.

Page 1