MARCHE
Les pneumonies secondaires diffèrent sous le rapport de la marche des pneumonies primitives ; mais, comme le dit M. Grisolle (op. cit ., p. 352), on ne saurait avoir à ce sujet aucune règle fixe et invariable. Cet auteur a étudié la marche de la pneumonie de la fièvre typhoïde et a vu que dans les deux tiers des cas, elle suit une marche plus lente que la pneumonie ordinaire, fait signalé d’une façon très-précise par Stokes qui ajoute que, dans ces cas, des hépatisations chroniques (il veut dire probablement prolongées) avec ou sans fièvre hectique, ou des congestions obscures, peuvent durer plusieurs semaines. 11 y a là probablement un peu d’exagération ; le plus souvent, dans les deux tiers des cas, selon M. Grisolle, les signes d’engouement obscurs, mal dessinés, persistent pendant plus d’un septénaire : dans les autres cas, la marche est plus rapide, et la pneumonie, d’abord limitée à un poumon, a une grande tendance à envahir l’autre poumon et à se terminer par la mort.
Dans la pneumonie de la grippe, M. Grisolle a vu quelques-uns des signes stéthoscopiques se maintenir chez plusieurs malades jusqu’au 36e, 37e, 39e et 51e jour, la santé s’étant d’ailleurs entièrement rétablie.
On constate que la pneumonie secondaire de la phthisie pulmonaire, des affections du cœur et du cerveau, a en général une marche analogue à celle de la pneumonie secondaire de la lièvre typhoïde.
Les phlegmasies pulmonaires consécutives à la néphrite albumineuse, à la rougeole, à la variole, à la phlébite, ont ordinairement des allures bien plus rapides. Nous voyons dans le Traité de la pneumonie , auquel j’ai emprunté ces détails, que « sur 16 individus, il en « est 13 ou 14 chez lesquels il a suffi de 12, 24 ou « 36 heures au plus pour voir la pneumonie passer de k l’engouement à l’hépatisation rouge ou à la splénisa- « tion. » Chez les déments paralytiques, une durée de 3 jours suffit pour que la pneumonie parcoure ses phases et pour que l’on trouve à l’examen nécroscopique les lésions de ses divers degrés (Thore, cité par M. Grisolle).
Une particularité intéressante relative à l’étude de la marche de la maladie, c’est la mobilité qu’elle peut présenter dans certains cas. J’ai déjà parlé de ce fait : M. Beau a montré que ce caractère s’observe dans 1a, pneumonie des vieillards, et plusieurs observateurs ont confirmé cette remarque. La respiration bronchique apparaît avec une grande rapidité (Boraud, Thèse de Paris, 1847), se déplace, s’entend parfois des deux côiés en même temps, disparaît du matin au soir, et est perçue le lendemain sur un autre point (Roccas, Thèse de Paris, 1850, p. 14). On ne comprendrait pas cette mobilité si l’on admettait que dans ces cas il s’agît de la vraie pneumonie; mais nous savons qu’il n’en est rien, et que, dans les broncho-pneumonies des vieillards, la lésion pulmonaire est une splénisation, ou même qu’elle peut offrir de grandes analogies avec l’atélectasis'infantile.
C’est aussi parce que, dans certains cas, la pneumonie secondaire du rhumatisme appartient au même genre de lésion ou bien parce qu’elle a à peine dépassé la période d’engouement, que l’on se rend compte de la rapide ré-
trocession (Trousseau, loc. du) qui fait quelquefois disparaître cette deutéropathie. La mobilité de la pneumonie rhumatismale peut se manifester encore par des fluctuations singulières des symptômes, les phénomènes stéthoscopiques apparaissant ou disparaissant d’un jour à l’autre, en suivant exactement les alternatives de l’affection articulaire (Grisolle, Traité depatli. inU , 1855, t. II, p. 859). Cependant il faut noter que la pneumonie secondaire du rhumatisme, une fois déclarée, suit en général une marche analogue à celle de la pneumonie primitive.
Dans les circonstances rares dont j’ai parlé précédemment, où l’on pourrait admettre une pneumonie secondaire , consécutive à la fièvre intermittente simple, cette phlegmasie affecte , mais seulement dans les premiers temps , une marche intermittente ou rémittente, les phénomènes locaux pouvant se montrer par accès, et disparaître ou diminuer pendant les intermissions.
Dans la pneumonie catarrhale, surtout celle des épidémies de grippe , la marche est souvent irrégulière. Chez un quart des malades observés par M. Grisolle, la pneumonie demeurait deux, trois et même six jours stationnaire à l’état de simple engouement, puis tout à coup elle passait au deuxième degré (op.cù., p. 424).
Chez les enfants , la marche des pneumonies secondaires varie suivant qu’elles se présentent sous la forme asphyxique ou sous la forme congestive. Dans le premier cas, la marche est rapide ; dans le second cas , elle est lente. Dans cette dernière forme, il y a une exacerbation très marquée tous les soirs, et le paroxysme se calme vers le matin (Legendre).
Chez les vieillards , dont les pneumonies secondaires sont le plus souvent des broncho-pneumonies , comme
sc
Ni
et
sp!
teiï
chez les enfants, on retrouve les mêmes formes de la maladie (Roccas), et par conséquent, il y a la même différence dans la rapidité de la marche selon qu’ils sont affectés de la forme asphyxique ou de la forme congestive.