IV AVANT-PROPOS
« raconté, lui écrit Pierre Bérenger, que, dans les pre- (( mières années de ta jeunesse, ton occupation prin- < cipale était de composer des chansons bouffonnes, (( des vers mondains, cantiimculas mimicas et urbanos « fnodulos. Et certes ce que j'avance n'est pas fondé « sur un bruit incertain ; c'est ce que m'a certifié la (c maison qui fut ta première nourrice. N'est-il donc (c pas resté au fond de ta mémoire que tu faisais de (n constants efforts pour surpasser tous tes confrères a; dans les combats de poésie rythmique, dans les « tours de force de malice et de raillerie? Ne te (C rappelles-tu pas combien il te semblait désagréable, « humiliant, de rencontrer un rival dont les invec- « tives n'eussent pas moins de sel que les tiennes ? (C Je pourrais, sur la garantie de témoins dignes de « toute confiance, insérer ici quelques-uns de tes « vers badins ; mais je craindrais de compromettre « par des citations déshonnêtes la gravité d'un écrit « qui a les choses de la foi pour objet. » Si peu que Von ait de curiosité littéraire, on doit regretter que le vengeur d'Abélard ait été si discret. « D'ailleurs, « ajoute-t-il, ce que tout le monde sait n'a pas besoin « d'être prouvé (1). » Mais ce que tout le monde savait
(1) Berengarii Apologelicum AbsBlardi, dans le n* 1896 des mss. ht. de la Bibl. nat., fol. 185 v».