‹ Des poèmes latins attribués à saint BernardChapitre 2 sur 21 · H AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

H AVANT-PROPOS

grand nombre de poèmes latins ont été plus ou moins souvent attribués à saint Bernard, et Mabillon en a publié plusieurs. Quels ont été les motifs de ses préférences? Il est difficile de le deviner. En effet, dit-il, saint Bernard n'est peut-être Tauteur ni des uns ni des autres, et la raison qu'il en donne, c'est qu'il était interdit aux religieux cisterciens de rien 'exprimer dans un langage soumis aux lois delà métrique': Cistercienses nihil admittebant quod metricis legibus coer^ cerelur {l). Celte raison n'est-elle pas décisive? Elle a, du moins, semblé l'être à de bons critiques, notamment à Glémencet (2) ; elle est pourtant sans aucune valeur. Jamais il ne fut défendu, chez les cisterciens, de faire des vers métriques. Mabillon s'est ici trompé. Pour être facilement convaincu de son erreur, il n'aurait eu qu'à parcourir d'un regard attentif quelques pages du livre consacré par Charles de Visch aux écrivains de son ordre. Chez les cisterciens, comme chez les clunistes, les poètes abondent, surabondent; et qui s'en étonne ? La vie du cloître avait de grands loisirs, qu'il fallait occuper, et la distraction habituelle des lettrés, dans tous les genres de solitudes, est de

{{) Bernardi Opéra, éd. Mabillon; Paris, Gaume, t. II, col* (2) Hist. liUér. de S, Bernard, p. 379.

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faire des vers bons ou mauvais. Voici maintenant les termes du décret que Mabillon et Glëmencet ont mal compris : Monachi qui rijthmos fecerint ad domos aliénas emittantur, non reversuri nisi par capitulum générale. Ainsi le décret concerne, non les vers métriques, mais les vers rythmiques, qui, pour la plupart, étaient fort libres. Quand on s'est imposé la tâche de lire quelque recueil de ces vers, comme, par exemple, celui des moines de Benedictbeuern, récemment publié sous le titre de Carmina burana, on comprend sans peine qu'il ait un jour paru nécessaire de condamner une si grande licence, après l'avoir trop longtemps tolérée. <^/

Remarquons, d'ailleurs, que cette sentence capitulaire contre les vers rythmiques est de l'année H 98. Elle est donc bien postérieure à saint Bernard, mort le 20 août 1153. Gela nous autorise à conclure que, du temps de saint Bernard, on pouvait cultiver, chez les cisterciens, ce genre de poésie, sinon sans être blâmé, du moins sans encourir la peine de Texil ; et, sll était besoin de confirmer cette conclusion par une preuve positive, cette preuve nous serait fournie par l'exemple de saint Bernard lui-même, comme nous

l'atteste un de ses contemporains, qui peut être en cela tenu pour un témoin irrécusable, a On nous a

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