I. De contempta mundi
Le mépris de ce monde est un lieu commun fréquemment amplifié, soit en prose, soit en vers. Le moyen âge nous ayant laissé beaucoup de poèmes sur cette matière banale, il a paru convenable à divers copistes d'en attribuer six ou sept à saint Bernard.
Si. nous disons six ou sept, laissant le nombre incertain, c'est que plusieurs de nos copistes ont réuni deux poèmes que d'autres nous offrent séparés. Mais la séparation a finalement prévalu et devait prévaloir.
Le premier de ces deux poèmes, commençant par
Chartula nostra tibi mandat, Rainalde, salutes, est, au point de vue métrique, d'une composition
assez bizarre. Tous les vers ont six pieds , mais avec une grande variété de coupe et de rythme. Divisez ce poème par fragments : vous trouverez dans chacun des fragments une série d'hexamètres qui diffère en quelque manière de la série précédente. Ainsi, le prologue a dix vers dont huit sont rimes. On lit ensuite vingt-cinq vers léonins, puis vingt-six rimes, cent quarante léonins et douze dactyliques où le second dactyle rime avec le quatrième, tandis que le spondée rime avec le spondée du vers suivant. Viennent après quatorze vers dont le mode n'est pas moins compliqué, chaque hexamètre offrant une succession de trois adoniques, dont les deux premiers riment ensemble, le troisième avec le troisième du vers immédiatement inférieur ; enfin, deux autres séries d'hexamètres rimes ou léonins, Tune de vingt-quatre vers, Tautre de cent vingt-deux. Nous avons peine à nous persuader qu'on ait pu trouver de l'agrément dans cette diversité. Ce que nous croyons plus volontiers, c'est que l'auteur d'un tel poème s'est d'abord proposé, non de charmer son lecteur ou de lui donner une leçon de morale, mais de se montrer habile en des genres d'exercice très variés.
Les nombreuses copies de ces vers sont, pour la plupart, anonymes. Il nous suffit de faire remarquer qu'ils se rencontrent sans aucun nom dans le n® 401 (fol. 221) des manuscrits français, à la Bibliothèque nationale, dans les n^" 3549 (fol. 113), 8023 (fol. 45), 8460 (fol. 31), 8491 (fol. 70), 11344 (fol. 7), 14176 (fol. 18), 15155 (fol. 149), 15160 (fol. 103), 15161 (fol. 51)i des manuscrits latins de la même biblio-
thèque, et dans les n^ 1345 de la Mazarine, 106 de Charleville, 663 de Troyes, 115 de Saint-Omer, 547 de Bruges, 4416 et 7740 de Munich, 4548 et 4924 de Vienne. L'œuvre étant devenue classique, l'auteur avait obtenu le genre de succès qu'il avait, à notre avis, recherché ; mais, si goûtée que fût l'œuvre, l'auteur était ignoré. La plus proche parente de l'ignorance est la crédulité. Des gens crédules dirent donc qu'un si beau poème était venu directement du ciel, apporté par un ange, mais un ange innommé : Alii dicunt quod fuit missus de cœlo per angelmn (1). Cependant cette vague assertion ne fut pas, même alors, généralement admise; il se rencontra plus d'un copiste qui crut avoir le droit de se prétendre mieux informé. C'est pourquoi nous ne manquons pas de manuscrits où figurent des noms très divers. L'auteur indiqué dans un volume de la bibliothèque Gottonienne (2) et dans le n^ 8207 (fol. 18) de la Bibliothèque nationale est le pape Damase; dans le n° 10734 (fol. 65) du même dépôt, c'est le pape Gélestin, à qui certains faiseurs de téméraires conjectures ont préféré le pape Sylvestre l*', beatus Silvester (3) ; c'est Jean de Garlande dans le n^ 360 de Leyde (4) et dans un volume de Saint-Bénigne désigné par Montfaucon (5) ; dans un manuscrit de Vienne,
(1) Voir une glose qui se lit en tête du texte contenu dans le n* 8023 de la Bibliothèque nationale.
(2) Édélestand Du Méril, Poés. popuL latines du moyen âge, p. 125.
(3) Voir la glose du n" 8023 (fol. 45) de la Bibliothèque nationale.
(4) liist, littér, de la Fr., t. XXII, p. 950.
(5) Bibliolh. bihl., col. 1286.
c'est un frère Prêcheur qui n'a pas voulu se nommer (1) ; d'autres supposaient plus volontiers soit un frère Mineur, soit un moine blanc (2) ; enfin dans les n~ 3562 (fol- 157) de la Bibliothèque nationale, 227 du Mont-Gassin, 4413 et 7678 de Munich, l'auteur est nommé Bernard. Gomme on le voit, il existe un complet désaccord entre les copistes. Eh bien, quoique les auteurs par eux désignés soient déjà très nombreux, nous avons à joindre encore un nom à tous ceux qu'ils nous ont proposés, celui de Tarchevêque Hincmar, que l'on rencontre, sous le n® 3549, dans le Catalogue des manuscrits latins de la Bibliothèque nationale. Les rédacteurs de ce catalogue se sont généralement abstenus de faire aucune conjecture. Où donc ont-ils lu ce nom d'Hincmar ? Voilà ce que nous ignorons.
On s'explique facilement qu'une telle mésintelligence ait mis les imprimeurs du xv® siècle dans un grand embarras. Le poème étant encore estimé, il leur parut avantageux d'en multiplier les exemplaires. Mais à qui l'assigner? Quelques-uns n'osèrent l'assigner à personne ; une ancienne édition in-4'', publiée, sans date, chez Denys Mellier, n'offre aucun nom. L'éditeur du recueil intitulé Aiictores octo paraît avoir été le premier qui, pour augmenter le crédit de la pièce, l'ait fait imprimer sous le nom de saint Bernard. Encore n'a-t-il pas voulu prendre à sa charge la responsabilité de cette attribution, a On a pense, dit-il, communément, coînmimiter teneiur,
(1) Denis, Catal, man^lheol. Vind., t. I, p. 628.
(2) Voir la glose du n- 8023.
que saint Bernard, étant dans sa première jeunesse, « avait un compagnon qu'il aimait beaucoup et qu'il « avait tenté de gagner à son ordre, mais sans y « réussir, et que, voyant l'insuccès de se# efforts, il « avait alors composé ce poème pour lui, avec Tes- (c poir de l'amener, du moins, à dédaigner ce monde, (( et à rechercher les joies du paradis. » Ainsi le fondement de Tattribution était une simple historiette, c'est-à-dire un conte fait à plaisir. Gela n'était peutêtre pas une raison suffisante pour qu'elle ne fût pas acceptée ; il parait toutefois qu'elle eut des contradicteurs. La glose que nous venons de traduire se trouve, il est vrai, reproduite dans une édition in-4'*, sans date, pubUée chez Antoine Gayllaut^ et dans une autre, de même format, de l'année 1499, qui porte le nom du libraire Lenoir. On nous indique encore le nom de saint Bernard dans une troisième édition, . non datée, qui fut faite, dans la ville de Gaen, par Laurent Hasting (1), et dans une quatrième, donnée en 1493, à Leipzig, par Arnaud de Cologne (2). Cependant une copie de l'année 1516, conservée dans le n*^ 902 (fol. 185) de la Mazarine, rious avertit que, malgré la garantie de tous ces éditeurs, beaucoup de gens tenaient encore l'attribution comme peu digne de confiance. On lit en effet le nom de saint Bernard en tête de cette copie, mais sous cette réserve : ut aliquibtts placet. Ainsi, dès l'année 1516, l'attribution n'était déjà plus admise que par quelques personnes. Elle ne le fut pas, en 1540, par le premier
(1) Hùt, litt, de la Fr., t. VHl, p. 91.
(2) Hain, R^rt. hibl., t. I, p. 376.
éditeur de toutes les Œuvres de saint Bernard, Josse Clichtove, ni même par le second, Jean Gillot en 1586. Elle fut enfin rejetée par tout le monde quand, dans les pfemières années du siècle suivant, en 1610, Eilhard Lubin, éditant une fois de plus, dans la ville de Rostock, ce poème toujours, comme il parait, goûté, le présenta sous le nom d'un aiftre Bernard, moine de Cluny, Bernard de Morlas.
La question semblait donc résolue. Trois grandes éditions de saint Bernard parurent de Tannée 1616 à Tannée 1642 : celle de Carminati, celle d'Horstius et celle de Tlmprimerie royale. Dans aucune ne se rencontre le fameux poème, et Bernard de Morlas était en pleine possession de Tœuvre, lorsqu'il survint un incident qui fit naître de nouveaux doutes. Le P. Poussines, de la compagnie de Jésus, étant à Rome .et travaillant sur les manuscrits du cardinal Ghigi , y rencontra, sous le nom de saint Bernard, le poème si souvent copié, si souvent imprimé. Il n'y avait pas à faire bruit de celte découverte. Cependant le P. Poussines la crut de grande importance, ne connaissant, comme nous avons lieu de le croire, aucune des éditions anciennes , pas même celle d'Eilhard Lubin , et il s'empressa de livrer à la presse le texte qu'il avait trouvé. Cette édition du P. Poussines est de Tannée 1663, et, peu d'années après , Mabillon Ta reproduite , mais sous toutes réserves.
Faut-il maintenant faire un choix parmi toutes ces attributions ? L'auteur n'est assurément ni le pape Célestin, ni le pape Damase, ni l'archevêque Hincmar,
ni Jean de Garlande (!)• Est-ce le frère Prêcheur du manuscrit de Vienne? Celui-ci Faurait, dit-on, com-, posé pour un de ses frères, un séculier, un mondain, un cardinal. Voici le titre du manuscrit, tel que le cite Denis : Liber metricus De contemptu mundiy editus a quodam de ordine Prœdicatorum , quem ad fratrem sv/um cardinalem misU. Mais ces détails, qui semblent précis, sont absolument chimériques. Il est vrai que le poème est adressé par Tauteur à son frère ; ce qui n'est pas vrai, c'est que ce frère soit un cardinal ; c'est un très jeune enfant, à qui le poète dit:
Fortassis puero tibi frustra mittere euro Istum sermonem, quia non capis hanc rationem ; Sed pater immensus perfectos det tibi sensus, Roboret œtatem, tribuat simul et probitatem.
Ainsi le frère Prêcheur doit être écarté. Il doit l'être avec d'autant plus d'assurance que la composition du poème est certainement antérieure à l'institution de son ordre. C'est ce que nous prouve la date précise de la copie contenue dans notre n° 3549. Cette copie est de Bernard Ithier, le bibliothécaire de Saint-Martial de Limoges, qui nous en informe par une note de sa main : ScrlpsU Bernardus Itherii, armarius. Et
il ajoute : Anno i207 ab incarnatione Dominiy Johanne^ Anglorum rege, veniente de Anglia a la Rochela. Il est donc évident que ce poème, dont Bernard Ithier ne connaissait plus l'auteur en 1207, n'est d'aucun religieux mendiant, ni Prêcheur, ni Mineur. Mais cela
(1) Notices et extr. des mss,, t. XXVII, 2* part., p. 1.
n'est pas une raison suffisante pour Tattribuer à saint Bernard. A notre avis, Mabillon a très judicieusement refusé de souscrire à cette attribution tout à fait chimérique (1). Le poète nomme ce jeune frère qu'il veut détourner du monde, et le nomme Rainaud. Or Guillaume de Saint-Thierry nous apprend que saint Bernard eut trois frères plus jeunes que lui; mais il nous fait en même temps connaître que ces trois frères s'appelaient Nivard, Barthélémy et André. Cet argument suffirait, il nous semble, à défaut de tout autre, pour faire écarter une conjecture nullement justifiée; et ce n'est pas le seul que nous ayons à produire. Saint Bernard était un théologien sans philosophie, mais non sans culture littéraire ; son style, qui est celui d'un homme attentif à bien dire, n'a pas moins d'élégance que de vigueur. Ajoutons que cet ardent professeur d'orthodoxie, qui défendait aux autres, avec tant d'âpreté, la lecture d'Aristote et de Platon, était en commerce habituel avec Ovide, qu'il citait souvent de mémoire. Or on peut être bien certain que les vers pénibles, lourds et pédants de l'épitre au jeune Rainaud ne sont pas d'un lettré qui prisait particulièrement le maître des poètes faciles.
Enfin, si l'auteur n'est pas Bernard de Glairvaux, est-ce Bernard de Cluny ? On a de ce cluniste un autre poème, en vers dactyliques, sur le mépris du monde, qui commence par :
Hora novissima, tempora pessima sunt, vigilemus. Ëcce mînaciter eminet arbiterille supremus
(1) S. fiernardi Opéra, t. II, col. 893.
Quoique ce poème, très prisé, qu'on 's'en étonne, par Gaspard de Barth, soit d'une longueur démesurée et qu'en apparence il n'y manque rien, il n*est certes pas impossible qu'un moine oisif et mélancolique ait traité plusieurs fois, comme on l'assure, un sujet si fécond. La supposition d'Eilhard Lubin serait peutêtre en ce cas, comme nous l'avons dit ailleurs (1), la moins invraisemblable. Il vaut mieux toutefois, telle est notre conclusion, ne rien supposer. On constate, à la vérité, que dès la fin du xiii® siècle, des maîtres, que leurs écoliers devaient croire sur parole, ne faisaient qu'un seul personnage, u-n seul poète, de Bernard, l'abbé de Clairvaux, et de Bernard, le moine de Gluny. C'est, en effet, la confusion qu'a commise Hugues de Trimberg dans son Registrum multorum auctorum. Mais ce poète unique, c'est suivant Hugues de Trimberg, l'abbé de Clairvaux, à la fois auteur du poème dactylique et de l'épitre au jeune Rai- ' naud (1) :
Qui docte composuit majorem et minorem Mundi contemptum.
C'est le même auctorista qui donnait à maître Alain de Lille le Floridus aspectus de Pierre Riga, et à certain Philon un poème récent d'Ulrich de Battenberg. On n'avait, en ce temps-là, que de vagues ou fausses notions d'histoire littéraire.
Le poème dont nous allons maintenant aborder
(1) Notices et extr. des mss.^ l. XXVII, 2® part., p. 24. (l) Sitzungsberichte der kais, Acad. der Wissenschaften^ Vienne, 1888, p. 174.
10 DES POÈlfES LATINS
l'examen n'a pas été recueilli par Mabillon. Cependant, quoiqu'il se rencontre isolément, sans aucun nom d'auteur, dans les n°> 8460, 8491 et 11344 de la Bibliothèque nationale, il est joint au précédent, avec ou sans le nom de saint Bernard, dans plusieurs copies, notamment dans celle de Bernard Ithier, et dans plusieurs éditions du xv* siècle, celle de.Denys Mellier, celle d'Antoine Cayllaut et dans toutes celles des AUfCtores octo. Disons d'abord que cette jonction n'est aucunement acceptable. Les vers à l'adresse du jeune Rainaud,qui se terminent par i4men, ont une fin bien marquée. Mais n'insistons pas sur cela, car il y a bien d'autres choses qui démontrent à quel point les deux poèmes sont étrangers l'un à l'autre.
Quoique le premier soit divisible, comme on Ta dit, en un certain nombre de fragments diversement rythmés, la matière en est une. C'est un discours à l'adresse d'un jeune homme, une fois nommé, plusieurs fois désigné par le mot « frère. » Un examen attentif du second nous a bientôt fait reconnaître que c'est, non pas un vrai poème, mais un assemblage confus de pièces disparates, dont le style diffère autant que le rythme. Ont-elles, du moins, pour unique objet, comme le porte le titre, d'enseigner le mépris de ce monde ? Nullement ; il y a de tout autres enseignements. A qui doit-on attribuer la fabrique de ce pot pourri? Voilà ce qu'on ne saura jamais. L'âge de quelques manuscrits semble indiquer un professeur de grammaire qui vivait dans les dernières années du xiii'' siècle. Mais cela même est incertain ; quelques recueils sont, en effet, plus considérables
que d'autres, et ceux qui le sont le plus se rencoû* trent en des manuscrits relativement modernes. Ce prétendu poème est peut-être, en son dernier état, une œuvre du siècle suivant.
Le prenant donc en ce dernier état, tel que nous TofiFrent les éditions du xv* siècle, nous allons en séparer les membres mal assortis et produire tous les renseignements que nous avons pu recueillir sur les pièces variées qui le composent.
La première, qui commence par :
In re terrena nihil est aliud nisi pœna,
manque dans la copie de Bernard Ithier. C'est une suite de treize hexamètres, dont les douze premiers sont léonins et finissent tous par la même assonance. Dans un assez grand nombre de manuscrits cette pièce est en elle-même un tout parfait, qui ne réclame aucun appendice. Elle est ainsi complètement isolée dans le n® 8023 (fol. 51) de la Bibliothèque nationale et deux fois dans le n« 13468 (fol. 36 et 131). Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si M. Zingerlé Ta donnée comme une œuvre entière dans un des recueils de l'académie de Vienne (1). Quant à l'auteur, il est tout à fait ignoré.
A celte pièce succède une autre, de soixante-deux hexamètres léonins, dont voici le premier :
Jérusalem ci vis, fragili dum corpore vivis.
C'est un discours suivi sur la conduite qu'il faut tenir
(1) Bericht ûber die Sterzinger mùcellaneenhandschriftf dans Phil-hist. Classe der Wiener Akademie (1886), p. 293-340.
pour mériter le ciel. Il est non seulement suivi, mais encore achevé ; ainsi nous le trouvons, sans rien de ce qui précède et rien de ce qui suit, dans le n° 3941 de Munich. Ces méchants vers ne semblent pas avoir obtenu, comme beaucoup de semblables, un succès immérité. Noijs en trouvons néanmoins deux extraits en deux recueils différents.
Ainsi la vive supplique :
Despice labentem mundum, fugito fugientem.
est tout entière au fol. 14 du n*^ 115 de Saint-Omer, et cinq autres vers, commençant par :
dives, dives, non omni tempore vives,
ont été transcrits dans len° 519 de Berne. A qui rapporter cette pièce ? On y remarque des vers à peu près ou même tout à fait pareils à quelques-uns de Tépître au jeune Rainaud; comme celui-ci :
Angelicique chori divina laude sonori.
Quel est donc^ des deux poètes, le plagiaire? C'est, à notre avis, l'auteur de l'apostrophe au citoyen de Jérusalem. Nous trouvons, en effet, dans cette même pièce, d'autres vers empruntés ailleurs, notamment, comme nous le dirons plus loin, aux poésies de Marbode. D'où l'on peut conclure qu'elle est une des plus modernes de tout le recueil. Mais cela ne nous apprend pas à qui nous devons l'attribuer. La pièce est anonyme dans le seul manuscrit qui nous l'offre isolée.
Suit un pêle-mêle de courts fragments que rien ne rattache les uns aux autres, ni la doctrine ni le
rythme. Ce sont d'abord seize hexamètres rimes sur la vanité de tous les plaisirs et de tous les soucis mondains, commençant par ;
Plus amat exilium miseri miser orbis amator Quam patriam, semperque cupit vagus esse viator.
Tout est vanité, même l'étude ; surtout l'étude, s'il s'agit de la philosophie :
Quîd genus et species, quid opes, quid fama valebit, Quando nil dives, sed totum pauper habebit ?
Aussi le vrai chrétien doit-il tenir en égal mépris Aristote, Socrate et Platon. Ces vers détestables sont, comme il semble, de^quelque moine très peu lettré. Après vient une maxime touchant les voluptés périlleuses, en deux hexamètres léonins ; puis une véhémente diatribe contre les femmes, dont plusieurs vers sont tirés de l'épitre au jeune Rainaud :
Si Dominum quœrîs fuge colloquium mulieris, Colioquium quarum nihil est nisi virus amarum.
A ces hexamètres succède enfin un distique qui se lit partout (1) :
Alea, Bacchus, amor meretricum reddit egentem ; Nunquam qui sequîtur hœc tria dives erit ;
et à ce distique une autre sentence, en deux hexa-
(1) On exprimait encore ainsi la môme chose :
Alea, vina, Venus, tribus his sum factus egenus ; Haec tria qui sequiturmox miser eflicitur.
Nous tirons ce distique d'une glose contenue dans le n* 8427 de la
Bibliothèque nationale, fol. 43. On retrouve l'un de ces vers, le
premier, dans le n* 11412, fol. 103.
mètres léonins, qui ne sont pas mieux tournés. Rien n'est lié, disons-nous, dans ce fatras de dictons vulgaires. Mais aussitôt après le ton change, s'élève, et nous avons une série de vers graves, dont l'objet est de recommander le mépris des richesses. Mortel, durant cette vie qui doit sitôt finir, ne songe pas autant à tes héritiers, songe plus à toi-même, et, pour mériter le salut éternel, hâte-toi de donner tous tes biens aux pauvres. Telle est la moralité de cette déclamation poétique.
En voici l'exorde :
Yitœ prsesentis si comparo gaudia ventis, Cum neutrum durât, nemo reprehendere curet.
Ornais in hoc mundo fidens est sicut arundo, Quam ventus agitât fluviusque simul labefactat...
Il est certain que ces vers sont graves ; il ne Test pas moins qu'ils sont tout à fait disgracieux. A ces deux traits on pourrait presque en deviner l'auteur, s'il n'était pas indiqué. Il ne Test pas, il est vrai, dans toutes les copies : ainsi, dans les n^^ 2380 (fol. 123) et 8023 (fol. 52) de la Bibliothèque nationale et dans les n°» 434, 702 et 710 de Berne, ce petit poème est anonyme. Il a même été publié récemment sans aucun nom par M. Hermann Hagen (1). Mais cette édition n'est pas la première ; nous en avons une autre, donnée par Beaugendre, sous le nom de Marbode, d'après un manuscrit de Saint-Gatien (2)^
(1) Herm. Hagen, Carmina medii xvi, p. 164.
(2) HUdeberti Opéra et Marbodi opuscuki, éd. Beaugendre, col. 1572.
et c^est, en effet, à Marbode que ce petit poème appartient.
Dans la copie de Bernard Itbier, il est distingué de celui qui suit par un signe divisif. Ainsi Bernard Ithier avait reconnu qu'il copiait des pièces diverses, dont, avant lui, quelqu'un avait cru faire une sorte de tout. Celle que le signe précède, commençant par :
Vos qui diligitis bona quœ retinere nequitis Et non diligitis quse perpetualia scitis,
est pourtant de la même facture, du même style, que celle doDt le signe la sépare. Ajoutons qu'elles sont l'une et l'autre du même auteur. 11 est vrai que la seconde se rencontre souvent, ainsi que la première, sans aucun nom, comme, par exemple, dans les n" 2380 (fol. 124) de la Bibliothèque nationale, 901
de Vienne, 434, 702 et 710 de Berne. Il est encore vrai que M. Hermann Hagen l'a publiée (1), dans ces derniers temps, sans en indiquer l'auteur, qu'il ne connaissait pas. Mais on a de cette pièce, ainsi que de la précédente, une édition antérieure, sous le nom de Marbode (2). Comme on la doit à Beaugendre, l'attribution peut être suspecte. Elle ne le serait pourtant pas, il nous semble, à bon droit. Marbode n'écrit pas en vers comme tout le monde. Assurément il manque de grâce, mais il exprime avec vigueur des pensées fortes ; sa versification n'est pas assez littéraire, mais elle a, dans sa rudesse, une remarquable originalité. On l'a, de son temps, très estimé. C'est pour
(t) H. Hagen, Carmina med» a?»î, p. 165.
(2) Hildeberti Opéra et Marbodi opusctUa^ col. 1572.
cela sans doute qu'on Ta souvent pillé. Ainsi deux vers de cette pièce, les suivants :
Nescis quee servas ad cujus opus coacervas, Aurum quodnosti servatur forsitanbosti,
se retrouvent dans celle du plagiaire que nous avons plus haut dénoncé. Il en aurait pu dérober de meilleurs. Notons enfin que, dans les manuscrits et dans les deux éditions où la pièce est isolée, elle a cinq vers de plus que dans le prétendu poème.
Viennent après quatorze vers de fabrique diverse sur les inconvénients de la gourmandise, qui sont ici tout à fait déplacés, ne se rapportant ni à ce qui précède ni à ce qui suit. Ce qui fait d'abord supposer qu'ils sont d'auteurs différents, c'est que les uns sont léonins et les autres rimes. Ce qui confirme ensuite dans cette opinion, c'est que toutes les copies n'en offrent pas la série complète. Nous sommée, d'ailleurs, en mesure de prouver péremptoirement cette diversité d^origine. Cinq de ces quatorze vers, commençant par :
Ut physicus fatur, parcus de morte levatur,
appartiennent au poème célèbre qu'on a coutume d'attribuer à Jean de Milan, sous le titre de Scola Salernitana (1). Quant aux deux derniers,
Sume cibum modice, modico natura tenetur; Sic carn'em refice ne mens jejuna gravetur,
(notons qu'ils ne se lisent pas dans la copie de Ber-
(1) Scola Salemit; p. 136 et 181 de l'édition de Tannée 1625.
nard Ithier]^ ils sont empruntés à un quatrain anonyme qui se rencontre dans les n*' 13468 (fol. 131) de la Bibliothèque nationale et 593 (fol. 24) de la Mazarine. Quelquefois même les deux vers intercalés ici sont cités à part, comme résumant tout le quatrain. Ainsi nous les trouvons à la page 72 des Carmina burana, avec la variante : Sic corpus refice\ et M. Schum les a récemment donnés avec cette autre variante, d'après un manuscrit d'Erfurt :
Sic ventrem refice ne mens jejuna gravetur (1).
Et puis reparaît l'avarice , ou plutôt la convoitise des richesses, pour être de nouveau flétrie dans une autre série de vers mêlés. Voici d'abord onze hexamètres léonins, commençant par :
Qui studet in nummis hic prœfert intima summis.
Nous n'en connaissons pas l'auteur. C'est peut-être un fragment d'une pièce plus étendue. Quand les moines du moyen âge déclament contre l'or, ils ont habituellement l'haleine moins courte. A ces hexamètres léonins succèdent un distique :
Excubat et pallet delectans dives in ostro :
Tutus in exiguo stramine dormit inops ;
et deux hexamètres rimes :
Posse foramen acus citius transire camelum Scitnus, quam valeat homo dives scandere cœlum,
que nous avons rencontrés, confondus parmi d*au-
(1) Schum, Exempla cod. Erfurt.^ n* 46.
très vers anonymes, dans le n"* 8023 (fol. 54) de la Bibliothèque nationale.
Yoici maintenant quelques sentences sur des matières variées : Il faut aimer ses ennemis comme ses amis. Les dons que Dieu nous fait nous sont souvent funestes. Méprise le monde et toi-même. Dieu sait tout ; redoute sa justice, etc., etc. Deux de ces vers, qui commencent par Spernere mundum^ spemere nullum^ ont été publiés dans les Œuvres d'Hildebert et ne paraissent pas de lui (1); maisce n'est pas à dire pour cela qu'ils soient de saint Bernard. Viennent ensuite trois distiques, tirés d'un long poème où ne manquent ni la passion ni le talent. C'est encore un poème intitulé De contemptu mundi, qui fut imprimé pour la première fois, en 1573, dans les Œuvres de saint Anselme (2). M. Thomas Wright, jaloux de tout rapporter aux gens de son pays, en a fait récemment une édition nouvelle sous le nom d'Alexandre Neckam (3). Mais c'est une attribution insoutenable. L'ouvrage n'est pas d'un chanoine séculier ou régulier ; il est d'un moine, et les plus sûrs témoignages l'attribuent à Roger de Caen, moine du Bec (4). Le même Roger, mort vers l'année 1090, plus d'un demi-siècle avant saint Bernard, est aussi l'auteur des quatre distiques suivants, qui commencent par ce vers assez bien tourné :
(1) Notic, et extr. des niss., t. XXVIII, part. II, p. 376. — Les Mélang . poél . d'Hild . , p . 123.
(2) Sous le même nom au tome CL VIII de la Patrologie de Tabbé Migne, col. 690.
(3) Ânglo-lat. satiricalpoets, t» II, p. 175.
(4) Hisi. lut. de la France, t.- VIII, p. 421.
ATTRIBUAS A SAINT BERNARD 19
Gaudia perpétues pariunt mundana dolores ;
ce qu'on peut facilement reconnaître, quoique plusieurs copistes aient singulièrement troublé l'ordre des premiers vers qu'ils ont transcrits en les empruntant à divers passages du vieux poème (1). Trois séries d'hexamètres rimes ou léonins viennent après ces distiques. Nous en ignorons Tauteur ou les auteurs. Enfin ces extraits, dont la moralité diffère autant, pour ne pas dire plus, que le rythme, se terminent par quatre distiques que nous trouvons associés à d'autres vers dans le n® 8023 (fol. 54 v®) de la Bibliothèque nationale. Mais ces derniers distiques ne sont pas de Roger; ce dont nous avons lieu de le féliciter. Une pièce plus considérable suit cet assemblage de courts extraits. Cette pièce, composée de cinquantedeux hexamètres léonins, dont voici les deux premiers :
Memiserum! Quid agam? Porto sub pectoreplagam, Plagam peccati fœtentis et inveterati,
est anonyme dans les n*> 2380 (fol. 124), 3088 (fol. 78), 8023 (fol. 54), 8491 (fol. 76) et 11,344 (fol. 17) de la Bibliothèque nationale. Elle Test pareillement dans les n*^ 434, 702, 710, de Berne et 663 de Troyes. C'est pourquoi M. Hagen ne doit pas être trop blâmé de l'avoir récemment publiée sans nom d'auteur, la croyant inédite (2). Cependant elle avait été déjà plus d'une fois imprimée, non seulement dans notre pré-
(1) Ces divers passages se lisent, tome GLVIII de la Patrologie de rabbé Migne, aux col. 690, 691, 693.
p) Carmina medii sevh p. 175.
20 DSS POÈMES LATINS
tendu poème, mais encore à part et sous les noms d'auteurs différents. Nous Tavons, en effet, dans les Œuvres de Marbode (1), et nous en lisons les huit premiers vers dans celles de Gérald le Gambrien , qu'il convient mieux d'appeler Gérald ou Géraud de Barri (2).
Faut-il admettre que l'auteur de cette pièce soit Gérald de Barri ? Ge qui d'abord nous en dissuade, c'est que nous avons déjà reconnu plusieurs fourrures dans le recueil de ses poésies. Nous remarquons ensuite que , sous le rapport de la facture , il n'existe pas la moindre ressemblance entre les vers authentiques de Gérald et ceux que nous venons de citer. Enfin ces vers, que l'éditeur de Gérald met à son compte, sont cités par Gérald lui-même comme étant d'un autre que lui (3). Cet autre, pour nous comme pour Beaugendre, c'est bien certainement Marbode. La pièce est de son style; les vers en sont lourds, disgracieux, mal faits ; mais, s'ils étaient traduits en bonne prose, le morceau serait éloquent.
Nous venons d'entendre la prière d'un pécheur abîmé dans son repentir. Aussitôt qu'il a quitté la scène, apparaît brusquement (un philosophe d'une gravité sereine, qui se demande pourquoi le Dieu tout puissant, qui pouvait demeurer éternellement oisif, a cru devoir faire le monde, et pourquoi, l'ayant fait, il ne l'a pas fait meilleur :
Qusestio magna diu, multis meditantibus, orta est, Difficilis nimium prœ gravitate sui :
(1) Hildeberti Opéra et Marbodi opuscula, ed.Beaugendre, col. 1534.
(2) Giraldi Cambrensis Opéra, t. I, p. 370. #
(3) Spéculum eccUsim^ t. lY Operum Giraldi Cambrensis, p. 328.
Cur Deus omnîpotens aliquos formando creavit
Quos peccaturos noverat ipse prius ?
Dives ab œterDO, qui dives erat sine mundo,
Quid pro factura contulit ipse sibi?
Cur fecit quia sic voluit, oui tanta potestas
Ut quidquid verbo diceret esset opus?,.
Et le philosophe, s'étant adressé cette, question, certainement indiscrète, y répond ainsi :
Quœ sunt nunc, vel erunt, vel quee jam prœterierunt
Omnia divina mente fuere Dei.
Hic status œternus fuit et sine tempore rerum ;
Qua vita vivunt omnia vita Deus.
Quod fecit peritura sciens, cui cuncta patebant,
Ordo divinus consiliumque fuit.
Sic peccaturos Dominus jam noverat ante
Quam faceret Juste déficiente malo; Nam dédit arbitrio libertatem faciendi
Omne quod ex libito cuiqueplaceretopus.
Ergo posse bonum vel posse malum dédit illis,
Quo virtus aliquem pôsset habere locum.
Hinc malefactores sequitur damnatio justa,
Hinc justis juste justa corona datur.
Si Deus ad partem nos tantum cogeret unam,
Tune nihil afferret gratia vel meritum.
Ergo creando Deus bona vel mala quseque futura
Novit, et ex illis quid bonitatis agant.
Lucifer ex merito cecidit delapsus ad iraa,
Quod sprevit Domino subditus esse suo...
On doit reconnaître que cette pièce n'est pas banale. Le fond en est toujours sérieux ; la forme en est souvent lyrique. Cependant nous en avons vainement recherché quelque copie séparée du prétendu poème, et nous ^ avons de la peine à nous expliquer
comment une pièce de ce mérite n'a pas eu plus de succès. Peut-être ne Ta-t-on pas trouvée tout à fait irréprochable sous le rapport de la doctrine.
Les sept hexamètres qu'on lit après, commençant, dans quelques manuscrits et dans toutes les éditions, par :
mortalis homo, casus reminiscere vitœ,
mais qui devraient commencer par :
mortalis homo, mortis reminiscere casus,
sont tirés d'une pièce plus considérable dont l'auteur est Eugène de Tolède. Elle est sans nom dans plusieurs manuscrits, comme, par exemple, dans les n®' 8319 (fol. 41, 54) delà Bibliothèque nationale et 268 (fol. 42) de Berne ; mais elle porte le nom d'Eugène dans le n® 8071 (fol. 23) de la Bibliothèque nationale et dans le n® 455 (fol. 22) de Berne, lequel, étant du x® siècle, a beaucoup d'autorité. Elle a, d'ailleurs, été publiée sous ce nom par Sirmond (1) et par M. Hagen (2).
Les vers d'Eugène sont médiocres et peu corrects ; néammoins la forme en est classique. Un fragment de trente-quatre hexamètres léonins nous ramène ensuite en plein moyen âge. Il commence par :
Quisquis amas mundum tibi prospice quo sit eundum ; Hœc via qua vadis via pessima plenaque cladis, Hœc viapœnarum trahit ad loca mortiferarum...
(1) Sirmond, Opéra varia, t. II, p, 880.
(2) Hagen, Carmina medii œvi, p. 97.
La matière est la description des peines infernales. Quant aux vers, ils sont, on n'hésite pas à le dire, d'une âpreté choquante.
Après ce fragment, une troisième série de sentences mêlées contre la gourmandise, l'ivrognerie, Tamour des femmes, Ta varice. L'auteur de cette compilation désordonnée l'ayant faite avec la plus grande étourderie, il ne faut pas trop s'étonner de le voir ici reproduire ces deux vers qu'on lit plus haut :
Non tibi sit venter dominus, sed vive decenter, Parcus vescendo, parcissimus esto bibendo.
Cette maxime hygiénique a été, d'ailleurs, fréquemment citée. On la trouvera parmi des fragments conservés dans le n° 16089 (fol. 15 v°) de la Bibliothèque nationale. Mais voici deux vers que nous ji'avons pas rencontrés ailleurs et que nous citons pour cette seule raison :
Est dilatari porci, postremo vorari ; Nos dilatemur intus, foris attenuemur.
Puis cinq hexamètres léonins, un distique et huit autres hexamètres léonins contre les femmes ; quatorze enfin, du môme rythme, contre les avares. Cette série de courts extraits se termine par trois distiques sur l'instabilité des choses humaines. Il est bien difficile de savoir à qui tous ces vers appartiennent.
Nous n'avons pas non plus découvert l'auteur des vingt-quatre hexamètres léonins qu'on lit ensuite.
C'est, comme il semble, un fragment d'épitre. Épure ton cœur, dît le poète à un de ses amis,
A macula sordis munda, precor, intima cordis ;
vis pour Dieu seul, fuis les joies de ce monde et tu mériteras ainsi les joies du paradis.
L'indigeste compilation finit par une pièce du même rythme sur les signes précurseurs du jugement dernier. M. l'abbé Bourassé, la croyant d'Hildebert, l'a publiée dans la dernière édition de ses Œuvres (1). Non, certainement, elle n'est pas d'Hildebert, qui n'a janais fait des vers aussi peu recommandables.
Saint Bernard n'est donc pour rien dans ce prétendu poème, et, si Mabillon ne l'a pas donné, c'est qu'apparemment il a soupçonné la fausseté de l'attribution. Elle est maintenant, comme il nous semble, clairement démontrée.
Le troisième des poèmes que certains copistes ont rapportés, sous le même titre, à saint Bernard, est ce long sermon en vers élégiaques, maintes fois publié sous le nom de saint Anselme, dont plusieurs distiques ont été, comme nous l'avons dit, introduits dans le poème précédent. L'abbaye d'Oudenbourg en possédait, suivant Gerberon, un exemplaire où l'auteur était ainsi désigné : Bernard, moine de Gluny (2). Mais c'est une attribution à laquelle personne n'a fait encore bon accueil; ce qui nous dispense d'en démontrer la fausseté. Comme nous l'avons dit, l'auteur le plus
(1) Migne, Patrologie ; Opéra Hild., col. 1M7,
(2) Bist. m. de la Fr,, t. VIII, p. 421 .
vraisemblable de ce poème est Roger de Gaen, moine du Bec.
Parlons maintenant d'un quatrième poème, en vers non métriques, mais rythmiques, qui. dans la plupart des éditions, a quatorze strophes, dont voici la première :
miranda vanitas 1 divitiarum Amor lamentabilis 1 virus amarum, Cur tôt viros inficis, faciendo carum Quod transit citius quam flamma stuparum ?
Mabillon a cru devoir le remettre sous la presse tel que l'avait donné Charles de Visch en l'année 1656 (1). Mais Charles de Yisch n'en avait pas été le premier éditeur. Nous le trouvons, en efifet, dans un petit volume de l'année 1496, qui porte la marque du libraire Félix Baligault. Il est vers le milieu de ce volume non paginé, sous ce titre, fidèlement transcrit par Charles de Visch : Bernardins de contemptu mundi. Nous reviendrons tout à l'heure sur cette attribution. Nous avons d'abord à reproduire une juste remarque de M. Du Méril (2) sur le texte dont nous venons d'indiquer trois éditions conformes. Cette remarque est que ce troisième poème n'est pas non plus un vrai poème, et qu'il y a encore ici, sous le même titre, deux pièces de fabrique diverse. L'éditeur de l'année 1496 les ayant maladroitement unies, sa faute n'a pas été reconnue par de Yisch et ne l'a pas été par Mabillon lui-même.
(1) Biblioth. script. Cist., p. 45.
(2) Edel. Du Môril, Poésies popul. lot., p. 125.
La première, dont les vers ont treize syllabes, est très courte. Les strophes qui la composent sont au nombre de quatre. La seconde a dix strophes, dont les vers sont de douze syllabes. En outre, la première est du style le plus monacal, nous voulons dire le plus lourd ; il n'y a pas un trait d'esprit. Mais le ton de la seconde est bien différent. C'est une vive satire contre la vaine gloire, écrite en vers faciles, par un rimeur très exercé.
En voici quelques-uns :
Cur mundus militât sub vana gloria, Cujus prosperitas est transitoria ?
Tarn cito labitur ejus potentla Quam vasa figuli, quse sunt fragilia...
Die ubi Salomon, olim tam nobilis ?
Vel ubi Samson est, dux invincibilis ?
Vel pulcher Absalon, vultu mirabilis ?
Yel dulcis Jonathas, multum amabilis?
Quo Cœsar abiit, celsus imperio ?
Vel dives splendidus, totus in prandio ?
Die ubi TuUius, clarus elôquio ?
Vel Aristoteles, summus ingénie?...
Recherchons maintenant les auteurs de Tune et de l'autre pièce.
Nous avons la première sous le nom de saint Bernard dans le n° 97 de Boulogne-sur-Mer et dans le n® 902 de la Mazarine, fol. 180 ; mais ces deux manuscrits, étant de la fin ïïu xv® siècle ou du commencement du xvi®, ne sont dignes d'aucune confiance. Ils nous ofiTrent peut-être l'un et l'autre des copies faites sur Tédition de Baligault. Nous ne connais-
sons aucun texte ancien de ces quatrCi strophes avec ou sans le nom de saint Bernard.
Quant à la seconde pièce, voici toutes nos informations. Elle est sans aucun nom dans lesn^^ 1040 et 1166 (fol. 127) de la Mazarine, 883 et 4459 de Vienne. Ailleurs l'auteur est désigné sous le faux nom de Golias ; c'est pourquoi M. Wright a cru devoir la publier , d'après sept manuscrits d'Angleterre, parmi les poèmes communément attribués à Walter Mapes (1). Elle est néanmoins réclamée par le frère Mineur Giacopone Benedetti, autrement Jacques de Todi, par les meilleurs historiens de son ordre. Rodulphius (2), Luc Wadding (3) et M. Daniel (4), l'ont publiée tout entière sous son nom, et Rodulphius dit même en quelle circonstance il l'a composée. C'est une circonstance, en effet, très notable. Il était, au rapport de son biographe, en prison, persécuté par Boniface YIII, sans doute comme adhérent à la faction des Spirituels. Jacques de Yisch raconte, il est vrai, de son côté, pour enlever tout crédit à cette attribution, que le Mineur tudertain, homme d'esprit, homme de goût, admirant beaucoup cette pièce, la récitait souvent, et souvent la copiait pour ses amis ; ce qui l'en a fait croire auteur. Mais où de Visch a-t-il trouvé ce conte ? Il ne le dit pas. N'a-t-il pas eu, toutefois, de meilleures raisons pour écarter le Mineur et lui substituer saint Bernard? Il se contente d'indi-
(1) The latin poems commonly attributed to Walter Mapes, p. 147.
(2) Hist. seraph. relig.y part. I, fol. 109.
(3) Annales Minor.^ ad annum 1306.
(4) Thésaurus hymnol., II, p. 379.
POÂMBS LATINS. 3
quer ici le témoignage d'un jésuite d'Anvers, Bernard Bouhuis, qu'il dit avoir deux fois publié la pièce sous le nom de saint Bernard. Mais cette autorité, que vaut-elle? Ce que vaut celle du libraire Félix Baligault, qui Tavait déjà publiée sous le même nom en 1496. Pour notre part, nous ne saurions confirmer ce témoignage du xv* siècle que par une conjecture du même temps. Dans le nM Kl 63 de la Bibliothèque nationale, foL 223, on lit, à la fin de la pièce : Dictamen B. Bernardi, compositum ab ipsOj ut dicitur. Ce nM 5 163 ne paraissant pas beaucoup antérieur, s'il le parait^ à Tannée 1496, le renseignement qu'il nous offre n'est pas sans intécét. En effet il signifie que, si certaines gens disaient alors que la pièce avait été composée par saint Bernard, ce dire mal justifié n'était pas communément accepté. Pour conclure, la pièce n'est peut-être ni de Walter Mapes, ni de Giacopone; mais elle est certainement d'un habile homme, qui rimait avec aisance, avec l'aisance badine du XIII* siècle; elle n'est, dans aucun manuscrit de bonne date, au nom de saint Bernard, et, comme M. Yalentinelii (1), très fermement nous pensons, nous disons qu'on la lui a faussement attribuée.
Nous passons au cinquième poème sur le mépris du monde, rythmique comme le précédent, commençant par :
Die, homo, cur abuteris Discretionis gratia ?
Félix Baligault en avait fait deux pièces et Charles
(1) Valentinelli, Biblioth, man» S. Marci, t. II, p. 208.
de Visch trois, que Leyser nomme trois hymnes (1), Mabillon peut-il être excusé d'avoir réuni ce que les anciens éditeurs avaient séparé? Si nous avons ici trois suites de strophes dont le rythme diffère, Tunilé du sujet fait l'unité du poème. On peut d'ailleurs citer plusieurs manuscrits, notamment les n''^ 8259 (fol. 233) et 15163 (fol. 218) de la Bibliothèque nationale^ où les trois suites de strophes ne sont divisées par aucun intervalle.
Cependant il n'est pas certain qu'elles soient toutes du même auteur. Une d'elles, commençant par :
Cum sit omnis caro fœnum Et post fœnum fiât cœnum,
se lit, séparée des autres, dans le b9 39 d'Evreux, dans un manuscrit de Vienne mentionné par Denis (2), et dans un autre du Musée britannique décrit par M. Paul Meyer (3). Elle vient d'être aussi séparément publiée par M. Klemming, d'après un manuscrit de Norvège (4). Or, dans un de ces manuscrits, celui du Musée britannique, l'auteur est nommé Philippe de Grève, et cette attribution parait la plus acceptable. Mais nous n'osons pas affirmer que les autres pièces soient de ce fécond rimeur. Quoi qu'il en soit, le libraire Félix Baligault est le premier qui les ait mises toutes les trois au compte de saint Bernard. Un sixième poème De contemptu mundi nous est
(1) Hist* poet et poemat,, p. 422.
(2) Cod. iheolog. Vindob,, 1. 1, col. 1271.
(3) Ârch, des miss, scient,, 1866, p. 284.
(4) Latinska Sanger, t. IV, p. 1.
30 DES POÈMBS LATJNS
signalé sous le nom de saint Bernard dans le n® 14703 de Munich, où il commence, dit-on, par :
Heu ! heu ! mortaies homines facti sunt pecudes.
Mais nous n'en avons pas rencontré d'autres copies. Aussi n^avons-nous aucune confiance dans Tattribution; et personne ne croira plus que nous qu'un poème authentique de saint Bernard nous ait été conservé par un seul manuscrit, et que cet unique manuscrit soit en Bavière. Nous regrettons toutefois de ne connaître qu'un vers de cette pièce.
Nos explications seront aussi très brèves sur le septième de ces poèmes par trop mélancoliques. Dans len* 15690 (fol. 1) de la Bibliothèque nationale se trouve, sous le nom de saint Bernard, l'interminable De contemphb nmndi de Bernard de Morlas. Mais il ne s'agit ici que d'une étourderie de copiste. C'est d'ailleurs, une étourderie sans excuse, la dédicace du poème, qui se lit immédiatement au-dessous du titre, commençant par : Domino et patri suo Petro, dignissimo abbati fratrum Cluniacensium, ejus plius, eorwm frater. On doit à M. Thomas Wright une récente édition de cette œuvre indigeste : The anglo-latin satirical poetSy t. II.
IL — Dogma vivendi — • Formula Vivendi — Doctrina
proficiendi
Saint Bernard fut un homme d'action, plein de grands desseins, constamment occupé d'importantes affaires et plus jaloux de les conduire à bonne fin par
la vigueur que par l'adresse. L'histoire le faisant ainsi connaître', on se le représente volontiers le front haut et fier, avec ce regard ferme et vif qui commande Tobéissance. Mais tel n'était déjà plus, dès le XIII* siècle, le saint Bernard légendaire. Le vaillant porte-enseigne de TÉglise militante avait été dès lors remplacé, dans Timagination de la foule, par un moine morose, un reclus pénitent, qui, les yeux fermés au spectacle du monde, toujours pleurait,toujours priait. C'est pourquoi Fon a mis à sa charge tant de poèmes lugubres ou simplement mystiques ; dès que tels ou tels vers avaient le ton du cloître, on les donnait à saint Bernard, comme on donnait à Primat toutes les bouffonneries qui sentaient le cabaret.
A la série des poèmes lugubres appartiennent encore plusieurs pièces, entre lesquelles nous mentionnerons d'abord celle que les manuscrits intitulent tantôt Dogmaj tantôt Modus vivendi, et dont voici le début :
Hœc tibi vivendi sit formula proficiendi.
Qui cupis ardenter Domino servire libenter, Sœpe recorderis, bonefrater, quod morieris...
Le reste est du même style. C'est» comme on le voit, un style qui manque d'élégance. Un seul manuscrit donne ces vers à Saint-Bernard, et c'est un manuscrit du xv« siècle, conservé dans la Bibliothèque de Saint-Marc à Venise (1). Mais nous pouvons en
(1) Valentineili, Dibl. man. S, Marâ, t. U, p. 207.
32 DES POÈMES LÂTIKS
désigner cinq autres où ils sont anonymes: ce sont les n^» 13605 (fol. 233) de notre Bibliothèque nationale, 2822, 4428, 14803 de Munich et 4108 de Vienne. En fait, Tauteur de ces vers est inconnu. Ce n'est certes pas un malheur pour lui.
On nous dispense d'insister sur de telles œuvres. Cependant il nous faut mentionner, quelles qu'elles soient, toutes celles qu'on a mises au compte de saint Bernard, et rechercher pourquoi certains copistes ou certains libraires leur ont fait ce grand honneur.
Un poème en vers rythmiques, qui ressemble beaucoup au précédent et ne vaut pas mieux, se lit encore sous le nom du saint abbé dans le n^ 11745 de Munich. Il s'agit de cent quatre-vingt-neuf lignes, bien ou mal rimées, dont il suffit assurément de citer les premières :
Christus nobis tradidit formam hanc vivendi,
Ut mundana vanitas possit vilipendi
Et seternum gaudium possit comprehendi...
Ce pitoyable poème, intitulé tantôt Forma^ tantôt Formula vivendi, ou bien encore Vita religiosorum, Instni>ctio contemplative vitasy etc., eut un véritable succès, car il en existe beaucoup de copies; mais empressons-nous de le dire, aucune n'est du temps de saint Bernard, le poème ayant été composé deux siècles après sa mort. De ces copies la plupart sont anonymes, comme, par exemple, celles qu'on rencontre dans les n«» 13605 (fol. 226) de la Bibliothèque nationale, 224 de Valenciennes, 641, 2837, 3594, 5015 et 14357 de Munich. On le voit, c'est à Munich
que l'œuvre fut surtout goûtée, et ce sont deux autres manuscrits de Munich, les n*" 7746 et 11724, qui nous font connaître le nom de l'auteur, Henri de Langenstein, nommé dans Técole Henri de Hesse, vice-chancelier de l'Université de Paris, qui mourut à Vienne dans les dernières années du xiv"" siècle. Il nous plaît de lui restituer son bien.
Une troisième pièce du même genre, intitulée De doctrina proficiendi , commence, dans le volume 68 de Rouen, fol. 129, par ce vers:
Si cupis esse bonus et verus relligiosus.
Mais c'est un volume du xv® siècle, et, si le cata* logue de M. Yalentinelli nous indique une autre copie de cette pièce , il nous apprend qu'elle est anonyme (1). L'auteur ignoré de ces méchants vers avait lu sans doute ceux d'Eugène de Tolède qui commencent par :
Qui cupis esse bonus et vis dignosure verum;
ou le petit poème de Théodulfe dont voici le premier vers :
Qui cupis esse bonus, qui vitam quœris honestam.
Mais saint Bernard ne connaissait pas plus Théodulfe qu'Eugène de Tolède. En fait de poètes, il ne lisait guère que les anciens, Perse, Ovide, Térence, qu'il a cités plus d'une fois.
(1) Bibl, man. 5. Marcif t. II, p. 99.
III. "^Metra a B. Bernardo œnscriptapro xdificatione morum omnium Deo dedicatorum
Ce sont, en effet, des vers métriques, dont voici les deux premiers :
Si vis gaudere, studeas in pace silere, Rellîgiose, tace, fuge lites, utere pace.
Ces vers sont évidemment détestables et la suite ne vaut pas mieux. Quant au rythme, ce sont, pour la plupart, des hexamètres léonins qui riment, en outre , deux à deux ; mais d'autres sont simplement léonins ; d'autres, sans être léonins , riment deux à deux; d'autres enfin ne sont ni léonins ni rimes. De plus, quelques pentamètres se rencontrent çà et là, perdus dans la masse des hexamètres , et dés vers d'emprunt sont pareillement mêlés à ceux dont le moraliste est l'auteur indubitable ; ce qui produit de bizarres mélanges. Par exemple ce vers payen d'Ovide :
Otia si toilas, periere Cupidinis artes
précède immédiatement cette mise en rimes de la règle monastique :
Cum campana sonat confestim surge valenter, Intres ecclesiam, incipias orare fréquenter.
De tels vers sont incontestablement d*un moine ; mais ils sont d'un moine très peu lettré, non de saint Bernard. Ils ne lui sont d'ailleurs attribués que par
un manuscrit du xv* siècle, le n® 207 du Mont-Cassin, d'après lequel les religieux de cette abbaye les ont publiés (1).
Comme ils n'ont jamais passé les monts, nous les supposons de quelque cénobite italien dont la postérité n'a pas à rechercher le nom.
rV. — De muUimodis enoribus hûmanœ fragilitatis
Ainsi commence cette pièce, plus courte, mais d'une confection beaucoup plus laborieuse :
Flete, perhorrete, lugete, pavete, dolete, Flenda, perhorrenda, lugenda, pavenda, dolenda. States, anni, vitium, peccata, tyranni, Currunt, labuntur, remanet, crescunt, statuuntur. Yirtus, Ecclesia, clerus, mammon, simonia, Cessât, calcatur, ambit, régnât, dominatur...
En tout, dix-huit distiques de la même facture. Assurément il est impossible d'imaginer rien de plus contraire au génie de la poésie que cet enchevêtrement de substantifs et de verbes discordants. On a bien vite compris l'artifice ; mais ce qu'on ne comprend pas, c'est qu'un poète quelconque Tait inventé. Eh bien, ce qui doit surprendre encore plus, l'invention fut généralement trouvée si merveilleuse, que, durant trois siècles, du xi« au xiii®. presque tous les maîtres ont fait de ces vers là. Nous en avons de Pierre le Peintre, de Pierre Riga, de Matthieu de Vendôme , de beaucoup d'autres.
(1) Biblioth. Casin. t. IV; Fhrileg,, p. 252.
Nos dix-huit distiques ont eux-mêmes longtemps flatté le goût du public lettré, et nous en avons conservé d'assez nombreuses copies, qui sont, pour la plupart, anonymes. Gomme telles nous pouvons citer celles que nous offrent les n^^ 246 D de Gharleville, 437 de Cambrai, 115 de Saint-Omer et 19488 de Munich. On nous en signale encore une semblable dans la* collection jadis formée par Jérôme Casanate (1), La pièce est de même imprimée, sans aucun nom d'auteur, parmi les Carmina burana^ page 38.
Cependant elle porte le nom de saint Bernard dans le n® 372 de Douai. C'est, dit-on, un très beau manuscrit et d'un âge respectable ; mais il manque d'autorité, car il y a plus d'une attribution d'une fausseté manifeste. Celle-ci, notamment, sera rejetée sans aucune hésitation dès que nous aurons donné sur la pièce elle-même quelques explications certainement inattendues.
Cette pièce est, dans les manuscrits cités, un poème court, mais complet, sous un titre particulier. Eh bien, c'est en réalité tout autre chose ; c'est un fragment d'un assez long discours, et ce discours appartient, sauf quelques changements, à la Vie de saint Bertin, par l'abbé Simon, Vita sancH Bertini metrica^ que M. Morand a récemment publiée d'après un manuscrit de Boulogne- sur-Mer (2). Le duc Walbert étant venu trouver saint Bertin dans sa retraite, celui-ci, pour honorer son hôte illustre, le sermonne d'abord en vers catapultes, puis, changeant
(1) PertZj Monum. German., l. XX Scriptor., p. 106, note 83.
(2) Collect de docum. inéd. Mélanges historiques, t. I, p. 30.
ATTMBUÉS A SAINT BERNARD 37
de rythme, lui récite les distiques ridicules dont les premiers se liseot plus haut. On croit savoir que Simon, abhé de Saint-Bertin, fit son poème entre les années 1136 et 1148 (1). Il était donc contemporain de saint Bernard. Gela pourtant n'excuse pas le copiste qui a pris Tun pour l'autre.