SOEUR
enfants. Elle couchait dans un petit cabinet isolé. C... qui était en froid avec sa femme, profilait de ses absences pour essayer d’avoir des rapports avec L..., âgée de 43 ans et demi. Une première fois il échoua, il voulait la faire coucher devant lui. Une seconde tentative aboutit à des rapprochements incomplets, en raison de la résistance qu’elle lui opposait. Une troisième fois, C …. après avoir fait luire à ses yeux toutes sortes de promesses, lui avoir offert de belles robes, etc... voyant qu’elle ne voulait pas céder, la menaca d’un rasoir : profitant de sa frayeur, il lui fit boire une liqueur, la déshabilla, la jeta sur son lit, et eut des rapprochements complets.
Le lendemain, L... était souffrante, elle avait perdu un peu de sang, avait mal aux parties génitales et ne pouvait marcher. Le jour suivant, elle descendit, et comme elle avait refusé d'embrasser C... selon la coutume, et que, à sa vue, elle était devenue toute pâle, Mu° C... eut des soupcons. Durant le repas, C... ne cessa de lui lancer des regards menacçants, afin de lui imposer silence.
Le malaise continuant, on crut qu'il s'agissait de la première apparition des règles. L... retourna chez ses parents. Elle vomissait, souffrait du ventre. Un médecin, appelé crut aussi, sans examen, à l'apparition des règles. Quelques jours plus tard, L... étant couchée dans sa chambre eut peur, voyant les yeux verts d’un chat qui la regardait; elle poussa des cris, sa mère vint et la trouva toute effrayée, saignant du nez. Puis ont éclaté les attaques qui ont duré plusieurs heures et se sont terminées par des rires. Pendant un mois et demi, L... aurait eu des attaques presque tous les jours. On lui appliqua des ventouses scarifiées le long de la colonne vertébrale.
Quelque temps après, allant faire une course, elle rencontra par hasard C... qui la suivit et la saisit par les cheveux ; elle parvint à lui échapper ; le soir, nouvelles attaques plus violentes. Ses parents la placèrent comme femme de chambre chez une vieille dame. A partir de là, elle eut une existence un peu aventureuse. Son frère lui fit faire la connaissance de deux amis, Emile et Georges. Bientôt des relations s’établirent régulièrement pendant six mois avec Emile ; une fois (?) avec Georges. Elle préférait le premier qui eut vent des embrassements de Georges, ce qui amena des scènes que nous verrons se reproduire dans le délire.
PSOTE
Cette conduite irrégulière amena des discussions très vives entre la malade, sa mère, son père et son frère. Elle finit par s’apercevoir que sa mère était la maitresse de C... auquel celle-ci l'avait en quelque sorte livrée. Le père de L... est mal avec sa femme, ne veut pas qu'on lui parle de son fils, peut-être parce qu’il pense que ce n’est pas son enfant.
Les attaques, après s’être éloignées, se rapprochèrent. L... fut conduite comme nous l'avons dit, en mai 1875, à l'hôpital des Enfants malades, où elle resta environ cinq mois.
Etat actuel. — Novembre, décembre. — L... est blonde, grande et forte pour son âge, et offre tout l’aspect d'une fille pubère. Elle est active, intelligente, affectueuse, mais impressionnable, capricieuse, aimant beaucoup à attirer l’attention. Elle est coquette, met beaucoup de soin à sa toilette, à disposer ses cheveux, qui sont abondants, tantôt d'une facon, tantôt de l’autre ; les rubans, de couleur vive surtout, font son bonheur. (PI. XIV).
La motilité est diminuée à droite : cinq ou six épreuves avec le dynamomètre Mathieu ont donné à la pression de la main, 60 à gauche, et 30 à droite. Aussi L .… fait-elle plus souvent usage du bras gauche que de l’autre. «< Je m'apprends à être gauchère dit- elle. » Elle laisse fréquemment tomber les objets qu’elle tient dans la main droite, et traine un peu la jambe correspondante, qui paraît lourde.
La sensibilité cutanée, dans ses divers modes, est abolie sur toute la moitié droite du corps : traction des poils, toucher, frôlement, pincement, froid et chaleur.
L'anesthésie affecte également les muqueuses de la moitié du corps (conduit auditif, paupières, œil, narines, bouche, langue, palais, vulve). Elle s'arrête très nettement: en arrière, à la ligne des apophyses épineuses ; en avant, à la ligne médiane.
Les piqûres d'épingle déterminent des deux côtés de petites papules, simulant celles de l’urticulaire et qui persistent plus longtemps du côté insensible. Il en est de même des raies tracées avec l’ongle.
La sensibilité est normale à gauche ; les mouvements réflexes et toutes les sensations se manifestent sans retard. La notion de position n'existe plus à droite. Si, la malade étant distraite el ayant
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les yeux fermés, on imprime différentes positions aux doigts, au bras ou à la jambe, elle ne sait plus indiquer, sans erreur, l’attitude qu'on leur a imposée.
Sensibilité spéciale. — L'ouïe est notablement diminuée a droite, L’odorat est aboli à droite (nitrite d’argent, valérate d’éthyle). Il en est de même du goût (coloquinte, sel, sucre). L’acuité visuelle est diminuée à droite et la notion des couleurs perdue.
Aura. — Elle se compose des phénomènes suivants : 1° Douleur siégeant au niveau de l'ovaire droit (hyperesthésie ovarienne) ; 2° sensation de boule qui monte à la région épigastrique (nœud épigastrique) ; 3° palpitations cardiaques et constriction laryngienne (troisième nœud) ; 4# Enfin troubles céphaliques (battements au niveau de la tempe et de la partie antérieure du pariétal droit) ; sifflement dans l'oreille droite.
L'aura n'apparait que quelques minutes avant l'attaque; la malade a toujours le temps de se coucher. Quelquefois, cependant, elle se figure que l'attaque va s'arrêter, que les phénomènes qu’elle éprouve ne vont pas aboutir et elle ne se couche pas; il lui arrive de se tromper et de tomber, sans se blesser sérieusement.
La perle de connaissance serait complète : L... n’a aucun souvenir de ce qui se dit ou se fait autour d'elle durant l'attaque. La terminaison serait annoncée soit par des pleurs, soit par des rires ou des chants. Revenue à elle, elle se remet à travailler comme si elle n'avait rien éprouvé; elle ne conserve qu’un peu de contracture.
Après ses atlaques, elle a des visions, elle a peur. Elle revoit l'ouvrier peintre, dont nous avons parlé ; un chien qui se jette sur son frère, le mord et se sauve emportant un morceau de chair à sa bouche ; d'autre fois, elle s’imagine qu'elle va mettre les pieds dans l'eau ; elle voit des bètes noires, semblables à de gros rats, qui se promènent à 4 ou 5 mètres d'elle, ou des bêtes plates, noires, à coquilles.
Le sommeil est assez bon; elle s'endort facilement : elle rêve beaucoup, a des cauchemars ; on veut la voler, la tuer, l’étouffer entre des matelas, etc., et souvent elle se réveille en sursaut.
Fonctions digeslives.— Appélit capricieux ; pas de vomissements,
gonflement de l'estomac qui oblige la malade à se déserrer ; renvois gazeux fréquents, garde-robes régulières, quotidiennes.
Respiration normale. — Circulation ; parfois palpitations cardiaques ; pouls petit, régulier, pas de souffle.
10 décembre, — Attaque : a) petits cris; face rouge, dirigée à droite; globes oculaires fortement portés en dedans; pupilles dilatées, rigidité générale, membres dans l'extension. b) Bouche largement ouverte; bruits pharyngiens et abdominaux. c) Mouvements de latéralité de la tête ; projection du ventre par secousses rapides, avec borborygmes et ondulations ; on dirait des flots qui s’agitent.
Avant qu’elle n’ait repris connaissance, L... ouvre la bouche : les bruits pharyngiens et abdominaux reconimencent ; les mächoires se contractent, le regard devient fixe, se dirige en haut, la rigidité générale augmente : ceci constitue une dernière phase. Enfin, elle a des mouvements du ventre.
Dans l'intervalle des attaques, la rigidité persiste. — Après une attaque, L... est revenue à elle ; sa physionomie est souriante ; elle cause, se frotte le côté droit du ventre. Bientôt elle est reprise d’une nouvelle attaque.
1876, janvier-février. — La compression de la région ovarienne droite arrête les attaques ; mais, d'habitude, elles reprennent au bout d’un temps plus ou moins court.
Le nitrile d’amyle les arrête définitivement pour toule la journée. Le valérate d’éthyle, administré maintes fois en inhalation, les suspend momentanément.
Iconographie de la Salpétrière. Année 1878.
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