‹ Des Points HystéroGènes et en Particulier des Points HystéroGènes FrénateursChapitre 18 sur 21 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

Astasie. — Abasie, d'origine hystérique, quérie par compression de la zone cardiaque. Observation inédite due à l’obligeance de M. Milian, interne des hôpitaux.

Le 16 mai 1896, une voiture d’ambulance amenait à 10 heures du soir, à l'hôpital Tenon, une femme du nom de Beaud.. Adrienne, âgée de 37 ans, perleuse de sa profession. L'interne de garde la reçut d'urgence à cause de son état général grave. Elle fut admise

dans le service de M. le docteur Galliard et couchée salle Claude- Bernard, lit n° 5.

Nous la voyons le lendemain matin, à la visite. Elle est étendue dans le décubitus dorsal, les yeux fermés, le visage empreint d’une expression de souffrance. Elle gémit et se plaint de la tête; elle a des nausées. Elle répond mal aux questions qu’on lui pose ; elle ouvre les yeux et prend un air hébété; on ne peut tirer d’elle aucun renseignement précis sur son état antérieur. Elle nous apprend cependant qu'elle n’est pas allée à la selle depuis quatre jours. Des vomissements entièrement liquides, non alimentaires, surviennent de temps à autre. La température est de 40°. Le pouls bat 80 pulsations à la minute. |

Nous faisons asseoir la malade pour l’ausculter et aussitôt ses plaintes redoublent; elle prend sa tête dans ses mains pour la soutenir et empêcher que son ébranlement n'y provoque un nouvel accès douloureux.

Le thorax exploré ne présente que quelques râles sibilants disséminés ; le cœur bat régulièrement, normalement, sans addition d'aucun bruit de souffle ni de frottement.

En présence de cette fièvre intense, de cette céphalalgie un peu trop dramatique, peut-être, M. Galliard pense, mais sans grande conviction pourtant, à la possibilité d’une bacillose méningée. La réserve dans le diagnostic était d’ailleurs commandée par l'absence de tout commémoratif.

La malade est mise au régime lacté, on lui administre immédiatement 30 grammes d'huile de ricin.

Dans l’après-midi surviennent d’abondantes garde-robes.

Le soir même, à la contre-visile, Lous les phénomènes alarmants tombent ; la céphalalgie diminue, la malade éprouve un grand soulagement, la température tombe à 37°4.

21 mai. - Le lendemain matin, le mieux se continue, la température est de 3702, la céphalée a disparu. L'hypothèse de méningile est immédiatement abandonnée pour celle d'accidents hystériques, ce que confirma la découverte des stigmates que nous énumérons plus loin.

On peut dés lors interroger la malade et elle nous apprend que, depuis l’âge de neuf ans, elle a tous les deux mois environ des

attaques convulsives et que c’est à la suite d’une de ces attaques plus intense cette fois qu'est survenu l'accident actuel. Elle n’a jamais fait de maladies sérieuses: sa première enfance s'est passée sans trouble : elle a marché à une époque normale, ses fonctions urinaires se sont établies régulièrement, elle a cessé de bonne heure d’uriner au lit; elle n’a jamais eu d’attaques d’épilepsie, ou quoi que ce soit qui puisse y faire songer.

Les attaques qu’elle présente actuellement ont toujours eu des caractères à peu près identiques : «elle les voit venir » ; une sueur froide lui monte, une faiblesse, des éblouissements la prennent; elle se sent défaillir et a le temps de choisir l’endroit de sa chute. Elle tombe sans pousser aucun cri. Durant l'attaque, la perte de connaissance est absolue, elle n'entend rien de ce qui se passe autour d’elle. Elle n’a jamais eu d'émission involontaire d'urine ni pendant, ni après; jamais elle ne s'est fait de mal en tombant, jamais elle ne s’est mordu la langue. La durée de l'attaque est de 10 minutes environ. Le réveil est facile, sans hébétude, sans céphalée ; au bout d’une demi-heure, la malade reprend son ouvrage. Six jours avant l'entrée de Beaud.… à l'hôpital, celle-ci, alors qu’elle s'était couchée bien portante et sans aucune préoccupation, se réveille en sursaut vers onze heures du soir, en proie à un violent mal de tête qui lui arrache des cris assez forts pour être entendus des voisins. Ceux-ci montèrent chez elle. Elle rapporte qu'ils étaient effrayés par les grimaces et la päleur de son visage.

Dans le cours de la nuit, les phénomènes se calment. Mais le lendemain surviennent les vomissements d’un liquide abondant, verdâtre et amer. Un médecin appelé, la fit transporter à l'hôpital où elle allait pour la première fois, fait qu'il est important à noter, car il montre bien que Beaud... n’a recu aucune éducation au sujet des attaques et des phénomènes qui l'ont conduite chez nous. |

D s’agit là ainsi qu'on le voit, d’une hystérique présentant le phénomène du clou hystérique, avec l'apparence de la meningite autrement dil pseudo-méningite hyslérique. Le diagnostic était certain en présence de celte évolution rapide. Nous croyions tout terminé apres la chute de la température etl’améliorationimmédiate.

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