‹ Des polynévrites en général, et des paralysies et atrophies saturnines en particulier (volume 2)Chapitre 12 sur 39 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L'histoire de la paralysie saturnine peut être divisée en plusieurs périodes : une période purement clinique qui comprend les études de Tanquerel des Planches, de Duchenne de Boulogne, et une période beaucoup plus récente, dans laquelle on a cherché à élucider à l'aide de l'anatomie pathologique, la pathogénie de ces paralysies.

Bien que la paralysie saturnine, se trouve signalée dans les ouvrages des médecins de l'antiquité et du moyen âge, Boerhave semble avoir été le pi-emier à rapporter à l'intoxication saturnine, la paralysie que l'on observe chez les ouvriers maniant le plomb. Après lui, Slockhusen 1655, Van Swieten, StoU. Bordeu et particulièrement de Haen en 1771, ont étudié les caractères de cette paralysie, le siège qu'elle occupe le plus habituellement, les formes qu'elle revêt, les troubles consécutifs, amaigrissement et atrophie musculaire qu'elle entraîne à sa suite. Malgré la description si remarquable jjour l'époque de de Haen, il faut toutefois arriver aux travaux mémorables de Tanquerel des Planches et de Duchenne de Boulogne, pour avoir une description clinique magistrale de la paralysie saturnine. Tout ce qui pouvait être dit sur la paralysie saturnine avant l'emploi des courants électriques, le fut par Tanquerel des Planches, et sa description a servi de bases à toutes les études cliniques ultérieures.

Duchenne appliqua, à l'étude de la paralysie saturnine, l'élec-

tro-faradisation, méthode qui lui avait déjà fourni des résultats si remarquables dans l'étude de la paralysie spinale infantile, et de l'atrophie musculaire progressive. Il étudia la localisation de la paralysie, l'ordre dans lequel les différents muscles sont atteints, il signala l'immunité particulière de certains d'entre eux, en particulier du long supinateur. A côté de la forme classique vulgaire, de^ix paralysie des extenseurs de l'avant-bras, avec intégrité du long supinateur, il rapporta des observations de paralysie du deltoïde, du court abducteur du pouce, enfin delà forme généralisée de la paralysie saturnine.

Eulenburg, puis Erb, étudient l'action des courants galvaniques et constatent la réaction de dégénération.

A partir de cette époque, on s'appliqua particulièrement à l'étude des diverses localisations de la paralysie saturnine, et de nombreux travaux cliniques furent publiés, tant en France, qu'à l'étranger.

En France, la forme généralisée de la paralysie saturnine fut étudiée plus particulièrement. MM. Vulpian et Raymond (1), puis M. Samsoen (2) en rapportent des exemples. M. Renaut (3) publie en 1878, la première observation de paralysie saturnine généralisée fébrile, et M. Heugas (4) en 1877, M. Le Meignen (5) en 1888, font de la forme généralisée, l'objet de leur thèse inaugurale.

Duchenne avait cherché à établir, les éléments de diagnostic différentiel entre la paralysie saturnine généralisée, et l'affection par lui décrite sous le nom de paraliisie générale spinale antérieure subaiguë. Heugas conclut à l'identité symptomatique de ces deux affections.

Parmi les formes localisées, on publie avec prédilection les cas rares de paralysie du long supinateur. M. Piedra (0) en arapporté un cas. Heugas en mentionne dans sa thèse, M. Gaucher (7)

(1) Vulpian et Raymond in thèse d'agreg. 1875. de J. Renaul Sur l'intoxicalon snturnine chronique. Obs. VU, p. 146.

(2) Samsoen. Etude sur la paralysie saturnine. Tb. de Pa'is, 1878.

(3) A, Renaut. Gaz. mad. de Paris, 1878.

(4) Heugas. Contribution à l'étude de la paralysie saturnine généralisée. Tb. Paris. 1877.

(5) Le Meignen. Etude sur tes formes cliniques de In paralysie saturnine généralisée. Th. Paris, 1888.

(6) PiEDKA. De la paralysie saturnine. Th. Pàvis, 1875.

(7) Gaucher. Deux cas de paralysie saturnine des muscles longs supinateurs. France médicale, 1882,11, p. 245

en cite deux exemples. Mais c'est surtout Remak (1), le partisan le plus convaincu, après Erb, de la pathogénie spinale, de la paralysie saturnine, qui étudie, dans une série de travaux parus en Allemagne en 1875,1876 et 1879, les différentes formes de la paralysie saturnine localisée. Il dv'^crit la forme supérieure ou brachiale, caractérisée par une paralysie des muscles deltoïde, biceps, brachial antérieur et long supinateur; la paralysie des membres inférieurs, généralement localisée aux muscles péroniers, extenseurs commun et propre des orteils, avec intégrité du jambier antérieur, et rapporte quelques observations de paralysie des muscles de l'éminence thénar. En se basant sur la clinique, Remak remarque « que la paralysie saturnine ne suit pas dans sa distribution les branches d'un même tronc périphéri(iue,mais qu'elle frappe successivement les muscles ayant une action synergique, et formant des groupes physiologiques distincts, sans aucun égard pour la distribution des filets nerveux, MM.Lancereaux (2), Aug. OUivier (3), Vulpian (4),Gombault (5), Appolinario et Grasset (6), Suckling (7), Fitz(8) et d'autres, ont rapporté des observations d'atrophie musculaire saturnine. Il s'agit, en général, dans ces cas,d'amyotrophies accompagnant une paralysie saturnine généralisée à marche lente, et dont la nature est, en général, facile à interpréter. Dans d'autres cas, comme

(1) Remak. Zur Pathogénie der Bleildhmungen. Arcli. f. Psych; u Nervenkr. 1876, VJ, p. 1.

Remak. Ueber die Localisation atrophiseher Spinalluhmungen und spinaîer Atrophie'/. Arch. f. Psych. u Nervenkr. 1877, IX, p. 603-622.

(2) Lancereaux. Note relative àwi cas de paralysie saturnine avec altération des cordons nerveux et des muscles paralysés. Gaz. méd. de Paris, 1862, n« 46, p. 709.

(3) Auguste Ollivier. De l'albuminurie saturnine. Arch. gén. de Méd., 1863, t. II, 6e série, obs. XIV, p. 714.

A. Ollivier. Des atrophies musculaires. Th. d'agrég., Paris 1869.

(4) Vulpian. Atrophie musculaire progressive chez un saturnm, eic, etc. Obs. CXLIl. Cliniques vnédicales de la Charité, 1878, p. 727.

(5) fiOMBAULT. Contribution à Vhistoire anatomique île Vatrophie musculairesaturnine. Arch. de Physiol. norm. et path., 187 <, p. 592.

(6) Appolinario et Grasset. Observation d'atrophie ^musculaire généralisée d'origine saturnine. Montpellier médical, 1877, T. XXXIX. p. 239 et, 329.

(7) Suckling. Muscular atrophy due to lead poisoning. British med. Journ. 1885, april 4 ih, p. 696.

(8; FiTZ. Ueber saturnine progressive Muikelatrophie und das Vurkommen bulbiirer Symptôme bei der chronischen Bldvergiftung. Th. de Wurzburg, 1882.

iq dans les cas de M. Vulpian, dans celui d'Eisenlohr (1), de Fitz, l'atrophie musculaire a évolué sans paralysie, il s'agit très probablement dans ces cas, d'une atrophie musculaire progressive survenant chez un saturnin. Le diagnostic ne peut souvent être fait que par l'évolution et la marche de Fatrophie. ^<r-> Moëbius (2), a rapporté deux cas de paralysie et d'atrophie

^1 saturnine localisées aux petits muscles de la main, et simulant la main en griffe de l'atrophie musculaire progressive type Aran-Duchenne. Nous rapportons dans ce travail quatre observations personnelles (dont une avec autopsie), d'atrophie saturnine plus ou moins complètement localisée aux petits muscles de la main.

Nous arrêtons ici cet historique, que nous reprendrons, soit à propos des formes localisées, soit surtout poar la période anatomique, au chapitre qui traite de l'anatomie pathologique et de la pathogénie de la paralysie saturnine.

(1) EiSENLOHR. Neiiropathologisdie Beitrâge I Zur Casuistik der suhacuten vorderen Spinal lûhviung (Duc henné). Arch. f. Psycli. u. Nervenkr., 1878, \'III, p. 317.

(2) MoEBius. Ueber einige ungewôhnliche Fâlle von Bleildhmung . Centralbl. fur Nerveob., 1886, n° 1, p. 6.

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