‹ Des polynévrites en général, et des paralysies et atrophies saturnines en particulier (volume 2)Chapitre 26 sur 39 · Les paralysies radiales périphériques · texte numérisé non relu

Les paralysies radiales périphériques

a. — La paralysie radiale « par compression » qui peut à la rigueur s'observer chez des ouvriers travaillant dans le plomb (Duchenne (l),Samsoen (2), se distingue de la paralysie saturnine, ainsi que nous l'a enseigné Duchenne de Boulogne, par la participation à la paralysie des muscles long supinatcur,anconé et long abducteur du pouce; par la conservation, de l'excitabilité électrique des muscles et du nerf radial au dessous du point comprimé ; par l'absence d'atrophie dans les muscles paralysés. Toutefois MM. Vulpian etDejerine (3) ont signalé dans la paralysie radiale par compression, l'atrophie du long supinateur, s'accompagnant d'une diminution légère de sa contractilité faradique avec tendance à la réaction de dégénérescence. Gomme dans la paralysie saturnine, ces auteurs ont constaté dans la paralysie par compression, une difTérence très nette delà sensibilité subjective. » Lorsqu'on excite le nerf radial, soit dans l'aisselle, soit dans le triangle sus-claviculaire, la sensation douloureuse pseudo-périphérique (paraissant avoir pour siège

(1) Duchenne. Electrisaiion localisée, 3e édit., 1872, p. 707.

(2) Samsoen. Loc. cit., obs. XI, p. 69.

(.3) Vulpian et J. Dejerine. Recherches cliniques et expérimentales sur la paralysie radiale. Comptes rendus Soc, Biologie, I3?6, p. 187.

la face dorsale de la main, pouce, index et médius), est ou absente ou très faible. » Enfin comme dans la paralysie saturnine et comme dans jun^ graM nombre de paralysies périphcriques, le retour des contractions volontaires, précède toujours le retour de i^excitabiïité éTectnque du nerf radial' dans l'aisselle.

h. — Les traumatismes , les contusions ou les compressions prolongées du nerf radial, (par un cal vicieux, une nécrose (1) de l'humérus par exemple) ont comme point commun avec la paralysie saturnine, et l'atrophie musculaire et les troubles électriques, mais, comme dans le cas précédent, le long supinateur et l'anconé sont paralysés.

c. — La participation du long supinateur dans la paralysie radiale « par compression » ou dans la paralysie radiale traumatique, ne constitue cependant par une condition sine quâ non de son diagnostic. On peut observer en effet, Tintégrité du long supinateur, les altérations électriques et l'atrophie musculaire, ' loi^qîîe la compression, quelle que soit sa nature, siège au-dessous du point, où le rameau du ]ong. supinateur se détache du tronc d^uradiâl, comme par exemple dans les compressionT'dM radial par une fracture mal consolidée du col du radius.

d, — Cette intégrité du long supinateur, s'observe encore dans certains cas spéciaux de 'paralysie «■ par compression. » 11 existe dans la littérature médicale des cas exceptionnels, il est vrai, dans lesquels, à la suite d'une compression du radial, semblant se faire dans les conditions les plus classiques, on voit apparaître une paralysie radiale présentant, à l'intégrité du long supinateur près, tous les caractères de la paralysie radiale par compression banale et vulgaire à savoir : la paralysie des extenseurs du poignet et des doigts, la conservation de lacontractilité faradique et galvanique des muscles et du radial au-dessous du point comprimé, l'étiologie de la paralysie, la guérison dans l'espace de 8 à 10 semaines. L'intégrité seule des supinateurs les rapproche de la paralysie saturnine. Telles sont les deux observations suivantes de Bernhardt. L'auteur les étudie, il est vrai, à un point de vue différent du nôtre, et ne semble même pas avoir remarqué, ce que ces cas ont de particulier et de spécial, dans l'histoire de la paralysie radiale par compression. Il

(1) DUCHENNE (de Boulogne). Electrisation localisée, 3e édit., obs. XXV, p. 33.

s'agit ici, ainsi que le fait remarquer Erb (1) d'une compression ayant porté beaucoup plus bas que d'habitude, et au-dessous du point, où le rameau du long supinateur se détache du tronc du radial.

Observation XXV.

(Résumée). Bernhardt (2).

Paralysie ra-liale par compression. — Intégrité du long supiuatt ur et du triceps. — Conservation de la contraciilité faradiqiie et galvanique des muscles et des nerfs au-dessous du point comprimé. — Guérison après deux mois.

Au milieu d'octobre 1876, un ouvrier âgé de 29 ans, jusqu'alors bien portant. s'endort pendant une heure appuyé sur son bras droit. A son réveil il se plaint d'une sensation particulière à l'avaut-bras et à la main. L'examen du malade fait le 3 novembre (deux semaines et demie après le début de l'afTection) montre qu'il s'agit d'une paralysie du nerf radial droit. L'extension de l'avaut-bras sur le bras est possible, ainsi que la supination. A l'examen électrique on constate :

Une très légère diminution delà contractilité faradique et galvanique des muscles paralysés et des branches du nerf radial audessous du point comprimé. La perte de l'excitabilité faradique et galvanique du nerf radial au niveau de la gouttière de torsion. L'électrisation du radial à ce niveau ne donne qu'une contraction du iricepset du long supinateur. Tous les autres muscles (extenseurs proprements dits) sont inexo.itables. — Pas de réaction de dégénération. Guérison le 13 décembre 1876. deux mois après l'apparition de la paralysie.

Observation XXVI.

(Résumée.) Bernhardt.

Paralysie radiale par compression. — latéo^rité du long supinateur. — Cou servation de la contractilité faradique et galvanique des muscles et des nerfs au dessous du point comprimé. — Guérison dans l'espace de deux mois.

Après un sommeil d'une heure, pendant lequel la tête repose sur le bras droit et le comprime, un ouvrier âgé de 37 ans, jusqu'alors

(1) Erb. JJeber periphere Lâhmungen. Kritischc Bemerkung. Arch. f. Psych. u Nerv., VIII, 1878, p. 1U7.

(2) BKRNHA.RDr. Ueber periphere Lâhmungen. Avch, i. Psychiatrie u. Nerv., yll, 1877, p. 597 et 598.

bien portant, se réveille le 6 décembre 1875 avec une paralysie des radiaux et des extenseun des doigts et du pouce. Intégrité du triceps et du lovg supinateur. Le 16 décembre, dix jours après le début de la paralysie on constate à l'examen électrique :

Conservation de la contractilité galvanique et faradique des muscles et des nerfs au-dessous du point comprimé. Perte de l'excitabilité galvanique et faradique du nerf radial au niveau et au-dessus de la gouttière de torsion. Pas de réaction de dégénération. GruérisoQ le 10 février, c'est-à-dire deux mois après le début de la paralysie.

Précédemment en 1875 et 1872, ce même auteur avait déjà rapporté deux cas analogues d'intégrité du long supinateur, survenant dans le cours, soit d'une paralysie radiale par compression, d'apparence classique, soit d'une paralysie radiale consécutive à une luxation scapulo-humérale.

L'observation suivante de Bernliardt (1) est intéressante à plusieurs points de vue : 1" au point de vue de Vintègrité du long supinateur] 2° de la gravité de la paralysie radiale par compression s' accompagnant dairophie musculaire, de diminution ou d^ abolition de la contractilité faradique des muscles et du nerf radial \ 3° de sa longue durée; 4° de l'absence de tout trouble sensitif.

Observation XXVIl.

Bernliardt (1).

Homme de 48 ans, non saturnin se réveille en mai au milieu de la nuit avec une sensation d'engourdissement de la main droite et une paralysie de la main. Il ne suit aucun traitement. En octobre, Bernhardt constate: paralysie complète des extenseurs des doigts du pouce et du poignet droit, supination incomplète, atrophie de la face postérieure de l'avant-bras. Diminution de la contractilité électrique du cubital postérieur et du long abducteur du pouce. Perte de la contractilité faradique des autres muscles de la région postérieure y compris le court supinateur.

Intégrité du triceps. Infègrité complète du long supinateur « telle qu'on la rencontre dans les paralysies saturnines. »

(l) Bernhardt. Neuropathologische Beobachtungen.Zur Pathologie der Ra dialisparali/sen. Arch. f, Psych. u. Nerv., 1875, V, p. 561.

e. — Paralysies radiales consécutives à des injections sous-cutanées ou plutôt sous-aponévrotiques d'èther sidfurique.

Ces paralysies intéressent de préférence, ainsi que M. Arnozan (1) l'a montré, la branche profonde du radial (extenseur commun, extenseur propre du pouce, cubital postérieur, long abducteur du pouce) et respectent le long supinateujr. Elles peuvent dans quelques cas être très partielles, n'intéresser qu'un seul muscle, l'extenseur commun des doigts par exemple, et se traduire cliniquement par la « chute « du médius et de l'annulaire (le malade fait les cornes) comme dans les cas d'Arnozan, de Mendel (2), Remak (3) ; ou n'intéresser qu'un faisceau de ce muscle(Neamann). Elle peut n'intéresser que l'extenseur propre du petit doigt (Arnozan et Salvet, Barth) ;^4).

Ces paralysies s'accompagnent d'atrophie musculaire, et de troubles de la contractilité électrique (diminution ou abolition de la contractilité faradique des muscles, réaction de dégénération. Abolition de l'excitabilité du tronc radial pour les muscles paralysés). Par ses caractères, par sa localisauion, ces paralysies se rapprochent donc singulièrement des paralysies saturnines ; les symptômes en sont identiques. Dans quelques cas la ressemblance peut être absolue, et on peut observer une paralysie bilatérale et symétrique.

C'est ce qui arrive lorsque, comme dans les cas d'Arnozan (5) et de Ncumann (6). la paralysie bilatérale est consécutive à une injection d'éther, faite à la face dorsale de chacun des avantbras. Mais l'anaménèse et les commcmoratifs permettront toujours d'éviter l'erreur.

M. Arnozan a montré qne les injections expérimentales d'éther, produisaient chez les animaux une névrite aiguë. Falken-

(1) Arnozan. Les névrites consécutives aux injections hypodermiques d'éther. Gaz. hebd., 1885 p. 22 et 38, obs. II, ob. VI.

(2) Mendel. Beri. med. Gesellschaft, séance du 7 janv. 1885. Discussion» Neurolog.Centralbl., 1885, p. 92.

(3) Remar. Parlielle Radialis paralyse. Présentation du malade. Berl. med- Gesellscbaft, séance du 7 janvier 1885. In Neurol. Centralbl., 1885, p. 92.

(4) Barth. Sur l'utilité des injections sous-cutanées d'éther dans la pneumonie aiynamique. Gaz. hebd., 1881, cité par Arnozan, obs. V.

(5) Arnozan, obs. III.

(6) NtUMANN. Em weiterer Fall von Lahmung durch subcutane Aetherinjeclion. In Neurol. CentralbL, 1885, p. 76.

Dejerine. 11

heim (1) a eu récemment l'occasion d'examiner les nerfs d'un malade cardiaque, qui a succombé après avoir présenté une paralysie du rameau profond du radial, consécutive à une injection d'cther. A l'autopsie, les branches du rameau profond du radial étaient grises ou dégénérées. Le radial au-dessus de sa bifurcation, le rameau superficiel ainsi que le tronc même du rameau moteur, étaient au contraire normaux. A l'examen microscopique, il constata que le tronc du rameau profond du radial n'était dégénéré que dans ses couches superficielles et externes, ses fibres centrales présentaient leur aspect normal. Par contre, les ramifications de la branche profonde du radial étaient complètement atrophiées. Cette relation est extrêmement nette, lorsqu'on examine des coupes transversales du nerf traitées par l'acide osmique. Sur les coupes transversales, la branche profonde du radial, présentait un centre normal et une couche marginale de fibres dégénérées. Dans les coupes transversales des rameaux de ces branches, cet aspect n'existe plus, le nerf est dégénéré à son centre comme à sa périphérie. A l'aide de la dissociation, on pouvait reconnaître quelques tubes nerveux en voie de régénération: les fibres de petit calibre se trouvaient à côté de fibres dégénérées.

L'éther n'agit pas seulement sul- les nerfs musculaires. Il peut n'intéresser que les nerfs cutanés. Dans ces cas l'injection est bien hypodermique, mais un ou plusieurs rameaux sensitifs sont lésés.

Il en résulte une anesthésie simple d'un territoire cutané d'étendue variable. Falkenheim rapporte l'observation d'un cas semblable. Nous-mème avons eu Toccasion d'observer, un cas d'anesthésie cutanée de la face externe de la jambe, consécutive à une injection sous-cutanée de chloroforme dans un cas de sciatique, alors que nous étions interne dans le service de M. Balzer. L'injection avait été faite à la partie supérieure de la de la face externe de la jambe, au niveau d'un des points douloureux. L'effet thérapeutique démandé avait été obtenu, mais le malade a conservé pendant longtemps une zone d'anesthésie au tact, à la piqûre, à la douleur et à la température, s'étendant sur toute la moitié supérieure de la face externe de la jambe

(1) Falkenheim. Die Lahmungen nach subcutaner Aetherinjectiou. Se^iaraahdruck aus cl. Mittheilungen a. d. med. Klinik zu Konigsherg, 1888. (F. C. W.Yogel),p. 132.

Observation XXVIII (personnelle).

Paralysie radiale cousécutive à une injection sous-cutanée d'éther sulfurique.

— Paralysie des extenseurs communs et propres des doigts et du pouce, du long abducteur du pouce et du cubital postérieur. — Paralysie passagère du deuxième radial. — Intégrité du long supinateur et du premier radial.

— Perte de la contractilité faradique des muscles paralysés et du nerf radial. — Atrophie musculaire.' — Mort. — Autopsie.

BlaQ.... (Pierre), âgé de 76 ans, terrassier, est à Bicôtrc, comme vieillard, depuis un an. Il entre le 16 avril 1889 à l'infirmerie, salle Bichat, n° 13, service de M. le D"" Dejerinc, pour une rétention des matières biliaires dégénérant en ictère grave.

Le 7 juin à la suite d'une injection d'éther, faite à la face dorsale de l'avant-bras gauche, il présente une paralysie radiale. Chute du poignet et des doigts. La main en demi-pronation est à angle droit sur l'avant-bras, les doigts sont légèrement fléchis vers la paume. Les mouvements d'extension du poignet et des doigts, d'extension et d'abduction du pouce et d'adduction du poignet, sont complètement abolis. On constate une paralysie des muscles extenseurs communs des doigts et propres de l'index, du petit doigt du pouce abducteur du pouce, deuxième radial et cubital postérieurs. Le long supinateur et le premier radial (l'abduction du poignet) sont intacts.

Le 10 juin. — Le malade a récupéré les mouvements d'extension du poignet, et on sent nettement pendant ce mouvement la contraction des deux muscles radiaux. Le 21 juin il existe encore une paralysie de tous les muscles de l'avant-bras animes par le radial, à l'exception du long supinateur et des radiaux. Atrophie des muscles paralysés Abolition de leur contractilité faradique. Diminution considérable de la contractilité faradique (appareil à chariot), des radiaux. Par l'excitation du radial au niveau de la gouttière de torsion de l'humérus, on n'obtient, même avec les plus forts courants, que la contraction des muscles long supinateur et radiaux. Œdème de la face dorsale de la main, sans tumeur dorsale véritable. Mort le 26 juillet (voir l'autopsie, p. 263).

/*. — Paralysies 7'adiales cV origine toxique .

La paralysie radiale peut se rencontrer dans le cours des paralysies toxiques, mais elle est ici moins fréquente que dans l'intoxication saturnine. Les paralysies toxiques, en dehors de la paralysie saturnine, se localisent en effet de préfé-

rence aux membres inférieurs, et n'envahissent que plus tardivement et souvent à une période de généralisation les membres supérieurs. Ici ils fra[>pent de préférence les extenseurs des doigts et du poignet. Quelquefois tous les muscles animés par le radial sont paralysés, mais ces paralysies restent rarement longtemps isolées, et s'accompagnent bientôt d'une paralysie des fléchisseurs des doigts, des thcnars, des intérosseux.

Huss (1), Lancereaux (2), OEttinger (3) Dreschfeld (4), Thomsen (5), ont constaté une paralysie des extenseurs des doigts et du poignet au cours de paralysies alcooliques. Cette paralysie se cantonne pendant un certain temps, dans les muscles extenseurs avant de se généraliser au ynembre supérieur. « La main est la « première atteinte; elle tombe sur le poignet, ne peut se rele- « ver, et cette attitude rappelle, mais à un moindre degré, celle « de la paralysie saturnine, » (OEttinger).

D'autres fois, la paralysie se localise encore davantage et n'envahit qu'un ou deux muscles ou un faisceau de muscles. Ainsi Lilienfeld (6) rapporte une paralysie des extenseurs du pouce et des extenseurs des 4e et 5"= doigts. Il est regrettable que l'état du long supinateur ne soit pas indiqué dans ces observations.

Comme toute paralysie toxique, comme toute paralysie périphérique un peu intense, la paralysie alcoolique s'accompagne de troubles électriques et d'atrophie musculaire. Elle peut s'accompagner comme toute paralysie des extenseurs, d'une véritable tumeur dorsale du métacarpe, ou bien d'un œdème du dos de la main (Dreschfeld (7), OEttinger).

La paralysie alcoolique débute rarement par les extenseurs des doigts et des poignets, généralement les membres inférieurs sont paralysés les premiers, et la paralysie est ici beaucoup plus prononcée qu'aux membres inférieurs. Th. Buzzard a publié

(1) Huss. Chronische alcoholische Krankhtit (trad. allem., 1852), Leipzig.

(2) Lancereaux. Des -paralysies alcooliques. Gaz. hebd. deméd. et de chir., 188], p. 119.

(3) (Ettinger. Etude sur les paralysies alcooliques (névrites rauliiples des alcooliques). Th. de Paris, 1?85, p. 23.

(4) Dreschfeld. On alcoholic Paralyses. Brain July, 1884, p. 200.

(5) Thomsen. Beitrag sur muhipler alcoholischer Neuritis. Gesell. f. Ps^-ch. u Nerv. Berlir., 1.3 déc. 1885. Neurol. Centralbl, 1887, p. 22.

(6) Lilienfeld. Préseutation d'un malade alcoolique. Berl. Gesellschaft f. Psych. n. Nerv. Sitzung, vom. 13, Juli 1885. la Neurol. Cenlralbl , 1885 p. 352

(7) Dreschfeld. Further observation on alcoholic Paralysies Brain, 1886, January, p. 433. Obs. 111,

récemment, une observalioii ùc paralysie radiale bilatérale avec intégrité du long supinateur, et qu'il considère d'origine probablement alcoolique. Cette intégrité du long supinateur, se trouve encore signalée dans les observations de Vierordt (1) et d'Oppenheim (2).

Dans l'observation de Buzzard, il y a pour le moins deux ■''■ ^ intoxications en présence : le plomb et l'alcool. Il est également ,-1% difticile de se prononcer entrèTïïïïëTTâîIFre. Cette observation démontre péremptoirement ce que nous avancions plus haut, à savoir que le diagnostic d'une paralysie est impossible à faire, de par sa localisation seule.

Observation XXIX.

(Observation résumée de Buzzard) (3).

Paralysie bilatérale des extenseurs des doigts et des poignets. — Atrophie des extenseurs des éminences thénar et hypothénar et du premier interosseux droit. — Diminution de la contrdctilité fai'adique et galvanique. — Inté grité des longs supinateurs avec diminution de lenr rontractilité faradique. — Paralysie des membres inférieurs de courte durée. — Rétinite albuminurique. — Raucité de la voix. — Parésie du thyro-aryténoïdien gauche.

James M..., âgé de 42 ans; mécanicien, entre en 18^8 au National Hospital for the Paraljsed and Kpileptics, pour une paralysie dos deux mains.

Antécédents. — Il y a deux ans, plaie du crâne et érysipèle de la face et du cou, avec perte de connaissance pendant quatre semaines. Il a eu quatre attaques légères de fièvre intermittente et trois attaques de goutte dans le gros orteil droit. Pas de syphilis. Pas d'antécédents rénaux aigus. Il y a bien des années il a fait des soudures de plomb, mais il n'a pas exécuté ce travail pondant ces six ou sept dernières années. Dana son travail fatiguant dans la ^ o^-. chambre des machines à bord des vapeurs des tropiques, il a fait des excès de boissons. Il b:ivaifc jusqu'à 14 onces de whisty par jour et de malt liquor pondant au moins deux ou trois ans.

L'affection a débuté le 24 mars 1887 à bord d'un vapeur venant de Rio-Janeiro. Le malade se réveille un matin avec une paralysie

(1) Vierordt. Ueber atrophisçhe Luhmungen der oberen Extremitaten, Deutsch Arch. Klin. Med., 1S?2, Bd 31, p. 449.

(2) Oppkmheim. Deutsch, Arch., f. Klin. Med., Bd, .30, 1885, p. 5G1,

(3) Th. Buzzard. A case of double vwist drop appccrentli/ due to multiple niuritis of alcoholic origine, the lower extremities having perfectly reoovered Brain, XI, 1888-1889, p. 90.

complète des deux mains. Les doigts sont demi-fléchis, et il ne peut ni les étendre ni fléchir le coude; il ne peut porter sa main à la bouche. Les mains sont engourdies et anesthésiées. Il ne peut marcher et se tient à peine debout. Pas de troubles de la parole, pas de douleurs de tête ou de dos. Pas d'engourdissement des extrémités inférieures. L'attaque de paralysie est survenue brusquement ; le malade se servait parfaitement de ses mains la veille. Il n'y a pas eu d'autres malades à bord et le malade n'a pas été à terre.

La paralysie empire progressivement, le malade ne peut exécuter aucun travail. Pendant deux à trois mois, il ne peut marcher sans aide. Dès qu'il a commencé à marcher, il ne pouvait soulever les pieds, mais les traînait.

Etat actuel. — Homme bien bâti, présentant uue paralysie des deux mains. La force 'de la main (serrement de main) est de 25 à droite et 30 à gauche. Chute des deux poignets, flexion légère des doigts sans trace de contracture. Atrophie légère des éminences thénar et des hypothénar plus prononce'e à droite qu'à gauche, et

à.\x premier espace interosseux droit. Le malade ne peut étendre complètement ses doigts. L'abduction et l'adduction des doigts se fait moins incomplètement. L' extension du poignet est imparfaite , la flexion faible. Les mouvements du coude et de l'épaule sont normaux; il en est de même des mouvements de supination etdepro-

nation. Atrophie légère des extenseurs. Intégrité du long supinateur. Réflexes du triceps et du poignet normaux. Rien d'anormal au niveau de la colonne vertébrale ou des extrémités inférieures. La marche est normale, réflexes rotulien et plantaire normaux.

Rien d'anormal du côté des muscles de la face ou des yeux. Pupilles normales. A gauche, rétinite albuminurique au début. Pas de troubles de la sensibilité. Pas de liseré saturnin. Urine alcaline, densité 1012, contient de l'albumine; pas de sucre. Mictions fréquentes.

Exam,en électrique. — Tous les muscles de l'avant-bras réagissent aux courants galvaniques, à l'exception de l'extenseur commun des doigts dont la contraction est faible.

Extenseur commun droit Ka SZ < An SZ. Extenseur commun gauche Ka= An SZ. Dans les autres muscles de l'avant-bras Ka SZ< An SZ.

Courants faradiques. — Les muscles des éminences thénar et hypothénar, des extenseurs du pouce et des fléchisseurs, présentent une contractilité normale. L'extenseur commun des doigts ne se

contracte pas, même avec les plus forts courants. Les muscles long siipinateur, premier et deuxième radial externe, cubital postérieur ne se contractent qu'avec de forts courants.

Le malade présente une certaine raucité de la voix. L'examen larjngoscopique fait par M. Simon donne les résultats suivants :les /5/ deux cordes vocales se contractent pendant la phonation et la respiration, mais pendant la phonation il y a un relâchement de la corde vocale gauche, dont le bord interne n'est pas rectiligue mais concave {pare&ie du muscle thyro-ary tc'noïdien gauche].

Lorsque le malade émet une voyelle [a) deux ou plusieurs fois de suite, la corde vocale droite se contracte seule énergiquement, les mouvements de la corde vocale gauche sont paresseux et presque imperceptibles.

M. Rendu (1) a rapporté une observation de paralysie radiale, survenue au cours d'une intoxication par V oxyde de carbone à forme hémiplégique. La paralysie a porté exclusivement sur i'avant-bias et de préférence sur les extenseurs, respectant le long supinaleur. « La main est en flexion complète avec impossibilité de la redresser. Vient-on à relever le poignet et à le placer dans 5a situation normale, le malade ne peut pas relever les phalanges, ce qui prouve que les extenseurs communs des doigts et les extenseurs du pouce et de l'index, sont frappés d'inertie. Les mouvements de latéralité du poignet ne sont pas davantage possibles (paralysie du cubital postérieur).

Ceux du supinateur sont extrêmement obscurs, et, une analyse exacte permet de les rapporter exclusivement, à la contraction du biceps qui est intact. Par contre, le long supinateur est

respecté Les interosseux de la main sont également inertes,

car en plaçant la main sur une surface plane, le mouvement d'écartement et de rapprochement des phalanges par rapport à l'axe du médius n'est pas possible, non plus que le redressement séparé de la phalangine et de la phalangette. Quand le malade veut saisir un objet, les fléchisseurs seuls se contractent, entraînant la totalité de la main vers la face antérieure de l'avantbras : aussi la main a-t-elle constamment l'attitude dite en griff'e, par suite de la prédominance de l'action des fléchis-

(U Rendu. Intoxication par la vapeur de charbon. Paralysie consécutive intéressant la face du côté droit, ainsi que les extenseurs de l'avaat-bras et du pied du même côté. Guérison lente. Mém. de la Soc. méd. des hôpitaux, 1882, p. 33.

seui's. — a L'attitude est bien ici la même que celle que nous avons indiqué plus haut, à propos de la paralysie saturnine (voyez %.)•

Dans \?i paralysie arsenicale[\] , on observe en général une paralysie de toute l'extrémité du membre, intéressant les fléchisseurs des doigts comme les extenseurs. Il existe, cependant, en général une prédominance du côté des extenseurs. Mais elle n'est pas assez nette, pour que l'on puisse parler ici d'une paralysie radiale véritable.

g. — Paralysies radiales dans les maladies infectieuses

Les paralysies du nerf radial s'observent, relativement, rarement dans le cours des maladies infectieuses. Ces maladies semblent avoir une prédilection toute particulière soit pour le nerf cubital, soit pour le nerf sciatique poplité externe (péronier). Bernhardt (2) toutefois, a observé un exemple très net de paralysie radiale, survenue dans la convalescence d'une fièvre typhoïde. La paralysie siégeait à droite, portait sur tous les muscles innervés par le radial y compris le long supinateur, s'accompagnait d'une diminution de lacontractilité faradique et d'une sensation d'engourdissement de la main. Pas d'atrophie. Le malade succomba à une périchondrite laryngée. A l'autopsie, on constate que le radial est tuméfié et d'une coloration violet-grisâtre, sur une longueur de 2 à 3 centimètres au niveau du point où il contourne l'humérus. L'examen microscopique montra, que les fibres nerveuses, normales au-dessus du point tuméfié, étaient au contraire profondément altérées au-dessous. Les nerfs médian et cubital étaient intacts.

h. — Paralysie radiale chez les tabétiques.

La paralysie radiale par compression, peut s'observer chez les tabétiques comme chez tout autre individu. Elle relève des mêmes causes que la paralysie radiale par compression ordinaire, présente les mêmes symptômes et la môme évolution. Elle n'est dans ces cas qu'un accident, survenant au cours de la sclérose des cordons postérieurs et indépendante de celle-ci.

(1) ScoLOZOUBOFF. Paralysie arsenicale. Arch. de Phys. norm. et pathol., 1884, p. 323.

(2) Bernhardt. Zur Pathologie der Radial paralysen. Arch. f. Psycli. u. Nerv., IV Bd, 1874, p. 601-623.

D'autres fois, on peut observer chez ces malades, une paralysie radiale ne relevant d'aucune cause de compression ; ces faits ont été signalés par un certain nombre d'auteurs, entre autres par Strûinpell (1), par HolTmann, par Nonne(2), par Dejerine. L'étiologie de ces paralysies est fort obscure, souvent le malade se réveille le matin avec une paralysie radiale, comme dans le cas de Hoffmann, Nonne, de Dejerine, tantôt la paralysie survient brusquement, comme chez le malade de Strûmpellqui vit survenir sa paralysie pendant qu'il lisait son journal ; tantôt encore elle est consécutive à une séance de suspension d'après la méthode de Motchoukowsky, comme chez le malade dont parle M. Dejerine (3) etdontnoas rapportons plus loin l'observation (ob. XXXVI, p. 181) La paralysie peut être dans ces cas complète, intéresser tous les muscles innervés par le radial à l'exception du triceps; elle ne s'accompagne d'aucun trouble de la sensibilité et, peut ne s'accompagner d'aucun trouble de la contractibilité musculaire, tandis que, le nerf radial excitable au-dessous du point conprimé, reste inexcitable au dessus. L'évolution de ces paralysies est la même que celle de la paralysie radiale par compression, la guérison ^ est la règle et s'observe comme dans la paralysie radiale classique, dans l'espace de six semaines à djeux ou J,rois mois, ""^'autres fois, la paralysie est dissociée; dans le cas de Nonne, elle a respecté le long abducteur du pouce. Ce muscle répondait seul à l'excitation du radial au pli du coude. L'excitabilité galvanique du nerf était abolie. La contractilité faradique des muscles était normale dans les extenseurs des doigts et les radiaux, l'abducteur du pouce et le long supinateur. La contractilité galvanique de ces muscles, (à l'exception de celle du long supinateur, qui était normale), était modifiée au point de vue qualitatif : la contraction était lente, la réaction de dégénération typique (1). Dans ce cas, comme dans les cas précédents, la guérison de la paralysie radiale fut complète.

L'interprétation de ces paralysies est difficile dès que la compression n'est pas avérée. Strumpell est disposé à assimiler ces paralysies radiales passagères, aux paralysies transitoires des muscles de roeil chez les tabétiques. ''~~'""'

(1) Strumpell. Berl. klin. Wochenschrift, 1888, p. 611-614.

(2) Nonne. Zur Casuistik der Betheiligung der peripherischen Nervcn bel Tabès dorsalis. Avch. f. Psych. u. Nerr., 1888, t. XIX, p. 352-380. Obs. Ilf, p. 357.

(3) Dejerine. Sur Vatrophie 'musculaire des ataxîques (névrite motrice périphérique des atasiques). Revue de médecine, 1889. Obs. V, p. 232 et 322,

Ces paralysies radiales, ne sont du reste pas les seules paralysies passagères, que l'on puisse observer chez des tabétiques en dehors des paralysies oculaires. Nous verrons plus loin que Nonne et Bernhardt,ont rapporté des observations de paralysie dunerf sciatique popiité externe, survenant avec la même soudaineté, saiTs~cause appréciable de compression et, présentant la même évolution, la même terminaison favorable.

2'^ Paralysies radiculaires du plexus brachial ; traumatismes portant sur la colonne vertébrale.

Il est rare d'observer le « type antibrachial >> isolé dans ces paralysies ; la paralysie des extenseurs des doigts et du poignet accompagne en effet, le plus souvent, soit une paralysie radiculaire supérieure, soit une paralysie radiculaire inférieure du plexus brachial. Il faut chercher la raison de ce fait, dans les origines si multiples et si étendues du nerf radiaL Le nerf radial est formé, en effet, dans l'immense majorité des cas, par les troncs nerveux des 5% 6^ 7* et 8* nerfs cervicaux, quelquefois même, le premier nerf dorsal lui abandonne quelques filets nerveux (voyez Féré (1), Ferrier et Yéo (2), Secrétan (3), Forgues (4).

C'est très probablement dans une lésion du plexus brachial, (tiraillement, distensions, contusion, etc)., qu'il faut chercher la cause de certaines paralysies atrophiques consécutives à des efforts violents, comme dans le cas suivant de Remak, ou à des luxations scapulo-humérales, comme dans le cas de Bernhardt.

Observation XXX (résumée).

Remak (5!.

Paralysie atrophique (d'origine spinale ?) du membre supérieur gauche, consécutive à un effort violent et présentant la localisa-

(1) FÈRÉ. Etude anatomique et critique sur les plexus des nerfs spinaux. Arcli. de Neurologie, 1883, mars, n" 15.

(2) Ferrier et Yeo. The funclional relations of the motor roots of the Brachial and Lombo-sacral Plexusss. Proceediûgs of the Royal Society, 18S1, vol. XXXIII, p. 12.

(3) H. Secrétan. Contribution à Vétude des paralysies radiculaires du plexus brachial. Th. de Pari*, 1885.

(4) Forgues. Distribution des racines motrices dans les muscles des membres. Th. Montpellier, 1883.

(51 Remak. Loc. cit., 1879, p. 54'f, obs. V. Le même malaie a été observé par Bernhardt quatre mois après le traumatisme, et il ne présentait alors qu'une paralysie partielle de l'extenseur commua des doigts, destiné à l'index et au médius. L'observatioa est publiée in Deutsch Arcli. f. klin. Med., XXII, 18'î8, p. 371.

tîon de la paralysie saturnine q\\qi un tailleur de 41 ans, emphysémateux et catarrheux. Le malade, debout dans un escalier, la main gauche appuyée sur la rampe, est assailli d'en haut à l'improviste. Pendant les tentatives faites pour faire lâcher prise, il se cramponne énerg-iquement de la main gauche à la rampe et s'aperçoit presque immédiatement de l'impossibilité d'étendre les doigts, en particulier le médius, et de fermer la main. Bientôt se développe une atrophie progressive de la main et de .l'avant-bras. Jamais de douleurs ni dans la main ni à l'avant-bras. Deux ans après l'accident, il présente l'attitude typique de la paralysie saturnine, c/iw^e du poignet et des doigts. Paralysie et atrophie des muscles : a Extenseurs communs des doigts et propres de « l'index et du petit doigt, premier radial externe, cubital posté- « rieur, interrosseux, opposant et court abducteur du pouce. Inté- « grité absolue des supinateurs. Conservation relative du long « abducteur, long et court extenseurs du pouce, et du deuxième « radial externe. Pas de troubles de la sensibilité. Perte de la contractilité faradique et diminution de la contractilité galvanique, avec contraction lente dans les muscles paralysés »,

L'observation de Bernhardt est particulièrement intéressante, non-seulement du fait de la localisation même de la paralysie, qui rappelle le type classique de la paralysie saturnine, mais encore, parce que la malade présentait un liséré noir des gencives, qui aurait pu imposer pour un liséré saturnin. Le microscope montra qu'il s'agissait, dans ce cas, d'une imprégnation des gencives par des particules de charbon ; la malade faisant usage depuis des années d'une poudre dentifrice au charbon.

Observation XXXI.

Bernhardt (l).

Luxation de l'épaule. — Paralysie du circonflexe (deltoïile). —Paralysie du nerf radial présentant la localisation de la paralysie saturnine. — Intégrité du long supioateur. — Diminution de la contractilité faradique. — Liséré gingival dû à une imprégnation de charbon.

C. S.., femme âgée de 46 ans, tombe en février 1871, sur le coin d'une porte et se fait une « contusion b de l'épaule. Huit jours après, on lui réduit à la clinique de Langenbeck une luxation de l'épaule droite. Impotence fonctionnelle du bras, de la main et des doigts droits.

(1) Bernhardt. Beitrag zur differentiellen Diagnose der Radiallsparahjsen. Virch. Arcb., 1872, t. LIY, p. 267.

Epaule droite atrophiée, l'avant-bras est en flexion moyenne sur le bras, la main est pendante et fléchie, les phalanges basales fléchies dans l'articulation métacarpo-phalangienne. Atrophie du premier espace interosseux, La malade ne peut guère étendre le bras au-delà de l'horizontale ; les mouvements passifs sont douloureux, mouvements d adduction, d'abduction et de rotation du bras normaux. 1 /avant-bras peut être fléchi sur le bras, mais ne peut être complètement étendu. Flexion des doigts et de la main conservée. Mouvement d'extension du poignet ou des doigts limité, mouvements d'abduction et d'adduction de la main et du pouce, impossibles. Intégrité des interosseux. Intégrité du long supinaleur. Intégrité des mouvements de supination et de pronation. Diminution légère de la sensibilité à la f&.ce dorsale de l'avant-bras, de la main et des doigts. A l'ex'ntatioyi du radial, le long supinateur se coyilracte seul. Diminution de la contractilité faradique du triceps et du deltoïde.

La lésion du circonflexe et du radial consécutive à une luxation de l'épaule est connue depuis longtemps. Ce cas est intéressant au point de vue de la localisation de la paralysie et de V intégrité du long supinateur simulant, par conséquent, une paralysie saturnine. Il est d'autant plus intéressant que le malade présentait au niveau des incisives supérieures et inférieures un liseré gingival noir ; à l'examen microscopique, on trouva, après ablation d'une particule des gencives, que la coloration noire était due à des corpuscules petits, angulaires, variables dans leur forme, inattaquables par les plus forts acides et qui furent reconnus pour dos particules charbonneuses : la malade avait l'habitude de se servir depuis des années d'une poudre dentifrice au charbon.

3° Paralysie spinale de l'enfant et de l'adulte. — (Poliomyélites, tephromyélites antérieures).

La paralysie dans le domaine du nerf radial, est une localisation rare dans la paralysie infantile. Elle a cependant été observée quelquefois, mais dans ces cas elle était rarement bilatérale et symétrique. Nous avons indiqué plus baut toute l'importance que Erb et Remak attribuent à cette localisation, ainsi qu'aux ressemblances qui existent entre la paralysie spinale infantile et la paralysie saturnine, pour étayer leur hyputlièse de la pathogénie spinale de la paralysie saturnine. Ces ressemblances se bornent à un seul trait commun, l'atrophie musculaire et la localisation.

Erh (1) dit avoir observé" deux cas de paralysie des extrémités supérieures, si analogues jusqu'à leurs moindres détails avec la paralysie saturnine, que l'absence seule de tout signe d'intoxication saturnine, le détermina à porter le diagnostic de poliomyélite antérieure chronique circonscrite. » Déjà Romberg (2) avait signalé la ressemblance de certaines paralysies atrophiques non toxiques avec la paralysie saturnine.

Rosenthal a observé un cas de paralysie atrophique de l'adulte, présentant entre autres localisations, une paralysie bilatérale des muscles de l'avant-bras innervés parle radial, avec intégrité des longs supinateurs.

Chez un autre malade atteint de phénomènes paralytiques, débutant avec un complexus symptomatique fébrile, il constata une paralysie bilatérale des extenseurs des doigts et du poignet, ressemblant à la paralysie saturnine. Le diagnostic de paralysie saturnine fut écarté de par « l'anamnèse, l'absence de coliques et de constipation, de liséré saturnin, de cachexie, de par le début fébrile, la marche rapidement ascendante de la paralysie et do l'atrophie, et de par la disparition rapide et partielle de certains phénomènes paralytiques. »

Remak et Adamkiewicz rapportent chacun un cas analogue. Dans le cas d'Adamkiewiez (Obs. L), que nous rapportons plus loin, il s'agit d'une paralysie généralisée, évoluant avec un com- '^\ plexus fébrile, se cantonnant par la suite dans un certain nombre de muscles, et affectant la localisation de la paralysie saturnine : Paralysie des extenseurs dei^ doigts avec intégrité du__ long^supinateur et des radiaux; paralysie des extenseurs des orteils et des péroniers, avec intégrité du jambier antérieur. \'^\

Dans le cas de Remak dont voici l'absei-vation^resumée, il s'agit d'une paralysie unilatérale des extenseurs.

Observation XXXII (résumée).

Remak (4).

Paralysie spinale infantile du domaine du radial gauche avec intégrité du long supinateur, chez un enfant de 4 ans, sourd-

(1) Erb. Krankkeiten der peripheren cerebro-spinalen Nerven. Ziemssen's Hrib. XI 2, p. 305 720.

(2) Romberg. Lehb. d. Nervenh:, I, Bd, 3te Abth.,2e Auf.

(3J Rosenthal. Zur klinischen CharakterisUk der Poliomyelitis. \ivch. Arch. Bd 72, 1878. Obs. I, p. 329 et obs. II, p. 331.

(4) E. Remak. Zur Palhogenie der Bldlulmiungen. Arch. f. Psych. u. Nerv., 1876, VI, p. 48, obs. VIII.

muet. A la fin de la première année, l'enfant fut atteint au milieu d'un état fébrile s'accompagnant de convulsions, de paralysie du bras et de la jambe gauche. Il est sourd depuis la même époque. Il traîne la jambe en marchant, lève fortement le genou pour détacher la pointe du pied; pas de diminution de l'excitabilité du sciatique poplité externe.

Le bras gauche amaigri est fléchi dans l'articulation du coude ; la main en pronation est fléchie sur l'avaut-bras ; les doigts légèrement fléchis. L'attitude est celle de la paralysie radiale typique, on sent cependant très nettement la corde du biceps et celle du long supinateur. A l'excitation du nerf radiai au niveau de la gouttière de torsion, on n'obtient que la contraction du long supinateur, du long abducteur du pouce et de l'extenseur propre de l'index. La contraction est faible dans les radiaux et l'extenseur propre du petit doigt, elle est nulle dans l'extenseur commun.

L'observation suivante de Remak, nous a paru mériter une place dans ce chapitre, par la localisation si nettement circonscrite de la paralysie aux extenseurs des doigts et du poignet.

Observation XXXIII.

Remak (i).

Paralysie spinale afrophique présentant la localisation de la paralysie saturnine, ayant débuté il y a 3 ans par une atrophie du premier espace interosseux, s'étendant progressivement aux muscles de l'éminence thénaret de la région postérieure de l'avantbras,chezun caissier, âgé de 53 ans, sans antécédents héréditaires d'atrophie musculaire progressive, et n'ayant jamais présenté de symptômes d'intoxication saturnine. Pas de coliques ni de constipation opiniâtre. Pas de liséré gingival saturnin. Paralysie et atrophie des extenseurs communs et propres des doigts, des radiaux, des interosseux, des muscles de l'éminence thénar, des deux côtés, avec conservation légère du long abducteur du pouce droit. Intégrité des longs supinateurs. Paralysie et atrophie légères des deltoïde et biceps droits. Tumeur dorsale du métacarpe droit. Perte de la contractilité faradique dans les muscles paralysés. Léger rétrécissement de la pupille droite.

Pas de troubles dé la sensibilité, pas de douleur à la pression des vertèbres cervicales.

(1) Remak. i/e&e/' die Localisation atrophischen Spinallahmungen, Pte. Arch. f. Psych. u. Nerv., 1879, IX, p. 542, obs. IV.

4° Atrophie musculaire progressive.

L'atrophie musculaire progressive débute rarement par la paralysie des extenseurs des doigts et du poignet ; elle affecte rarement la localisation du type antibracliial. Nous avons eu l'occasion d'observer dans le service de notre maître M. le Professeur Vulpian et de suivre depuis bientôt sept ans, un malade atteint d'atrophie musculaire à marche lente et progressive, chez lequel l'atrophie débuta des deux cotés par l'extenseur commun des doigts, (le malade fit les cornes) puis envahit les extenseurs propres des doigts et du pouce, les radiaux, respectant le long supinateur et le long abducteur du pouce. En présence de cette localisation, M. Vulpian souleva le diagnostic de paralysie saturnine, mais les recherches les plus minutieuses faites pendant plus de deux ans, pour découvrir le moindre signe ou la moindre cause d'intoxication saturnine, restèrent toujours négatifs. Malgré un traitement commencé dès le début de l'atrophie et poursuivi pendant de longues années, rien n'a pu enrayer la marche lente mais fatalement progressive de l'atrophie, et ce malheureux est aujourd'hui un type nettement caractérisé d'atrophie musculaire progressive. Voici son observation :

Observation XXXIV.

(Personnelle)

Le nommé Merc..., âgé de 5t ans, tailleur, atteint d'atrophie musculaire progressive, vient depuis l'année 1880, à la policlinique du M. le Professeur Vulpian,

Le malade n'accuse aucune tare nerveuse héréditaire ou personnelle. Il est de bonne constitution et n'a jamais été malade. Pas d'alcoolisme, pas de syphilis, pas d'impaludisme.

Le début de de l'atrophie remonte à l'année 1880. Le malade, à la suite d'une grande colère, s'aperçoit d'une certaine faiblesse de la main droite. Cette faiblesse augmente insensiblement et sans douleurs aucunes. L'atrophie débute par l'extenseur commun des doigts droits (le malade fait les cornes). Six mois plus tard, l'extenseur gauche se prend, puis vient le tour des extenseurs propres des petits doigts, des index, des pouces, enfin des radiaux droits et du court abducteur du pouce gauche.

En 1881, le malade se présente avec l'attitude caractéristique de la 2^2ralysie saturnine ; la main droite est pendante et tombe

en angle droit sur l'avaut-droit, Les mouvements d'extension des doigts et du poignet sont abolis à droite, ainsi que les mouvements d'extension, d'abduction, d'adduction et d'opposition du pouce. A gauche, les extenseurs des doigts sont atrophiés ; mais les radiaux gauches et les supiuateurs des deux côtés sont conservés.

Pendant plus de 2 ans, M. le professeur Yulpian, cherche avec le plus grand soin et la plus grande minutie, la moindre cause, le moindre signe d'intoxication saturnine. Ces recherches sont toujours restés négatives.

Malgré la constance avec laquelle le malade s'électrise, l'atrophie n'a pas cessé d'augmenter.

En 1883, l'atrophie a envahi les deltoïde, biceps, brachial antérieur et long supinateur droit. Les muscles des émineuces thénar et hypothénar se prennent peu à peu, ainsi que les interosseux mains simiennes, le bras tombe inerte le long du corps. Les seuls mouvements possibles sont l'extension de l'avant-bras sur le bras qui se fait vigoureusement (triceps^, la flexion de la 2" phalange du pouce et la flexion des doigts et du poignet. A gauche, les extenseurs des doigts et l'éminence théuar sont seuls pris avec le deltoïde. Pas de troubles de la sensibilité et abolition de la contractilité faradique dans les muscles atrophiés. Perte de l'excitabilité du radial droit; A gauche, les radiaux, le long abducteur du pouce et le long supinateur se contractent seuls à l'excitation du radial. Sensation d'engourdissement, de fourmillement et de froid dans les membres inférieurs. Pas d'atrophie des membres inférieurs, ni des muscles du dos, de la nuque, de la face ou du thorax, à l'exception du grand pectoral.

En 1886, le malade présente une paralysie faciale droite survenue brusquement un matin à la suite d'un refroidissement (?). Elle présente les caractères d'une paralysie a frigore grave, s'accompagne de perte de contractilité faradique, de réaction, de dégénération; ello guérit après 8mois, mais s'accompagne d'une contracture des muscles de la face, de telle sorte que le malade paraît actuellement atteint d'une paralysie faciale gauche.

En 1889, l'atrophie n'a cessé d'augmenter en conservant à peu près la même localisation. Elle a envahi les muscles des gouttières vertébrales et ceux de la nuque. Le malade présente de la lordose ; la tête penche en avant et ne peut être redressée. Rien d'appréciable du côté des membres inférieurs, sinon des sensations d'engourdissement, de fourmillements, des douleurs en brodequins au niveau, des malléoles et des douleurs à la base des reins. — Conservation des réflexes patellaires.

La conservation des fiéeliisseurs des doigts permet encore au malade d'exercer son métier de tailleur. — Voici comment il s'j prend : Pour tracer, il place sa craie entre le pouce et l'index droit et la maintient en fléchissant un peu la première phalange du pouce, puis il trace en soutenant et en guidant sa main droite de sa main gauche. Pour tailler, il place d"abord, à l'aide de la main s^auche, dont le biceps fonctionne encore, la main droite sur la table, ouvre passivement les doigts de la main droite, place les ciseaux qu'il peut maintenir vigoureusement à l'aide des fléchisseurs. A chaque coup de ciseau, il les ouvre passivement avec la main gauche et les ferme avec ses fléchisseurs.

Le malheureux est père de 8 enfants, dont 4 sont morts en bas âge. Les 4 vivants âgés de 12, 10, 7 et 5 ans, sont sujets à dos convulsions. Il ne présentent pas d'atrophie musculaire, ni d'atrophie de la face.

En résumé : La paralysie des extenseurs des doiglsei du poignet^ se traduisant par V attitude classique de la 2^arali/sie saturn ipe , peut se rencontrer dans un certain oiombre de lésions du nerf radial, portant soit sur la partie périphérique dunerf^soit sur ses origines au niveau du plexus brachial, soit sur ses origines médullaires : celhdestnotrices de la colonne cervicale antérieure.

Cette localisation est rare dans les affections médullaires, telles que V atrophie musculaire progressive Qi la paralysie infantile. Elle a cependant été observée dans la paralysie spinale de l'enfant ou de l'adulte par Erb, Rosenthal, Remak et Adamkiewicz. En l'absence de toute notion étiologique, de tout signe et de toute cause d'intoxication saturnine professionnelle ou accidentelle, le diagnostic est évidemment très difficile ; car en ne considérant que la localisation de la paralysie (paralysie des extenseurs, des doigts et du poignet avec intégrité des longs supinateurs), la première pensée qui vient à l'esprit de l'observateur est évidemment celle de la nature saturnine de la paralysie.

Le diagnostic devra se baser dans ces cas sur Y évolution de la paralysie. La paralysie infantile débute souvent, au milieu d'un cortège symptomalique fébrile, elle est d'emblée généralisée à un ou plusieurs membres, et ne se localise que plus tardivement à un groupe musculaire, elle est en un mot une paralysie régressive, et l'atrophie musculaire s'accompagne en général par la suite d'adipose sous-cutanée. La paralysie saturnine par contre, présente un début apyrétique, elle débute par la paralysie des extenseurs, et ne s'étend que plus tard aux groupes musculaires

Dejerine. 12

voisins ; sa marche est progressive ; l'adipose sous-cutanée est exceptionnelle.

2° Cette localisation à V état isole, est exceptionnelle dans les paralysies soit du plexus brachial, soit des racines du plexus. X 3° Cette localisation est au contraire fréquente, dans les paralysies périphériques , traumatiques, infectieuses ou toxiques, portant sur le tronc même du radial.

a. Dans les paralysies traumatiques graves contusion, compression par un cal vicieux de l'humérus, etc.. etc.), la notion du traumatisme, la participation du long supinateur, l'unilatéralité de la paralysie, permettent d'éviter facilement toute erreur de diagnostic avec la paralysie saturnine, même dans les cas exceptionnels, comme dans la paralysie consécutive à une consolidation vicieuse d'une fracture de la tête du radius, et dans laquelle à cause du siège de la lésion le rameau du long supinateur est toujours respecté.

Dans les paralysies par compression ou a frigore du nerf radial, le diagnostic se fera d'avec la paralysie saturnine, par la participation du long supinateur, et par la conservation de la contractilité électrique des muscles et du nerf radial, au-dessous du point comprimé. Le long supinateur peut être toutefois très exceptionnellement respecté, comme dans les cas de Bernhardt, lorsque la compression porte au-dessous du rameau du long supinateur.

Nous plaçons à côté des paralysies traumatiques, les paralysies consécutives aux injections sous-cutanées d'éther, dans tous ces cas, l'ajiamnèse permettra toujours défaire le diagnostic.

b. — Dans les paralysies toxiques, d'origine alcoolique, arsenicale ou oxycarbonée. — La paralysie radiale est rarement pure, elle accompagne une paralysie des fléchisseurs des doigts, elle est généralement consécutive à une paralysie des membres inférieurs, elle s'accompagne de phénomènes douloureux, autrement intenses que ceux que l'on peut observer dans la paralysie saturnine. Lorsque la cause toxique étiologique n'est pas nettement caractérisée, comme dans le cas de Buzzard, le diagnostic

^Ç«r peut être difficile et ne doit pas être basé sur un seul symptôme: la localisation de la paralysie.

c. La paralysie limitée uniquement au nerf radial, est une localisation exceptionnelle dans les névrites inf ectituses .

d. Elle peut s'observer dans le cours du tabès, et relève soit d'une compression vulgaire du nerf radial, soit d'une pathogénie semblable à celle de la paralysie passagère des muscles de l'œil.

Page 1