PRONOSTIC
I. Polynévrites. —Le pronostic des différentes variétés de la polynévrite est en général favorable. Il s'agit en effet d'une affection curable dans la grande mnjoiité des cas.
Cependant, dans les formes à évolution très rapide et revêtant les allures de la paralysie ascendante aiguë, la mort peut survenir dès les premiers jours, et pendant la généralisation de la paralysie ; elle résulte en général dans ces cas, de la paralysie }^J lJ2^j^! ^4J^âE^£Mîîi?i^!^JS^têl!£0staux e^des pneumosastriques, et le malade succombe à une asphyxie croissante, et fatale pour ainsi dire. Mais la paralysie du diaphragme n'implique pas forcément une terminaison fatale, et on a vu hi polynévrite guérir, alors même que ce muscle était paralysé, ou plutôt parésié pendant un temps plus ou moins long. Cela tient à ce fait que dans les polynévriles en général, comme dans les formes généralisées de la paralysie saturnine, tous les muscles ne sont pas paralysés au même degré, les derniers pris sont en général simplement parésiés. et si le processus pathologique s'arrêle, ce sont ces muscles qui récupéreront les premiers leur fonctionnement. Les réactions électriques seront ici, connue dans la paralysie saturnine, d'une grande valeur pronostique, au point de vue de la restitution ad inlegrum, des différents muscles paralysés. Aussi .Jongtemps que la a3ntrcUU ilité faradique
ou galvanique est conservée, même à un léger degré dans un
muscle, on peut affirmer que ce muscle récupérera sa fonction, dans un espace de temps plus ou moins éloigné. La disparition complète de toute contractilité électrique, sera toujours un signe pronostique sérieux. Souvent, le malade récupérera après un temps plus ou moins long, l'usage de ses muscles ; mais quelquefois, on pourra observer dans des groupes musculaires plus particulièment touchés, une perte de la contractilité volontaire et électrique, se prolongeant pendant des années entières, entraînant des impotences fonctionnelles et des déformations quelquefois persistantes.
— Paralysie saturnine. — Le pronostic de la pnralysie saturnine est connu depuis longtemps. Tous les auteurs, qui depuis Tanquerel des Planches ont étudié cette question, ont fait remarquer qu'il s'agissait d'une affection qui, bien que sujette à récidive, était de nature toujours curable. Nous verrons tout à l'heure ce que cette proposition a de trop absolu.
Dans les formes peu communes, comme le type Duchcnnc- Erb, ou le type inférieur, le pronostic est en général peugrave et laguérison toujours obtenue. Il s'agit de cas dans lesquels, la paralysie et l'atrophie sont en général peu prononcées, et la contractilité électrique peu altérée. Dans la paralysie saturnine type Aran Duchenne, le pronostic est beaucoup plus sérieux, car si le malade récupère en général, ses mouvements au bout d'un temps plus ou moins long, l'atrophie musculaire persiste pendant des années.
Quant aux formes généralisées à évolution rapide, formes qui sont rares, comme nous l'avons dit, la mort peut être produite par la paralysie du diaphragme et des intercostaux (cas de Heugas obs. XVII, p. 138). Mais en général, on observe le plus souvent laguérison complète, comme dans les névrites multiples d'origine infectieuse ou toxique.
Une paralysie saturnine étant donnée, quelle que soit la localisation qu'elle affecte, le pronostic de l'état de chacun des muscles paralysés, se déduit de l'état de sa contractilité électri<jue. Aussi longtemps qu'un muscle présentera des traces de contraction, sa guérison dans un temps plus ou moins court peut être affirmée, mais tant que la contractilité faradique, a disparu, la guérison prochaine ne peut être espérée.
DansTa forme "vulgaire de là paralysie saturnine (type antibrachial), la guérison est une règle qui ne souffrirait pour certains auteurs, aucune exception. L'observation suivante, concernant un malade affecté depuis seize ans de paralysie saturnine des extenseurs, démontre que cette affection peut dans certains cas, persister indéfiniment à l'état chronique.
Observation LVIII (personnelle).
Paralysie et atrophie saturnines, type anti-brachial durant depuis seize ans chez un saturnin. — Abolition de la contractilité faradique, magnétoélectrique et galvanique. — Intégrité du long extenseur du pouce à gauche. — Subluxation des deux poignets.
Le nommé L. A., âgé de 49 ans, peintre en bâtiments est à Dejerine H
Bicêtre depuis le mois de décembre 1883, salle Denis Papin, lit n° 25, service de M. le D' Dejerine.
Antécc'dents héréditaire!^. — Mère morte à 49 ans d'une attaque de choléra. Six frères et sœurs bien portants.
Antécédents héréditaires. — Rougeole à 3 ans, croup à 11 ans. Pas de syphilis. Léger degré d'éthjlisme. Travaille dans le plomb depuis l'âge de 13 ans. Première attaque de coliques en 1884, à l'âge de 24 ans. Neuf ans après, en 1873 nouvelle attaque de coliques. Quelques mois auparavant,. ressentait un certain degré de faiblesse dans la main gauche. En prenant de la main droite un verre de bière pour le porter à sa bouche, il renversa son verre. (Premier signe révélateur delà paralysie des extenseurs de l' avantbras droit). A gauche, l'atrophie débuta plus tard, et progressa peu à peu. Il entre à la Pitié, y reste quatre mois et en sort un peu amélioré, mais non guéri. Il peut cependant, quoique encore paralysé, reprendre son travail jusqu'en 1881, époque à laquelle il est de nouveau forcé de quitter son métier de peintre en bâtiments. Après deux ans de séjour dans différents hôpitaux, où il fut traité par l'iodure de potassium, les bains sulfureux, les courants faradiques, son état resta leméme. Jl entre à Bicêtre en 1883, il passe 14 mois à l'infirmerie, où il est traité par les courants faradiques. Pas d'amélioration.
Etat actuel le 20 fe'orier 1880. — Homme de constitution assez robuste. La musculature des épaules, du thorax et des bras est bien développée. Les deux avant-bras sont très amaigris dans leur région postérieure, le gauche plus que le droit. Les deux mains sont fléchies et en pronation, la droite un peu plus que la gauche. Subluxation en avant des deux poignets, en examinant leur face dorsale, on sent très nettement la moitié supérieure de la facette articulaire du radius.
Avant-bras. — Atrophie assez prononcée du groupe des extenseurs, plus marquée à droite. A gauche le malade peut amener la main jusqu'à l'horizontale, à droite aucun mouvement d'extension du poignet n'est possible. L'extension des premières phalanges des doigts est impossible des deux côtés, mais l'action des interosseux sur les deux premières phalanges (extension), l'adduction et l'abduction des doigts se font, mais limités. Les radiaux et le cubital postérieur sont également pris des deux côtés. A droite le long extenseur du pouce est conservé, le long etle courtsupinateursont intacts des deux côtés. Intégrité des thénars, des hypothénars et des interosseux, ainsi que des muscles de la région antérieure de
l'avant-bras. Réflexe olécrâuion nul. Réflexe patellairo faible. Liséré saturnin douteux. Pas de néphrite interstitielle.
Etat actuel, le 2Sjuin,phis de trois ans après. — L'état est le même qu'en février 1886.
Contractilité électrique, courants faradiques, appareil à chariot, minimum d'excitation chez l'homme sain = 10 cent. Méthode polaire.
Côté gauche Côté droit
Extenseur commun des doigts à. . Oo,0 a Oc.O
Long extenseur du pouce à. G li2 à Oc,0
Long abducteur du pouce à. Oc,0 à Oc,0
Radiaux ;'i . Oc,0 à Oc,0
Cubital postérieur \. Oc,0 à Oc,0
Long supinateup • â. 9 li2 à 5 c.
Biceps, triceps et deltoïde à. 9 1|2 à 9 li2
La sensibilité électrique est très diminuée. Excitation du radial dans la gouttière. A gauche le long extenseur propre du pouce se contracte seul à 5 cent.
Appareil magnéto-électrique (sonnerie de téléphone), mêmes résultats qu'avec le courant faradique.
Courants galvaniques. Appareil de Gaiffe. Galvanomètre apériodique. Méthode polaire.
Côté gauche Coté droit
Long extenseur du
pouce à 20él. 5Ma NFC> PFG à 20 él., 5 Ma, NFC> FFC
Long supinateur. .. » » » à 18 6 Ma, »
Extenseur commua
des doigts à 48éL = 25 Ma, NFCet PFC=0 à 48 = 0, comme à gauche.
Si l'on envisage le pronostic à un point de vue plus général, la paralysie porte avec elle le pronostic de l'intoxication saturnine tout entière, et sans parler de l'état général qui est ordinairement des plus mauvais, ni des troubles vasculaires et viscéraux qui sont la conséquence de cette intoxication, nous ferons remarquer qu'au point de vue de la descendance, elle constitue par elle-même un facteur important de dégénérescence. MM. Constantin Paul (1) et Roques (2), ont montré la fréquence des avorte:
(1) C. Paul. Arch. gén. de méd., 18G0.
~ (2) iloQUES. Des dégénérescences héréditaires produites par l'intoxication saturnine. R. Soc. biol., 1872, IV, p. 243-245. "" ^"'
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ments chez les femmes atteintes d'inloxicalion saturnine, et la grande mortalité de leurs enfants dans le bas âge, causée par les convulsions et les affections cérébrales, M. Roques, a montré en outre, la fréquence des cas d'idiotie, d'imbécilité, d'épilepsie, que Ton rencontre dans des familles, où les parents emploient des préparations de plomb : peintres en ijatiments, fondeurs en caractères d'imprimerie, élameurs. Il a montré en outre ce fait, que les parents qui, pendant le temps qu'ils étaient soumis à l'influence des préparations plombiques, avaient des enfanto idiots ou imbéciles, avaient plus tard, après avoir changé de profession, des enfants sains. Brieger(l) et récemment A£ûJia- — — ^,3^w (2) ont rapporté des cas analogues. Nous ne pouvons nous étendre davantage, sur ce point dont l'étude ne rentre pas directement dans le cadre de notre travail. Nous tenons seulement à faire remarquer en terminant, que l'intoxication saturnine, envisagée au point de vue de la descendance, est actuellement considérée, avec d'autres intoxications, l'intoxication alcoolique entr'autres, comme un important facteur de dégénérescence.
(1) Brieger. Centralbl. f. d, med. Wissenchaft, 1874, n" 27, p. 431. *fi'f (2) V. MoNAKOw. Loc. cit.