TRAITEMENT
Le traitement Je la polynévrite infectieuse, aiguë ou subaiguë, rentre dans le traitement des maladies infectieuses au cours ou dans la convalescence desquelles, elle peut survenir; aussi ne nous y étendrons-nous pas. Il en est de même, lorsque la polynévrite évolue sous les apparences cliniques d'un état infectieux mal déterminé. Ici encore, on mettra en œuvre, les différents agents thérapeutiques et hygiéniques, qu'il est d'usage d'employer en pareil cas, et qui ne présentent dans l'espèce, rien de spécial. Lutter contre l'hyperthermie et les douleurs, à l'aide des antipyrétiques et des calmants, surveiller l'état de la peau chez ces malades, donner enfin des toniques et des reconstituants, lorsque la période aiguë de l'affection étant passée, le malade entre dans la période souvent si longue, dans laquelle on voit survenir et progresser l'atrophie musculaire. N'oublions pas, du reste, que la polynévrite est assez rarement une affection à pronostic grave, et que les cas de mort sont assez exceptionnels du fait de la polynévrite elle-même, bien que cette éventualité puisse s'observer, lorsque les nerls qui président aux fondions respiratoires ou circulatoires viennent à être envahis. N'oublions "^asegalement, que les malades peuvent au cours d'une polynévrite, succomber du fait, non pas de la polynévrite elle-même, mais à la suite de lésions, développées par l'intoxication dont relève cette polynévrite (alcool, plomb, arsenic). La suppression de l'agent toxique, un traitement hygiénique et prophylactique, sont des conditions qui s'imposent dans le traitement des polynévrites toxiques.
Le traitement de la polynévrite, abstraction faite des particularités précédentes, doit être surtout un traitement local, basé avant tout sur l'électrothérapie. On pourra employer indifféremment les courants faradiques ou galvaniques, soit alternativement, soit consécutivement, en ayant soin de ne pas employer des courants trop intenses, et surtout en ne commençant pas trop tôt leur application.
M. Dejerine (1) a montré, par des expériences comparatives faites sur des animaux, qu'un muscle dont les nerfs avaient été coupés, s'atrophie plus lentement lorsqu'on Félectrise tous les jours.
L'usage de certaines eaux minérales, deLaMalou entr'autres, donne souvent de bons résultats: on ne devra pas négliger d'y avoir recours, lorsque la polynévrite est arrivée à la période stationnaire ou à la période de régression.
On aura soin également d'avoir recours aux iodures, ainsi qu'au massage et aux mouvements passifs. Le massage sera fait soit directement sur les muscles, soit surtout sur les gaines tendineuses, dans les cas de déformations si fréquentes des membres inférieurs à la suite des polynévrites. Le massage fait régulièrement, permet souvent d'éliminer le traitement chirurgical (ténotomie, etc.).
(1) Dejerine. Soc. bio/., 1875.
APPFNDICE
Autopsie du malade de l'observationXXVIII, page. 163, alleint de 'paralysie radiale dissocie'e, consécutive à une injection d'éther sidfarique.
Le malade ayant succombé pendant la correction des épreuves de ce travail, cette autopsie ne se trouve pas mentionnée dans les exemplaires déposés à la Faculté de médecine.
Névrite parenchy mate use très prononcée de tom les rameaux de la branche profonde du nerf radial^ avec intégrité des rameaux des muscles radiaux el long siipinateur. Atrophie simple des faisceaux primitifs de Vextenseur commun des doigts.
Autopsie faite le 28 juillet. Foie de volume ordinaire, de couleur verdùtre. Pas de calculs dans la vésicule, ni dans les canaux biliaires. Du côté des autres viscères, rien de particulier, sauf la coloration ictérique.
Avaiit-bras gauche. La coloration ictérique des muscles empêche de constater s'il existe une différence de coloration, entre les différents muscles de lapartie postérieure de l'avant-bras. Il n'existe pas en tout cas d'atrophie appréciable de l'extenseur commun des doigts.
Examen histologique. Branche profonde du radial, allant aux extenseurs communs et propres des doigts; examen pratiqué à l'état frais, par dissociation, après action de l'acide osmique et du picrocarmin, altérations extrêmes, et portant sur tous les tubes nerveux, qui ont pris une apparence raoniliforme. Cette apparence est due à ce que la myéline ne persiste que de place en place dans les gaines de Schwan. A ce niveau, on trouve en efîet, de petits blocs arrondis de myéline, séparés les uns des autres par une couche mince de protoplasma et par quelques noyaux de la gaine. Dans l'intervalle de ces petits amas de myéline, la gaine de Schwan est
revenue sur elle-même, et contient quelques no3^aux et du protoplasma, ce dernier coloré en jaune. Nulle part ou ne constate la présence de cylindres-axes, même à l'état fragmentaire. Kulle part il n'existe de tubes de petit calibre.
Le tissu conjonctif intertubulaire ne présente que des traces d'irritation légère. Ces lésions nerveuses, tout à fait semblables à celles que l'on observe dans le bout périphérique, d'un nerf sectionné depuis plusieurs semaines, existent dans tous les tubes nerveux de la branche profonde du radial, et se présentent dans tous avec les mêmes caractères, ce qui démontre bien que la dégénérescence a commencé à se produire, au même moment dans tous les rameaux.
Les nerfs musculaires des radiaux et du long supinateur, qui partent, comme on le sait, du tronc même du ravial, examinés par les mêmes procédés, ne xirésentent aucune espèce d' altération.
Muscle extenseur commun, Atrophie simple avec multiplication légère des noyaux, sans dégénérescence graisseuse ou pigmentaire. Le diamètre des faisceaux primitifs de l'extenseur commun, oscille entre 19 et 26'", dans les radiaux, qui sont normaux, le diamètre de ces faisceaux, varie entre 38 et 57™.
Conclusions.
Les recherches exposées au cours de ce travail, nous amènent aux conclusions suivantes :
1. Sous rinfluence d'agents infectieux ou toxiques, ou sous l'influence de causes encore indéterminées, on voit fréquemment se développer une névrite des nerfs périphériques.
2. Cette névrite est le plus souvent de nature parenchymateuse, quelquefois de nature interstitielle.
3. L'altération des nerfs est d'autant plus prononcée, que l'on examine des rameaux nerveux, plus éloignés de la racine du membre. La lésion s'atténue en effet progressivement, en remontant de la périphérie au centre ; ne se retrouve qu'exceptionnellement au niveau des racines médullaires, et dans ce cas elle est toujours beaucoup moins développée qu'à la périphérie. Par son évolution, cette névrite rappelle la névrite ascendante de Duménil.
4. Cette névrite est de nature périphérique, ainsi que le démontre, l'intégrité complète des cellules motrices et des ganglions spinaux, dans l'immense majorité des cas.
5. Le plus souvent, nous pouvons reconnaître la maladie infectieuse, aiguë ou chronique, ou l'agent toxique dont relève la névrite périphérique. Nous sommes moins avancés, lorsqu'il s'agit de déterminer la nature intime du processus, qui préside au développement de cette dernière.
6. Pour les névrites toxiques, on peut invoquer, en se basant sur la pathologie expérimentale, une action directe, exercée par le poison sur les éléments nerveux.
7. Pour les névrites qui surviennent, soit dans la convalescence de certaines maladies infectieuses, ou pour celles qui évoluent avec les allures des maladies infectieuses, comme le béribéri par exemple, nous ignorons encore le mécanisme intime qui préside à leur développement. Peut-être s'agit -il ici de l'action directe, mécanique, du microbe sur les éléments nerveux. Peut-être s'agit-il au contraire^ de l'action d'un ferment soluble d'origine microbienne, agissant sur les nerfs et modifiant leur structure.
8. La névrite périphérique peut être généralisée ou localisée, affecter isolément les nerfs de la motilité ou de la sensibilité, plus souvent ces deux ordres de fibres à la fois. Elle peut être aiguë, subaiguë ou chronique.