‹ Des polypes naso-pharyngiens au point de vue de leur traitementChapitre 20 sur 26 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

Le 14 juillet 1864, est entré à l’hôpital de la Charité, salle Saint-Jean, n° 2, service de M. Denonvilliers, le nommé Tissier (Maurice), âgé de 14 ans, demeurant boulevard Pereire. Ce garçon s’est aperçu, il y a deux ans, qu’il ne respirait plus que difficilement par le nez; on lui disait qu’il ronflait en dormant, la bouche restant ouverte. Vers' le mois de novembre 1862, il fut pris d’une épistaxis peu abondante; un an après, il eut second saignement de nez assez considérable pour nécessiter l’emploi du tamponnement. H y a un an, la joue droite commença à grossir; à cette époque, il y eut un peu de gène de la mastication , qui cessa bientôt quand la tumeur eut acquis un certain volume.

Depuis un mois à peu près, il y a de la surdité de l’oreille droite.

Pas de trouble de la vue.

État actuel. Déformation considérable de la joue droite, qui a plus que doublé de volume. On sent, à travers les téguments de la joue et sous la muqueuse buccale, une tumeur globuleuse , un peu bosselée, ayant au moins le volume d’un œuf, qui fait saillie entre les deux mâchoires quand la bouche est ouverte. Celte tumeur arrive en avant à 1 centimètre de l'aile du nez, à 2 de la commissure labiale droite; elle remonte jusqu’à 1 centimètre du rebord orbitaire intérieur et jusqu’à l’arcade zygomatique; elle descend jusqu’au milieu de la liante ut du maxillaire inférieur; eu arrière, elle est séparée par un intervalle de 2 c t nu mètres de l’angle de la mâchoire inférieure.

Cette tumeur présente une certaine mobilité, excepte à la partie postérieure, au niveau du trou sphéno-palalin, dans lequel elle paraît s engager par un pédicule étroit.

Cette tumeur n’est douloureuse que quand on exerce des pressions assez fortes sur elle.

L’air ne passe que très-difficilement par la narine droite et un peu mieux par la gauche.

Il n'y a pas de prolongement nasal, car la vue ne permet de rien voir de ce côté. Une sonde de femme passée dans les narines n’est arretée qu’au niveau de l’orifice postérieur des fosses nasales. Une sonde en gomme élastique d’un diamètre de 3 millimètres pénètre même facilement jusque dans le pharynx.

Le doigt passé derrière le voile du palais sent une tumeur du volume d’une très-grosse noisette qui paraît avoir une large base d’implantation et qui obstrue presque complètement les orifices postérieurs des fosses nasales.

Le voile du palais est un peu refoulé du côté de la cavité buccale; pas de déformation de la voûte palatine.

Le maxillaire supérieur droit n’est nullement déformé; les dents qui sont implantées dans cet os présentent une disposition très-irrégulière, mais qui existait déjà longtemps avant l’apparition de la tumeur.

M. Nélaton, qui a vu ce malade, pense que, malgré les dimensions de la tumeur génienne, il ne serait pas nécessaire, dans ce cas, d enlever le maxillaire supérieur ; il croit qu’il serait possible de 1 attaquer par une incision de la joue permettant de détacher le ; masséter de son insertion au maxillaire inférieur. La petite tumeur pharyngienne pourrait être attaquée par la division du voile du palais.

La Gazette des hôpitaux du 16 juillet donne une observation de M. Ollier, qui pratiqua sur un jeune homme de 16 ans, déjà opéré |deux ans avant par M. Delore, une ablation du maxillaire supérieur, en conservant le périoste de la face externe de l’os, le 12 septembre 1863. La guérison demanda sept mois, et en somme quelques petites portions osseuses seulement se sont reproduites. Des cautérisations avec le beurre d’antimoine furent pratiquées jusqu au 6 décembre. Ce polype, qui ne présentait qu’un [très-petit prolongement dans le sinus maxillaire, aurait pu être i enlevé par la méthode de M. Nélaton, qui eût produit des dégâts > bien moins considérables, et l’on sait que ces régénérations osseuses S l)ar Périoste sont toujours bien imparfaites.

Depuis que ma thèse a été imprimée, j’ai trouvé quelques nouveaux renseignements que je consigne ici.

-le disais à propos du procédé ostéoplaslique de M. Huguier (voir p. 67), que je doutais beaucoup que jamais la consolidation du plateau osseux puisse arriver, et je trouve, en effet, dans la Gazette des hôpitaux du 23 juillet, que toute la portion du maxillaire replacé est mobile, toutes les dents sont cariées, sans doute à cause de la section inévitable de tous les nerfs dentaires. Le jeune homme ne peut manger de ce côté: en somme, l’os replacé ne sert que comme pourrait le faire un mauvais obturateur. Il faudrait au malade un appareil prothétique et des dents artificielles à la fois.

J’ai, à la page 73, attribué à M. Middeldorpff, les premiers essais de cautérisation électrique, mais c’est par erreur; car, dès l’année 1851, MM. Nélaton et Regnauld avaient employé plusieurs fois, dans ce but, un appareil de leur invention, ainsi que l’on peut s’en convaincre en consultant les Comptes rendus de /’ Académie des sciences de cette année. Mais il est arrivé, ce qui ne se voit que trop souvent dans notre pays, on a oublié, peut-être volontairement, les succès obtenus par des Français, pour prôner les opérations pratiquées à l’étranger.

Je vais ajouter aussi quelques détails sur la méthode éleclrolytique de M. Nélaton (voir page 76). Je prends ces renseignements dans le compte rendu de la séance de l’Académie dès sciences du 18 juillet, fait dans la Gazette des hôpitaux du 26 juillet.

«Depuis longtemps les médecins avaient remarqué que, lorsqu’ils cherchaient à produire la contraction musculaire par un courant électrique, en plaçant sur un membre deux aiguilles correspondant à chacun des pôles d’une pile, il se produisait autour des aiguilles

une

destruction de tissu très-limitée, et considérée jusqu’ici comme sans importance. N’élait-il pas possible détendre cette destruction en augmentant la force qui la produit? Ne pouvait-on. point détruire une tumeur par la simple implantation de deux aiguilles dans sa masse ? »

i\l. Nélaton (il diverses expériences avec l’aide de M. Arnould Thénard.

«Le résultat sommaire de ces expériences peut être formulé ainsi qu’il suit : deux aiguilles de platine, mises en rapport avec les pôles d’un appareil de Bunsen, de neuf éléments, de 10 centimètres de hauteur sur 8 de diamètre, montés en tension, étant implantées dans la chair d’un animal vivant, on observe, après huit ou dix minutes d’action du courant, et autour du trajet des aiguilles, les modifications suivantes : autour de l’aiguille positive, un cylindre induré de 12 à 15 millimètres de diamètre bien circonscrit; autour de l’aiguille négative, au contraire, le tissu a éprouvé une sorte de ramollissement de même forme. Pendant la durée de l’expérience, l’élévation de la température est pour ainsi dire insensible, et le seul ! phénomène qui s’observe est l’apparition, autour du point d ’implantalion des électrodes, d’une mousse blanchâtre formée par des

I bulles de gaz d’une extrême finesse. Dans la masse du tissu modifié, on n’aperçoil plus ni vaisseaux, ni signes d’organisation. Toute la partie comprise dans la sphère d’action des deux électrodes se trouve complètement modifiée, et celte modification peut se résumer ainsi : coagulation vers le pôle positif, tendance à la liquéfaction vers le pôle négatif.

«Si on laisse vivre l’animal, celte modification offre bientôt le

II caractère physiologique que l’on pouvait prévoir : on voit se pro- R duire autour des points atteints par le courant tous les phénomènes I qui accompagnent I élimination d’une eschare. L’exemple le plus

saillant et le plus concluant qu’on puisse fournir est celui de la i langue d un chien soumise à l’action dudit courant par implanla- I lion de deux électrodes à 4 centimètres de son extrémité; il y eut I d abord production d une eschare qui traversait la langue d’un bord j1 â 1 autre; bientôt la partie de la langue située au delà de celle es-

chare se flétrit et tomba en gangrène. Il y eut donc dans ce cas deux modes de destruction différents : l’action électrolytique, puis une gangrène par interruption de la circulation.»

J’ai dit plus haut comment se pratiquait l’opération pour la destruction des polypes par ce moyen.

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