‹ Des polypes papillomateux du voile du palaisChapitre 11 sur 13 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les observations publiées dans les recueils scientifiques sont peu nombreuses ; nous rapportons toutes celles que nous avons trouvées et qui présentent quelque garantie d’authenticité.

La plus complète est sans contredit celle de M. Verneuil; c’est ce qui nous engage à la rapporter textuellement malgré sa longueur.

Observation VIII.

Papillome du voile du palais (Verneuil) .

M. Verneuil présente une tumeur du voile du palais. Une jeune fille habituellement bien portante a été prise, il y a quatre ou cinq jours, de symptômes de la grippe qui règne actuellement sous forme épidémique à Paris. Après un peu de courbature et de fièvre, elle a eu une légère angine qui s’est promptement dissipée sous l’influence d’un vomitif, suivi de quelques légers narcotiques. Mais la toux qui avait accompagné les autres symptômes, et ne paraît pas avoir existé antérieurement, persiste avec une ténacité extrême, étant sèche, continue et présentant beaucoup des caractères de cette petite toux nerveuse si fréquente chez certaines femmes.

A l’examen de la gorge on ne voyait aucune rougeur, nulle trace d’inflammation, mais on apercevait une petite tumeur blanchâtre, allongée, pyriforme, à grosse extrémité libre et à Courtade. 3

pédicule très grêle, ayant environ 3 centimètres de long. Cette tumeur s’insérait par son pédicule sur le bord libre du voile du palais, immédiatement entre la luette et le pilier antérieur. Elle reposait par son extrémité libre sur la base de la langue, non loin de l’épiglotte, et y exerçait sans doute une titillation désagréable, analogue à celle que produit la luette hypertrophiée. Ce doit donc être sa présence qui a déterminé la toux sèche dont il vient d’être parlé. Cette tumeur a été facilement enlevée. Elle présente tout à fait l’aspect d’une glande en grappe. Elle est composée d’une grande quantité d’éminences, visibles à l’œil nu pour la plupart et qui ont un volume variable de 1[8 à 1[3 de millimètres. Elles sont régulièrement arrondies, hémisphériques et sessiles ou légèrement pédiculées, elles s’insèrent sur une partie centrale assez épaisse et qui lait suite au pédicule.

Celui-ci, long de plus de 15 millimètres, n’est point recouvert d’éminences comme la partie inférieure; il est mou, extensible, cylindrique, épais de 2 millimètres, plus étroit à sa partie moyenne qu’à son insertion supérieure et vers le point où il se continue avec la partie renflée.

La muqueuse qui le recouvre est assez colorée; cependant la section a fourni à peine deux ou trois gouttes de sang.

La partie renflée est plus pâle; on en détache facilement par le raclage quelques-unes des saillies précitées. L’examen microscopique révèle sans peine la structure de ces dernières; il s’agit de papilles très hypertrophiées.

Chaque petit lobule visible à l’œil nu est composé de trois à cinq végétations secondaires d’une même papille, car elles ont un pédicule commun. Les divisions sont arrondies, cylindriques, et paraissent composées de deux parties ; l’une superficielle constituée par une couche épaisse d’épithélium pavimenteux stratifié.

Un pourrait évaluer de douze à vingt-cinq le nombre des cou-

ches superposées Ces cellules sont épaisses, larges, polygonales, munies d’un noyau central petit sans nucléole; elles adhèrent fortement les unes aux autres; elles ont tout à fait les caractères de l'épithélium normal de la bouche. Le centre de la papille est occupé par une substance transparente parsemée de fibres délicates de tissu cellulaire qui se continue avec celui du centre de la tumeur. On y remarque surtout des capillaires très volumineux qui se terminent près de la couche épithéliale en formant des anses variqueuses très élégantes.

Le pédicule, recouvert par la muqueuse épaissie, renferme des vaisseaux et faisceaux du tissu cellulaire. On n’a trouvé ni nerfs, ni glandes.

Eu résumé, il s’agit d’une hypertrophie papillaire pédiculée.

Observation IX (résumée).

(M. Nepveu. Bull, de la Soc. anatomique , 1875.)

X..., étudiant en médecine. Il y a deux ans, chancre infectant, amygdalites fréquentes ; jamais de plaques muqueuses.

Il y a un an environ, il s’aperçut pour la première fois, en examinant sa gorge, que sa luette était modifiée.

« Il n’en souffrait pas, il n’a jamais été gêné, enfin, c’est le hasard seul qui l’a mis sur la voie.

La tumeur de la luette était formée par une excroissance étendue de la base à la pointe de l’organe sur son côté droit. La largeur était d’environ 8 à 10 millimètres. Elle offrait une couleur rosée et présentait un aspect verruqueux mameloné spécial. M. Verneuil porta immédiatement le diagnostic d’adénome ; cependant, l’extraction faite, M. Verneuil, examinant la tumeur à loisir, diagnostiqua un papillome.

La tumeur était limitée au côté droit de la luette. M. Verneuil l’enleva avec’une pince et des ciseaux courbes.

Elle glissait parfaitement sur les parties sous-jacentes, sur le tissu musculaire de l’organe et deux coups de ciseaux furent suffisants pour en achever l’extirpation complètement. Il s’écoula à peine quelques gouttes de sang pendant cette opération et la cicatrisation fut rapide. La luette un peu étreinte par la cicatrice est un peu moins large qu’à l’état normal, mais cette différence est à peine appréciable. La voix est normale, la déglutition et les fonctions du voile du palais s’exécutent parfaitement ; la cicatrice même est invisible.

La tumeur fut plongée tout aussitôt dans l’acide picrique, puis dans la gomme et l’alcool.

Des coupes fines placées dans le picro-carminate d’ammoniaque et dans le carmin montrèrent aisément sa structure. La couche épithéliale pavimenteuse qui revêt la luette est épaissie et montre des papilles qui ont trois ou quatre fois la largeur de cette couche ; minces et grêles, elles se touchent cependant de façon à ce que par la pression réciproque leurs sommets réunis affectent la forme d’une mosaïque régulière ; entre quelquesunes d’entre elles on aperçoit des sphères épithéliales ou globes épidermiques assez nets. Le derme muqueux est complètement

sain, peu vasculaire ; on n’y voit aucune glande.

La tumeur est donc un papillome simple, les excroissances ne sont ni ramifiées, ni dentritiques, elles sont simples. C’est une tumeur bénigne comme l’adénome qu’on voit assez rarement au voile du palais.

Observation X.

(Laborie. Société anatomique, avril 1838.)

M. Laborie montre une excroissance de nature syphilitique implantée sur l’extrémité de la luette. Cette tumeur offre un

pédicule de 5 à 6 lignes supportant une tumeur granulée en forme de chou-fleur du volume d’un petit pois.

Cette excroissance, qui était d’une rougeur très vive, donnait lieu à des accidents de suffocation ; elle a été enlevée et le malade a très bien guéri .

Observation XI (Vidal).

M. Vidal montre une tumeur de la luette ayant la plus grande ressemblance avec celle qui a été présentée dans une des séances précédentes par M. Verneuil.

La tumeur qui a été enlevée par M. Vidal a environ 1 cent. 1/2 de longueur. Elle s’était développée à l’extrémité de la luette, mais non tout à fait à l’extrémité libre, car elle était insérée principalement sur le bord gauche. C’était chez un homme de 38 ans qui, depuis dix-huit mois, se plaignait d’ardeur et de sécheresse à la gorge, avec besoin fréquent de faire un mouvement de déglutition, provoqué par un chatouillement désagréable. Il n’a jamais présenté cette petite toux sèche et quinteuse que l’on remarque chez le malade de M. Verneuil. Tous les accidents ont disparu depuis l’ablation de la tumeur.

Observation XII.

(Gueneau de Mussy, Traité de V angine glanduleuse.)

La ligure 3 représente la luette allongée et grenue terminée par une tumeur pédiculde en forme de chou-fleur.

M. Robin, qui a examiné la pièce, a constaté les particularités suivantes : la muqueuse est très épaissie, son épithélium a subi un développement considérable, les papilles surtout sont hypertrophiées : elles ont une longueur d'un 1/2 millimètre à 1 millimètre et une épaisseur d’un 1/4 à un 1/2 millimètre, bifurquées

ou trifurquées à leur sommet comme le sont normalement les papilles du pharynx; elles sont rapprochées les unes des autres et un peu cohérentes.

Au-dessous de la muqueuse on trouve des glandules dont les dimensions sont notablement augmentées; il y a à la fois hypertrophie des glandules et hypertrophie de la membrane muqueuse.

Observation XIII (résumée).

(Lloyd, Lancet , 28 mai 1881.)

W. J..., âgée de 70 ans, robuste, me consulte il y a six mois pour un mal de gorge causé par un catarrhe. Il le fit disparaître par un traitement simple, mais il fut suivi trois ou quatre jours après d’une attaque de rhumatisme mono-articulaire.

En examinant la gorge, je trouvai fixé au pilier antérieur droit une tumeur grosse comme une fève, à surface de chou-fleur, de couleur pâle, recouverte d’une muqueuse semblable à celle de la bouche ; elle était pédiculée, facilement mobile et était placée entre la base de la langue et le pharynx ; elle n’était pas sensible à la pression.

Le malade dit qu’il l’avait remarquée, il y a près de huit mois ; il n’avait éprouvé, du reste, ni douleur, ni gêne.

Il ne voulut subir aucune opération parce qu’on lui avait dit que si on coupait la tumeur, l’hémorrhagie pouvait devenir mortelle.

Je revis le malade en mars et je constatai que la tumeur était un peu plus grosse que cinq ou six mois avant.

Elle était maintenant du volume d’une bille à jouer, mais elle n’avait point changé d’aspect.

Je fis l’opération suivante : après l’avoir saisie simplement

avec une pince, je la sectionnai avec des ciseaux courbes, tout en ayant soin de lui enlever la muqueuse à la base du pédicule.

L’opération fut à peine douloureuse ; il y eut un peu de sang.

Deux ans après, il n’y avait point de récidive.

Examinée à l’œil nu, la tumeur avait l’aspect caractéristique du papillome; elle était molle, compressible, ramifiée, et ressemblait beaucoup aux végétations ordinaires de la leucorrhée.

Elle était composée de tissu conjonctif recouvert de papilles hypertrophiées formées par une couche épaisse d’épithélium corné .

Observation XIV.

(Gerhard. JD. Arch. f. Klin, med.)

At..., âgée de 20 ans, eut en 1869 le hoquet pendant quelques jours avec sensation de corps étranger dans la gorge ; elle perdit même la voix pendant une heure; cela se répétait chaque jour plus ou moins longtemps lorsque, huit jours après, elle devint complètement aphone.

Le médecin de la famille remarqua alors une tumeur qu’il regarda comme une luette accessoire. Ressemblant à un battant de cloche, cette tumeur avait la forme et la couleur des tumeurs du larynx constituées par des adénomes ; 'elle avait environ un centimètre de long.

Je l’enlevai à l’aide de ciseaux et j’eus le plaisir d’entendre aussitôt la voix revenir.

Bien que la nature de la tumeur ne soit pas signalée, nous avons tout lieu de croire qu’il s’agit ici de papillome, car au commencement de l’article l’auteur écrit : « Les tumeurs polypeuses du pharynx ne sont pas bien

rares, car j’en ai rencontré 10 dans ces dernières années. J’ai trouvé quatre fois des papillonnes chez des jeunes personnes atteintes de catarrhe chronique. »

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