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I. Des câbles en fer

La force des fils de fer variant relativement à leur grosseur, suivant la manière dont ils ont été fabriqués (a) , il serait difficile d’assigner quelle est la dimension qu’il est le plus convenable d’employer; dans les petites constructions, dont il est facile de vérifier journellement les différentes parties , on peut se servir de fil beaucoup plus petit que dans les grands ponts , parce que le seul inconvénient à craindre , qui est la rouille du fer, est bien plus facile à prévenir; mais, lorsqu’il est question d un édifice public, je crois qu’il est prudent de ne pas donner au fil moins d’une ligne et demie de diamètre, pour se mettre à l’abri de Foxidation, au moins pendant un laps de temps considérable.

Il est essentiel , pour prévenir cette cause de destruction, d’employer des vernis qui adhèrent fortement au fer, et de les entretenir avec soin. Je regarde comme un très bon moyen , pour obtenir cet effet , de les faire bouillir dans de l’huile de lin légèrement oxigénée par de la iitarge et un peu de noir de fumée; les retirer, laisser sécher , et recommencer deux ou trois fois cette opération, qui a pour but de les dépouiller exactement

(a) Voyez la note 2.

de toutes les bulles d’air qui pourraient rester adhérentes à leur surface, pénétrer dans les plus petits interstices , et les disposer à recevoir le vernis dont on doit les enduire, et avec lequel , par ce moyen, ils adhéreront plus fortement. Les fils, ainsi préparés et complètement secs , doivent être disposés en grands chaînons de 5o à 100 pieds de long, faits avec des anneaux, portant gorge comme les poulies sur lesquelles on enveloppe les fils. Ces anneaux présenteront une plus grande force du côté où ils portent les um> sur les autres , et ne seront pas entièrement fermés du côté opposé, pour donner la facilité d’accomplir le nombre de révolutions nécessaires, en passant les masses entières entre les deux branches des chaînons déjà faits.

Le fond de la gorge des poulies doit être carré pour que l’on puisse arranger symétriquement le quart ou le cinquième du nombre de brins qui doivent composer le câble. On aura soin, après chaque rang, de le couvrir d’une lame de plomb, ou d’une toile serrée imprégnée de goudron, pour remplir tous les intervalles , et faire porter les révolutions supérieures sur les inférieures aussi également que possible.

Cette disposition me paraît devoir présenter dans la pratique de grands avantages, parce qu’elle allie la résistance à la flexibilité , en évitant de mettre des parties en contact , qui puissent s’user par le

frottement les uns sur les autres, inconvénient qui entraîne celui de faire écailler les vernis, et d’exposer ainsi les parties de câble aux deux causes les plus efficaces pour les détruire, le frottement et l’oxi dation.

On voit en effet que les fils de fer, ainsi rassemblés en faisceaux, conserveront leur élasticité sans être cependant d’une longueur assez considérable pour que le mouvement, en exerçant une tension inégale sur eux , les fasse glisser les uns contre les autres. D’un autre côté , les anneaux auxquels on pourra donner une épaisseur un peu considérable, telle que 6 à 8 lignes , ne devant en rien contribuer à la solidité, mais servir de simples coussinets, pourront se détériorer sans inconvénient; et l’on sera libre, après un laps de temps considérable, de les remplacer , si l’on s’apercevait que leur épaisseur devînt telle que l’on pût concevoir quelque inquiétude sur l’objet auquel ils sont destinés.

Les fils de fer formeront de cette manière des faisceaux, que l’on liera fortement de distance en distance avec du fil recuit, et sur lesquels on passera plusieurs couches de vernis qui s’empar-era des moindres intervalles, et formera une espèce de cordage qui ressemble à une masse homogène plutôt qu’à une réunion de brins, comme l’expérience nous l’a appris dans le pont que nous avons construit, et qui, depuis plus d’une année, n’a éprouvé dans son vernis, ni dans le reste de sa

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construction, aucune avarie, maigre qu’on se soit fait souvent un jeu de pousser les oscillations au plus haut degré possible, en se balançant plusieurs personnes à la fois dessus.

Une autre utilité des anneaux est d’avoir des points fixes sur les câbles en fer auxquels on puisse arrêter les fils verticaux qui soutiennent le plancher , surtout lorsqu’ils ont beaucoup de courbure; car on conçoit que, près des points d’appui où elle est la plus grande, les cordes verticales risqueraient de glisser, et se déranger ainsi de leur position.

Dans les ponts de petites dimensions dont le passage est établi directement sur les câbles , et où l’on amarre à une barre de fer enfoncée dans le rocher, on peut remplacer ces anneaux en fer par des poulies en bois dur, percées d’un trou de la dimension de la barre. Ces poulies doivent avoir 5 ou 4 pouces de diamètre , être de bois bien compacte , bien sain , et garnies en cuivre ou en fer intérieurement. On peut alors établir les fils de fer directement sur ces poulies de la manière dont nous l’avons dit.

Ce mode présente l’inconvénient, si l’on n’arrive pas précisément , pour chacun des câbles , au même degré de longueur, de faire pencher le pont du côté le plus bas ; mais , comme ces sortes de ponts ont ordinairement peu de flèche , et que le moindre changement de longueur du câble en fait

une très grande sur la flèche (note 1 3) , on peut changer le diamètre de la poulie, jusqu’à ce qu’on arrive à avoir les deux câbles de niveau.

Nous avons trouve' que le pont dont nous avons pris la construction pour exemple , devait faire un effort représente par 3oooo kilog. Comme cette charge est peu considérable, on pourra employer des fils de fer d’une ligne de diamètre que nous avons trouvée capable desupporter 200 kilog. , etdivisant 3ooooparce nombre, nous obtiendrons i5o; mais comme le poids doit être divisé sur quatre cordes, nous prendrons le nombre rond de quarante pour chacune. Après avoir préparé les fils de fer à recevoir le vernis, comme nous l’avons dit, on en tendra un que l’on mettra dans une position exactement semblable à celle qu’il doit avoir lorsqu’il sera en fonction ; la longueur mesurée étant ici de t 02 pieds , on placera deux piquets de 5 à 6 pouces carrés à la distance de 102 pieds de milieu en milieu l’un de l’autre, que l’on buttera fortement en avant et en arrière , pour les empêcher de faire le plus léger mouvement : on enfoncera dans la tête de chacun d’eux un morceau de fer bien rond d’un pouce de diamètre, observant que leur distance l’un de l’autre se trouve exactement de 102 pieds, un deux centième de moins que celle mesurée, pour que, le pont étant chargé, l’allongement du fil ramène le plancher à peu près de niveau .

EjY FIL DE FEE.

On enfilera sur ces chevilles deux poulies en fer, comme nous l’avons dit , et, ayant fixé un des bouts du fil à un clou planté à l’un des piquets, on commencera à envelopper le fil sur les deux poulies avec les préca niions que nous avonsindiquées. Quelque soin que l’on prenne de bien tendre les fils de fer, il y aura toujours un peu de déflexion, ce qui n’est pas un inconvénient, pourvu qu’elle soit bien égale partout. On s’assurera donc que les fils, formant ainsi une courbe de 12 à i5 pouces de flèche, ne se dépassent les uns les autres que de 4 à 5 pouces (note 1 4) ? et l’on continuera d’envelopper jusqu’à ce qu’on arrive au bout du brin. On fera alors le nœud connu sous le nom de nœud plat, aux deux bouts duquel on fera faire deux ou trois révolutions , comme on le voit figuré sur le plan (Fig. XI); ou mieux encore, ce qui est un peu plus long, on le joindra avec l’autre bout, et l’on enveloppera les deux brins, ainsi réunis, avec du fil de fer très fin , l’espace de 21 ou 24 lignes ( F'g. XII) (a). On continuera ainsi jusqu’à ce qu’on ait atteint la quarantième révolution, après laquelle on arrêtera le dernier bout aù premier, que l’on avait provisoirement accroché au clou de la manière indiquée ci-dessus : il sera bon, pour em-

( a) Dufour, lieutenant- colonel du génie, delà confédération helvétique, rapport à la Société de physique et d’histoire naturelle de Genève , 1823.

pêcher les deux faisceaux qui composent le câble de se déranger, de les lier provisoirement l’un à l’autre de distance en distance, et à l’anneau, avec du fil recuit, après quoi on enlevera ce premier câble, pour faire à la même place les trois autres de la même manière.

Les câbles ainsi achevés devront être mis en place dans l’endroit même où ils doivent rester , s’il est possible , ou bien dans une position absolument semblable; on tracera, dans tous les cas, sur le terrain au-dessous, une ligue qui représentera la place que doit occuper le pont, et ayant divisé cet espace de 6 en 6 pieds , pour représenter les places où doivent être mises les cordes verticales destinées à le soutenir , on suspendra au câble, divisé en autant de parties qu’il y aura de cordes, le même poids qu’il devra porter habituellement. Dans l’exemple qui nous a occupés jusqu’à ce moment, nous avons 96 pieds qui, divisés par 6 , nous donnent seize espaces ; le pont étant calculé sur un maximum de résistance de 3oooo kilog. , qui serait produit par un poids de 24000, et ayant quatre fois plus de force que de besoin , le poids total qu’il supportera sera réduit à 6000, qui, divisé sur quatre, équivaut pour chacune des cordes à idoo. Comme ce poids doit être divisé sur quinze points, les deux des extrémités portant sur les culées, on suspendra à chacun d’eux un poids de 100 kilog. , en ayant soin, pour les

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empêcher de glisser le long de la corde, deles arrêter les uns aux autres jusqu’à l’endroit ouest fixé le câble lui-même.

Les choses ainsi disposées, on tendra fortement une corde mince qui représentera le plancher du pont, et l’on mesurera la longueur des cordes verticales que l’on notera soigneusement (note i5) ; on enlèvera les premiers liens que l’on avait mis provisoirement , et l’on passera une couche de vernis sur tout le câble.

Le vernis étant parfaitement sec , on liera fortement les faisceaux entre eux avec du fil recuit, de distance en distance, et avec les anneaux ; après quoi on déchargera le câble , et l’on recommencera sur les autres la même opération.

On conçoit que les câbles ainsi éprouvés et liés, chargés de tout le poids qu’ils sont destinés à soutenir habituellement , ne seront plus exposés à aucun dérangement, et que les brins dont ils sont composés doivent toujours conserver la même position respective , et le même degré de tension qu’ils ont reçu la première fois.

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