‹ Des ponts en fil de fer;Chapitre 5 sur 29 · EXTRAIT DU RAPPORT DE LJRGER1EUR · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU RAPPORT DE LJRGER1EUR

charges: il fait partie de la construction de là culée, dont il assure la lixité; et il faut, pour qu’il devienne utile à la navigation, qu’on le fasse communiquer avec le chemin de halage par des ouvrages qui doivent être au compte de l’Administration, et dont le projet sera incessamment soumis à son approbation.

Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus, que le pont, dans l'état d’avancement où il est, peut être, sans le moindre embarras ni danger, livré au public pour faire toute espèce de service , en imposant aux concessionnaires l’obligation de ne laisser faire aucun encombrement sur le pont, et se soumettant à tous les règlemens en usage pour la police des ponts soumis au péage.

PRÉFACE

La première édition de cet ouvrage ne pouvait être regardée que comme présentant, à la suite de quelques expériences, des données théoriques sur la manière d'envisager la construction des ponts en fil de fer. Quoiqu’il fût aisé de prévoir que ces théories seraient confirmées par l’expérience, il était lion cependant de montrer, par une grande application , que les principes simples, médités suffisamment, trompent rarement lorsqu’il s’agit de les mettre à exécution; et j’espère que le public trouvera ce but suffisamment atteint par la livraient que nous avons faite du pont construit en fil de fer sur le Rhône, entre Tain et Tournon, terminé à la fin d’août de cette année.

La circonstance dans laquelle nous étions placés nous imposait l’obligation de mener nos travaux avec la plus grande promptitude; car tous ceux, en France, qui s’occupent de constructions publiques, avaient les yeux tournés sur nous, pour, s’assurer du degré de confiance qu’ils pouvaient accordera des particuliers étrangers jusque alors aux constructions publiques , et par les mains desquels un essai ei nouveau devait être tenté : nous prîmes donc nos mesures pour livrer promptement au public un ouvrage devenu tout entier notre propriété; et nous annonçâmes qu’il serait terminé en dixliuit mois, c’est-à-dire dans le courant du mois d’août 1 8a5, la concession royale nous ayant été accordée le 22 janvier 1824. • 3

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C’est à ceux qui sont habitues à faire des choses’ nouvelles quiil appartient déjuger fes difficultés que nous avions à surmonter pour remplir cette espèce d’engagement vis-à-vis du public, qui, impatient de jouir d'une communication si inespérée, voulait absolument que l’époqiie lui en fût formellement désignée : mais les connaissances pratiques que nous avions acquises en faisant exécuter depuis plus de dix ans, sous nos yeux, des machines, la plupart du temps de notre invention , nous donna assez de confiance dans nos forces pour assigner un terme que tant de circonstances semblèrent ensuite devoir nous faire dépasser.

La première démarche fut de visiter toutes les manufactures de fil de fer de la Bourgogne , pour leur contmuniquer les diverses observations que nous avions faites sur les propriétés de ce métal ainsi travaillé. Mon frère Camille:, chargé de ce voyage, eut des conférences avec tous Lys principaux fabricans , examina de près les différens modes de fabrication, qu’il compara avec les résultats des expériences que nous avions déjà faites, et leur proposa divers changemens qu’il prévoyait devoir influer sur la ténacité des fers. Mais la difficulté de changer les habitudes prises, le temps qu’il eût fallu pour exécuter ces changemens, et sans (Joute l’incertitude d’un succès qui n’était pas regardé , par le fabricant, comme certain, et eût pu l’entraîner à des dépenses qu’il aurait craint ne pas être compensées par une plus grande consommation, l'obligea à se contenter des fils de fer que le commerce pouvait lui offrir, et de les demander par quaiftités plus ou moins considérables dans les diverses tréfileries qu’il avait visitées.

Des essais multipliés à l’infini furent nécessaires pour

PRÉFACE

connaître exactement la force fie tous ces fils. Mon frère Paul se chargea de cet important travail, ainsi que de la confection des câbles et fie tous les fers employés au système. 11 fit construire dans notre fabrique, à Annonay, une corderie, avec tous les outils nécessaires à ce nouveau genre de travail , ainsi qu'uQc machine d’essai qui fût propre à pousser les épreuves jusqu’à 5 o,ooo kil., où tous les câbles, ainsi que les diverses parties du système de la suspension , ont été éprouvés.

A mesure qu’il nous arrivait des tonnes de fil de fer, on tirait de toutes les parties ’de l’envoi des masses ou paquets de 5 kil., que l’on soumettait à l'essai jusqu’à ce que l’on fut exactement fixé sur sa force absolue. Le câble était ensuite fabriqué en tenant compte de son poids, de sa quantité de brins, du poids que le calcul indiquait qu’il aurait pu soutenir, et de celui qu’il avait soutenu à l’épreuve : le nombre moyen des brins de chaque câble est de cent douze, et la force moyenne de 56 ou 57,000 kil. ; ils ont été chargés à l’essai de a 3 à a 5 ,ooo kil. Leur pesanteur variait beaucoup, à cause de la grande différence de ténacité qui existait entre les diverses fabriques; la grosseur du fil de fer était encore plus incertaine; en sorte que les essais seuls pouvaient fixer exactement la force absolue des câbles.

Comme la flèche des câbles intérieurs était moindre de 1 mètre que celle des extérieurs, on augmenta leur force proportionnellement à la différence d’effort, et l’on eut laméme attention pour les câbles supérieurs, que la théorie indique également être un peu plus chargés que les inférieurs.

Les fers en barresontététirésdesforgesdeSaint-Chamond. Ce fer, connu sous le nom du n° 3 , a été corroyé deux fois;

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eu sorte que l’on remarque distinctement, lorsqu’on le casse, les différons grains des neuf couches qui le composent. Ce fer, travaille convenablement, présente, tiré suivant ses libres , une ténacité supérieure aux fers de France, qui le fera préférer sans doute à tous les autres pour ces sortes de constructions.

Pendant que tous ces travaux s’exécutaient à Annonay , je vins m’établir à Tournon, pour ne plus perdre un instant de vue une construction à laquelle se trouvaient attachés dès-lors de si grands intérêts. Le premier pilot du pont de service fut battu le 28 mai 1 8a4 » les eaux ayant été presque toujours élevées, nous ne pûmes commencer à battre les pilots de fondation que le 9 juillet. Ce travail nous retint jusqu'au 3 i du Blême mois , sans avoir pu trouver un moment où les eaux fussent assez basses pour rcccpcr nos pilots et poser nos moises; ce qui fut fait au moyen d’une cloche de plongeur, avec laquelle nous pouvions travailler à i m , 5 o au-dessous du niveau de l’eau, et que nous avions fait construire pour des cas imprévus de cette espèce. Ce travail, quoique long et cher, se lit avec beaucoup de précision, et nous permit d'avancer assez l’ouvrage pour commencer à couler nos bétons le 27 septembre. Nous fûmes fréquemment interrompus dans cette opération par des crues du Rhône, qui nous forcèrent, le i 3 du même mois, de discontinuer le coulage à la pile. Le Rhône continua d'augmenter jusqu'au 3 novembre, époque à laquelletous les ponts de service furent enlevés. Les jours suivans, le Rhône augmentant toujours, l’encrèchement de la pile fut affouillé, la moitié environ du béton et des pales-planches enlevés : mais heureusement les pilots et les moises furent conservés ; ce qui

PRÉFACE

nous donna la hardiesse, le i 5 décembre, après avoir reconnu le terrain, de faire, avant les crues présumées du printemps, une nouvelle tentative qui réussit complètement. Nous fûmes favorisés par un hiver doux ; et le 12 février nous posâmes la dernière pierre du socle de la pile, qui nous éleva au-dessus du niveau de l'eau, qui jusque-là avait toujours couvert nos travaux; le reste ne souffrit dès-lors aucune difficulté. L’excellence des chaux duTeil et de Miremande, employées à nos bétons, et les soins particuliers que nous avions mis à leur fabrication, nous permirent d’élever immédiatement la bâtisse, sans qu’il se manifestât aucun affaissement ni lézardes : elle était toute terminée le 12 juillet. Je commençai alors à faire placer le système de suspension et les planchers : ce travail dura jusqu’au 22 août , jour où furent faites les épreuves ordonnées par l’Administration des Ponts et Chaussées; et le 25 le pont fut livré au public, sans qu’il fût arrivé, pendant tout le temps de cette construction, d’accident grave, et qui eût coûté la vieà aucun des ouvriers. La planche 1 en donne le plan et les détails.

Il est composé de deux travées égales , chacune de 85 mètres d’ouverture , et de deux culées et une pile.

Les culées , dans le milieu , sont percées pour le passage de portes de 4 mètres de largeur et 6 mètresde hauteur ; elles ont , au niveau de l’étiage du Rhône, 7 mètres de long sur 9 mètres d’épaisseur: les deux faces latérales, et celle de derrière, sont montées d’aplomb; mais celle de devant est élevée sur un talus de o“,j 3 , qui se prolonge jusqu’à la corniche, où l’épaisseur est réduite à 5 mètres.

La pile est percée d’une porte de 6", 20 , pour permettre le croisement des voitures, et fondée sur un béton contenu

PRÉFACE

dans iln encrèchement formé de pilots et de pales-planches, garanti par un fort enrochement : sa longueur est de i i“,ao, et sa largeur de 5 mètres, terminée, en amont et en aval, par des avant-becs et des arrière-becs demi-circulaires, qui s’élèvent jusqu'à 7 “, 8 o au-dessus de l'étiage, hauteur à laquelle est établi le plancher du pont.

Il est supporté par des poutrelles en chêne, deo“,3o sur o”,i 6 d'équarrissage, et de 5 mètres de long, espacées, de i mètre, de milieu en milieu: sa hauteur , près des culées, est de 5 ", 68 ; en sorte qu’il y a une pente, de la pile aux culées, de a“, 3 a ; mais chacune des travées ayant une légère courbure de o m , 5 o environ, donne au plancher entier l'apparence d’une section d’arc de cercle qui aurait 3,5oo mètres de diamètre.

Le plancher du pont, entre les parapets, a 4°Nao de largeur; mais, de chaque côté de la pile, et sur une longueur de 18 mètres, il va en s’élargissant, de manière à atteindre dans le milieu 6 ",ao, largeur, de la porte de la pile sous laquelle se croisent les voitures. Sa largeur est divisée ‘en trois parties : celle du milieu, de a mètres de large, est formée par des plateaux de o m ,o 8 d'épaisseur, cloués directement sur les traverses, et doublés d'un platelage en peuplier, de o««,o 6 , cloué en travers.

Les trottoirs ont i Œ ,io de large; ils sont supportés par deux rangs de longuerines en sapin, de 0",i5 sur o,a“ 8 , et formés par des plateaux de chêne de o“,o 6 d’épaisseur; en sorte qu'ils sont élevés de o“,ao au-dessus du platelage des voitures; disposition qui met les piétons à l'abri des accidens et de la malpropreté.

Le parapet est établi sur le cours de longuerines exténeu-

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res : il est élevé de au-dessus du trottoir, et formé par

un cours de lisses en chêne , de o", 1 2 , sur o",a 5 , assemblées entre elles à traits de Jupiter. Ces lisses sont maintenues à 1 mètre de distance des longuerines, par le moyen de croix de saint André, de o m , i o carrés , entre les joints desquelles est un boulon de o”,oa de diamètre, qui embrasse la poutrelle, la longuerine et la lisse, et qui, étant serré fortement, procure à tout cet assemblage une grande rigidité.

Le système de suspension est composé de douze câbles , ou faisceaux, chacun de 1 12 brins de fil de fer du n°*8, de 3 millimètres de diamètre, dont six de chaque côté du pont.

Ces câbles sont fornfés de trois parties de 3 o mètres , au moyen de cinquante - six révolutioi# de fil de fer autour de deux coussinets en fonte, qui les reçoivent dans des gorges pratiquées à l'extérieur. Ils passent sur les piles et les culées, au-dessus des pieds droits , et occupent un espace de i“,20, dans un plan horizontal; en sorte que sur les culées • les câbles intérieurs sont éloignés entre eux de ô^o, et les câbles extérieurs, de 6 ", 5 o, ce qui laisse une inclinaison aiix * cordes verticales, qui, fixées à l’extrémité des poutrelles, soutiennent le plancher, et donnent à l’ensemble du système l'apparence d'un berceau lorsque l'on est sur le plancher du pont.

On conçoit que cet effet tend à ramener dans un pian vertical la partie des câbles qui correspond au milieu de la travée ; et c’est ce qui arrive en effet : mais pour éviter la confusion qui en résulterait, on a donné aux câbles des longueurs inégales, et telles qu’ils occupent dans cette partie un espace vertical de 30 centimètres, ce qui leur donne, vu de loin , l’appareifce de vastes guirlandes formant draperie ,

PBÉFACE.

soutenues, par chacun de leurs bouts, par la pile et les culées.

Les câbles de retenues qui monteut perpendiculairement contre les faces extérieures des culées et le long des deux côtés de la pile, sont de la même force que les autres : elles sont arrêtées, du côté de Tournon, par l’intermédiaire de barres de fer pliées en double, de o”,o3, sur o”,o5 , et arrêtées dans l’œil par un goujon mobile dont la tête est retenue en arrière par une ganse en fer, scellée dans le rocherfet la partie antérieure, par des blocs granitiques placés exprès dans la maçonnerie de la culée.

Au haut de la culée le câble est arrêté à une forte vis, qui traverse une masse d^ fonte de o“,5o de haut, o m ,5o de large, i m ,ao de long, qui a la faculté de pivoter sur son axe. Cette masse, de fonte ou cadre de tension, parce qu’il est destiné à la régulariser, est divisée en douze compartimens qui reçoivent alternativement un des câbles d’amarre, et un de ceux qui soutiennent le pont

' La disposition de Tain est absolument semblable, àl’exceptjon cependant que, vu le manque de rocher, on a été obligé de former une espèce de galerie de i “,5o de haut , recouverte par un massif de pierres très grosses , de 3 mètres d’épaisseur, eutre lesquelles on a pratiqué des cheminées par où passent les barres, qui sont arrêtées à la partie supérieure de la galerie par des goujons en fonte de fer.

Sur le haut de la pile , les câbles passent sur une maçonnerie demi-circulaire, de toute la largeur de la pile revêtue en pierres de taille, et recouverte en tôle; ils se prolongent jusqu’à 5 mètres du socle, où ils sont arrêtés à des goujons en fer engagés dans la maçonnerie , dont la tête est retenue par

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des barres de o m ,o 3 sur o m ,o 5 , qui elles- mêmes, au moyen de goujons en fonte, sont arrêtées au socle de la pile.

La force de tous les fers a été calculée avec la plus scrupuleuse attention, pour qu aucune 1 partie ne se trouvât trop faible, ni qu’il y eût en aucun endroit de la force excédante. Le poids du plancher est de 70,000 kil. 1 , et il fait un effort sur les culées de 100,000 kil., environ.

La résistance de la pile est de 200,000 kil. ; celle des câbles, ou le poids qu’il faudrait mettre sur le pont pour le faire briser, de 45 o,ooo kil.; les cordes verticales pourraient soutenir un poids de 3 , 6 oo,ooo, kil.; et eniin les culées pourraient résister à un effort de 600,000 kil.

La force des bois a été calculée de manière à présenter sur chaque point une résistance de 3 o à 4 o,ooo kil. : c est à peu près celle des autres édifices de ce genre, construits ou projetés jusqu à ce jour. On peut s’assurer par là que ce monument présente une solidité aussi complète que la majeure partie des édifices dans la solidité desquels nous avons la plus entière confiance.

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