‹ Des prédicateurs du XVIIe siècle avant Bossuet (volume 4)Chapitre 6 sur 21 · LA CHAIRE AU XYP SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA CHAIRE AU XYP SIÈCLE

ments du goût pubKc, et cédé au torrent de la mode ; et la prédicatioD, comme les autres genres d'éloquence, avait revêtu la livrée bigarrée deTimitation érudite.

Les sermons s'étaient remplis de pensées et de maxim^ d'auteurs anciens cousus à la morale des Pères, ou faisant cortège aux citations des livres, saints (1). Polies, philosophes, orateurs, historiens, politiques, l'aùtiquité tout entière avait fait irruption dans la chaire. En même temps que la sagesse des païens était sans cesse invoquée dans l'enseignement sacré, leur^histoire venait s'y mêler à tout propos. Aux récits édifiants puisés dans la Bible, dans la vie des saints, ou dans les légendes, se joignaient une foule de traits mémorables, d'exemples moraux, tirés des annales ou de» chroniques grecques ou latines, souvent exgosps avec détail, et curieusement narrés. De tels.

(4} II y avait eu plus d'un exemple de ce mélange dans les âges fiécédents. V. Histoire littéraire de laFrance^ t. IX, p. 482 ; t. XVI, p. 425 el 433 ; t. XX, p. 64, article de M. V. Le Clerc sur Nicolas de Hanapes, contenant de curieuses remarques sur la popularité de Valère Maxime dans les écoles du xiV^ siècle; t. XXI, article du même sur Robert de Wimi, p. 470. Les prédicateurs du moyen âge ne s'interdisaient nullement les emprunts aux auteurs païens; mais, soit pieux scrupule, soit plutôt défaut de familiarité avec les littératures anciennes, ils en usèrent plus sobrement que ceux de la Renaissance. Ce fut surtout à partir du xvi*' siècle, ou de la fin du XV*, que Témdition profane déborda dans la chaire.

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souvenirs, d'abord admis avec quelque choix, comme supplément d'instruction morale, ou en maniâro de parallèle destiné à faire ressorlif la "supériorité des vertus inspirées par la foi, s'étaient ensuite #t promplement multipliés par complaisance pour la ^ivolité d'un auditoire curieux de récits et de contrastes, et par vain étalage de savoir. Ainsi orné par^l'éru^ition du prédicateur, le sermon tout entier formait comçie une longue et confuse galerie où se rencontraient, se heurtaient les iHrms les plus divers, les autorités les plus disparates. Qu'on se représente un pêle-m^lé de citations et d'exemples où Martial donnait la réplique à Job, Aristote à Tértullien, où Muchis Scévola figurait h côté de saint Etienne, Phocion en regard de saint Paul, et même, faut ^ il le dire? Régulus auprès du Christ ! 11 n'était pas jusqu'à ces comparaisoni ^ft»sibles, jusqu'à ces similitudes naturelles, dont on s'aidait alors si volontiers pour faire pénétrer dans les esprits les idées abstraites de la morale ou du dogme, qui ne fussent laborieusement cherchées dans la science des anciens : on les tirait d'un phénomène rare et curieux décrit par Aristote ou Pline; on les demandait aux Histoires variées d'Élien, à la géographie de Strabon, à l'astronomie de Ptolémée. La pierre de jaspe, « pour ce qu'elle a la vertu d'escarter les serpents, y>

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secyait à figurer l'autorité de rÉglîse fatale aux hérétiques; les s»pt djODs du Saint-Esprit étaient représentés par les sept bouches du Nil; les vertus, par les signes du zodiaque, etc. Au contact des orateurs aneiens, la langue du sermon était devenue moins rude, plus souple, plus abondante; mais, trop jalouse de leur ressembler, elle s'étudiait aux phrases nombreuses, aux périodes cadencées, se chargeait de figures oratoires, s'^fublait d'ambitieux latinismes, et ne réussissaiVJe pli^s souvent qu'à parodier ses modèles dans un jargon emphatique» plein de redondances.

£n somme donc, cette époque n'avait amené aucun perfëQtrionnement, aucun, progrés réel pour la chaire. De nouvelles modes, le nouveau tour d'esprit d'une société, en partie différente, avaient donné naissance à de nouvelles formes aussi peu dignes de l'enseignement chrétien : encore même faut-il reconnaître que les anciens défauts de la chaire n'avaient pas entièrement cédé la place aux nouveaux. Sous cette enflure de langage, sous cet étalage de science profane, l'aride logique du moyen âge allait son train, divisant et subdivisant, déroulant sans fin ses lentes et subtiles déductions. Le pédantisme de l'érudition n'excluait pas le pédantisme de la dialectique : le style, plus libre, plus orné, avait en partie rejeté les vieilles formules :

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au fond, la méthode scolastique gardait son empire. L'explication de l'Écriture, trop fidèle au i^mbolisme raffiné du moyen âge, abondait toujours en études subtiles du sens caché, en interprétations sophistiquées, en applications forcées et bizarres. Enfin lès fleurs du style cicéronien et Temphase à la mode tf empêchaient pas de fréquents retours du langage trivial et grotesque tant applaudi jadis. L'éloquence populaire des moines prêcheurs reparaissait avec ses familiarités bouffonnes, avec son audace satiriquQ encore enhardie par les passions^ du temps, et rendue factieuse par la fièvre des luttes religieuses et civiles. Ainsi l'époque nouvelle n'avait fait qu'ajouter ses propres travers à ceux des âges précédents, dont elle gardait fidèlement Théritage (1).

Pourtant, la nécessité d'une réforme avait été haute-

' (4) V. les sermons du dominicain Guillaume Pépin, Paris, 1536; les homélies de Tévêque Pontus de Thiard, Paris, 4585; les dialogues du cordelier Feuardent, Paris, 4585; les sermons du cordelierHylaret, Paris, 4587; ceux du prieur des célestins, Crespet, Anvers, 4594. Au début de son traité De V éloquence française^ publié en 4 594, Du Vair signale les premières lueurs d'éloquence qui ont brillé a^ barreau et dans les affaires depuis la renaissance des lettres : ce Quant à cette « autre éloquence, » dit-il, a qui habite les chaires publiques, qui « devroit estre la plus parfaicte, tant par la dignité de son subjeet « que pour le grand loisir et liberté de ceux qui la traittent, elle est « demeurée si basse, que je n'ay rien à en dire. ».

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raent signalée. Non-seulement les docteurs du protestantisme, attentifs à découvrir dans le camp ennemi totttes ies faiblesses, tous les abus, avaient dénoncé conune scandaleuses ces singularités et ces licences de la prédication ; mais, dans le monde, en dehors des luttes théologiques, les honnêtes gens avaient ri avec ÉrasDoie dé ces déclamations de collège, de ces homélies de carrefour, dont Fiôgénieux philosophe leur offrait de si piquantes parodies (1). Enfin TÉglise ellemême, avertie du péril, avait, soit par les actes de ses conciles, soit par les remontrances de ses plus illustres pontifes et de ses plus saints docteurs, rappelé les prédicateurs aux fortes études, à la gravité du sacerdoce, à la simplicité du langage chrétien (â). Mais ces critiques et ces leçons s'étaient perdues au milieu des mille bruits

(4) Moriœ encomium^ Bàle, 4522, p. 296. — Ecclesiastes^ sive de ratiohe condonandi^ Bâie, 4535, p. 74& et suiv.

(2) Actes des conciles de Cologne, 4536; de Trêves, 4549; de Trente, 4 562.— Pie V, Lettres, Anvers, 4 640, p. 34, 94, 4 84 .— Cl. d'Espence, Sermo synodalis de officio pastorum^ Paris, 4562. — Louis de Grenade, Rhetorica eccUsiastica^ Cologne, 4 578, pars sexla. — Saint Charles Borromée, Acta eccUsiœ mediolanemis^ Milan, 4599, pars qnarta* « Instnictiones prsedicationis verbi Dei. —Ne sacram Scripturam ad suos sensus contorqueat concionator. — Ethrïicorum doctrinam, poetanim versus, philosophorum disciplinas, quse religioni christianae non alienae, sed accommodatse videntur, ad utilitatem et usum revocari sancti doctores, Augtfstinus, Hieronymus aliique censuerunt : sed concionator hoc faciat rarissime.— Ne facetias ridiculave

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et des agitations incessantes de cette époque tumultueuse, et la réforme appelée par la raisonnes sages était restée à Tétat de Vœu et de projet : ce n'élait paà au xvï* siécje qu'était réservé l'honneur de l'accomplir.

Le XVII* siècle naissant trouva donc l'éloquence religieuse déformée et gâtée, plus peut-être qu'elle ne l'avait jamais été, par le faux goût et le faux savoir^ et tout à fait dégénérée de ses antiques et purs modèles. L'historien de la chaire au xvii* siècle se trouve d'abord en présence d'une décadence aggravée par de récents désordres et arrivée à son dernier terme.

Cette assertion, nouvelle peut-être à certains égards, a besoin d'être justifiée par des preuves positives. Ici, d'ailleurs, commence le sujet propre de cette étude.

Veut-on savoir ce qu'était le sermon au milieu du règne de Henri IV, dans les premières années du grand

dicta afferat. — Anicularum ne adhibôat proverbia.— Elocutionis ge- Btis exquisitum ne affectet. — Epithetôram nimium tisum et poeticiim dioendi genus ae consectetur. » — Enfin le saint archevêque réprouvait la mode des similitudes exU*aordinaires, cherchées trop Imn më. U^p bas ; mais la mdde était si forte, qu'un jour, un jour de Pftques, un prédicateur milanais osa dire au peuple en présence de saiaft Charles lui-même : «Mes frères, vous avez un prélat très-saint : il est « comme Tœuf de PAques, il«st rouge, il est béni; mais il est vrai qà*il « ert un pea dur<. «-Eavete «b prelato santisûmo : e cchbc l'vo^^ « di Pascha, rosso, benedetto : ma e vero ch' é un poco duretto. « fiotthoitfs, Manëre de bien p^nser^ Paris, 4696, p. 467.

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