POURQUOI LA PRÉDICATION EST SI SOUVENT STÉRILE
« Puisque la parole de Dieu est si puissante, si
efficace, si féconde, d'où vient que maintenant on en voit si peu de fruict ? D'où vient qu'il y a tant de prédicateurs, et si peu de vrais chrestiens ? Tant de sermons, si peu de conversions ? J'en trouve plusieurs raisons principales.
» La première est que plusieurs ne preschent pas la parole de Dieu : c'est la parole des hommes qu'ils débitent ; des marguerites françoises, des rhapsodies de phrases recueillies çà et là, agencées avec bonne grâce, des recherches curieuses. Ou, s'ils preschent la parole de Dieu, elle est si altérée et sophistiquée par le mélange des raisonnements humains et des sciences profanes qu'on y
(1) T. II, Sermon liv, Du devoir des maistres envers les serviteurs.
adjoute, que ce n'est plus rÉvangile, ny la parole de Dieu. Et le Sainct Esprit peut dire à de telles gens : Qui habet somniurriy narret somnium, et qui habet sermonem meiim, narret sermonem meum vere. Quid palets ad triticurriy dicit Dominus ? Numquid non verba mea sunt quasi ignis et quasi maliens conterens petram (1)? » Quand saint Chrysostome commença de prescher en Antioche, comme ilavoitun esprit qui n'estoit pas du commun, mais transcendant, vif, brillant, relevé, il faisoit des prédications hautes, sublimes, ravissantes. Une simple femmelette prit un jour la hardiesse de luy dire : « Monsieur, nous ne vous entendons pas : vous preschez » trop haut pour nous, pauvres idiotes (2) ! » Il nerespondit pas : J'ay bien affaire des idiotes, j'ay bien d'autres gens à contenter, je presche devant Fun des plus illustres prélats de TÉglize, devant le patriarche d'Antioche, en la ville qui est maintenant la capitale du monde, comme il l'appelle luy mesme, caput totius orbis. Non, mais dès ce mesme jour, il abaissa son style, et prescha tousjours populairement ; et tant s'en faut que cette condescendance
{{) « Que le prophète qui a un songe, récite ce songe ; et que celui » qui a ma parole, prononce ma parole en vérité. Quel rapport y ». a-t-il de la paille au froment? dit le Seigneur. — Ma parole n'est- » elle pas comme un feu, dit TÉternel, et comme un marteau qui » brise la pierre? » Jerem., xxiii, 28. —- Les citations latines, dans l'œuvre imprimée du P. Le Jeune, ne sont pas toujours accompagnées d'une traduction ou d'un commentaire qui les explique; mais nul doute que, devant son auditoire, il n'y ait toujours ajouté l'une ou l'autre.
(2) C.-à-d., pauvres femmes du peuple ignorantes (ISiwTai).
luy ait fait tort, au contraire ses auditeurs, admirant son éloquence populaire, s'écrioient au milieu du sermon, Bouche d'or ! Bouche d'or ! Et de là luy est demeuré le nom de Chrysostome.
» Quelle apparence de laisser à Jésus une grande multitude, pour contenter une petite poignée de gens doctes ! « Si je presche de si hautes conceptions, les » petits ne m'entendront pas : si je presche familière- » ment, les petits et les doctes m'entendront bien, » dit sainct Augustin (1).
» ... Mais quand le prédicateur prescheroit aussi éloquemment et aussi chrestiennement que sainct Chrysostome, de quoy vous serviroit-il, et comment pourroit-il vous convertir, quand vous n'assistez pas? Propterea captivus dnctus est poputus meus^ quia non habuit scientiam: « Mon peuple a esté emmené captif, parce qu'il » n'avoit point la science.» Populus non habuit scientiam; ils n'ont point connoissance de Dieu ; ils ne sçavent l'importance de leur salut, la grandeur de celuy qu'ils offen-
(1) Si expositionem Sanctarum Scripturarum eo ordine et iUo eloquio voluerimus intimare, non nisi ad paucos scholasticos cibus doctrinœ poterit pervenire, reliqua vero populi multitudo jejuna renmnehit. Et ideo rogo humiliter ut contentée sint eruditœ aures verba rustica œquanimiter sustinere, dummodo totus grex domini simplici et, ut ita dixeriui, pedestri sermone pabulum spiritale possit accipere. Et quia imperiti et simplicesad scholasticorum altitudinem non possunt ascendere, eruditi se dignentur ad illorum ignorantiam inclinare, quia quod simplicibus dictum fuerit, scholastici inteliigere possunt : quod autein eruditis fuerit prsedicatum, simplices omnino capere non valebunt. S. Augustin, Sermones de tempore^ 78. — Cf. De docirina christiana^ 1. IV, 10 et 11.
sent, la sévérité de sa justice, la droicture et la saincteté de ses commandements, les moyens de les accomplir. Comment pourrez-vous les accomplir, si vous ne les sçavez pas? Comment les sçaurez-vous, si vous ne les apprenez ? Où les apprendre, sinon en Téglize, en la prédication, qui est une escole publique et ouverte à tout le monde, si absolument nécessaire, que l'Églize n'en a jamais exclu personne ? Elle a bien autrefois privé les pénitents des redoutables mystères, défendu la veue de l'Eucharistie aux infidèles, la participation des prières aux excommuniez : mais elle a toujours receu à la prédication les pénitents, les énergumènes, les Juifs, les payens et autres infidèles. Ceieras artes sine magistro non discimus : hase tamvilis est^ utprœceptore non egeat? dit sainct Hierosme (1).
» Peut estre que vous y venez assez, mais non
pas à cette fin : vous y venez pour passer une heure de temps, pour faire comme les autres, pour estre estimé bon catholique ; ou vous y venez pour faire parade de vostre piaffe (2), pour voir et estre veue ; cette action estant ainsi viciée et souillée de ces mauvaises intentions, comment pouvez-vous estre susceptible des lumières et des grâces du Sainct Esprit? Il y a des prédicateurs qui se picquent d'avoir le beau monde ; ils sont ravis, quand on leur dit : vous n'aurez point de coëfifes blanches en vostre sermon, il n'y aura que
(1) CapitulOf Episcopus de consecr. Dist. 1. Note du P. Le Jeune.
(2) Du luxe de vos habits. V. plus haut, p. 409, n. 4.
soye, que robes de satin, manteaux de panne (1). Pour naoy, je vous diray mon génie : ce n'est pas mon inclination; j'aimerois bien mieux avoir vingt personnes du petit peuple bien disposées, que cinquante dames pimpantes, mondainement parées^ et mal disposées. Ma raison est que je dois désirer et procurer le profit des âmes ; et tant s'en faut que vous puissiez profiter, venant ainsi enflées d'orgueil et de vanité, que, quand un apostre seroit icy, quand Jésus mesme seroit en cette chaire, non seulement vous ne profiteriez de ses prédications, mais vous ne pourriez pas mesme adjouter foy à ses paroles. Quomodo vospotestis credere, qui gloriam ah invicem accipitisy et gloriam^ quœ solo a Deo est, non quœritis?
» Venant ainsi au sermon, vous n'y estes point atten-^ tif, vous pensez à toute autre chose que ce qu'on dit : vostre esprit est en vostre pompe, en vostre ménage, à quelque créature que vous aymez ; ou peut-estre, si vous y estes attentif, c'est pour en retenir quelques fleurettes, gentillesses, pointes d'esprit, pour les débiter comme de vostre cru en quelque bonne compagnie.
» Ou bien vous renvoyez la balle aux autres ; vous faites del'escuyer tranchant, vous servez tout le monde, excepté vous ; il parle bien à celuy-là, dites-vous ; il a peint celle-là de toutes couleurs ; ou, si on dit quelque chose qui vous concerne, et qui pourroit vous toucher, vous n'y adjoutez pas foy, parce que cela vous
(1) Étoffe fabriquée à la façon du velours.
destacheroit de vos sensualités, ou il les destremperoit en amertume par l'appréhension des jugements de Dieu. Vous dites en vous mesme : C'est épouvanter le monde, c*est une exagération ; ce prédicateur est trop rigoureux ; et vous ne le croyez pas : mais il est très vray qu'il n'y a rien en vous qui résiste tant à Jésus, rien si contraire à vostre salut, que le manquement de docilité et de croyance à ses paroles. Ce manquement ruine le premier principe de vostre conversion et de vostre advancement : quand la volonté est desbauchée, on la redresse par l'entendement; mais quand l'entendement est fermé par l'obstination à ne vouloir croire, comment peut-on entrer en vostre âme pour la convertir et convaincre (1)? »
(1) T. VII, Sermon v. Sur la manière d'entendre la prédication.
(Retz, prédicateur, p. 323)
Le sermon pour le jour des Cendres, inédit comme le sermon qui le suit sur la Pénitence, forme avec celui-ci la seconde partie des Prédication» de Retz^ que possède la Bibliothèque nationale. Ces deux pièces sont d'une écriture serrée et menue, du temps de Louis XIII ou de la Régence, parfois assez difficile à lire, tandis que celle des deux panégyriques qui les précèdent, \éritable œuvre de calligraphie, ne remonte pas au delà des dernières années du XVIP siècle. Sur les marges du sermon pour les Cendres, j'ai remarqué quelques notes, quelques courtes gloses, d'une autre main que le texte, tracées à la hâte, et presque illisibles : cette mam pourrait être celle de Retz ; car l'écriture de ces notes ne diffère pas beaucoup de celle du manuscrit authentique des Mémoires,
Ce sermon pour les Cendres, n'est guère qu'une ébauche de sermon; c'est un premier jet, inégal et heurté, assez semblable à une rapide dictée, que l'on aurait recopiée telle quelle ; ou bien ce n'est peut-être qu'un résumé composé tant bien que mal, d'après des
notes incomplètes, par quelque auditeur ou secrétaire. Mais, dans ces pages si imparfaites, la pensée est parfois indiquée d'un trait ferme et hardi ; l'expression, par endroits, s'anime, se colore, et lutte de vigueur et d'éclat avec la poésie du texte saint ou avec la parole originale de Montaigne. Voici, au reste, la seconde partie de ce sermon, fidèlement transcrite. Dans la première, l'orateur a rappelé le premier plan de la création, le premier dessein de Dieu sur l'homme; il vient de décrire, un peu longuement, le bonheur dont jouissaient nos premiers pères dans le séjour enchanté d'Éden :
« ... Quelle félicité ! quelle merveille ! Que si nous parlons des lumières de l'esprit, Adam avoit toutes les sciences infuses. Si de la perfection de la volonté : Deus fecit hominem rectum : « Dieu fit l'homme tout droit, » c'est à dire sans dérèglement, sans désordre. Chaque chose en luy tenoit son rang et son Heu ; et tant que l'entendement eust obéy àDieu, la volonté n'eust pu désobéir à l'entendement, ni l'appétit à la volonté. C'est pourquoy, lorsque Sathan, jaloux du bonheur de nostre premier père, Je voulut ruiner, il ne pratiqua pas les sens par la promesse de quelques biens matériels, sçachant que la place qu'il assiégeoit ne se pouvoit prendre par intelligence, et qu'il estoit impossible de corrompre la fidélité des sujets d'un estât si bien gouverné ; mais il dressa ouvertement sa batterie contre la raison mesme, qu'il emporta de vive force, luy offrant un bien spirituel au
dessus de sa portée , et luy en allumant le désir dans Tâme. Eritis sicutdii, scientes bonumet mabim : « Vous » serez comme des dieux, jouyssant d'une parfaite » cognoissance du bien et du mal. » Maudite passion de sçavoir, tu es la soiu*ce de tous nos malheurs ; et nous vivrions encore dans Theureuse ignorance des maux de la vie, si Adam eust pu souffrir l'ignorance de quelque chose ; mais sa curiosité le perdist, et sa perte a entraîné lanostre. Per unum hominem mors in hune mundum intravity in quo omnes peccaverunt : la mort est entrée dans le monde par la bresche que le péché du premier homme y avoit faicte ; homme dans la volonté duquel nous avons tous péché ; et, comme la justice originelle n'estoit pas un présent que Dieu eust faict particulièrement à sa personne, mais une largesse publique qui s'estendoit à tous les hommes, qui passoit à ses successeurs, et que chacun de nous eust recetiie à son touravec la vie ; de mcsme son crime ne fut pas personnel, mais réel, qui gasta, corrompit et altéra toute la nature ; tellement, que c'est contre nous, aussy bien que contre luy, que cette sentence fut prononcée : « La terre sera mau- » dite.... » et ce qui suit : « ... parce que tu n'es que » poudre, et que tu retourneras en poudre. » Voilà l'endroict d'où l'Église a tiré les paroles qu'elle nous répète aujourd'huy. Mémento, homo^ quia cinis es, etc. « Sou- » viens toy, homme, que tu n'es que cendre, etc. » Et certes, ayant à nous exhorter à la pénitence, elle n'en pouvoit choisir de plus propres que celles là, qui nous
rappellent en mesme temps au souvenir de nostre félicité passée et à la considération de nostre misère présente. Car, à ne point mentir, c'est une comparaison que nous ne sçaurions faire sans nous escrier : Cecidit corona capitis nostri; vâs nobis, peccavimus! « La couronne )) nous est tombée de dessus la teste : maudit péché, » c'est toy qui en es la cause ! » C'estoit véritablement régner que de vivre comme nous faisions; mais c'est proprement estre esclave, que de vivre comme nous faisons. Cecidit corona^ etc. L'homme ne pouvoit souhaitter d'estre plus heureux qu'il estoit. Cecidit corona capitis nostri, etc.
» Escoutons ce qu'en dit le Sage : Exiguum et cum tâsdio tempus est vita nostra. Nostre vie est courte et ennuyeuse : elle ennuyé beaucoup, et ne dureguères. Si on la mesure par le cours des mois et des années, ô qu'elle passe viste ! Si par les afflictions et par les déplaisirs, ô que nous la trouverons longue ! Il ajoute : quoniam fumus flatus est in naribiis nostris : a Ce que nous res- » pirons par les narines n'est que fumée ; » ou, comme disent les Septante, « s'en va en fumée. » Quelle foiblesse ! Y a il rien qui approche plus de néant, qu'une chose qui s'entretient d'air, et s'en retourne au vent, et se résout en fumée ? Sermo scintilla ad commovendum cor nostrum; qua extincta, cinis erit corpus nos trum. Ce mot grec Xoyoç signifie aussy bien ratio que sermo; et au lieu de ces paroles, ad commovendum cor: ^v xtvi^aet Tîiç xapSiaç : si bien que le sens doit porter : La raison est
une estincelle de ce feu dont la source est en nostre
cœur, et qui est dans une perpétuelle agitation, comme
c'est la nature de la flamme. Si tost que ce brasier sera
consommé^ nostre corps se résoudra en cendres ; et spi--
ntus diffundetur quasi mollis aer (xauvo;, fungosus); et
Fesprit qui nous animoit s'exhalera et se répandra
comme un air qui n'est pas resserré. Et trafisibit vita
nostra tanquam vestigium nubis, quœ fugata est a
radiis solis, et a calore ejus aggravât a. Ainsi nostre
vie passera, et on n'en voira pas seulement la trace, non
plus que d une nuée fondue en pluie, que les rayons du
soleil ont dissipée, et qui a esté abattue par la chaleur. Et nomen nostrum oblivionem accipiet per tempus ; et
îiemo memoriam habebit operum nostrorum. Le temps couvrira notre nom d'oubly ; et c'est inutilement que nous nous efforçons de le rendre immortel par nos veilles et par nos travaux. Umbra enim transitura est tempus nostrum: (( Car, après tout, c'est une ombre qui passe, que » nostre vie. » Et non estreversio finis nostri : Oùx scrciv dlva7co8t<r|jw)(;. Nostre Carrière est limitée ; quand on l'a fournie, on n'en revient plus ; il n'est plus permis de retourner sur ses pas: quoniam consignata est, etnemo rever^ titur. Nostre vie est enfermée là pour jamais. Le lieu où nous allons est scellé, on ne le peut ouvrir. Que nous a servy,poursuit-il, nostre faste,nostre grandeur,toute cette pompe de majesté, et ce vain esclat des richesses? Elles ont disparu comme un phantosme ; elles ont passé comme un courrier qui va à toutes brides, tanquam nuntius
percurrens. C'est, dit-il un vaisseau sur la mer, qui vogue d'une roideur incroyable, et ne laisse pourtant aucune piste après soy ; c'est un oyseau qui, à force d'aisles, comme de rames, fend les airs et se faict passage, mais cette ouverture se referme aussy tost, et il n'y paroist plus. C'est une flèche qui vole avec bruict et violence, mais qui tombe à cent pas de là, et on ne sçauroit recognoistre par où elle a passé. Voulez-vous encore d'autres similitudes? L'homme est comme le traversin d'une balance qui bransle toujours et n'a point de consistance ; tanquam momentum staterœ. C'est une goutte de rosée qui est sur la terre avant le lever du soleil, tanquam gutta roris antelucani. C'est une fleur qui s'esclbt au matin et est toute fanée le soir, tanquam flos agri. Il est comme Fherbe qui croist sur le toict des maisons, l'ouvrage d'une nuit et la durée d'un jour : sicutfœnum tectorum. Enfin, c'est un songe qui s'esvanouit au réveil, velut somnium surgentium^ et on ne sçait ce qu'il devient. illf<?m^w^o, homo, quia ci?iis^ etc. « Souviens toy, homme, etc. » Cruel souvenir, que tu mesles d'amertume parmy les douceurs de la vie ! O mors^ quam amara est memoria tua hominipacem habentiin substantiis suis ! Que ta pensée est pleine de fiel pour ceux qui jouyssent paisiblement de beaucoup de biens, de qui la fortmie est égallement commode et tranquille, cujus viœ directœ sunt in omnibus; à qui toutes choses rient et viennent à souhait ; etadhuc valenti accipere cibum ; et qui ont encore l'aage et la force de se donner les
plaisirs ianocents et légitimes; quamamaraestmemoria tua! Et cependant, c'est Tobject nécessaire de nostre veQe ; nous ne sçaurions ouvrir les yeux, que son image ne se présente à nous en tout temps et de tous endroicts sans exception. Et nous voyons les palais des princes aussy souvent tendus de deuil que les maisons des particuliers : la condition de leur naissance n'est pas moins basse que la nostre, celle de leur vie moins malheureuse, et celle de leur mort moins réelle et inévitable. Unus omnibus introitus ad vitam et similis exitus : l'entrée et la sortie de la vie sont esgalles indifféremment à tous et d'une mesme sorte. La mort respecte aussy peu les souverains que leurs subjects, les nobles que les roturiers... Us sont eslevés au dessus de nous comme les cèdres du Liban au dessus de Thysope ; leur racines sont si profondes que rien ne semble assez puissant pour les ébranler : mais pourtant, pour les renverser, il ne faut point de ces vents impétueux qui font les naufrages sur mer, et qui ravagent les forests ; il ne faut qu'un petit vent coulis entre deux ais mal joincts, Sagittœ parvulorum fcu^tœ suntplagee eorum : « Ils sont blessés à mort parles » traicts que leur tirent les foibles bras des enfans. » Ce n'est point un coup de foudre qui les tûe, un tremblement de terre qui les engloutit, un déluge qui les emporte. Il ne faut point un éléphant, un crocodille, uno balaine pour les deffaîre ; c'est le repas d'un petit ver que le cœur et la vie d'un conquérant (1). Sagittœ
(1) Cf. Montaigne, 1. II, c. xii; éd. J.-V. Le Clerc, t. III, p. 48,
parvulorum factœ sunt plages eorum. C'est assex d'un cheveu, c'est asseis d'un grain de raisin, de la morsure d'une mouche, de resgraitaigneure d'un peigné (1). Sagittœ parvulorum factae sunt^ etc. Ne mettons ne mettons point l'espérance de nostre salut dans la pro* tection des princes : NolUe confidere inprincipibus. Ils meurent comme nous, et s'en retournent en cendre : In illa die peribunt omnes cogita tiones eorum : et alors, adieu toutes leurs entreprises, et ces grands des* seins d'outre mer qu'ils faisoient dans le cabinet trois jours auparavant. Mémento, homo, quia cinis es, etc. Encore, si de ce gouflfre horrible les advenues- en estoient belles, et si on y arrivoit en marchant sur des fleurs I mais, hélas ! c'est bien pis. Là mort a un visage aimable, on la conte parmy les remèdes quand elle est comparée aux incommodités de la vie : Melior est mors quam vita amara^ et requies œterna quam langtior perseverans : a La mort est moins mau* » vaise qu'une vie plaine d'amertume, et un repos éter- »i nel est préférable à une langueur continuelle. » Il y à des peuples entiers qui la bénissent et maudissent leur naissance, et il n'y en a point qui voulussent venu» au monde, s'ils n'y estoient portés les yeux fermés ; qui ne refusassent ce beau présent de la nature, si on le leur faisoit àl'aage de discrétion. Car, bon Dieu! que de douleurs au corps, que d'erreurs en l'entendement, que de désordres en la volonté! Ce n'est que foiblesse et misère
(1) V. Montaigne, 1. I, c. xix; è-i. J.-V. de Clerc, 1. 1, 109. '
partout. Entre les animaux l'homme est celuy qui dure plus au mal et moins au plaisir. Une légère indisposition touche vivement, une parfaicte sancté n'est pas seulement sensible. Il n'y a point de si heureuse mémoire qui puisse retenir le nom de toutes les maladies, il n'y a point de corps qui les puisse toutes souffrir. Au reste, tous ces beaux remèdes de Sénèque et d'Épictète, que Ion vante tant, ne sont pas pour des maux véritables et essentiels, comme ceux cy : il faut, il faut que la philosophie, malgré qu'elle en ayt, rende les armes à la goutte et à la gravelle ; il faut qu'elle souffre à son sage de pleurer et de se plaindre comme le vulgaire, nature s'estant réservé ces marques d'auctorité inviolable à la raison et à la vertu des Stolques. Possidonius, tu as beau faire : « douleur, » disoit-il, «je n'advoueray » jamais que tu sois un maL » C'estoit un affronteur ; et celuy qui entreprenoit de se faire mignarder(l) aux plus poignantes douleurs, avoit sans doute plus de vanité que de constance (2) . L'action d' Anaxarchus (3) est un monstre de moralle : on ne la sçauroit regarder san;s,effroy, et sans que la teste en tourne, non plus que les lieux hauts et inaccessibles : c'estoit un transport et une manie,
(1) Ces. -à-dire, qui prétendait trouver ses délices dans les plus poignantes douleurs...
(2) Épicure. — V. Sénèque, Épîtres, 66 et 92 ; Montaigne, Essais, 1. II, c. H ; éd. J.-V. Le Clerc, t. II, p. 329.
(3) Pendant qu'on le broyait avec des marteaux de fer par ordre
du tyran de Chypre, il disait : « Frappez I ce n'est pas Anaxarchus
» que vous frappez, c'est son étui. » Diogène Laercc, 1. IX, c. x. Montaigne, Ibid.
quelque louable qu'elle fust.C'estoit une saillie d'une âme eslancée hors de son giste, et qui n'estoit plus à elle : la raison demeurant en sa place et en son séjourne sçauroit atteindre si haut : il faut qu'elle le quitte, qu'elle s'enlève, et que, prenant le frein aux dents, elle emporte et ravisse son homme au dessus de luy mesme. Car, après tout, la sagesse n'espaissit point le cuir, et ne sçauroit nous faire accroire que la pierre dans la vessie, ou la colique bilieuse, nous chatouille (1). L'âme est trop meslée avec le corps pour s'en pouvoir séparer dans Teffort du mal, et se garantir d'une contagion si proche, et il n'appartient qu'à Dieu de donner par advance à ses martyrs l'impassibilité qui ne nous est promise qu'après la résurrection. Considérons un peu l'exemple de Job. Il souffre constamment la perte de ses richesses et de ses enfans : Hé bien! dit il, Dieu me les avoit donnés, Dieu me les a ostés. Je suis sorty tout nud du ventre de ma mère, je m'en retourneray tout nud. Il a pieu à Dieu d'en disposer ainsi : Sit nomen Domini benedictum. Mais quand il se veid couvert d'un ulcère maling par tout le corps, et qu'il sentit les poinctes de la douleur, alors il s'escrie : Pereat dies, quo natus sum! Périsse misérablement le jour funeste auquel je fus né ! Puisse il estre changé en ténèbres et en brouillars espais, ou, s'il faut nécessairement qu'il revienne, que ce soit un jour sans lumière, plain d'horreur et d'effroy : Dies ille vertatur in tenebras, occupe t eiim caligo^ et non illustre tur
(1) Cf. Montaigne, 1. I, c. xl; t. H, p. 150.
lumine. Que les pensées qui naistront ce jour là dans Tesprit des hommes soient des pensées d'aigreur et d'amertume : involvatur amaritudine. Puisse il estre rayé du nombre des mois et des années ; Non computetur in diebus anni, non numeretur in mensibus. Et vous, Seigneur, qui faictes toutes choses avec tant d'ordre, pourquoy avez vous ordonné que je visse la lumière du jour, pour n'y voir que de la misère, etpourquoy voulez vous que je vive davantage, puisque je ne vis plus que pour la douleur? Quare miser o data est lux? Voilà parler en homme. Job estoit un sainct personnage, mais, au bout ilu conte, c'estoit un homme ; un peu d'eau et de terre pestry ensemble : il en faut tousjours revenir là. Soions, tant qu'il nous plaira, montés sur des eschasses, si faut il pourtant que nous marchions de nos jambes. « Sou* » viens toy, homme, etc. » Mémento, homo, quia cinis es. Passons maintenant à l'esprit. 11 n'est jamais plus ingénieux qu'à se tourmenter : plus il est vif, plus il est tendre, délicat et ouvert aux injures ; il se perce de sa propre poincte, se brusle de son feu, s'abat de sa force, s'emporte de son poids, s'aveugle de sa lumière. Inmidta sapientia multa indignatio. Sa prudence augmente son inquiétude ; et, comme s'il n'avoit pas assez affaire à digérer ses maux présents, il rappelle les passés, et prévient ceux qui ne sont pas encore, faisant des principales fa*cultés de son âme, la mémoire et la prévoiance, des instru^ ments de sa misère. Il prend tout ce qu'on luy donne, delà main gauche ; tout s'aigrit dans son estommach : son at-
tôuchement est si contagieux, qu'il corrompt et infecte les meilleures choses, quand il les manie. Il arreste ses yeux sur les couleurs sombres et tristes, et à peine regarde il celles qui sont vives et gayes. Les espines et les chardons s accrochent à luy, et il a bien de la peine aies secouer : mais, s'il veut avoir des tulipes et des anémosnes, il faut qu'il prenne le soing de les aller cueillir dans les parterres... Comme les vantouses, il n'attire que le mauvais sang. . . Sicut in percusstira cribri remanetpulmsy sic aporia hominis in cogitaiu illius. Les Septante ont
traduit : ûoicep Iv aeiorfiiaTt xooxivou ^ta^Asvsc xoTtpia, outoiç
(TxuêaXa âvOpa>77ou Iv XovKrjXfo «utou. Comme, dans un sac^ la farine passe au travers, il n'y demeure que le son, de mesme nos prospérités s escoulent de nostre mémoire : il n'y a que les desplaisirs et les chagrins qui s'y attachent (i). Que cette pensée est belle et véritable!... Un mal au pied ou un mal de dents fera perdre à un homme le contentement de se voir monarque de toute la terre. « Souviens toy^ » Mémento, homo, quia, etc. Je vous ennuyerois, Monseigneur (2), si je me laissois emporter
(1) Les citations grecques, en ce temps-là, n'avaient pas encore disparu de la chaire. Elles n*ont rien dans la bouche de Retz qui doive surprendre. Pendant sa captivité au donjon de Vincennes, eu même tenç^ps qu'il composait, pour se distraire, un traité chrétien sur le bon usage de la prison, il se remettait avec plaisir, c'est lui-même qui nous le dit, à ses études laiiues et grecques, [MémoireSy éd. Champollion, p. 420.)
(2) La texte porte simplement, M. La phrase suivante fait assez voir que le prédicateur s'adresse à un grand personnage, d'église ou aut'c, prési4Mit rassembler.
à un sujet si ample qu'est celuy de nostre foiblesse : elle paroist assez dans le dérèglement de nostre raison : ayez agréable, s'il vous plaist, que je la fasse voir à vostre peuple, dans le plus haut point de la sagesse humaine^ aussy grande que dans sa folie. Vanitati subjecta est creatura. « Toute créature est nécessairement subjecte » à la vanité et à la foiblesse, » C'est toujours une chose foible et vaine que l'homme, quoy qu'il fasse : ces qualités làluysont essentielles, il ne sçauroit s'en dépouiller, et ce n'est pas davantage sa propriété d'estre visible que d'estre ridicule. Je puis bien dire cela après ce qu'a dit un ancien, qu'il ne se peut rien concevoir de plus extravagant, qu'on ne puisse appuyer de l'auctorité de quelque philosophe : à quoy revient ce passage de sainct Paul : Stiiltàm fecit Deus sapieiitiam fiujus mundi: a Dieu a rendu sotte la sagesse du monde. » Cette vérité se fera cognoistre bien clairement à qui considérera le peu de progrès qu'ont faict vos grands esprits de l'antiquité dans la cognoissance de Dieu, de sa nature et d'eux mesmes. Leurs fautes sont prodigieuses en ce qui est de la religion. Je ne les examine pas ; seulement, j'en tire cej;te instruction, que leur exemple nous apprend jqù'il faut en cela nous laisser mener par la main, et ne nous fier pas à nostre propre conduitte, trop téméraire, trop indiscrette et inconsidérée. Ce n'est pas là qu'il faut faire le bel esprit : la foiblesse du jugement nous y aide bien plus que sa force, et nostre aveuglement, que ne fait notre bonne vette. C'est par l'entremise de l'igno-
rance, plustot que de la science, que nous sommes sçavantsaux choses divines : il n'y faut apporter que de Fhumilité et de la subjection. La première loy que Dieu donna jamais à Thomme, ce fut une loy de pure obéissance, ce fut un commandement nud et simple, où il n'y avoit rien à cognoistre ny à discourir (1). 5/ quis videtiir inter vos sapiens esse in hoc smculo, stulttis fiaty ut sit sapiens. « Si quelqu'un d'entre vous pense avoir la sagesse » du monde, qu'il se fasse sot, pour devenir véritablement » sage, » c'est à dire, qu'il se dépouille de la sagesse humaine pour faire place vuide et nette aux impressions du Sainct Esprit. Qu'il soit comme une charte blanche^ afin que le doigt de Dieu y escrive ce qu'il luy plaira. Ce n'est donc pas de merveille, si la philosophie a bronché si lourdement en cette matière, puisque sa lumière, au lieu de resclairer,'ne servoitqu'à espaissir ses ténèbres, et luy estoît comme une taye devant les yeux. Mais quoy? aux choses mesmes qui sont àrentourd'elle,elle ne voidpas plus clair, elle ne faict que tastonner à Tentour des apparences. Toutes ses opinions ont chacune leurs contraires ; en quoy que ce soit, le pour et le contre, Touy et le non trefvent des parieurs et des protecteurs ; la raison est un baston, non à deux bouts, mais à cent bouts ; c'est un plomb qui se tourne, se plie et s'accommode à ce qu'on veut. La vérité et le mensonge ont un mesme visage et une ipesme desmarche, entrent chez nous par une mesme porte, et s'y maintiennent par des voyes toutes pareilles.
(i) Cf. Montaigne, 1. II, c. xii; t. III, p. 99, 123. 136.
Les sens nous trompent, Texpérience est doubteuse; quelle certitude peut-on asseoir sur des fondements si mal asseurés? Aussy, des trois sectes principales de philosophes, à quoy se peuvent réduire toutes les autres, il n'y en a qu'une qui se vante d'avoir trouvé la vérité. Les Académiciens tiennent que la recherche en est inutile, et qu'elle ne se peut comprendre ; les Pyrrhoniens passent plus outre, et condamnent cette opinion de témérité, quelque modeste qu'elle semble estre, d'avoir osé définitivement juger de la mesure de nos esprits, et font profession de ne sçavoir pas seulement si on peut sçavoir quelque chose ; et pour les Dogmatistes, quoy qu'ils parlent tousjours avec afOrmation, ils n'ont pourtant rien faict qu'emprunter le visage de J'asseurance, pour en avoir meilleure mine ; au fond, ils doubtent comme les autres (1); et, en faict, celuy d'entre eux qu'ils appellent leur dieu s'est laissé eschapper ce mot, que la nature estoit une poésie plaine d énigmes, 7co(r,aiç «îvtYfAaTtx^ (2) ; c'est à dire une peincture voilée, que nous ne faisons qu'entrevoir, et qui a plusieurs faux jours, propres à exercer nos conjectures. Evanuerunt in cogitatiordbus suis, et obscuratum est insipiens cor eorum : ils ont suivi leurs folles et vaines pensées, ils n'y ont trouvé que de l'obscurité. Nous ne remportons rien de nos laborieuses estudes, que l'expérience de la foiblesse de nos esprits. Ha! que c'est acheter bien cher, et avec beau- Ci) Cf. Montaigne, 1. II, c. xii, t. III, p. 127 et 136. (2) Platon, inexactement cité, d'après Montaigne, t. III, p. 196.
coup d'artifices, Tignorance^ qui nous est naturelle et gra^ tuitement donnée ! Dicentes se esses sapientes^ stulti facti sunt. C'est l'extrême sottise, de s'estimer sage^ comme la parfaicte sagesse où peut arriver Thomme,. c'est de cognoistre sa sottise. Qu'il y a de plaisir de voir Socrate, dans Platon, s'estonnant de ce que l'oracle l'avoit appelé le plus sage des hommes! Je recQgnois, dit il, en moy mesme les mesmes défauts que je vois aux autres, et ne sçaurois deviner pourquoy Dieu, qui ne peut mentir, a parlé de moy en ces termes, si ce n'est que j'aperçois tout le monde présumer beaucoup de sa suffisance, et moy, je me prise justement ce que je vaux : je scay que je ne sçay rien. Le plus sage d'entre les hommes n'est pas celuy qui l'est en effect, mais celuy qui le croit moins estre. Que voilà une généreuse confession de nostre néant (1) ! Opposons la à l'effronterie des Stolques, qui ont eu l'impudence de dire que Dieu n'estoit point plus vertueux que leur sage, mais seulement plus longtemps ; qu'il n'estoit pas meilleur, mais qu'il faisoit plus de bien, parce qu'il avoit plus de puissance et plus de durée. Pauvres fous I L'impassibilité que vous faictes sonner si haut, premièrement n'est pas possible, et puis tout ce qu'elle pourroit faire, ne pourroit arriver à la stupidité du pourceau de Pyrrho, qui mangeoit ses glands en toute sécurité pendant la tempeste, pendant que le philosophe estoit transy de frayeur, avec toute sa sagesse. Quel blasphème ! Que sainct Paul
(1) Cf. Montaigne, 1. H, c.xii; t. HI, p. 119.
dit un beaumot, qu'ilfaut sapere adsobrietatem;^i estre » sobrement sage! » On s'enivre de trop de sagesse comme de trop de vin : la teste de l'homme n'est pas assez forte pour en porter beaucoup. En effect quel nom donnerons nous à cette resverie ? Turbati siint et moti mnt sicut ebritis, sapientia eonim devorata est. Us estoient troublés d'esprit, comme des yvroignes qui s'imaginent quelquefois, dans la chaleur du vin, estre devenus grands seigneurs, de pauvres qu'ils estoient. Advouons, advouons nostrc foiblesse ; disons avec l'Apostre : Non habitat in me boniim; nous ne sommes de nous mesmes capables de rien de bon : nos affections sont corrompues et nos inclinations perverties; Nam velle adjacet mihi, perficere autem bonnm non invenio : je veux le bien et ne le sçaurois" faire ; je dispose librement de ma volonté, mais non pas de mes actions; je ne puis empescher qu'elles ne soient mauvaises, quelque bonnes que soient mes intentions. Non enim quod volo bonum, hoc agOj sedquod odimalum, illud facio : « Je fais le mal que je » condamne, et je ne fais pas le bien que j'approuve. » Quid or émus nescimus, sed ipse spiritus postulat pro nobis. Nous ne sçavons ce que nous devons demander à Dieu, il faut que le Sainct Esprit le demande pour nous : n'est-ce pas là l'extrême des ignorances ? Nous ne sçavons ce qu'il nous faut, et les bestes le sçavent. Nous ne sommes pas seulement capables de former l'idée de nostre félicité par désir, mesme par imagination et par souhait. Qu'on donne à nostre esprit la liberté de forger
à sa fantaisie une vie heureuse, il n'en sçauroit venir à bout ; il y aura tousjours quelque chose à dire. De deux cent quarante opinions touchant nostre béatitude, il n y en a pas une qui nous contente. Après toutes ces choses, oyons Dieu qui nous dit : Mémento, homo, etc. : « Souviens toy, homme, etc. » Nous nous en souviendrons, Seigneur, mais souvenez vous en aussy; et, comme la considération de nostre néant nous est un sujet d'humilité, que ce vous soit un sujet de miséricorde. Ouc cette pensée en mesme temps vous retienne de nous punir, et nous, de vous offenser; qu'elle nous porte au repentir, et vous au pardon. Nostre péché est bien digne de vostre haine, mais Testât où il nous met est digne de vostre pitié. Perdez, Seigneur, le ressentiment de nos fautes, prenez celuy de nos misères. Vous estes le Dieu des armées : quelle gloire aurez vous de combattre une ombre, et d'employer vostre puissance contre une feuille et un festu dont les vents se jouent, contra stipulant siccam et folixim quod vento rapitur ? Plustost, plustost faites paroistre votre force à relever nostre foiblesse. Sans vous, nous ne pouvons rien, mais avec vous, nous pouvons tout. Vous nous commandez aujourd'hui la pénitence : nous vous la demandons : donnez nous vostre grâce, pour mériter vostre gloire. »