‹ Des Prédominances Symptomatiques et Anatomo-Pathologiques dans la Paralysie Générale et dans la Sénilité CérébraleChapitre 31 sur 48 · A FORMES SPINALES · texte numérisé non relu

A FORMES SPINALES

Les symptômes spinaux et les prédominances anatomo-pathologiques spinales sont relativement fréquents dans la paralysie générale et c’est la forme spinale postérieure qu'on rencontre dans l'immense majorité des cas.

Nous dirons d'abord avec Joffroy, Klippel, Anglade, Rabaud que l'association du-tabes et de la paralysie générale est très rare. Nous en avons pourlant trouvé un cas dans lequel la

paralysie générale a évolué chez une tabétique très bien observée cliniquement. L’autopsie et l'examen histologique ont confirmé le diagnostic en montrant, comme nous le verrons plusloin,

une lésion nettement limitée aux cordons postérieurs de la

moelle (Obs. XLIV).

OgservarTion XLIV

Résumé. — Femme, cinquante-sept ans. Tabes : début il y a six ans. Paralysie générale. Ponction lombaire positive.

Louise T..., cinquante-sept ans, est entrée à l’Asile de Château-Picon le 45 avril 1904 et y est décédée le 15 octobre 1904.

Certificat d'admission : Hospitalisée à Pellegrin (incurables) pour une ataxie locomotrice progressive, présente depuis quelque temps, trois mois environ, des alternatives de dépression hypocondriaque et d’excitation. Elle se plaint qu’on lui vole ses effets ; elle insulte grossièrement les religieuses et les infirmières qui l'entourent. En outre, il existe chez cetle femme un très léger degré d’inégalité pupillaire; les réflexes pupillaires (lumière et accommodation sont à peu près nuls). La parole est hésitante et la langue tirée hors de la bouche présente des oscillations irrégulières. Ces symptômes nous font craindre une paralysie générale progressive venant compliquer la maladie primitive. Entrée à Pellegrin le 11 mars 1898.

45 avril 1905. « Je m'appelle Louise T.....; j'ai quarante-six ans. Je suis née en 47 (exact). Pendant un temps, je n'avais pas la mémoire. Je m'étais endormie toujours. Aujourd'hui, c’est dimanche du mois de juillet ». « Quelle année ?» «Je suis un peu ignorante sur cela ». « D'où venez-vous ? » « Eh ! bien de là,.en haut. C'était une maison noire. Je couchais par terre ». « Qu'est-ce que Pellegrin ? » « Pellegrin, c’est les gens qui s’y sont ». « Profession? » « Journalière ». « Contente ? » (rit). Embarras de la parole très prononcé. « J'avais la taille fine. J'étais jolie, petite. Je n’ai vu que deux hommes. »

Certificat de vingt-quatre heures: Paralysie générale compliquant une ataxie locomotrice dont le début remonte à une date éloignée. Troubles de la motilité et de la réflectivité.

16 avril. Système respiratoire, rien d’anormal. Système circulatoire :

Cœur : Bruits mal frappés, pas de souffle aux orifices. Pouls régulier. Vaisseaux assez souples. Système nerveux : Sensibililé subjective. « Je ne souffre de rien ». Objective : Sent la piqüre dans toutes les régions du corps. Motricité: Force musculaire diminuée, masses musculaires molles.

Ponction lombaire : 10 centimètres cubes de liquide clair; pression 2. Précipité albumineux moyen par la chaleur ; 10 à 12 lymphocytes dans un champ d'immersion; quelques polynucléaires.

27 avril. QIl y a deux morts ici; je ne peux pas partir. Je ne veux pas le curé... J'ai un cousin; il m'a parlé... J'ai cinquante-six ans; j'ai épousé un jeune homme; je ne lui ai pas demandé son âge ». « Quelle année? » «Je ne sais pas. » « Mois? » « Juillet ». « Depuis combien ici? » QIl y à six ans ». Ecriture tremblée : nombreuses omissions de lettres en écrivant son nom. «2et2?» «4». «6et8?» «1%». «8 et 8? » «16 ». C6et 5?» «8». «6 et 6?» «12. »

19 avril. Troubles d’articulation phonétique. Dysarthrie pour les labiales, linguales ; bredouillement, accrocs, répétitions. Réîflexes rotuliens complètement abolis des deux côtés. Impossibilité de la marche ; membres de polichinelle. Station debout impossible. Incoordination motrice absolue, mais force musculaire pas disparue complètement.

Dans la station debout, la malade étant soutenue, les jambes fléchissent en avant et le membre inférieur décrit avec la cuisse une courbe à concavité antérieure, le genou saillant en arrière (subluxation). Les masses musculaires sont flasques, molles, peut-être atrophiées. L’incoordination motrice est surtout accusée aux membres inférieurs ; ne peut porter le talon du pied sur le genou opposé; l'incertitude du mouvement est accusée.

Avec les membres supérieurs exécute plus correctement les actes commandés : Portez le doigt au nez, yeux fermés, etc. Pas de tremblement des doigts dans l'attitude du serment; instabilité.

Sensibilité subjective : Douleurs fulgurantes. De temps en temps, la malade porte brusquement la main à ses cuisses et gémit en accusant une douleur vive, mais passagère.

Sensibilité objective : Retard des sensations très accusé, avec exagération de la perception (membres inférieurs). Anesthésie ou du moins hypoesthésie {sensibilité profonde), piqûre, pincement aux membres inférieurs. Troubles moins accusés aux membres supérieurs.

Organes des sens. Vision : Pas de ptosis, ni de strabisme, ni de blépharospasme. P.D. © P.G., déformées; réflexes lumineux abolis à l’accommodation ? Pas d’anesthésie cornéenne.

Troubles trophiques : Arthropathies du genou (type hypertrophique; gonflement du genou, surtout à gauche, avec genu valgum léger. Hallus valgus du gros orteil droit, moins accusé à gauche. Dystrophies unguéales. Chute des dents complète. Eschare commençante. Relâchement des sphincters. |

26 avril. « Je n'ai pas de dents; j'en aurai en or. Je ne peux plus parler. »

4 juin. Excitée, bruyante.

10 octobre. Eschare fessière très profonde.

15 octobre. Décès.

Dans la forme spinale postérieure, les signes tabétiformes sont le plus souvent réduits à un seul: l'abolition du réflexe rotulien. Dans les 7 observations que nous présentons, nous avons bien trouvé deux fois des douleurs à caractère fulgurant, le signe de Romberg positif et du talonnement (Obs. XLV,XL VI); mais les 5 autres sont mueltes sur les douleurs et le Romberg. Quant au talonnement, il ne ressemble pas à celui du tabétique. Le malade ne lance pas ses jambes si en avant, n’a pas de mouvements ataxiques, ne contrôle pas sa marche avec les yeux. La symptomatologie nous parait, en somme, avoir moins encore que «la mobilité, l’atténuation » que lui attribue Klippel.

Westphall et Claus se contentent d’ailleurs de ce seul signe: abolition du réflexe rotulien pour diagnostiquer lassociation du tabes et de la paralysie générale. Nous dirions peut-être aujourd’hui, pour les mêmes cas, formes spinales postérieures de la paralysie générale.

Il est un fait intéressant à noter, c'est que lorsque le réflexe rotulien est aboli, l'embarras de la parole est souvent peu marqué (Obs. XLVIT, XLVIIT) du moins au début, ou même manque complètement (Obs. LV); de mème le labiospasme, le linguospasme peuvent être légers.

On voit par là la grande valeur qu’on doit attribuer au signe de Westphall. Un réflexe rotulien de paralytique général n'est jamais normal. Est-il exagéré? il ne peut être d'aucun secours dans le cas où le diagnostic différentiel est délicat avec la sénilité, où il est aussi exagéré. Est-il aboli? c’est là un excellent signe, presque pathognomonique, les formes spinales postérieures de la sénilité étant excessivement rares.

Nous insisterons plus spécialement sur l’Observation XLVII qui est celle d’une Anglaise, vierge, donc probablement pas syphilitique, qui se présenta avec de l'indifférence, quelques vagues idées de persécution, pas de troubles phonétiques du langage (on ne songeait même pas à les rechercher) et pour laquelle on porta d’abord le diagnostic de démence précoce. Mais lorsqu'on constata l'abolition du réflexe rotulien, qu’on apprit quelques actes du début de son affection (libéralités), on pensa tout de suite à la paralysie générale que confirma la ponction lombaire.

Il semble que l’évolution de cette forme spinale postérieure soit un peu plus lente que normalement. Il se passe là un fait comparable à celui qu’on observe dans le tabes, maladie surtout médullaire .qui s'arrête lorsqu'elle réalise une prédominance symptomatique sur l'œil par atrophie du nerf optique. De même la paralysie générale, affection surtout encéphalique lorsqu'elle touche plus particulièrement les cordons postérieurs de la moelle.

Les symptômes spinaux postérieurs sont très rares dans la sénilité cérébrale. La même question se pose que pour la paralysie générale; mais elle est ici plus difficile: association de tabes fruste et de sénilité ou prédominance de lésions au niveau des cordons postérieurs ?

Elle est d'autant plus difficile que nos deux malades (Obs. LIT, LIT avaient de la cécité double par atrophie du nerf optique; après quoi, comme l’a dit Charcot, «le monstre s'arrête. »

Mais il est certain que l’âge des malades, l’absence d’antécédents syphilitiques, la pauvreté des signes tabétiformes plaident en faveur d'une prédominance symptomatique.

Ogservarion XLV Résumé. — Femme, trente-cinq ans. Paralysie générale et signes tabétiformes.

Marie P..., trente-cinq ans, est entrée à l'Asile de Chàteau-Picon le 23 mars 1903 et y est décédée le 23 septembre 1903.

Père mort paralysé, mère morte de la poitrine.

La maladie aurait débuté par des troubles de la marche, il y a deux ans. Il y à quelques jours seulement est apparu le trouble mental, idées de richesse, de grandeur ; bienveillance, euphorie.

Etat mental : Démence globale. Satisfaction niaise, euphorie bienveillante, idées absurdes de richesse. :

Etat physique: Motricité; signe de Westphall. Force musculaire conservée. Tremblement en masse de la langue, en trombone. Tremblement des mains dans l'attitude du serment. Incoordination motrice, surtout marquée aux membres inférieurs. Ataxie; signe de Romberg. Talonnement.

Sensibilité subjective : « Des lancées dans les jambes ». Sensibilité objective : Retard dans la sensibilité à la piqûre ; localise assez bien, exagère les sensations perçues. Sensibilité à la chaleur conservée.

Organes des sens. Vision : P. D. >> P. G. déformées, en mydriase. Réflectivité à la lumière abolie, conservée à l'accommodation. Signe d'Erb : Audition conservée. Goût, odorat ? Pas de troubles trophiques.

Août. Hypotonie très accusée aux membres inférieurs. Eschares fessières.

23 septembre. Décès.

OsservarTion XLVI

Résumé. — Femme, trente-huit ans.Paralysie générale et signes tabétiformes. Mort par ictus apoplectiforme,

Antonia-Marie B..., trente-huit ans, tailleuse, est entrée à l'Asile le 28 mai 1903 et y est décédée le 21 septembre 1905.

Certificat d'entrée : Paralysie générale progressive.

Antécédents héréditaires : Parents? Sept frères ou sœurs : Frère,

quarante-cinq ans, côté gauche paralysé depuis longtemps ; un frère

AD

mort de la poitrine à vingt-deux ans, une sœur morte de maladie intérieure ; une autre sœur morte de maladie intérieure ; la malade ; une sœur morte de couches ; deux frères bien portants.

Antécédents personnels : Très intelligente, très adroite. Aurait eu un enfant mort en bas âge. N'est plus réglée depuis huit mois environ; pas de renseignements sur la syphilis. La malade a vécu dix ans avec uu individu qui l’a ensuite abandonnée il y a un an. Chagrin. La maladie aurait débuté alors par des achats inconsidérés ; amnésie : se perdait dans la rue. Cependant il y a deux ans aurait eu des douleurs névralgiques à caractère nettement fulgurant, douleurs en ceinture, dans les jambes: «c'étaient comme des éclairs qui passaient rapidement et qui lui arrachaient des cris », dit la nièce de la malade. Tombait fréquemment quand elle était dans l'obscurité.

À beaucoup maigri depuis huit mois.

Etat mental: Démence globale. Idées délirantes de richesse, de grandeur.

Etat physique. Motricité : Trombone de la langue, spasmes labiaux. Troubles de la parole très accusés, parole lente, monotone, bredouillante. Force musculaire parait un peu diminuée. Marche incertaine ; talonne ; signe de Romberg. Signe de Westphall. Babinski en flexion des deux côtés.

Sensibilité subjective ? Sensibilité objective : Anesthésie plantaire à la piqûre ; réagit au frottement superficiel, au pincement, à la pression. Retard dans la perception des sensations.

Organes des sens. Vision : P. D. > P. G. Réflexes iriens à la lumière abolis; à l’accommodation abolis. Audition paraît conservée. Pas de troubles trophiques ni vaso-moteurs.

Juin 1903. Injections de benzoate de mercure du 2 au 9 juin, du 18 au 23 juin.

18 septembre. Ictus apoplectiforme : déviation de la tête à gauche ; contracture des membres supérieurs ; résolution musculaire des membres inférieurs. Babinski en extension.

21 septembre. Décès.

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Ogservarion XLVII

Résumé. — Femme, quarante-deux ans, vierge. Paralysie générale. Idées de persécution. Troubles de la parole très légers. Réflexe rotulien aboli. Albumo et cyto-diagnostic positif. Mort par ictus épileptiformes.

Mary L..., quarante-deux ans, gouvernante, est entrée à l’Asile le 27 juillet 1910 et y est décédée le 8 janvier 1911.

Certificat d'admission : Troubles cérébraux.

Les renseignements sur les antécédents de cette malade manquent. Elle est Anglaise ; en France depuis vingt-cinq ans.

La maladie remonterait à six mois environ. Caractère ombrageux, dit qu’on se moque d’elle dans la rue, distribue son argent aux voisins parce qu’elle croit le devoir et a peur de passer pour une voleuse; croit qu'on veut la renvoyer en Angleterre.

28 juillet 1910. « Age? » « Quarante-deux ans ». « Année de la naissance ? » « J'ai dans mon sac le certilicat ». (Voulez-vous retourner en Irlande ? » « Non; j'ai perdu mon père, ma mère ». « Où êtes-vous

“en ce moment ? » « À Bordeaux ». « Où? » « Je ne sais pas le nom,

chez des sœurs ; on soigne les malades. Je ronflais la nuit; je parlais ; ça dérange le monde ». « Venue volontairement? » « Non, c’est la dame ; ça dérangeait le monde. Elle a vu un médecin ». « Vous a-t-on dit des sottises ? » « Oui... non ». « Vous a-t-on reproché de ronîler ici? » «Oui ». € Quand ? » « Ce matin ». (Jour? » « Jeudi ». (exact) « Mois ? » « Fin du mois de juillet ». « Année ? » « Je ne sais pas... 1908. »

Certificat de vingt-quatre heures: Etat mental caractérisé par des idées vagues de persécution, une humeur qui n’est ni gaie ni triste, mais plutôt indifférente, des réactions qui ont été tour à tour mélancoliques et paranoïennes.

Il est vraisemblable que nous assistons à un travail de dissociation mentale déjà commencé depuis plusieurs mois ; peut-être à l’évolution d’une paralysie générale.

Les réflexes rotuliens sont abolis des deux côtés.

30 juillet. Ponction lombaire facilement acceptée. Jet très fort,

10 centimètres cubes environ, liquide eau de roche. Précipité très net d’albumine. Lymphocytose abondante ; pas de polynucléaires.

Examen somatique : Thorax et abdomen rien de particulier. Pupilles déformées en myosis ; réflexes lumineux à la lumière et à l’accommodation conservés, mais paresseux. Tremblement léger de l'orbiculaire des lèvres. Peu d’embarras de la parole dans les phrases à labiales. Sensibilités objective, tactile et douloureuse conservées. Réflexes radiaux existent; rotuliens abolis.

30 juillet. « Des relations avec un homme ? » « Jamais de la vie ». Proteste avec pudeur. On répète la question ? (répond avec beaucoup d'animation) : « Jamais »..

5 août. Examen des organes génitaux accepté sans protestation : Hymen conservé ; petite perforation centrale. I n’y a certainement pas eu de rapports sexuels.

2 septembre. Ne répond pas aux questions. Négativisme. Agitation démentielle à prédominance nocturne.

6 janvier 1911. Dans la nuit, ictus épileptiforme ; convulsions généralisées surtout accentuées à gauche. Le matin : nouvelle crise.

7 janvier. Semi-coma.

8 janvier. Décès.

OgservarTion XLVIII

Résumé. — Femme, cinquante-deux ans. Paralysie générale (syphilis conjugale). Au début, très légers troubles de la parole et pas de délire. Réflexe rotulien aboli. Albumo et cyto-diagnostic positifs (troubles légers de la marche).

Marie V..., femme D..., cinquante-deux ans, est entrée à l'Asile le 2% février 1906 et y est décédée le 2 octobre 1908.

Antécédents héréditaires et personnels : Une cousine morte aurait été atteinte d’aliénation mentale. La malade a toujours été bien réglée; a fait une fausse couche, puis un accouchement normal. Sa fille, vingt ans, se porte bien. Son mari à eu la syphilis il y a douze ans et laluia transmise. Elle n’est plus réglée depuis trois ans.

Histoire de la maladie. — Depuis un an, irritabilité, apathie, indit-

férence. I y à huit jours, fugue; retrouvée à Lormont, ne peut dire son

nom ni son adresse. Toujours jalouse, mais beaucoup plus depuis un an.

25 février 1906. « C’est aujourd'hui dimanche; je suis aux aliénées parce que ça me plaît ». Répond en souriant : « J’ai cinquante ans. Je leur ai causé de l’ennui quand je me suis absentée. J'ai eu une faiblesse du cerveau ». Quelques idées de jalousie.

Examen somatique : Pas de troubles de la motilité oculaire. Pupilles égales, réflexes pupillaires à la lumière et à l’accommodation conservés. Un peu d'instabilité de la langue. Pas de spasmes de l’orbiculaire. Tremblement des doigts dans l'attitude du serment. Très légers troubles d’articulation phonétique. Marche raide, quasi-spasmodique et talonnante. Sensibilité objective conservée. Réflexes patellaires abolis.

Certificat de vingt quatre heures : Paralysie générale, affaiblissement démentiel, troubles de la parole, abolition des réflexes, qui indiquent une participation spinale postérieure.

27 février. Ponction lombaire; pression 3; 10 centimètres cubes environ. Précipité abondant par la chaleur; lymphocytose confluente. Avec la liqueur de Fehling, précipité rouge brique très abondant.

9 mars. Rétention d'urine.

20 mars. Rétention d'urine intermittente.

29 mai. (II y a huit jours, n'est-ce pas, ma sœur, que je suis ici. Nous sommes en 4889... Mon mari buvait beaucoup d’absinthe. »

48 juin. « Je suis venue ici à cause d’un transport au cerveau que j'ai eu. Hier, c'était dimanche (exact); aujourd'hui lundi, du mois de juin, au commencement. J'ai une fille de dix-neuf ans. »

7 août 4907. « Il doit y avoir plus de dix ans que je suis ici. Je ne sais pas le jour ni le mois; peut-être mercredi » (exact).

9 novembre. Malade fatiguée. Lenteur et troubles de la parole. Tremblement des membres supérieurs.

12 novembre. Reconnaît et nomme les objets qu’on lui présente. Tremblement intentionnel des membres supérieurs; avant de saisir l'objet, la main plane, puis s’abat brusquement. Marche penchée en avant, élargissement du polygone de sustentation. Gâteuse par intermittences.

23 juin. « Je vais à Rome tous les quinze jours, voir le pape. Je vous promets que je lui en porte des millions et des millions. J'ai un fils qui

s'appelle Edmond, qui gagne 100.000 francs par jour, il est tailleur. »

10 septembre. Embarras extrême de la parole. Eschares sacrées.

2 octobre. Secousses dans les muscles fronto-orbitaires; sorte de mouvements choréiformes de tous les membres, mais plus marqués au niveau du membre supérieur gauche. Spasmodicité généralisée. Respiration rapide. Pouls incomptable. Température, 39°9. Décès.

OgservarTion XLIX

Résumé. — Kemme, cinquante-deux ans. Paralysie générale, forme demi stupide. Léger embarras de la parole. Réflexe rotulien aboli. Albumo et cytodiagnostic positifs.

Marie N..., cinquante-deux ans, couturière, est entrée à l’Asile de Château-Picon le 21 décembre 1910 et y est décédée le 16 janvier 19141.

Certificat d'entrée : Mélancolie avec refus d’aliments et crises d’excitation.

Pas de renseignements sur les antécédents ni sur l’histoire de la maladie.

22 décembre 1910. « Bonjour ». Ne répond pas. La malade est affaissée, les yeux fermés, qu’elle entr'ouvre de temps en temps. Facies dément; sorte de mâchonnement. « Nom ? » Pas de réponse. Par moments laisse entendre une sorte de langage pâteux, embrouillé, dans lequel on ne peut comprendre aucun mot, mais qui laisse entendre un tremblement dans la voix, de l'embarras de la parole léger. « Tirez la langue? » N'exécute pas. Secousses dans l’orbiculaire des lèvres. « Comment ça va? » Pas de réponse.

Malade impotente; on a été obligé de la transporter dans la salle. Station debout et marche impossibles. Spasmodicité généralisée. Réflexes rotuliens paraissent abolis, ainsi que le réflexe irido-pupillaire à la lumière. Pas d'eschares.

Ponction lombaire : Albumo-diagnostic fait au lit de la malade est positif.

Certificat de vingt-quatre heures : Paralysie générale caractérisée par la démence globale, qui se lit sur la physionomie à défaut de langage, car la malade ne parle pas ou très peu. Spasmodicité exagérée; troubles

de la réflectivité rotulienne et irido-pupillaire. Albumo-diagnostic positif. Le cylo-diagnostic sera fait.

Examen microscopique du liquide céphalo-rachidien : lymphocytose abondante.

23 décembre. Même état. Agitation nocturne. Gâtisme.

16 janvier. Très affaiblie. N’avale plus. Pas de troubles respiratoires. Pas d’ictus. Décès. |

OBsEeRvATION L

Résumé. — Femme, trente-six ans. Paralysie générale. Réflexe rotulien aboli. Albumo et cyto-diagnostic positifs.

Marie S..., célibataire, trente-six ans, journalière, entrée à l’Asile de Château-Picon le 10 mars 1909 y est décédée le 7 juin 1910.

Certificat : Aliénation mentale caractérisée par de l’affaiblissement intellectuel, de l’excitation maniaque avec tendance aux actes violents, de l'embarras de la parole.

11 mars 1909. La malade prononce mal les mots d’épreuve : «Six petites pipes fines. J'ai bu du bon vin blanc vieux de Bordeaux. »

« Depuis quand ici ? » « Depuis lundi dernier ». « Quel jour sommesnous ? » « Mercredi (inexact) ou mardi plutôt». En réalité jeudi. «D’où venez-vous ? » «De l'hôpital de Bordeaux ». «Combien de temps y êtes-vous restée ? » «Huit jours ». « Quelle maladie aviez-vous ? » «J'y suis allée pour les nerfs. Je suis allée à la salle 6. Autrelois il y avait un médecin dont je ne me rappelle pas le nom. Ilétait rouge de figure ». « Contente ici ? » « Oh ! oui ». « Mariée ? » « Non. »

« Vous avez eu un enfant? » « Oui, il est mort sur moi, j'ai souffert beaucoup ». «Jamais eu de maladie vénérienne ? » «Non». « Votre ami est bien portant ? » « Oui. L'été dernier j'ai attrapé un urticaire, c’est M. D... qui me l’a soigné ». «Avez-vous votre père el votre mère?» « Oui; ma mère est morte, elle avait la jambe enflée. Mon père, je l'aime beaucoup, je me privais souvent pour lui; ma sœur elle est bien portante ». (Riche?» (Oh! non, je ne suis pas riche. J'étais cuisinière; j'en ai ramassé, j'ai dépensé de l'argent quand j'ai eu mon gosse. Si je peux travailler, je tâcherai de gagner. J'ai été une forte

cuisinière. »

Examen somatique :

Appareil respiratoire : Poumons, sonorité normale. Respiration ne présente rien d’important à signaler.

Appareil circulatoire : Premier bruit sourd à la pointe. Deuxième bruit claqué à l’orifice aortique. Pas de souffles. Vaisseaux souples. Pouls petit.

Appareil digestif : Denture défectueuse. Estomac pas dilaté, ne vomit pas. Pas de tumeur abdominale.

Glandes : Pas de tumeur du sein. Le foie ne déborde pas les fausses côtes.

Urines : Aspect clair; réaction acide; pas d’albumine ni de sucre.

Liquide céphalo-rachidien : Pression 3, eau de roche : précipité léger mais très net d’albumine. Lymphocytose confluente surtout mononucléaire.

Vision : Motilité normale. Réflexes : à la lumière abolis. P.D. > P.G.; à l’accommodation conservés.

Tremblements de l’orbiculaire des lèvres, de la langue en trombone. Instabilité très grande. Pas de paralysies. Pas de troubles de la marche et de l'équilibre. Réflexes rotuliens abolis.

Certificat de vingt-quatre heures : Paraït atteinte de paralysie générale caractérisée par une démence globale, de la satisfaction béate, des troubles de la motilité et de la réflectivité, de l'embarras de la parole, etc.

1° avrii 4909. Otite moyenne droite. Traitement : lavages à l’eau boriquée ; pansements à la gaze salolée.

8 avril. L’oreille ne suppure plus. «Depuis combien ici?» «Il ya cinq semaines (inexact) on m'a dit; je m’en occupe pas ». (Où ici? » « A Pellegrin ». «Ces personnes qui sont couchées ? » « Elles sont bien portantes ». «Quel âge ? » « Trente-sept ans ». « Riche ?» «Non, Monsieur ». « Des misères ? » « Oui, pas mal ». « Quel jour ? » « Vendredi, je crois ». Inexact.

4 juillet. Vaccinée.

30 juillet. « On me laisse ici pour faire l'amour avec les serpents. ils viennent faire l’amour en ange... Tout le temps ils sont là, on ne peut pas s’en débarrasser. Je les ferai tuer, moi». «Y en a-til dans votre corps? » « Dans votre corps, oui, il y en à ». « Quel jour ? » « Je sais pas. »

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4 août. Pleure. «On va tuer mon gosse. C’est M"° Fanny C... quia fait ça. Elle a mes seins depuis aujourd'hui, té, cette salope ! Elle à mes seins et ma tête. »

9 août. Nom?» « Victoria, reine d'Angleterre, mais ce n’est pas mon Corps. On a désenterré un corps pour prendre le mien qui était joli ». «Vos yeux? » « C’est pas mes yeux, ce sont ceux d’une sorcière ». « Votre bouche ? » «Elle n’est pas à moi, je n’ai rien à moi». Chantonne. « Qui est-ce qui a pris?» «Je n’en sais rien, on n'en a pris cinquante ou quatre-vingts. J'étais jolie. ». « Contente ici ?» « Non, ce n'est pas ma place, rester ici». « Où est votre place ? » « À Bordeaux, rue N..., et puis du reste Bordeaux m'apparlient ». À chanté la moilié de la nuit; calme le jour.

6 mai 1910. Malade toujours dans la même altitude; somnolente, les yeux fermés. Pas de vomissements, ne se plaint pas de la tête.

« Nom ? » Incompréhensible. « Age ? » « Vingt ans ». « Depuis combien ici? » Incompréhensible. «Bien ici?» «Non. aller chez moi ». « Où ici? » Parole bredouillée; il est difficile de saisir une réponse.

1° juin. Pommetles rouges, peau chaude. Ne tousse pas. Submatilé de la base droite. Quelques foyers de râles sous-crépitants. Vessie vide; va à la selle: pas de diarrhée.

Mort le 7 juin 4910.

OgservarTion LI

Résumé. — Femme, cinquante-six ans. Paralysie générale. Réflexe rotulien aboli. Albumo et cyto-diagnostic positifs. Ictus épileptiformes.

Catherine-Anaïs A..., célibataire, cinquante-six ans, journalière, est entrée à l’Asile de Chàteau-Picon le 20 février 1909 et y est décédée le 26 octobre 1910.

Antécédents héréditaires : Père mort; était commerçant, avait fait de mauvaises affaires, disparut à l'étranger, ne donna jamais de ses nouvelles. Mère morte vers cinquante ans de cancer de l'estomac. Deux enfants : 1° la malade; 2° un frère mort vers quinze ans, de tuberculose pulmonaire (?) Pas d'hérédité descendante.

Autécédents personnels : Vers trente-cinq ans, perte d’un œil, cause ?

fut soignée à l'hôpital Saint-André, aurait eu la syphilis vers quarante ans.

Histoire de la maladie. — Début au commencement de 1908. Elle coupe tout dans son jardin, va chez les voisins, demande à boire (buvait beaucoup) ; rassemble des sarments et allume du feu dehors. Elle se dit riche. Uu ancien député devait lui donner 500.000 francs. Achats inconsidérés dans les magasins de Libourne. Bienveillante; promettait de donner de l'argent à qui l’approchait. Les parents n’ont pas remarqué de troubles de la parole. Pas de troubles de la marche, pas d'ictus. A la fin de 1908 devient méchante; détruit, abime ce qui lui tombe sous la main.

Certificat d'admission : Excitation maniaque avec idées de richesse, affaiblissement très marqué des facullés intellectuelles, troubles de la parole.

21 février 1909. A crié toute la nuit, a refusé de garder le lit, désordonnée. «Bonjour, Monsieur, je suis intelligente. Anaïs A... ». Troubles marqués d’articulation phonétique ; ne peut prononcer les phrases d’épreuve. « Depuis quand ici? » (Impossible de comprendre). «D'où étes-vous ? » (Impossible de comprendre). On lui montre un trousseau de clés. «Qu'est-ce?» «C’est des clés.» « Combien y en-a-t-il?» «douze» (inexact; rit largement). Lit le mot observation: «observavotionnotion». «2et2?%» «4». «4et6?» «...». «Contente d’être ici ?» « Oui, non ; il y a trois ans que j'y suis. »

«Riche ?» « Oh !'oui, j'ai 6 millions, je veux donner à mon... ». « Des misères ?» (Oh! oui, tout le monde». «Le bon Dieu?» «Je l'aime ». « L’avez-vous vu ? » «Oh! tous les jours, ilest habillé en bleu. Je vois la sainte vierge, elle me dit: « Maria pleine de grâce». «Des voix?» «J'en entends ». «Agréables ou désagréables ? » «Désagréables ; elles me disent que je suis une voleuse ». « Dormez la nuit?» Oui». «Rêvez-vous? » «Souvent». « A quoi rèvez-vous ? » «A vous, ah! non... «Des animaux en rêve? » « Oui, je vois des éléphants et puis des chats qui veulent me mordre». « Mauvais goût dans la bouche ? » Incompréhensible.

Certificat de vingt-quatre heures : Paralysie générale. Démence globale, délire de satisfaction et de richesse absurde, troubles du langage intérieur et parlé ; abolition des réflexes rotuliens.

Examen somatique : Appareils respiratoire, circulatoire, digestif, génito-urinaire, glandes, rien d’anormal.

Urines : réaction acide ; pas d’albumine ni de sucre.

Vision : OEil gauche perdu (ophtalmie purulente au dire de la malade). OEil droit, motilité normale. Pupille pas déformée, réagit bien à la . lumière et à l’accommodation.

Pas de tremblement de la langue, ni des orbiculaires, ni des mains.

Aucun trouble de la marche, ni de la station debout.

Pas de troubles de la sensibilité.

Réflexes. Triceps : également vifs des deux côtés. Patellaires : paraissent abolis des deux côtés. Babinski en flexion à gauche, à droite? Pas de trépidation épileptoïde rotulienne ni plantaire.

23 février 1909. Ponction lombaire, facile malgré l'agitation de la malade qui saisit l'aiguille. Liquide eau de roche, 10 centimètres cubes environ ; pression 2. Précipité opaque d’albumine, culot composé d’hématies et de lymphocytes ; lymphocytose confluente, presque pas de polynucléaires.

25 février 1909. « Combien y a-t-il que vous êtes ici?» «Je ne sais pas. Combien y a-t-il, ma sœur? Il y a bien un an. Je m'appelle Anaïs À...» «2 fois 3?» «6». «6 fois 3?» «Eh ! bé, vous le savez bien, ça fait 24. J'ai toujours été riche, j'ai gros comme tout d’argent chez moi. J'ai une peau magnifique et mon père était charmant. Je suis forte, je pourrais porter 300 et 400 et 600 et même plus. Si je suis riche, j'ai une quinzaine de milliards. Pour déjeuner je mange un quartier d'agneau, puis un quartier de bœuf. »

1° mars 1909. «Mon âge, cinquante-huit ans (inexact). Nous sommes en 53. J'ai 300 milliards. J'ai un œil qui n'y voit pas, il faut le faire remplacer. J'en veux un en or. »

2% avril. « C’est moi qui fais voir le dehors, qui ai rajeuni le monde, j'ai trente-neuf ans. C’est un don naturel. J'ai été dans la cavalerie en 82. »

31 mai. (Pleure) : « Vous croyez, on me fait mourir de faim. On m'a peut-être laissée trois mois sans manger. Je suis physicienne. Je me suis rajeunie, c’est moi, j'ai vingt-neuf ans». «Où ici?» «Je suis à l'hôpital des pauvres de M. B..., des femmes mondaines». (Depuis quand ? » « Eh! depuis ma naissance pardi!.. Je n'ai pas fait la vie, je trouvais des occasions, j'étais charmante, j’ai le sang pur.»

Authier 9

43 août 14909. «Dieu est mort, il ressuscitera à ma naissance ». « Quel âge? » « Vingt-huit ans; il y a deux ou trois jours que je me suis rajeunie ». Embarras de la parole, rit, paraît heureuse. « Mes cheveux, on en fait des reliques, ils valent des millions ». «Dans votre corps ? » «Je sens tout de bien, une renaissance de bonheur. »

Très peu de tremblement de l’orbiculaire et de la langue, légère instabilité; pas ou peu de tremblement des mains. Réflexes rotuliens paraissent abolis; triceps et radiaux existent. Aucun trouble de la° marche ni de l'équilibre. Réflexes iriens du seul œil, quoique paresseux, persistent encore. Sens stéréognostique persiste. Sensibilité à la douleur persiste.

15 novembre 1909. « Quelle année? » «1815 ». «Quel âge?» «Vingtdeux ans ». (Née en?» «En 1830, l’année de la grande gelée. C'était. moi la plus riche de toutes. Et puis j'étais vierge. J'ai le pouvoir de faire ressusciter les morts. »

22 février 1910. Criarde. Chante à tue-tête. «Où ici?» «Je ne sais pas, je suis à le pain, à le vin, à une assiette de tourain. A la campagne je reste, 3 francs par jour et bien nourrie. J'ai Loute la France et tout l'étranger ». Tremblement orbiculaire des lèvres, instabilité de la langue et tremblement fibrillaire sur les bords.

26 septembre 1910. La malade a le matin une crise épileptiftorme avec morsure de la langue et secousses dans les bras. Après la crise, déviation de la tète et des yeux du côté gauche, déviation de la bouche du côté gauche. Flaccidité complète des membres et anesthésie. Secousses nystagmiformes latérales.

Au moment de la visite, semi-coma, respiration stertoreuse, écoulement de salive sanguinolente par la commissure labiale gauche.

Face : Tête déviée à gauche, commissure labiale gauche tirée vers l'oreille, flaccidité des masses musculaires droites.

Côté gauche : Hémiplégie complète, hypotonie très marquée. Réflectivité abolie. Babinski en extension très net.

Côté droit : Membres en résolution incomplète. Réflexes radiaux et rotulien également abolis. Babinski en extension très net. Sensibilité très émoussée.

27 septembre. La tonicité reparaît progressivement dans le côté gauche. On voit s'ébaucher quelques mouvements, surtout dans le mem-

bre supérieur. Plus de déviation de la face ni delacommissure labiale. Réflexes rotuliens toujours abolis. Pas de Babinski; réflexe en flexion. Hier le Babinski était très net des deux côtés et se produisait d’une façon inépuisable. Toujours obnubilée, aurait répondu à la sœur un moment avant la visite.

29 septembre 1910. Les mouvements sont revenus dans le côté gauche, sorte de mouvements carphologiques, « d’épluchage » du bras gauche, tandis que le bras droit est dans une attitude plutôt raide et reste le long du corps ; cependant les mouvements sont possibles. Contracture légère : flexion de l’avant-bras sur le bras est possible, mais avec une certaine difficulté. Le bras soulevé ne retombe pas immédiatement du fait de l’exagération du tonus, plane un instant, puis revient dans la position première (étendu le long du thorax). Hypertonicité existe aussi au membre inférieur droit, mais à un degré beaucoup moindre. Pas de Babinski.

En somme, le résidu moteur est à droite tandis qu’au moment de l'ictus avec convulsions on avait constaté de la raideur à droite simplement, avec quelques mouvements possibles (conservation et peutêtre exagéralion du tonus), tandis que du côté gauche l’hypotonie, la paralysie étaient manifestes. Cependant un fait paraissait contradictoire: c'était la déviation de la face du côté paralysé en apparence, par effacement des masses musculaires de la joue droite.

7 octobre 1910. Le côté droit est toujours dans le même état de rai- -deur. Il n’existe pas cependant de contracture vraie et les mouvements volontaires sont possibles. Mais la malade se sert plus volontiers de ses membres gauches, ramène les couvertures avec le bras gauche; dans l’action de se frotter les mains, c'est surtout la main gauche qui est active. Réîflexes rotuliens abolis. Babinski nettement en flexion des deux côtés.

Beaucoup plus calme depuis son ictus épileptiforme, garde mieux le lit, ne crie pas. Grincements de dents. «Jamais je n'ai été malade. Je suis à M... ici. Rien ne me fait mal. J'ai trente-deux ans. Je suis plus riche que ma cousine, près d’un milliard ». Parole trainante, difficile.

20 octobre. OEdème dur et violacé de la jambe et de la cuisse gauches ayant débuté hier au niveau des malléoles.

Décès le 26 octobre 1910.

Ogservarion LII

Résumé. — Femme, soixante et un ans. Démence sénile. Cécité. Réflexe rotulien aboli.

Marie F..., soixante et un ans, est entrée à l’Asile le 4 avril 1899 et y est décédée le 3 février 1907.

Certificat d’entrée : Délire de persécution avec hallucinations de l’ouïe. Aveugle.

Pas de renseignements sur les antécédents ni sur l’histoire de la maladie. Elle serait aveugle depuis quatorze ans. Vivait de la charité publique.

1899. Catarade double? Réflexes rotuliens abolis. Hypocondrie. Délire mélancolique. Débilité mentale sénile avec inconscience et dépression mélancolique.

3 février 1907. Décès.

OgsEervaTION LIII

Résumé. -— Femme, soixante-dix ans. Démence sénile. Cécité (atrophie double du nerf optique). Réflexe rotulien aboli. Marche à petits pas. Dysarthrie.

Anne C..…., soixante-dix ans ? est entrée à l’Asile de Château-Picon le 2 décembre 1906, venant des petites sœurs des pauvres où elle serait restée trois ans, et y est décédée le 11 octobre 1909.

Certificat d'entrée : Délire de persécution. Est aveugle.

Pas de renseignements sur les antécédents ni sur l’histoire de la maladie. à

3 décembre 1906. «Je m'appelle Anne C... J'ai soixante et un ans passés. Je suis née en... en... Je ne me rappelle pas... Je n’ai connu ni mon père ni ma mère... Je suis ici depuis hier... avant-hier, hier. ». S’exprime difficilement; articule mal. «Je me mords la langue de temps en temps. J'étais chez les petites sœurs des pauvres; on a monté le cou aux sœurs; elles ont dit que je faisais du tapage. Il venait des hommes et des femmes autour du lit. Elles me bousculaient... Je les voyais,

naturellement, la nuit... Je ne les voyais pas bien, car je suis aveugle.

Il y à quinze mois que ça dure Je n’ai rien, je n'ai jamais rien eu; on ne m'a jamais rien pris.

Examen somatique : Appareil respiratoire, rien d’anormal. Appareil circulatoire : Cœur, irrégularité, faux pas, pas de souffles. Artères dures; varices des membres inférieurs. Hernie inguinale droite et gauche probable. Pas de goitre. Urines normales. Acuité visuelle très diminuée, sinon abolie. Léger blépharospasme. Pupilles égales, régulières, ne réagissent pas à la lumière. Sens stéréognostique conservé. Tremblement fibrillaire de la langue, instabilité. Troubles d’articulation phonétique accusés. Secousses dans les muscles fronto-orbitaires. Marche à petits pas. Sensibilités douloureuse et thermique conservées. Réflexe patellaire faible. Babinski en flexion.

Certificat de vingt-quatre heures: Affaiblissement mental sénile avec idées délirantes de persécution de nature puérile. Ce trouble psychopathique paraît lié à la cérébro-sclérose du cerveau et s'accompagne de troubles moteurs qui paraissent s'expliquer par un appoint méningé. Traces de morsures de la langue. Aveugle et herniaire, donc infirme physique et mentale.

8 décembre. Est tombée accidentellement du lit, cette nuit; pas de crise. «Il y avait autour de moi des hommes; ils ont tellement secoué mes matelas, mes couvertures qu’ils m'ont fait tomber. »

24 janvier 1907. Très agitée.

5 juin. «Il doit y avoir cinq mois que je suis ici et trois jours dans ce lit. Où je suis, je n’en sais rien. L'époque, je ne sais pas. ». Bredouillement, prononce mal les phrases à labiales. Réflexe patellaire aboli. Pas de trépidation épileptoïde.

A1 septembre. Marche à tout petits pas, élargit son polygone; traîne les jambes et ne les élève pas au-dessus du sol.

A1 juillet 1908. Examen du fond de l'œil : Atrophie double et décoloration du disque papillaire avec excavation et diminution très manifeste du volume des artères et veines encore volumineuses. Pas de traces de rétinite péri-papillaire. Pas de réflexes photo-moteurs. Quelques opacités cristalliniennes.

417 janvier 1909. Réflexe rotulien très faible à gauche, moins faible à droite. Babinski des deux côtés en flexion. Cécité complèle. Tremblement de l'orbiculaire des lèvres et de la langue. Achoppement.

6 avril. En faisant tirer la langue de la malade, on constate une morsure.

10 octobre. Malade très abattue ; ne répond pas aux questions. Pas de paralysie. Réflexes radiaux viis, roluliens abolis. Babinski en flexion. Diarrhée profuse; vomissements. Pas de tumeur perceptible. Pouls petit, intermittent, lent. Percussion, auscultation normales en avant. Extrémités refroidies. Température, 35°.

Les formes paraplégiques sont peut-être les plus également fréquentes dans les deux démences.

La première de nos malades a soixante-neuf ans. Elle entre à l’Asile avec le diagnostic de démence sénile. Elle présente de l’aflaiblissement intellectuel, de l’amnésie, pas de délire, pas de troubles de la motilité oculo-pupillaire, ni de dysarthrie. Quelques mouvements ataxiformes. comparables à ceux de notre malade pédonculaire (Obs. XXXIX), de la paraplégie spasmodique (Obs. LIV). Le diagnostic de sénilité cérébrale est porté. À l’autopsie, on constate toutes les lésions classiques de la paralysie générale. |

Une autre malade présentant aussi de la. paraplégie spasmodique, parait âgée de trente-huit ans environ. Elle entre à l’Asile avec le certificat de démence paralytique. Elle apparait alfaiblie mentalement, indifférente, ordurière. Elle a du trombone de la langue, des mouvements ataxiformes des bras (comme notre malade de l'Observation XXXIX). Mais la ponction lom- : baire est nettement négative et l’autopsie ne révèle aucune lésion paralylique (Obs. LVT).

Ces deux observations montrent qu’on peut faire de la paralysie générale à soixante-neuf ans et de la sénilité à trente-huit ans, que bien des signes physiques communs peuvent se rencontrer dans l’une et l’autre affection, que la ponction lombaire est parlois d’une aide précieuse pour le diagnostic.

Si nous voulons maintenant classer ces paraplégies, nous éprouvons quelques difficultés. Les malades des Observations LIV et LVTI présentent bien un certain degré de tremblement intentionnel ct une démarche cérébello-spasmodique qui

pourraient faire penser à une comparaison avec la sclérose en plaques. Mais il n'existe pas de nystagmus, pas de paralysies oculaires, pas de troubles de la sensibilité, etc. La malade de l'Observation LV présente une hypoesthésie nette à la piqüre. C'est cependant à la forme spinale de la sclérose en plaques que l’on peut le mieux les comparer.

Ogservarion LIV

Résumé. — Femme, soixante-neuf ans. Démence. Tremblement à caractère intentionnel. Paraplégie spasmodique. Albumo et cyto-diagnostic positifs.

Veuve B..., soixante-neuf ans, est entrée à l’Asile de Château-Picon le 20 septembre 1908 et y est décédée le 4 mai 1909.

Certificats d'entrée: Atteinte de manie; pousse des cris. Démence sénile.

-Antécédents héréditaires : Père mort âgé; quatre frères où sœurs morts très âgés ; pas d’aliénés dans la famille.

Antécédents personnels : Trois grossesses ; deux enfants morts jeunes, l’un à treize jours, l’aytre à huit mois; une fille bien portante. Pas de fausses couches. Ménopause vers quarante-deux ans. Pas d’éthylisme. Malade toujours très nerveuse. Une fièvre cérébrale ? à dix-sept ans...

Histoire de La maladie. — I y a un an, a erré pendant trois jours; on l’a retrouvée: elle ne savait plus où elle était. Depuis, incapable de rien faire. Pas d'actes délictueux; se plaignait d'être volée par ses enfants. Pas d'ictus.

20 septembre 1908. « Quel âge?» «Je ne me rappelle pas du nom, tenez, tellement je soufre de toute manière ». « Quelle année? » «Pour me rappeler ça, je suis trop vieille maintenant ». « Mois ? » « Vous me demandez. .… été ou hiver? Diable, en été. «Oùici?» «Jesuisici... que je suis ici en pénitence ». «Depuis combien ici?» (IL n’y a pas longtemps, neuf ans, huit ans ». «Où étiez-vous hier? » « J'étais chez moi; je n'étais pas là ». « Vous étiez ici hier? » « Oui ». (Mariée » ? KOui; je suis mariée avec grand honneur ». «Desenfants?» «J'en ai cinq; Painé a huit ans: le plus jeune doit avoir sept ans ». Reconnait des clés, un chapeau, une pièce de 1 franc, de 2 francs.

Examen somatique: Premier bruit du cœur prolongé, légèrement soufflé à la base; froissement mésosystolique, pas franchement bruit de cuir neuf; péricardite probable. Vaisseaux artério-scléreux. Urines normales. Vision: Pas de troubles de la motilité et de la sensibilité. Réflexes pupillaires à la lumière faibles, pupilles légèrement déformées.

Léger tremblement des mains. Tremblement de grande amplitude, sorte d'instabilité dans les mouvements intentionnels du membre supérieur. Quand on dit à la malade de saisir un objet, la main plane un peu au-dessus de l’objet. Hypertonie musculaire. Marche relativement facile; base de sustentation élargie ; titubation légère ; détache bien la plante. Sensibilité subjective: rien. Objective: quelques erreurs de localisation. Réflexes radiaux très vifs et égaux. Babinski? Pas de trépidation épileptoïde rotulienne ni plantaire.

Certificat de vingt-quatre heures : Paraït atteinte de sénilité cérébrale caractérisée par une diminution considérable de l’activité intellectuelle, une amnésie profonde, un vocabulaire très restreint. Il existe un degré de paraplégie spasmodique.

22 septembre. « Je vais assez bien. Je n’ai jamais élé riche, on ne m'a jamais volée. Personne n’a jamais voulu me faire de mal. La nuil, je n'ai jamais vu ni entendu personne; je dors bien ».

2 octobre. « À quoi bon me plaindre: il faut prendre le temps comme il vient ». « 6 et 62 » « 24 ». « 3 et 32 » « 12 ». Très calme, s’alimente bien. Gâteuse,

6 janvier 1909. Spasnfodicité généralisée ; marche impossible. La malade est comme soudée, le corps plié, les membres supérieurs et inférieurs demi fléchis. Elle glisse sur ses talons et tombe en arrière ; à peine arrive-t-elle à esquisser le pas. Toutes les parties du corps sont le siège d’un tremblement pendant qu’on essaye de la faire marcher.

20 avril. Affaiblissement progressif; eschares sacrées. Diarrhée abondante et fétide.

3 mai. Etat plus grave. Coma.

4 mai. Décès.

OgsEervaTion LV

Résumé. — Femme, cinquante-deux ans. Paralysie générale. Pas de troubles d’articulation phonétique. Réflexes rotuliens abolis. Paraplégie. Ictus épileptiformes. Albumo et cylo-diagnoslic positifs.

Marguerite J..., cinquante-deux ans, sans profession, est entrée à V’Asile le 1° septembre 1910 et y est décédée le 21 janvier 1911.

Antécédents héréditaires : Père mort à soixante-douze ans, paralysé depuis deux jours. Pas de maladie mentale. Mère morte à quarante ans ; intacte au point de vue mental. Un frère bien portant. Pas d'enfants.

Antécédents personnels : Une fausse couche. Ménopause vers 1906, sans incidents. La malade dit avoir eu la syphilis. Opérée d’un fibrome il y a dix ans.

Histoire de la maladie. — Début il y a trois mois environ. La malade à allumé le gaz sans s’en rendre compte; elle cherche des rasoirs pour se tuer, veut se déchirer le ventre; se met à sortir, courir. Achats inconsidérés.

2 septembre 1910. « Votre nom?» «Marie-Marguerile-Alice J..., reine de France, sœur de sainte Catherine &e Médicis, âgée de 895 et morte le 8 septembre 1895, mariée et mère de 80 enfants » « Quel âge? » « Vingt et un ans juste ». « Née en ? » « Je suis née en 1895 et morte en 95 seulement ». « Morte ? » « Oui et enchantée d’être ressuscitée ». « Où ici ? » « À Picon et enchantée d'y être ». « Riche? » «20 millions ». « Jolie? » « Oh ! oui, j'ai été bien roulée ». «8 fois 7 2» «48». «1 et 382 ? » «85; ça va toujours en augmentant ». « Avez-vous eu la vérole ? » « Oh ! oui, c'est mon cochon de mari qui me l’a f.... J’ai toujours eu deux enfants à la fois. Tous les matins j'avais celte surprise ». « Des fantômes ? » « Non ». « Des odeurs ? » « Oui, je sens l’eau de Cologne ». « Des voix ? » « On me dit que je suis bien. »

Examen somatique : Le sein gauche est amputé. Rien aux poumons. Rien au cœur, Pas de tumeur abdominale. Gâteuse. Traces d’albumine dans les urines.

Ponction lombaire ; pression 2 ; 6 à 7 centimètres cubes de liquide clair; albuminose nette ; quelques lymphocytes : 4 à 5 par champ.

Pas de troubles de la motilité oculaire. Légère inégalité pupillaire G. > D. Paresse très accusée des réflexes surtout à la lumière.

Amaigrissement considérable. Force diminuée. Pas de tremblements. Il faut rechercher avec beaucoup d'attention les troubles du langage pour découvrir quelques très légers achoppements dans les mots d'épreuve. :

Marche impossible. Hypoesthésie à la piqûre. Réflexes radiaux vifs. Réflexes patellaires abolis. Pas de trépidation épileptoïde rotulienne ni plantaire. Eschares fessières au début.

Certificat de vingt-quatre heures : Paralysie générale, caractérisée par de la démence globale, de l’euphorie niaise, des idées délirantes absurdes de grandeur et de richesse, ete., de l'abolition des réilexes rotuliens.

8 septembre, « J'ai 20 enfants... L'aîné a un an; le plus jeune à seize ans ». Pas d’embarras de la parole. « Enceinte? » « Jen fais un tous les jours ».,« Date? » « Le 8 septembre 1999. J'ai de la mémoire, hé! »

15 septembre. « Ce matin, j'ai encore eu deux petites filles. »

25 septembre. « Encore deux petiots ce matin; ils sont mignons, ventre. J'ai 800.000 francs, 1 million. »

25 décembre. Crise épileptiforme; convulsions prédominant dans le

docteur, tout blondinets. Ça fait 20... J'en ai encore deux dans le

côté droit, rapidement généralisées. Crises subintrantes.

29 décembre. « J’ai les fesses entamées (eschare sacrée). Le médecin m'a dit qu’il m'y mettrait de la chair bien blanche dans les trous et bien poudrée; ça cacherait tout ». Pas le moindre trouble de la parole.

16 janvier 1911. Congestion pulmonaire gauche.

21 janvier. Décès.

Ogservarion LVI

Résumé. — Femme de trente-huit ans. Démence. Dysarthrie. Paraplégie spasmodique. Albumo et cyto-diagnostic négatifs. Louise B..., trente-huit ans, bouchonnière. Date de l'entrée à l’Asile : 21 décembre 1905. Décès le 2 janvier 1906.

D NÉ ns raie Né No dd ESS LE

Certificat d'entrée : Démence paralytique. Pas de renseignements sur les antécédents ni sur l’histoire de la maladie.

21 décembre 1905. « Depuis quand ici ? » A voix basse : (Il yalongtemps. Je m'appelle Louise B... Je viens du Périgord. J'ai trente-huit ans ; je suis bouchonnière ». Pendant l'examen, la malade tourne les yeux à droite, fléchit les deux bras, ébauche quelques mouvements convulsifs. « Où ici? » « Je ne sais pas. Il y a vingt ans que je suis à Bordeaux... vingt-cinq ans ». « Mariée? » « Oui». « Des enfants? » « Non ». Mouvemements carphologiques. « Ah ! fille de p... faites-moi passer la bouteille. »- |

Examen somatique : Lèvres fuligineuses. Thorax et abdomen rien de particulier. Pas de troubles de la motilité oculaire. Pupilles; réflexe pupillaire à la lumière conservé. Léger tremblement de l’orbiculaire des lèvres qui s’accuse surtout à l'ouverture de la bouche. Parole pàteuse. Trombone de la langue. Attitude des avant-bras demi fléchis sur les bras, mains en pronalion. Mouvements convulsifs, ataxiformes dans les avant-bras et les mains survenant par à-coups. La malade se sert plus volontiers de la main gauche.

Hypertonie généralisée. Station debout impossible. Soutenue, la malade tend à tomber en arrière; flexion forcée de la lête en arrière. Si on insiste et la soutient, la malade élargit la base de sustentalion et les jambes fléchissent sous le poids du corps. Démarche spasmodique.

Réflexes rotuliens très vifs des deux côtés. Babinski en flexion. Ebauche de trépidation épileptoïde rotulienne.

Ponction lombaire : Liquide goutte à goutte. Albumo-diagnostic négalif. Quelques rares lÿmphocytes.

26 décembre. « Je vais mieux ». Parole incompréhensible.

2 janvier 1906. Mort subite sans convulsions.

Enfin parmi les formes spinales, nous rangeons deux observations d’amyotrophiques : une paralysie générale et une sénile. Ce sont des faits rares, plus rares encore dans la méningoim yélo-encéphalite.

La première (Obs. LVIT), paralytique générale à forme maniaque, sans troubles phonétiques d’articulation, fut d'abord prise

‘ pour une maniaque pure; et dans ce cas encore l'abolition du

réflexe rotulien attira l'attention vers la possibilité d’une paralysie générale confirmée par plusieurs ponctions lombaires. L'atrophie du membre supérieur gauche et des membres inférieurs réalisaient, avec l'abolition du réflexe rotulien, le type Charcot-Marie.

La sénile était une pelite pseudo-bulbaire avec atrophie bilatérale des deltoïdes. Ici encore, comme chez la malade de l’Observalion XLi, on conslata la discordance déjà signalée entre l’albumo-diagnostic négatif et une lymphocylose nelte (jusqu'à 15 lymphocytes par champ d'immersion).

OgservarTion LVII

Résumé. — Femme, trente-sept ans. Excitation maniaque. Réflexes rotuliens abolis. Ponctions lombaires : albumo et cyto-diagnostic positifs. Paralysie générale, Amyotrophie type Charcot-Marie.

Cécile G..., femme R..., trente-sept ans, marchande ambulante, entrée à lAsile de Château-Picon le 5 mars 1904 y est décédée le 19 octobre 1904.

Certificat d'admission : Manie aiguë. Agilation extrême. Ne cesse de causer el de crier, parle à tort et à travers, demandant aux jeunes gens qui l’entourent de venir l’'embrasser.

Antécédents héréditaires : Père mort à quarante-cinq ans de phtisie pulmonaire. Mère morte à soixante-cinq ans d’une bronchite. Unesœur condamnée aux travaux forcés (complicité d’assassinat). Une sœur morte à trente-neuf ans, de la poitrine; un peu folle, était violente, emportée. Une fille.

Antécédents personnels : Menstrualion régulière jusqu’en 4902. Une fausse couche de quatre mois ; une grossesse, un accouchement normal. Deux mois avant son entrée à l’Asile buvait byrrh, bitter, vin blanc en assez grande quantité.

{Histoire de la maladie. — Début il y à deux ans environ, changement de caractère ; la malade devint triste, déprimée, refusait de man-

ger, gâtait par intervalles. Puis il y a six mois reprend son métier de

marchande de fleurs. Crise d’excitation; entre à l'hôpital; disait qu’elle allait faire un gros héritage, qu’elle deviendrait très riche.

7 mars 1904. « Je ne veux rien, voleur, ancien maquereau; oui, je suis alcoolique, le maire, on a volé ie rhum. Je suis le premier professeur de toute la France ». « Que faisiez-vous? » Réponse ordurière. « Ça me rapportait plus que de travailler. 11 se passe quelque chose; elle a crié d’une voix céleste. Ta sœur est délivrée. Je suis dans une prison, ici, dans une ville inconnue, j'aperçois des sœurs... Tas de p... ». « Quel âge? » « Je crois avoir trente-six ans, je suis néeen 68... Ab ! non, mon fils, j'ai quarante-huit ans... Je ne peux pas prendre mon fils pour mon mari... Je suis la première reine de France. »

Réflexes rotuliens égaux, sans exagération. Impossible d'examiner la malade somatiquement. Poids, 56 kilogrammes.

Certificat de vingt-quatre heures : Manie avec vive agitation, désordre des idées et des actes, incohérence des propos.

8 mars. Alimentée à la sonde.

11 mars. Examen des réflexes rotuliens fait dans de mauvaises conditions montre qu'ils sont sinon abolis, du moins très diminués. Slation debout difficile, démarche hésitante; incoordination (?). Chante dans son lit; se lève rarement, brusquement. Pas d’embarras de la parole: alimentation à la sonde. |

12 mars. « Ça va très bien; voilà ma signature. Regardez la France qui s’est fait la reine. Je ne sais pas qui vous êtes, saleté inférieure. À Bordeaux, je demeurais rue des Vaches, n° ..., coco, mon cul va sur l’eau... Dans cette église, il y a du cuir ». Propos extrêmement grossiers.

1% mars 1904. Chante, se met toute nue ; très désordonnée,

26 mars. Agitation motrice toujours très accusée ; mouvements convulsifs, attitudes rigides.

31 mars. Ponction lombaire, pression 2; 10 centimètres cubes de liquide eau de roche. Précipité abondant par la chaleur, en grumeaux. Lymphocytose très confluente, Les lymphocytes forment sous le microscope une nappe régulière; par places plusieurs couches se superposent. Plusieurs gros mononucléaires, pas de polynucléaires.

1 avril. Calme après ponction. Eschare sacrée.

2 avril. Continue à être beaucoup plus calme.

3 avril. Le calme qui avait succédé à la ponction lombaire a disparu. Se débat dans son lit.

12 avril. Eschare presque guérie ; s’alimente seule.

15 avril. Ponction lombaire ; 10 centimètres cubes environ deliquide eau de roche, pression 8. Précipité abondant par la chaleur. Lymphocytose confluente, moins accusée que celle du 31 mars. Pas de modifications dans l'agitation après ponction.

23 avril. Impotence de Ja main gauche, paralysie flasque qui semble due à une paralysie des extenseurs. Aucune trace de compression au niveau du poignet.

29 avril. Alitée; ictère très marqué et généralisé. Foie gros, déborde les fausses côtes. Température soir, 39°; matin, 38°9. Cœur: pas de signes nets. Pouls : 88.

90 avril. Ictère persiste. Urines couleur acajou; réaction acide; ni sucre ni albumine. Réaction de Gmelin négative.

9 mai. Toujours très désordonnée. Pupilles inégales P.D. > P.G. Taie de la cornée gauche ; pupille déformée, ellipsoïdale.

7 juin. « Viens m'embrasser, viens je t'aime. M... tu me fais...»

8 juin. La parésie? s'est compliquée d’atrophie musculaire du membre supérieur gauche et de la région scapulo-humérale. Les muscles de l’'éminence thénar, de l'éminence hypothénar, les interosseux du carpe, les muscles de la région sous-épineuse et sus-épineuse, de la région deltoïdienne, les muscles de l’avant-bras ef du bras, le grand pectoral sont par ordre d'intensité atrophiés. La main gauche est pendante, impotente, en réalité pas de paralysie. Réflexes difficiles à explorer, semblent abolis. Sensibilité au toucher et à la piqûre conservée.

1% juin. L’arcade plantaire est très creusée des deux côtés ; manifestement les masses musculaires sont diminuées de volume. Le muscle pédieux est également peu volumineux; pas de dépressions interosseuses. Masses musculaires de la jambe peu volumineuses comme celles de la cuisse. Aucun groupe musculaire n’est manifestement atrophié. La marche est possible, même avec une agilité notable. Pupilles en mydriase.

20 juin. Une série de huit injections de 1 milligramme de cyanure de mercure à été faite.

27 juin. Nouvelle série d'injections.

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