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Ogservarion LVIII
Résumé. — Femme, cinquante-quatre ans. Démente sénile, rire et pleurer spasmodiques. Atrophie deltoïdienne bilatérale. Albumo-diagnostie négatif, cyto-diagnostic positif. Mort par inondation ventriculaire.
L..., femme B..., cinquante-quatre ans. Date de l'entrée à l’Asile : 19 novembre 1910. Date du décès : 3 décembre 1910.
Antécédents héréditaires et personnels : Père et mère morts âgés. Deux frères morts, deux sœurs bien portantes, un frère bien portant. Quatre enfants sont morts en très bas âge, le dernier de méningite. Ménopause entre 1907 et 1910.
IL y a trois ans, la malade serait devenue très grosse ; elle aurait suivi un traitement à l'hôpital français de Buenos-Ayres; aurait maigri de 44 livres en six mois. Pas d'autres maladies.
Histoire de la maladie. — En février 1909 premières manifestations : Embarras de la parole. Toujours triste, inquiète. Perte de la mémoire. Jamais d'attaque de paralysie.
20 novembre 1910. « Age ? » ( Quarante-huit ans, je crois ». «Date de la naissance ? » «58 ». « Date actuelle ? » « Je ne sais pas ». « Où ici? » « À Picon; à l'hôpital ». « Hôpital pour quels malades ? » « Je ne sais pas ». « Savez-vous compter ? » « Oui ». « 5 fois 5 ?» « 21 ». « Combien d'œufs dans 3 douzaines ? » « 3 et 9 ça fait 12 ». « Triste? » « Non ». « Contente ? » « Non ». « Votre cas est triste. Pleurez ? » (pleure). « Mais vous guérirez. Riez ? » (continue à pleurer). « Des misères ? » « Non ». « Riche ? » « Oui (rit). J'ai rien du tout». « Vos organes sont bien en place ? » « Qui; ce bras a été coupé il y a cinq
ans». «Malade, maintenant? » « Oui». « Quelle maladie? » « La maladie des femmes enceintes ». Tremblement de la langue. « Répétez: « Six petites pipes fines 2» « Six petites fines, fines, fines ». Pupilles réagissent à la lumière et à l’accommodation.
« Jamais eu d'attaques ? » « Non ». Se sert de son bras gauche plus volontiers. Atrophie du deltoïde bilatérale plus nette à gauche. La force paraît égale des deux côtés. Réflexes patellaires existent. Pas de troubles de l'équilibre; marche à petits pas.
Ponction lombaire : pression 3 ; jet très fort; liquide eau de roche ; albumo-diagnostic négatif ; cyto-diagnostic positif: on peut réunir une quinzaine de lymphocytes par champ d'immersion.
Certificat de vingt-quatre heures : Parait atteinte de sénilité cérébrale caractérisée par de l’affaiblissement intellectuel, des idées délirantes puériles de satisfaction et de persécution, de l'humeur béate, du rire et du pleurer spasmodiques ; embarras de la parole, atrophie des muscles de l'épaule, une démarche à petits pas.
30 novembre. Au réveil, hémiplégie complète droite. Déviation de la tête à gauche. Le facial supérieur ne paraît pas touché ou très légèrement. Déformation oblique ovalaire de la bouche ; ne fume pas la pipe ; impossible de rechercher le signe du peaucier. Pupilles inégales D.> G.; réagissent, mais faiblement.
Réflexe rotulien conservé. Pas de trépidation épileptoïde. Babinski en extension. Pas de trépidation épileptoïde. Sent la piqüre.
Demi-coma ; stertor; pas de Cheyne-Stokes. Pouls 28 au quart. Température, 37°4.
Le soir, coma ; ne réagit pas à la piqûre. Tachycardie. Hypertension intense. Saignée de 300 grammes.
1°" décembre. Demi-coma. Yeux déviés à droite; mouvements nystagmiformes. Déviation de la face peu accusée. Secousses spasmodiques dans l’orbiculaire des lèvres, surtout au niveau de la commissure droite. Parésie flasque du côté droit; réflexes du membre supérieur abolis ; parésie plus accentuée au membre inférieur; réflectivité également faible des deux côtés. Babinski très vif en extension à droite, en Îlexion à gauche. Sent la piqûre dans tout le côté paralysé. Ne répond à aucune question. Température, 35°4 ; s’engoue ; gâte.
. 2 décembre. Coma. Polypnée ; stertor. Pouls 144 à la minute.
3 décembre. Décès.
De ces observations, nous retiendrons que les manifestations spinales de la paralysie générale sont fréquentes, le plus souvent spinales postérieures et se traduisant seulement par l’abolition du réflexe rotulien. L’embarras de la parole est souvent peu marqué. Les manifestations spinales de la sénilité affectent plutôt la forme paraplégique. La ponction lombaire, dans les cas difficiles est toujours un élément de diagnostic sùr.
Authier 10