‹ Des premières transformations historiques du christianismeChapitre 22 sur 22 · C0QU£REL. — CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

C0QU£REL. — CHRISTIANISME

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14<i TRANSFORMATIONS DU CHRISTIANISME.

Dans les capitales et les grandes villes, les églises devinrent magnifiques; elles contenaient d'ordinaire, dans un sanctuaire fermé par une grille et un rideau, deux chaires nommées ambones, destinées Tune à la lecture des évangiles, l'autre à celle des épîtres. Ces chaires étaient décorées avec un grand luxe, surtout en mosaïques, et en marbre précieux auxquels on joignit plus tard des figures d'animaux (1). Quand l'idée du sacrifice et l'assimilation de la sainte Cène aux rites juifs et païens se furent accréditées, la parole devint moins importante dans le culte que les actes symboliques, et la lecture des livres saints finit par n'être qu'un accessoire du sacrifice ; aussi l'autel grandit en importance et devint de plus en plus orné, tandis que les deux chaires devenaient plus simples et se réduisaient à une seule. Il ne reste aujourd'hui de l'usage qui plaçait les ambones à droite et à gauche de la table sacrée que les noms : côté de l'évangile et côté de l'épître, par lesquels on désigne la droite et la gauche de l'autel.

Ou assigna dans les églises des places distinctes à l'empereur et à sa cour, à l'évêque et à son clergé, aux moines, aux femmes, aux jeunes filles. Du quatrième au sixième siècle, on prit l'habitude de bâtir devant l'église principale de chaque ville, un baptistère, petit temple circulaire dont un large bassin occupait le centre. On en voit encore en diverses villes de l'Italie, telles que Rome, Pise, Florence, Parme, Ravenne ; cette dernière en possède deux dont Tun construit par les orthodoxes et l'autre par les ariens. C'est dans ce sanctuaire spécial qu'on baptisait les nouveaux membres de l'Église, surtout la veille de Pâques.

La date de la Pâque chrétienne, pour laquelle saint Jean fournit une donnée absolument inconciliable avec celle des trois autres' évangélistes, entraîna dans la chrétienté de longs débats. Constantin essaya en vain de trancher la question

(1) Plusieurs églises, comme celle de Saint-Clément à Rome ou la cathédrale de Ravel lo , près de Salerne, offrent encore quelques vestiges de ces ancienne? dispositions.

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avec l'aide d'Osius, évêque de Cordoue. Les conciles de Nicée et de Laodicée en décidèrent. Le pape Libérius établit la fête dé Noël à la date des saturnales et des fêtes de Mithras, c'est-à-dire au solstice d'hiver; un autre pape, Gélase, substitua aux scandaleuses lupercales des païens la fête de la Purification de Marie; on comprend, sans qu'il soit nécessaire d'y insister, pourquoi on imaginait ainsi des fêles chrétiennes destinées à remplacer les solennités accoutumées de l'année païenne. Mais ce fut une cause fréquente d'abus et de complications regrettables. L'observation obligatoire des jours fériés fut étendue à la fête hebdomadaire des Chrétiens. Constantin défendit tout travail le dimanche, sauf celui de la moisson, considéré comme impossible à retarder, et l'acte par lequel on affranchissait un esclave, acte regardé à très juste titre comme éminemment chrétien et agréable à Dieu. Nous avons prononcé le nom de Marie ; les honneurs qu'on avait à peine commencé à lui rendre augmentèrent ; dans leur zèle pour le célibat, quelques-uns des Pères du iv® siècle supposèrent que Marie était demeurée toujours vierge, malgré le témoignage des quatre évangéllstes qui nomment les frères de Jésus et qui font mention de ses sœurs. On rendit peu à peu à la mère du Christ les mêmes hommages que le monde païen avait coutume d'offrir à certaines déesses ; ainsi, on lui dédia une espèce particulière de gâteaux qui jusque-là étaient consacrés à Cybèle, usage que blâma énergiquement l'évêque d'Antioche, Épiphane. En général les premiers Pères étaient fort peu enclins à la vénération exagérée que témoignèrent à Marie les siècles suivants. Saint Irénéé l'accuse d'avoir montré une précipitation inopportune {intempestivam festinationem), au moment où Jésus lui répondit : <( Femme, qu'y a-t-il entre loi et moi? » Tertullien affirme que Marie était encore incrédule (comme ses quatre plus jeunes fils) quand déjà les sœurs de Lazare étaient converties. Ce fut en 431 au concile d'Ëphèse, qu'on la déclara mère de Dieu, pour réfuter Nestorius qui avait enseigné la séparation des deux natures en Christ, et soutenu que Ma-

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rie était la mère du Christ-homme, mais non du GhristrDieu. La condamnation de Nestorius fut l'origine des innombrables images qui représentent en tout pays catholique la Vierge et Tenfant. Ces images furent placées partout comme protestations contre Fhérésiarque condamné et comme gages d'orthodoxie. On a remarqué que saint Cyrille, qui fut pour beaucoup dans ce résultat, avait passé la plus grande partie de sa vie en Egypte, où il avait vu partout les nombreuses représentations de la déesse Isis allaitant ou tenant dans ses bras son fils Horus. Dès qu'elle eut reçu le titre de mère de Dieu, titre blasphématoire qui aurait révolté les Chrétiens primitifs, Marie ne pouvait manquer de devenir elle-même une divinité. Elle ne cessa de grandir. Le fameux Narsès fut des premiers à se signaler en Fadorant ; elle se trouva naturellement très populaire parmi les Païens convertis, et elle hérita parmi eux d'un surnom d'honneur longtemps porté par Vesta, par Rhea et surtout Ops ou Cybèle, celui de to bonne déesse.

Tandis que la prédication perdait en Occident une grande partie de son importance, elle était plus goûtée en Orient, et elle y fut longtemps une partie considérable du culte. Les laïques et les moines ne prêchaient point. Si Constantin se le permit souvent, c'est qu'il s'attribuait, comme ses prétendus successeurs, les czars de Russie, le font encore, des droits fort analogues à ceux du pontificat. Le peuple, comme cela se pratique encore dans l'Église grecque, écoutait le sermon debout^ ce qui rendait les assemblées plus mobiles et bruyantes. Souvent l'auditoire applaudissait les prédicateurs, entre lesquels s'établissaient ainsi des rivalités beaucoup trop mondaines. La prédication d'Arius, simple prêtre, avait bien plus d'éclat dans Alexandrie que celle de son évêque le patriarche Alexandre, qui lui opposa Athanase, encore simple diacre, quoique l'usage n'attribuât guère qu'aux prêtres les devoirs de la prédication.

La communion était donnée à toutes les personnes baptisées, même aux enfants. L'évêque, se tenant à l'autel, distribuait le pain, qui en Orient était levé, mais en Occident sans

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levain ; puis un diacre donnait la coupe à tous les communiants. La présence réelle de Jésus dans Thostie ne fut imaginée que bien plus tard. Saint Athanase n'admettait dans le pain et dans le vin que la présence spirituelle de Jésus, comme le fît plus tard Calvin ; saint Augustin, comme la plupart des protestants, appelle simplement le pain et le vin des signes. Cependant on représentait de plus en plus la sainte Cène aux païens, comme un de ces sacrifîces expiatoires dont ils avaient Thabitude, et à ce point de vue, on commença à communier pour les morts.

he baptême avait lieu par immersion et on plongeait le néophyte dans Teau à trois reprises ; toutefois pour les malades on se contentait d*une aspersion faite avec quelques gouttes d'eau. On adopta pour la cérémonie nuptiale, la plupart des usages païens, comme les deux couronnes, les deux anneaux et le voile.

Les pèlerinages prirent tout à coup une extension prodigieuse, après que sainte Hélène, mère de Constantin, eut visité la Terre sainte, en comblant de riches dotations les prêtres ou les moines qui lui indiquaient remplacement de telle scène de TÉvangile, ou qui lui présentaient des reliques de grand prix. On retrouva tout ce qu'elle désira, le Calvaire, le saint-sépulcre, le bois et les clous de la vraie croix, ainsi qu'une foule d'objets et de lieux saints également apocryphes. Les meilleurs esprits réclamèrent en vain contre l'engouement des pèlerinages et la sainteté toute matérielle qu'on attribuait à ces excursions pieuses*; tels furent saint Augustin, saint Jean-Chrysostome, saint Grégoire de Nysse^ et ce qui est plus significatif, saint Jérôme lui-même.

Il ne faut pas croire, en effet, que tant de changements purent être introduits dans la religion de Jésus-Christ et la matérialiser de tant de manières sans soulever d'énergiques protestations (1). Faustus,Novat,Eunomius,Arius, bien d'au-

(1) Voyez Protestations faites au iy* siècle contre les infiltrations païennes dans le culte chrétien^ par Ed. Rabaud ( Strasbourg, 1862).

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très encore, reprochèrent aux Chrétiens leur culte pour les martyrs, les reliques et les images. Vigilance, prêtre de Barcelone, né près de Toulouse vers 360, est le premier organe connu de cette invincible opposition au catholicisme qu'il a toujours été impossible de supprimer dans la zone qui s'étend des Pyrénées jusqu'aux Alpes à travers les Cévennes, quoiqu'on ait inventé dans ce but exprès, l'inquisition, les confréries de pénitents et de sanglantes croisades en pays chrétiens. Vigilance condamna le culte des reliques et des saints, l'usage des cierges, des vigiles, des aumônes pour Jérusalem. Saint Jérôme lui répondit par des écrits remplis d'injures, de violences et de mauvaise foi, où il va jusqu'à l'appeler un monstre. L'Ëglise, en effet, accueillait fort mal ceux qui essayaient de rétablir dans son sein la simplicité primitive. Tous les réformateurs, jusqu'au xvi« siècle, se trouvèrent étrangers à la préoccupation dominante de l'Église et de ses chefs. Ceuxci songèrent bien moins, surtout depuis Constantin, à la vérité des doctrines et à la sainteté de la vie, qu'à l'intérêt suprême de la propagande. Le nombre des Chrétiens parut beaucoup plus important à accroître que leur foi ou leur vertu ; tout ce qui pouvait attirer les païens en masse parut au moins innocent, si ce n'est méritoire et nécessaire.

De toutes les résistances que rencontra le mouvement ecclésiastique sous Constantin la plus importante^ sans contredit, fut celle d'Arius. Ne pouvant donner ici le récit, même abrégé, des querelles dogmatiques de l'époque, nous choisirons celle-ci entre toutes comme la plus intéresvsante et celle qui agita le plus profondément l'Église tout entière. Nous essaierons d'en donner une esquisse succincte, mais exacte.

Ce fut en 318, à Alexandrie, que cette grande querelle éclata entre Arius, alors simple diacre et le patriarche Alexandre; non pas, comme on le dit généralement, au sujet

de la divinité, de Jésus-Christ, mais de son éternité. Quatre points fort graves assurément, étaient également admis par les deux adversaires : ils s'accordaient 1^ à appeler Jésus Dieu et à Tadorer ; 2» à distinguer le Père et le Fils comme deux personnes ou hypostases différentes ; S® à déclarer que le Fils a été engendré avant toutes choses; 4® à le regarder comme ayant créé le monde. D'après cela, il semble que tout était commun entre les deux partis, et il est évident que très peu d'orthodoxes modernes le sont autant que Vliérésiarque Ârius. L'immense majorité des orthodoxes actuels ne sont pas même ariens. Mais voici trois autres points sur lesquels se divisaient les théologiens du iv® siècle : 1® selon Alexandre, le Fils est éternel comme le Père, sans quoi, avant de l'engendrer, le Père eût été sans Fils, sans verbe; Arius affirmait au contraire qu'il fut un temps où le Fils n'existait pas. 29 Alexandre enseignait que le Fils est de même substance que le Père ; Arius le niait et disait le Fils créé de rien comme l'univers. 3» D'après Alexandre, le Fils était nécessaire, ce qu'Arius contestait absolument.

Ces deux systèmes, comparés aux doctrines alors régnantes, innovaient l'un et l'autre, celui d'Alexandre quant à la consubstantialité, et à la nécessité du Fils, celui d'Arius en le disant créé. Le mot de consubstantialité avait même été condamné comme hérétique en 269 par le concile d'Antioche. Au point de vue de l'époque, ni l'un ni l'autre n'étaient orthodoxes, sinon de tendance, au moins de fait.

Tous deux étaient inconséquents à un haut degré, Alexandre et l'Église catholique en proclamant nécessaire et éternel un être qu'ils disaient avoir été engendré, Arius en adorant et en appelant Dieu un être qu'il déclarait créé.

Mais la doctrine d'Alexandre était infiniment plus populaire que celle d'Arius; il semblait, il semble encore aux ignorants que celui-là est le plus pieux, le plus chrétien qui élève Jésus le plus haut, et l'on ne s'inquiète nullement de savoir si c'est ou non contre la volonté de Jésus, malgré ses déclarations expresses et aux dépens de l'idée même de Dieu.

Alexandre éiait patriarche, il ne faut point l'oublier, et Arius n'était alors que diacre. En 321, Alexandre usa de ses pouvoirs en faisant condamner et excommunier à Alexandrie, par un concile provincial, Arius et quinze personnes qui partageaient sa doctrine. Arius écrivît alors pour sa défense aux évêques qui pensaient comme lui, et exposa ses idées dans des hymnes religieux et d'autres ouvrages. Plusieurs évêques, et parmi eux Eusèbe de Nicomédie, se déclarèrent en sa faveur. Constantin écrivit alors aux deux adversaires, ne voyant dans tout ce débat qu'une dispute de mots, et se bornant à proclamer que l'unité doit régner dans l'Église. C'est ainsi que commence d'ordinaire le rôle du pouvoir, quand il s'occupe de questions dogmatiques.

Mais en 325, la question étant toujours plus vivement agitée des deux parts, Constantin provoqua et présida lui-même à Nicée en Bithynie un concile œcuménique ou universel. Arius y parut avec vingt évêques. Parmi les partisans d'Alexandre, on remarquait un de ses diacres, nommé Athanase, chétif de corps, mais grand par le caractère et plus encore par le génie de la domination, par l'orgueil spirituel. A travers les flots d'injures qu'on s'adressa des deux côtés, il est facile de reconnaître qu'au fond la majorité du concile, sans prendre parti pour les expressions précises d'Arius, était d'avis de maintenir avec saint Paul, avec saint Jean, avec Jésus lui-même, la subordination du Fils au Père. Il sembla un moment qu'on allait s'entendre.

Il n'en fut rien. Dans toute grande assemblée de ce genre, il y a toujours quelques esprits étroits et haineux qui ne se contentent jamais de chercher la vérité ou même de la trouver, et pour qui l'essentiel, c'est de nuire à leurs adversaires. Ce rôle, très peu digne d'estime, fut joué en cette occasion par le seul personnage qui à Nicée représentât l'Occident. C'était l'évêque de Cordoue, Osius. Puisque Arius adorait le Christ, l'appelait Dieu et Créateur du monde, il était difâciie de trouver une formule qui exaltât Jésus à tel point qu'Arius ne pût l'admettre ; il le fallait cependant, si

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l*on voulait aboutira une condamnation. Osius s*en chargea. Malgré la décision antérieure du concile d'Antioche, il proposa de déclarer que le Fils est de la substance du Père. On calma les scrupules de plusieurs par des explications contraires à la vérité; on obtint le consentement de Tempereur. Trois cents évêques signèrent la condamnation d'Arius, onze autres cédèrent devant des menaces d'exil et finirent par signer aussi ; cinq seulement tinrent bon, ils furent bannis en Illyrie et en Gaule; deux autres étaient morts pendant la tenue du concile, mais on prétendit plus tard que leurs signatures miraculeuses s'étaient trouvées, le lendemain de la clôture, jointes à celles des vivants. Constantin fut heureux de son succès, et s*imagina avoir assuré la paix de TÉglise, illusion ordinaire en pareil cas et toujours trompée.

11 arriva ce qu'il était facile de prévoir, c'est que les partisans de la subordination du Fils au Père, qui est clairement enseignée dans l'Évangile, furent blessés dans leurs convictions par le terme nouveau et déjà condamné de consubstantialité. Ils étaient très nombreux dans l'église où on leur donna à cette époque le nom de semi-ariens. Se sentant at< teints dans leur foi par les décisions de Nicée, ils s'unirent avec les ariens contre l'orthodoxie nouvelle. Dès ce moment se prépara une réaction qui ne tarda point à éclater et qui finit par gagner l'empereur lui-même.

Eusèbe, évêque de Césarée, n'avait pas perdu, quoique arien, son crédit dans la famille impériale. Par son influence, Arius fut mandé à la cour et signa entre les mains de Constantin une de ces confessions de foi générales qui semblent rétablir la paix, parce qu'elles évitent avec soin de toucher au nœud du débat.

Bientôt l'autre Eusèbe, évêque de Nicomédie, et un de ses collègues dans l'épiscopat, nommé Théognis, furent réinstallés dans leurs églises, d'où ils avaient été exilés, et, par un de ces contre-coups ordinaires au pouvoir despotique, l'évèque d'Antioche, qui était orthodoxe et qui désapprouva ce qui se

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passait, fut déposé, ce qui occasionna un nouveau schisme, dit des Mélétiens.

Alexandre était mort et Athanase lui avait succédé. Dès <iu*il fut évêque, il excommunia Arius. Ses adversaires, irrités, Taccusèrent de violence contre les mélétiens et même de magie. Il parut devant un concile à Tyr, et s'y Justifla parfaitement quant au second point, mais non quant au premier. Aussi fut-il condamné et exilé à Trêves, tandis qu' Arius se vit relevé de Texcommunication et présenta à Tempereur une déclaration de principes qui le satisOt. L'hérésiarque allait triompher; mais, dans la nuit qui précéda le jour où il devait être solennellement admis à la sainte cène, il mourut subite' ment. Ses amis le dirent empoisonné, tandis que ses ennemis prétendirent que le patriarche de Gonstantinople, qui devait lui donner la communion le lendemain, avait remis à Dieu dans une prière le soin de décider entre Arius et ses adversaires, et que Dieu lui avait répondu par cette mort, qui était ainsi à la fois un jugement divin et un miracle. Constantin n'en crut rien et ne redevint jamais orthodoxe.

De ses trois fils et successeurs, un seul, Constance, était semi-arien ; les deux autres étaient partisans d*Athanase et le rappelèrent après un exil de deux ans. Mais le patriarche ne tarda pas à être accusé de violences réitérées et à être banni de nouveau. Il écrivit alors à Jules, évêque de Rome; ce dernier saisit avidement l'occasion d'exercer une autorité supérieure, à l'égard de deux patriarches, ses égaux jusque-là, et s'empressa de rendre le titre d'évêques d'Alexandrie et de Gonstantinople à Athanase et à Paul, tous deux déposés. Constance répondit à ce jugement en exilant Paul et en lui donnant un successeur, ce qui occasionna à Gonstantinople des troubles affreux où périrent trois mille personnes. Les évêques d'Orient s'indignèrent de l'oppression qu'on exerçait contre eux. Voyant qu'un concile œcuménique réuni à Sardique leur était défavorable, ils s'en séparèrent, en formèrent un autre à Philippopolis, et les deux assemblées se chargèrent d'anathèmes réciproques. On crut tout calmer alors en rappelant

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les bannis des deux partis. Ce fut ainsi qu'Athanase revint dans son Église en 349; mais l'année suivante, Constance se trouva seul empereur, ce qui donna la victoire aux ariens; ils rendirent persécutions pour persécutions. Au milieu d'un désordre horrible, Paul périt étranglé. Une foule d'évêques signèrent alors une déclaration arienne, y compris Libérius, évêque de Rome. Ce dernier s'étani rétracté, fut chassé, et son successeur arien périt massacré par le peuple.

Athanase, une troisième fois exilé, s'enfuit en Ethiopie. L'orthodoxie était vaincue. Mais à peine triomphants les ariens et les semi-ariens se divisèrent, et la paix sembla plus éloignée que jamais, jusqu'au jour où les deux partis, las de cette longue guerre, signèrent dans le concile de Constantinople, que le Fils est égal au Père, comme le dit VÉcriture. C'était une formule vague destinée à contenter tout le monde en évitant également les termes de consubstantialité ou d'éternité et les termes contraires, formule d'autant plus bizarre que l'Écriture ne dit nulle part le Fils égal au Père, tandis qu'elle déclare en maint endroit qu'il lui est subordonné. Quand Julien le païen arriva au trône, il rappela tous ceux qui étaient exilés pour cause de religion. Athanase, instruit par le malheur, se montra enfin moins intolérant. Ce fut un évêque arien, Lucifer de Cagliari, qui joua cette fois l'ancien rôle de son adversaire et l'excommunia : de là résulta une division nouvelle à laquelle on donna le nom de schisme luciférien. Julien aurait dû se déclarer incompétent dans une querelle de dogme entre des chrétiens. Il protégea les ariens, et l'appui de celui qu'on nommait Vapostat leur coûta cher plus tard dans l'opinion publique. Sous son règne, Athanase fut chassé comme perturbateur pour la quatrième fois.

L'empereur Jovien fut tolérant pour tous, et rappela une dernière fois Athanase, qui mourut en 373, après une vie des plus agitées. Ce fut un empereur espagnol. Théodose, qui assura le triomphe définitif de l'orthodoxie. Son édit de 380 reconnaît pour seuls membres de l'Église ceux qui sont en communion avec les évêques d'Alexandrie et de Rome. L'an-

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née suivante, le second concile œcuménique de GonstantiQople confirma le symbole de Nicée. Quiconque s'en écarta fut puni corporellemenl. Il est vrai qu'Ârcadius et Honorius décrétèrent une fois encore Torthodoxie, mais elle était déjà dominante alors dans leur double empire. Et cependant rarianisme reparut avec une nouvelle puissance. Tandis que tout Tempire était catholique, tous les barbares qui se convertirent au christianisme furent ariens ou semiariens. Les Goths rapportèrent rarianisme en Italie et en Espagne, les Burgondes en Gaule, les Suèves en Espagne, les Lombards en Italie, les Vandales en Afrique ; excepté ces derniers, tous furent tolérants à l'égard des catholiques. Le premier chef barbare qui devint catholique en même temps que chrétien, fut Clovis ; et ce fait donna à sa conversion une importance qui n'a pas toujours été comprise. Peu à peu cependant, conquis par les peuples plus cultivés qu'ils avaient vaincus, les barbares devinrent orthodoxes. Ceux qui résistèrent le plus longtemps, les Lombards, se soumirent à l'Église catholique en 672.

En résumé, l'arianisme fut une dernière tentative, illogique et intellectuellement timide, pour maintenir Dieu au-dessus de tout, même du Christ. Ce fut le dernier soupir de l'antique et pur monothéisme juif, étoufifé par la tendance contraire, dont le polythéisme romain avait été l'expression universelle. Celte tendance païenne, nous l'avons vu, avait envahi l'Église. Elle triompha avec Athanase. Une idée radicalement fausse régnait également parmi les chrétiens et parmi leurs adversaires, et n'a pas encore cessé de prévaloir chez les uns et chez les autres : c'est qu'on est chrétien, non à proportion qu'on croit aux enseignements de Jésus et qu'on les pratique, mais à proportion qu'on élève sa personne au-dessus de tout et qu'on l'égale au Père. Cette idée, absolument contraire à l'esprit comme à la lettre de sa doctrine, consiste à oublier, dans la glorification de sa personne, l'œuvre qu'il a voulu glorifier et réaliser, pour laquelle il a vécu et il est mort, le règne de Dieu dans les âmes. Il y^a encore une multitude de chrétiens assez aveugles pour penser ainsi , il y a encore, en

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dehors du christianisme, une foule d'incrédules nés et élevés au sein du catholicisme, et qui pensent de même, à Texemple de Julien.

L'idée ne vient ni aux uns ni aux autres de constater ce qui est conforme ou non à la religion du Christ, mais seulement de chercher quelle est la forme religieuse qui place le plus haut le Christ, fUt-ce malgré sa volonté et contre sa doctrine. N'est-ce pas lui cependant qui a dit : <( Ceux qui m'appellerU Seigneur^ Seigneur , n'entreront pas tous au royaume des deux, mais celui-là seulement qui fait la volonté de mon Père (I). » Il est vrai que l'Église, trouvant plus facile d'appeler Jésus Dieu que de suivre ses préceptes, est toujours beaucoup plus rigoureuse à exiger d'elle-même et de tous ses membres le premier point qu'à faire prévaloir le second.

On a pu conclure de ce qui précède, que Constantin fut bien loin de donner à la chrétienté l'unité qu'il lui promettait. Nous avons raconté cependant une seule des controverses de son époque; que serait-ce donc si nous avions parlé des donatistes, des nestoriens, des eutychiens et monophysites, des monothélites, des pélagiens, autant de schismes criants, autant de longues divisions bouleversant l'Église, autant de transformations plus ou moins légitimes du christianisme primitif, autant de grands problèmes posés et résolus de mille manières? Que serait-ce, enfin, si nous racontions ici le schisme énorme qui dure encore, et qui, en séparant l'Église d'Orient de celle d'Occident, borna le catholicisme, tout universel qu'il prétend être, au seul patriarcat de Rome, et réunit en un seul les quatre autres, dont le czarse dit aujourd'hui l'héritier légitime, et dont le titre officiel, de nos jours, est celui d'Église orthodoxe?

(1) Matthieu, VU, 21. — Comparez Matth., XIX, 17; Marc, X, 18.

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Nous en avons dit assez cependant, pour montrer combien le christianisme de Constantin diffère essentiellement de celui du Christ, et pour prouver que le premier empereur chrétien ouvrit une large carrière aux abus du pouvoir, et par une conséquence infaillible, aux subtilités théologiques. C'est sur ce dernier point qu'il nous reste à insister un moment. Les problèmes qui touchent à TinOni sont à la fois si délicats et si vastes, et les appréciations individuelles ou collectives à leur sujet si variées, que tout juge qui veut les trancher, empereur, czar ou pape, concile ou synode, entreprend une tâche impossible.

C'est toujours dans l'intention de pacifier que le pouvoir intervient,* et souvent aussi pour établir sa domination; mais le remède s'est invariablement trouvé pire que le mal. Pour mettre fin à un différend dogmatique, l'autorité, quelle qu'elle soit, n'a qu'un seul moyen, à moins d'imposer à tout le monde un silence ftnpossible. Ce moyen, c'est une formule qui puisse rallier le plus grand nombre d'adhérents. Non seulement cette formule déplaît nécessairement à plusieurs, et crée par ce seul fait de nouveaux dissidents, mais elle tranche dans le vif tout ce qu'il y a au monde de plus élevé, de plus ondoyant et divers; elle tombe nécessairement dans des distinctions de plus en plus subtiles, dans des complications inextricables. Le mouvement imprimé par Constantin ne s'est plus arrêté ; le Bas-Empire a vécu de controverses dogmatiques toujours plus raffinées, inutiles, inintelligibles, et elles l'ont tué. Par cela seul, qu'on entre à la suite de Constantin, ou d'une autorité dogmatique quelconque, dans cette funeste voie, on s'éloigne de Jésus et de son christianisme, seul fondamental et nécessaire. En effet, la question de savoir si une âme est unie à Dieu par Christ, et si elle travaille sans cesse à devenir moins imparfaite, ne peut être soumise à aucun tribunal humain. La vie intérieure n'est de la compétence d'aucun juge ; or, la vie chrétienne est essentiellement intérieure. Restent les actes, qui offrent rarement prise aux juges du dogme; restent enfin les paroles, c'est-

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à-dire en fait de religion, rexpression des doctrines : c'est là que rintolérance cherche sa proie. Ainsi le christianisme, sorti de son domaine légitime et naturel, qui est l'homme intérieur ou le cœur et la conscience, se transforme en une dogmatique sèche et dure, fertile en graves malentendus, inépuisable en discussions stériles et en discordes aussi peu religieuses que peu fraternelles. Toutes les fois que l'Église proclame l'unité de sa doctrine, croyant terminer ainsi un schisme antérieur, elle inaugure par cela même un schisme nouveau : c'est que l'unité dans les choses de l'âme n'est pas plus praticable qu'elle n'est à désirer.

Dieu a planté une forêt où chaque arbre a son port, sa grandeur, sa beauté particulière. Un ennemi du désordre s'efforce de tailler la forêt en charmille : pauvre idée! pauvre chimère! le malheureux mourra à la peine; partout où il aura passé, la nature reprendr^a bientôt ses imprescriptibbles droits, et la végétation, sa liberté luxuriante et variée. L'uniformité mesquine que les petits esprits prennent pour l'ordre aura disparu dans le magnifique et divin désordre de la vie.

c Dans le cours de nos recherches, an fait noas a frappés, un fait qui s*est répété plas d^ane fois dans l'histoire.

Les religions constituées, travaillées, exploitées par les hommes ont souvent fait du mal. Toutes les crises religieuses ont fait du bien. »

(B. Constant. De la rel.y liv. I, c. 1, n. 5.)

Résumons en quelques mots rapides les résultats de notre travail. Nous avons reconnu d'abord dans les religions païennes la loi universelle de transformation, qui, loin de laisser la religion seule immuable sur la terre, la développe sans cesse en la modifiant suivant les besoins des âmes. En même temps nous avons constaté, dans Thistoire, ce développement du monde religieux et moral qui a rendu possible l'adhésion des Juifs et des païens à la parole du Christ.

Au sein de Thumanité affamée de vérité, altérée de vie religieuse, nous avons vu apparaître le christianisme. Le but du christianisme, c'est le règne de Dieu dans les consciences, par la seule puissance de l'amour. L'amour du Père céleste pour ses enfants éveille en nous l'amour pour lui et pour nos frères, soit par le pardon qu'il offre au pécheur repentant, soit par la vie nouvelle à laquelle l'esprit nous initie, et qui a pour loi le progrès infini, la marche éternelle des âmes vers Dieu (1). Dans ces traits essentiels du christia-

(1) Peut-être est-il utile de faire remarquer combien cette notion véritablement évangélique du pardon est plus profonde et plus morale que ridée vulgaire ou orthodoxe qui insiste beaucoup moins

nisme, nous avons reconnu une religion universelle qui n'exclut aucun être humain et veut nous élever tous le plus haut possible; une religion inépuisable, éternelle, Thomme pouvant sans cesse se rapprocher du but, mais non le dépasser ou même Tatteindre, parce que ce but est la perfection ; enfin une religion purement spiritualiste, qui n'est liée à aucune institution, Église, clergé, rituel, histoire^ code, discipline ou système dogmatique, mais qui s'adresse directement à toute conscience pour la régénérer par la vérité et par Tamour.

Tel est, à nos yeux, le christianisme absolu, le christianisme de Jésus; tel est le thème impérissable, l'hymne étemel sur lequel chaque époque, chaque génie national, chaque Eglise, chaque individualité puissante écrit une variation nouvelle; chacune de ces variations n'étant nullement une composition arbitraire, mais traduisant fidèlement dans un nouveau langage le cri des consciences, l'aspiration perpétuelle des âmes vers le ciel, des enfants de Dieu vers leur Père.

Le fond étant donné, il en surgit, tantôt successivement, tantôt à la fois, diverses transformations du christianisme, dont chacune est un développement partiel, inégal, de telle ou telle face du christianisme primitif: par cela même, chacune demeure inférieure à la conception première, quoique répondant plus directement qu'elle à tel ou tel état déterminé des esprits, et aux besoins du moment.

Parmi ces transformations, la première en date fut un recul. Le christianisme judaïque partit de cette idée vraie que Jésus n'était pas venu abolir le mosaïsme, c'est-à-dire faire table rase et commencer à nouveau la vie intellectuelle ei religieuse du genre humain ; mais on ne comprit pas ou l'on comprit à demi qu'il avait voulu tout spiritualiser. Lesjudaï-

sur le mal dont Jésus veui nous délivrer que sur un châtiment subi par lai à notre place , reste des religions de la terreur, où rimpunité semble le but essentiel à atteindre, plus encore que l'amour et la régénération morale.

sants, incapables de s'élever à la hauteur du pur spiritualisme et de la liberté chrétienne, ne surent pas s'affranchir de la notion Israélite d'une loi extérieure, et conservèrent à tort les idées accessoires d'un jugement dernier entouré de grandes manifestations matérielles de la puissance de Dieu sur la terre, telles que la parousie de Jésus et son règne de mille ans.

 cette première et funeste limitation du christianisme universel, répondit aussitôt le christianisme helléniste de saint Etienne ; ce fut une réformation nécessaire, une revendication du spiritualisme de Jésus, une réaction contre le joug de la loi mosaïque et contre le monopole exclusif du temple de Jéhovah. Ce glorieux développement de l'universalisme primitif, brusquement arrêté par le martyre du premier réformateur, fut repris avec une nouvelle énergie par le témoin de son supplice, l'implacable adversaire de la légalité extérieure, le champion irrésistible de la religion intérieure ou de la foi. Armé de ce seul principe, qui était directement sorti de la pensée et du cœur de Jésus, mais qu'on avait trop peu compris jusque-là, saint Paul prêcha à l'humanité la religion de la conscience, c'est-à-dire la religion universelle, et convertit l'élite du monde païen. Seulement, par une juste haine pour la loi extérieure et les privilèges d'Israël, il fut entraîné jusqu'à dénier à la conscience humaine des droits qu'elle tient de Dieu même, et glissa insensiblement vers l'arbitraire divin ou la prédestination.

L'Église se détourna de ce redoutable génie; sous les auspices de Pierre, un compromis eut lieu entre le christianisme judaïsant et celui de Paul, tiers parti d'où est sorti par degrés le catholicisme, tiers parti peu conséquent et peu logique, peut-être plus vrai en un sens que les deux systèmes dans ce qu'ils ont d'excessifs, mais inférieur en grandeur, en spiritualisme, en libéralisme, en puissance sur les âmes, au christianisme de saint Paul.

En dehors du double courant que représentent les mots de loi et de foi, avait surgi une autre grande forme chrétienne.

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le mysticisme grec de Jean, c'est-à-dire ralliance d'un christianisme qui était tout amour avec la philosophie contemplative d'Alexandrie. Ici le sentiment fondamental du christianisme, l'amour de Dieu et des hommes, échappe également aux préoccupations trop légales des chrétiens judaîsants, et trop dogmatiques des disciples de Paul; mais ce sentiment se trouve allié à la théologie de la parole incamée, c'està-dire aux théories favorites de la science judéo-grecque de l'époque. Jean est le point de contact du christianisme avec le gnoslicisme naissant et les mobiles philosophies de l'Orient. Il resta l'évangéliste préféré des âmes plutôt rêveuses et aimantes que positives et raisonneuses.

Rome représentait dans le monde antique le principe autoritaire, la force, la loi, la lettre, et de plus elle était le centre où étaient venues se confondre toutes les religions de la nature. Quand le monde romain fit irruption dans l'Église, ces religions y apportèrent avec elles presque tout leur matériel, et en outre leurs tendances naturalistes. On prit tout à la lettre: le culte devint emblématique et théâtral; les métaphores devinrent des symboles, puis des rites, et ces rites des réalités miraculeuses; le spiritualisme de Jésus ^ le monothéisme chrétien, reçurent coup sur coup d'innombrables atteintes.

Peu à peu, chez les théologiens que l'Église appelle ses Pères, comme chez ceux qu'elle condamne sous le nom d'hérétiques, se dessinèrent deux tendances différentes. L'une, occidentale, extérieure, positive, s'exprimant habituellement en latin, s'appuya presque toujours sur Rome, quoique parfois en lui résistant encore, et arriva à des exigences outrées, à des rigueurs ascétiques, chez les montanisles et Tertullien; là se développèrent l'amour de l'ordre, l'esprit d'organisation et le besoin de gouverner. L'autre, orientale, parlant grec, fut plus spéculative et plus libre, accueillit avec plus de largeur le bien et le vrai, même chez les païens, mais alla se perdre, avec les gnostiques et les origénistes, dans le vague infini de la rêverie asiatique.

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Du reste^ chez tous les théologiens et les penseurs des premiers siècles, Pères ou hérésiarques, latins ou grecs, régnent largement la variété des types, la variété des théories, la spontanéité et la confusion. Ce serait une entreprise chimérique que de chercher à cette époque Tunité de doctrine, fût-ce même chez les seuls Pères latins. La vie intellectuelle du christianisme s'y montre encore trop prime -sautîère, pour tomber dans l'uniformité officielle, ou même pour en concevoir Tidée.

Enfin Constantin se fait chrétien, surtout par politique, mais non sans une sorte de bonne foi obscure et grossière; Tempire Timite, PÉglise et PÉtat païen s'absorbent Tun dans Fautre; l'empereur reste souverain pontife et devient le premier pape ; c'est lui seul qui réunit, préside et clôt les conciles. Arius essaye en vain, et d'une manière incohérente, de résister à la fausse piété qui égale Jésus malgré lui à son Père; il s'efforce de maintenir illogiquement, tout en adorant le Fils, la subordination au Père, hautement proclamée par saint Paul. Il lutte sans succès contre le mouvement du siècle et contre Athanase, qui soutient avec une obstination héroïque l'erreur contraire. Le dogme trinitaire se constitue : Jésus se perd en Dieu. Déjà le besoin d'un médiateur entre l'âme humaine et l'infini ne trouve plus de satisfaction dans le Christ déifié. Déjà Marie commence à être appelée mère de Dieu; on voit de loin poindre pour elle l'aurore d'une carrière analogue à celle qu'on a fait parcourir au Christ, carrière qui se terminera au milieu du xix^ siècle, quand la Vierge aura été déclarée plus qu'humaine depuis le premier instant de son être.

A bien des égards, l'œuvre de Constantin fut une déviation funeste du christianisme véritable. Cependant, même sous cette forme si étrangère à son point de départ, contraire à son principe, comme sous toutes celles qu'il a revêtues plus tard, le christianisme n'a jamais cessé d'être; semblable au soleil que les nuages peuvent rendre invisible, mais dont ils n'interceptent jamais tous les rayons, il a continué, même

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obscurci, à faire aux âmes un bien immense, incalculable. On a dit avec raison, de Socrate, que Thumanité n'a jamais perdu' ce que lui a donné ce grand moraliste, le goût et Thabitude de se juger elle-même. Serait-ce moins vrai de Jésus-Christ? Nullement. Les transformations les plus bizarres, les regrettables déviations du christianisme, n*ont jamais éteint ce feu éternel quMl avait allumé dans les consciences et les esprits. D'époque en époque^ Terreur a pu voiler pour un temps le principe chrétien, mais des réactions inévitables, de glorieuses réformes Tout toujours dégagé.

Si Ton cherche dans les trois grandes formes primitives du christianisme le principe et Torigine des principales divisions actuelles de TÉglise, on arrive, en prenant les faits de très haut, et en les considérant d'un point de vue très général, aux résultats suivants :

Le christianisme théosophique de saint Jean, avec sa doctrine de la parole faite chair, et avec son langage mystique emprunté aux platoniciens d'Alexandrie, demeura la forme orientale de la religion de Jésus, et aboutit à l'Église grecque ou orthodoxe.

Rome adopta le christianisme judaïque, la hiérarchie sacerdotale d'Israël, ses mille prescriptions de détail, son culte extérieur, sa notion du sacriflce, mêlant à la tradition juive la tradition païenne; elle n'accepta que dans une très faible mesure la doctrine et l'influence de saint Paul, auquel elle préféra saint Pierre, et son christianisme est beaucoup plus judaïsant que paulinien. Ainsi se forma le catholicisme qui s'attribue assez légèrement le titre d'apostolique, mais en y ajoutant une autre désignation qui n'a rien de contestable, celle de romain.

Enfin saint Paul en combattant sans relâche la religion extérieure et légale, eu refoulant le christianisme dans le

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domaine profond de la foi et de la conscience, devint Tapôtre de tous les précurseurs de la Réforme, et celui des réformateurs de toutes les époques. Ce fut dans ses épitres que Lefèvre-d'Étaples, dès 1512, retrouva le dogme qui régénéra rÉglise, la justification de l'homme, non par les rites ou par Tautorité, mais par la foi intérieure et personnelle. Ce fut chez saint Paul que Luther rencontra la pensée décisive qui le tit protestant : le juste vivra par la foi. Enfin, ce fut à lui que Calvin emprunta, pour l'exagérer encore, la doctrine extrême du paulinisme, la prédestination. Aussi saint Paul n'estil pas seulement le père des nombreuses Églises qui surgirent à sa parole du sein du paganisme, il est aussi le père de toutes les Églises réformées.

N'est-il pas évident, que le danger, la mort peut-être, pour chacune de ces trois divisions de la chrétienté est dans l'exagération de leur principe spécial, de la théosophie pour les Grecs, de l'autorité et de la forme pour les catholiques, du dogmatisme pour les protestants? N'est-il pas évident par cela même, que, pour chacune de ces trois Églises, le remède, le salut, consistent à se retremper dans la source commune, à s'élever au christianisme œcuménique de Jésus, à remonter de ce qui est devenu partiel et spécial à ce qui était complet et universel, et enfin à se nourrir, à vivre, de vérités larges et générales plutôt que de doctrines particulières?

Nous nous arrêtons ici, non sans regret, sauf à reprendre plus tard, peut-être, la suite de cette étude. L'histoire des variations du christianisme depuis le ive siècle jusqu'au xix^ est moins nécessaire à rappeler et donne lieu à de moins graves malentendus. Ce qui précède suffit à montrer que, bien loin d'être un système stéréotypé ou une institution immuable, la religion de Jésus est un organisme plein de vie et de fécondité. Nous laissons le christianisme sous Constantin assez semblable à ces arbres sacrés des cultes païens que l'art antique représente capricieusement mutilés, décorés de bandelettes de pourpre ou de byssus, de masques bizarres et de symboles mystiques. Nous aurions aimé poursuivre notre

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étude jusqu'au grand jour où cesornements séculaires tombent de tous côtés, et où Tarbre émondé, plein d'une sève nouvelle, s'élève plus haut que jamais, dans sa nudité majestueuse et vivante, sans autre parure que ses rameaux couverts de fleurs et de fruits.

Aujourd'hui, le travail qui émonda l'arbre au xvi« siècle a été repris, en France et partout ailleurs, avec une activité qui inquiète beaucoup d'amis et fait illusion à quelques adversaires; les uns et les autres se trompent. Abattez les branches mortes, la sève n'en sera que plus généreuse, le feuillage plus frais et plus touffu, les fruits plus abondants et plus exquis. L'arbre de vie ne périra point. La vérité est grande, elle 'prévaudra.

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