JUGES SUPPLÉANTS
MM. DELAFOSSE, Membre de l’Institut, Prüfes.seur à la Faculté des Sciences.
REGNAULD, Membre de l’Académie de Médecine, Professeur k la Faculté de Médecine.
BAILLON, Professeur à la Faculté de Médecine.
CHEVALLIER, Membre de l’Académie de Médecine, Profe.sseur k l’École de Pharmacie.
En abordant le sujet de cette thèse, j’avais nourri l’ambitieux projet de faire la Monographie chimique du mercure. Guidé par cette malencontreuse idée, bercé par ce fol espoir, j’ai fouillé avec ardeur toutes les archives scientifiques qui se trouvaient à ma disposition, pour y recueillir les matériaux de cette étude. Mais quels ne furent pas ma surprise et mon désappointement, lorsque je dus reconnaître que six mois étaient insuffisants pour la réalisation d’une telle œuvre!... Aussi isolé que puisse paraître ce sujet scientifique, il est d’une étendue immense par les recherches sans nombre qu’il a suscitées jusqu’ici. En réunissant la partie pharmaceutique à la partie chimique, on arrive à un total fabuleux de mémoires et de publications. — Lorsque je dis total, je fais usage d’une expression bien hasardée, car après avoir passé en revue toute la bibliothèque de l’École de pharmacie, je restai stupéfait lorsqu’on me fit connaître la multiplicité des collections qui pouvaient encore m’apporter leur vaste contingent de travaux originaux, et que le digne et savant M. Lemercier voulut bien mettre à ma disposition. — Heureusement peut-être, il était trop tard, car je devais m’imposer des limites à cause du peu de temps qui me restait.
Malgré le vif regret que j’éprouvais de ii’avoir fait que la moitié de la besogne, je fus encore bien embarrassé, je dois l’avouer humblement, lorsqu’il fallut tirer partie des notes que j’avais amassées, des analyses que j’avais faites, des extraits que j’avais enregistrés. — Rien que la classification de tous ces documents devait exiger un labeur exorbitant. Que serait-ce donc de la rédaction?... Mais j’avais commencé; j’étais trop avancé pour regarder en arriére, et je dus persister dans cette pénible voie.
Aujourd’hui, j’arrive avec un travail incomplet, quoique déjà considérable. J’aurais pu l’étendre davantage, il est vrai, et cependant il aurait gagné à être réduit, condensé.
Si les faits, fruits de l’observation et de l’expérience, sont le point de départ de toute science, les idées générales qui en découlent donnent seules à ceux-ci toute leur valeur. Or l’idée philosophique se dégage difficilement d’un chaos et di.sparaît souvent sons le poids des détails. C’est là peut-être un défaut que je n’ai pas suffisamment évité. Cependant j’ai tenté, chaque fois que cela m’a été possilde, de mettre la théorie d’accord avec l’expérience; mais l’imagination reste quelquefois stérile en face des problèmes sans nombre que l’étude fait naître à chaque pas.
Il est encore bien d’autres reproches qui pourront peser sur ce travail! Puisque j’avais traité de quelques mercuriaux inusités en médecine, pourquoi n’avoir pas parlé de toutes les substances qui se rattachaient au mercure? Ou bien, pourquoi n’avoir pas sacrifié, au contraire, les développements donnés à la partie chimique pour faire place entière aux éléments pharmaceutiques de la question? — Mais je répondrai à cela que j’ai fait tous mes efforts pour ne pas faire primer l’une de ces choses aux dépens de l’autre ; car il ne s’agissait pas ici de rapporter quand même toutes les formules des médicaments qui ont pour base le
mercure ou l’un de ses dérivés; riiuitilité d’une pareille exhibition n’a pas besoin d’être démontrée! Il fallait seulement s’adressera tous les médicaments chimiques bien délinis que ce métal a pu nous donner, et ne suivre ceux-ci que dans les préparations pharmaceutiques dont la composition invariable, ainsi que l’usage général et plusieurs fois séculaire, devait leur mériter une mention spéciale; tels sont principalement la pommade mercurielle, la pommade citrine et l’emplâtre de Vigo.
Le vif désir d’apporter à ce sujet mon tribut de recherches me possédait aussi au début de ma tâche, car je pensais qu’il devait y avoir encore bien des questions à résoudre par voie expérimentale ; mais il ne m’a pas été possible de faire marcher tant de choses à la fois. Tout au plus ai-je dû me contenter de quelques tentatives bien modestes, me réservant de diriger plus tard mes efforts vers les points restés obscurs, ou qui paraissent mériter confirmation.
Quelque chose ra’emharrassait encore beaucoup. Ayant amassé, pendant quatre mois entiers, tous les documents bibliographiques que j’avais pu découvrir, laisserai-je perdre une pareille récolte? Abandonnerai-je complètement Vidée monographique qui m’avait poursuivi? Si, d’un autre côté, il me fallait mettre en ordre et insérer tous ces matériaux dans mon travail, il en résulterait des frais d’impression qui viendraient s’ajouter à ceux, déjà trop lourds, hélas! que j’avais à supporter.
C’est cet embarras qui m’a fait imaginer de condenser, autant que possible, toutes mes notices bibliographiques au moyen d’un mécanisme particulier. Pour ne pas multiplier lés citations, chaque recherche, chaque travail ne sera indiqué qu’une fois, surtout pour les publications mensuelles ou hebdomadaires. A l’aide d’un numéro placé dans le texte même de la rédaction et qui renvoie au tome et à la page de la source à laquelle j’ai puisé, il m’est devenu possible de citer un fait au-
tant de fois que cela était nécessaire, sans pour cela succomber sous le fardeau de frais considérables. —J’espère être parvenu, ce stratagème aidant, à résoudre le problème, si difficile pour la plupart des gens, de faire beaucoup avec peu. — Bien entendu que je parle ici au point de vue de la bibliographie, non (à celui de la thèse elle-même, dont j’abandonne l’appréciation à qui do droit.
Dans le cours de ces études, j’aurai souvent h parler des travaux de mes bons et excellents professeurs, et particulièrement des importantes recherches consignées dans la thèse inaugurale de M. Guibourt. Ceux qui connaissent mon besoin d’indépendance sauront bien ne pas voir d’adulation dans les éloges que j’en pourrai faire, mais y trouver simplement l’expression d’un sentiment de justice et de vérité.