CARACTÈRES DES SELS DE MERGORE
Je ne puis éviter de présenter ici, en quelques mots, les caractères principaux des sels de mercure.
Sels mercureux. — La lumière les noircit en les réduisant (Vogel, 368). L’action prolongée de l’eau bouillante les altère également en les transformant en sels mercuriques et en métal (H. Rose, 388). A froid, elle les décompose généralement en sels acides solubles et en sels basiques insolubles qui ne se dissolvent qu’en acidulant un peu les liqueurs. Les sels mercureux donnent :
Par la potasse, un précipité noir d’oxyde mercureux ;
Par Y ammoniaque, un précipité noir;
Par Yiodure de potassium, un précipité d’un vert jaunâtre qui noircit par un excès de réactif;
Par les chlorures, un précipité blanc que l’ammoniaque noircit ;
Par l’acide sulfhydrique ou par les sulfures alcalins, un précipité noir insoluble dans un excès de sulfure.
Sels mercühiqües. — Ils sont plus solubles et moins altérables que les sels mercureux. Ils donnent :
Par la potasse, un précipité jaune orangé ;
Par Y ammoniaque, un précipité blanc;
Par Yiodure de potassium, un beau précipité rouge qui se redissout dans un excès de réactif;
Par les chlorures, rien ;
Par Y hydrogène sulfuré ou par les sulfures solubles, précipité blanc d’a-
bord, mais qui noircit par addition d’une quantité suffisante du réactif sulfuré.
Tous les sels de mercure déposent leur métal sur une lame de fer, de zinc ou de cuivre ; mais le fer et le zinc, d’après Soubeiran (399) et II. Rose (580), ne sont pas aussi convenables que le cuivre pour opérer cette réaction (Vogel, /|25 et 510). Elle devient d’une sensibilité remarquable lor.sque, au sel mercuriel, on ajoute un léger excès d’iodure de potassium (Morgan, Zi85) ; alors le cuivre blanchit plus facilement lorsqu’on frotte un peu la tache grise faite par le dépôt du mercure : cette tache disparaît sous 1 influence de la chaleur.
On donne à cette précipitation une sensibilité encore plus grande en plongeant au milien du liquide mercuriel acidulé une petite lame d’or autour de laquelle on a roulé une petite feuille d’étain en spires espacées ; ces deux métaux forment ainsi un élément de pile voltaïque dite file de Smühson, dont l’or est le pôle négatif : c’est sur lui que le mercure se dépose (James Smithson, 45). M. Van den Broek trouve plus avantageux de remplacer l’or par le platine (G16). Orlila a recommandé de s’assurer toujours de la nature delà tache blanche imprimée sur l’or, en chauffant le tout dans un tube pour volatiliser et recueillir le mercure (297). M. Schneider préféré à la pile de Smithson l’emploi d’une pile de Smée avec une lame d’or au pôle négatif, pour recevoir le dépôt mercuriel (521). (Voir aussi Flandin et Danger, 156, et Abreu, 328). La lame est ensuite chauffée dans un tube étroit et effilé pour volatiliser le mercure et l’avoir en auréole. Lorsque celle-ci n’est pas suffisamment distincte, on laisse tomber dans la partie effilée du tube un petit cristal d’iode dont les vapeurs viennent bientôt rougir le mercure en formant du biiodure bien plus facilement perceptible (Brame, 193, 195; Lassaigne, 194),
Quand on veut découvrir des traces de sel mercuriel au milieu de matières organiques abondantes, il faut d’abord détruire celles-ci par un'courant de gaz chlore (Personne, 512), ou à l'aide d’un mélange de chlorate de potasse et d’acide chlorhydrique. On opère à froid pour éviter l’entraînement du composé mercuriel par la vapeur du liquide. Les matières organiques une fois détruites, on chasse l’excès de chlore par un courant de gaz sulfureux, et l’on précipite le mercure contenu dans la liqueur en y faisant arriver de l’hydrogène sulfuré gazeux ; il se fait ainsi du sulfure noir de mercure qu’on recueille et qu’on calcine dans un tube allongé et effilé, en présence d’un excès de chaux vive ou de carbonate de soude desséché, mais un peu humecté;
on obtient alors un anneau mercuriel qu’on sensibilise à l’aide d'un peu d’iode (512).
Tous les sels de mercure, sans exception, sont ramenés à l’état métallique lorsqu’on les chauffe au rouge avec un excès de carbonate de soude ou d’un alcali fixe quelconque.
Les sels de mercure sont réduits : par l’acide sulfureux (Vogel, 451), par l’acide phosphoreux (Braaracamp et Siqueira Oliva, 15), par le protochlorure d’étain (Vogel, 421). — Les sels raercurcux donnent une coloration pourpre avec le chlorure d’or (Fischer, 415).
Le mercure se dose en poids: à l’état de sulfure, de protochlorure; à l’aide d’un alliage fusible (Barresvvil, 502), et surtout à l’état métallique (Soubeiran, Ettling, Bunsen, Millon, 70). On le dose aussi par méthode volumétrique, à l’aide des moyens imaginés par MM. Mialhe (437), Hempel (605), H. Rose (613) et Personne (530). Le procédé de M. Personne consiste dans la formation et l’apparition de l’iodure rouge de mercure au sein d’une liqueur titrée d’iodure de potassium. Il est d’une extrême sensibilité et paraît doué d’une grande exactitude. — M. Maroseau avait mis autrefois à profit cette môme réaction pour vérifier la pureté des iodures de potassium du commerce, en employant une liqueur titrée de bichlorure de mercure (413).
[Pour les recherches du mercure dans les cas d’empoisonnements, consulter encore le Traité de toxicologie d’Orfila (592) et celui de M. Gaultier de Glaubry (161.]