‹ Des présentations vicieuses du foetusChapitre 2 sur 9 · MANŒUVRES EXTERNES AVANT W1GAND · texte numérisé non relu

MANŒUVRES EXTERNES AVANT W1GAND

Nous n’avons certainement pas la prétention d’attribuer à Hippocrate l’idée première de la version par manœuvres externes; mais devons-nous hésiter à considérer comme manœuvres externes les saccades et les secousses qu’il conseille de donner pour déplacer le fœtus , « ut in ampliorem locum concussu fœtus convertatur et naturaliter prodire possit»?

Ainsi, dans un chapitre de Fexcision du fœtus, § 4, le Père de la médecine s’exprime en ces termes: Ox&jç èç ty\v evpv%upiY\v £7rava<7S«T0£V to k'Œpvov anapri uai Q'Jvï]t<xi ènl cpvaiv levai ; de telle sorte que, par suite de ces succussions, le fœtus puisse se retourner dans la cavité de l’utérus et puisse sortir régulièrement.

Aussi pensons-nous que c’est par une étude approfondie des préceptes ci-dessus que, les premiers, quelques auteurs allemands ont pu entrevoir tous les avantages attachés à cette opération. Malgré le caractère grossier et presque barbare du procédé d’Hippocrate, nous pensons qu’il a pu être le, point de départ de cette version.

Voici quel était ce grossier procédé (1) : on met un drap de lit sous la femme, qui s’étend dessus; on en met autre un sous les cuisses, pour couvrir ses parties; on roule ces draps autour des cuisses et des bras; puis deux fortes femmes prennent celle qui^est en travail, une de chaque côté, par les bras, et deux autres par les cuisses. Elles la saccadent ainsi dix fois au moins; ensuite, si ce premier procédé ne suffit pas, elles la mettent tête en bas et les jambes en haut, la tenant par les cuisses et la secouant par les épaules.

Ce moyen barbare et grossier a, il est vrai, comme nous pouvons le voir, une analogie bien éloignée avec le procédé que nous préconisons: les pressions douces et modérées; mais il montre que déjà le Père de la médecine savait que, le fœtus étant mobile, on pouvait le déplacer facilement par diverses attitudes données à la femme. La question en était restée là, et il faut arriver en 1580 pour trouver quelques traces de tentatives faites par les pressions sur le ventre.

Jacobi Rueff (2) formule nettement ses conseils : « Contingit rursùm in pedes aliquandô partum procidere, manibus tamen non penes latera ad femora, ut in superiori forma, exporrectis, sed supra caput surrectis.

» Multôautemconsultus erit et utrisque salutarius partum in uterum repellere et ad legitimam formam convertere, quod hoc modo fieri poterit. Supina in lecto reclinabit se parturiens, capite retrô demisso, sublimioribus natibus: quo facto, obstetrix ventrem ipsius præcordia versus mediocriter springet, ut in uterum infantem ipsum repellat et aliâ forma pro-

deundi occasionem ministret. Antè omnia autem, curabit utfa-

(1) Œuvres choisies dJ Hippocrate, E. Daremberg, 1855, p. 673.

(2) Opéra de conceptu et generatione Jacobi Rueffi. Francoforti-ad- Mœnum, 1580.

ciem infantis tergô matris obvertat, deindè infantis nates et crura umbilicum matris versùs elevet, ut adlegitimum p artum acceleret. Tertius experimentum in hoc casu non est, ut potè in omnibus contra naturam venientibus partibus utilissimum. »

On voit donc que Rueff pensait que, lorsque les bras accompagnaient la tête, l’accouchement n’était pas possible sans changer la présentation ; aussi, dans ce cas, d<jnné-t-il ie conseil de presser sur le ventre de la mère, pour ramener la tête vers l’orifice utérin, la face vers le dos de la mère, les fesses et les cuisses vers l’ombilic de la mère, afin d’avoir une parturition naturelle. Il propose le même procédé dans les présentations non naturelles* quand l’enfant est dans une position transversale : «Evenit interdùm transverso modoapparere infantem et in latus procidere, quod ubi fit, parturiens neq. urgenda neq. hoc modo expetendus infans. Sic enim infantem nasci posse sine conversione aliquâ, et natura et res ipsa impossibile esse ostendunt. Quo circumdabit operam obstetrix, ut ad legitimam naturalis partûs formam infantem revocet, submovendo in quam nates ét ad exitum dirigendo caput. Si hac non successerit, volutando sæpiùs quid possit tentet, donec ad legitimam formam conversus fuerit.»

Mercurius Scipio, dans son Traité de la Commare , publié en 1642 à Yérone, renouvelle le précepte de ramener la tête à l’orifice utérin, dans certains cas; mais il n’ajoute rien à ce ce que Rueff avait conseillé.

Pendant toute la période qui sépare M. Scipio de Wigand, on n’attachait aucune importance à cette pratique, et les manipulations extérieures tombèrent dans l’oubli le plus profond.

Pour compléter cet aperçu historique, nous devons dire que cette opération n’était point inconnue aux peuples orientaux et japonais, et qu’elle existait aussi en Russie sous forme de massage du ventre.

En effet, la simple observation que, dans la majeure partie des accouchements, l’enfant vient la tête la première, et que c’est précisément là le fait qui sauvegarde le plus la vie de la mère et de l’enfant, devait presque nécessairement conduire à l’idée de produire artificiellement la présentation de la tête, dans le cas où une autre partie fœtale se présenterait (1).

Nous voyons, en effet, la version céphalique jouer un grand rôle chez tous les peuples, alors que l’obstétrique était encore à son enfance,

Ainsi, chez les Mexicains, les femmes, à partir du septième mois, sont soumises à un massage extérieur, pour amener l’enfant à se présenter de la façon normale, et, lorsque cela ne réussit pas, on les saisit par les jambes et on les secoue jusqu’à ce que l’enfant se présente par la tête. Le procédé de la version par manœuvres externes est beaucoup plus perfectionné chez les Japonais. Ph.-F.-V. Siebold nous apprend, d’après les conversations qu’il eut avec son élève Mimazunza, médecin àNangasaki, que le plus grand des accoucheurs japonais, Kagawa-Gen-Ets, dans son livre San Ron , enseigne sept manœuvres pour masser les femmes; les manœuvres s’appellent ampœkoc. La sixième, seitai , qui se compose de frictions exercées avec les deux mains, en allant des hanches vers le nombril, sert à améliorer la présentation du fœtus.

Les médecins arabes ont donné le précepte de transformer en présentations du sommet toutes les autres présentations, et, parmi eux, Rhazès surtout, qui conseille de faire des amputations de membres jusqu’à ce que l’espace soit suffisant pour pouvoir faire descendre la tête.

(1) Manuel d' accouchements par Cari Schroder, traduit par le docteur Charpentier, p. 295.

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