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CHAP. VI. DES DEUX SORTES DE CARACTÈRES DES SONS

Tantôt les caractères qui distinguent un son des autres sons, sont nets, tranchés, décisifs : ils établissent entre ce son et tout autre une ligne de séparation bien marquée, qui rend toute confusion impossible, en le faisant reconnaître tout d’abord à l'audition. Ces caractères constituent ce que nous appellerons la valeur du son.

A une différence de valeur entre les sons, correspond ordinairement, dans les écritures phonétiques, une différence dans les signes ou lettres destinées à les représenter. C’est ainsi que, dans le mot adorer, les trois sons a, o, e, constituent des sons dont la valeur est manifestement différente, et quisont représentés par trois lettres égaement différentes.

Tantôt, au contraire, les différences qui sépareut les sons n’ont pas cette netteté rigoureuse ; au lieu d’être tranchées et radicales, elles se présentent avec un caractère d’élasticité qui permet de les faire varier du plus au moins à l'infini; de sorte que le même son, sans perdre les caractères distinctifs qui constituent sa valeur, peut passer par des états successifs très-différents. Il peut être faible ou fort, doux ou rude, bref ou prolongé, dgu ou grave, sans cesser d’être le son a, le son 0, le son e. Ces différences secondaires ne modifient pas la valeur du son, mais simplement ce que nous appellerons sa qualité.

En règle générale, c’est la valeur des sons qui

38 DES PRINCIPES DE L ÉCRITURE PHONÉTIQU détermine leur signification dans le langage ; en d’autres termes, cettesignification ne change qu'avec la différence de valeur des sons. Quant aux différences de qualité, qu’on appelle aussi souvent nuances des sons, elles n’ont, pour la plupart et à raison de leur manque de précision, point d'influence sur la signification des sons qui entrent dans la composition du langage. Il ne faudrait cependant pas pousser cette idée trop loin, et croire que les différences de qualité ne peuvent,en aucune manière, déterminer la signification des sons. Certaines nuances, plus fortement marquées que les autres, ou ayant acquis dans l’usage un caractère de fixité relative, concourent, au conitraire, dans une mesure plus ou moins étendue, à déterminer, pour certaines langues, le sens dessons et des mots. Ces nuances-là sont le plus souventreprésentées dans l'écriture, soitau moyen de lettres spéciales, soit au moyen de signes accessoires, accents ou autres, ajoutés aux lettres. Quant aux nuances qui n’exercent aucune influence sur la signification des mots, elles ne sont point, sauf de rares exceptions, représentées dans la langue écrite.

Les différences de qualité, même quand elles n'ont aucune influence sur la signification des mots, n’en ont pas moins une grande importance pour la prononciation correcte de chaque langue. Chaque peuple, en effet, nuance différemment les

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