CHAP. XIV. DE LA DISTINCTION DES SONS, ETC
pas parvenus à isoler cet élément particulier des sons et ils le confondent dans les écritures proposées par eux avec les éléments variables et snéciaux à chaque langue. Par suite de cette confusion ils aboutissent, ou bien s'ils veulent simplifier l'écriture, à l’omission d’un grand nombre de nuances d’une importance suffisante pour être représentées, où bien s'ils tiennent à reproduire toutes les nuances des sons, à une écriture d’une complication telle qu’elle est pratiquement inapplicable (1). Encore n’arrivent-ils, dans ces conditions et tout en accumulant les lettres et les signes, qu'à des alphabets incomplets, en ce qu'il est impossible, malgré tout, d'y faire figurer sans exception les nuances innombrables qui se rencontrent dans les différentes langues (2). D’où l’idée d’un alphabet universel et invariable, basé sur des principes fixes et certains, paraît à bien des gens, sensés une utopie irréalisable.
« S'il fallait, disent MM. Pierre Leroux et Jean
(1) Ackermann (Essai sur l'analyse physique des langues, p. 32) calcule qu’en tenant compte des nuances au nombre de quatorze, suivant lui, qui peuvent caractériser les sons principaux au nombre de trente suivant lui, composant la langue française, et de la combinaison de ces nuances entre elles, on arrive à 2160 sons, qui devraient être représentées par 2160 lettres.
(2) C'est ce qu’indique fort bien M. Max Müller (Leçons
sur-la science du langage, trad. Harris et Perrot, p. 191 et 192).
Reynaud (dans leur Encyclopédie, mot Ecriture), « reproduire par un signe distinct toutes les « nuances de l'échelle vocale, en commençant par « l’a, son le plus ouvert, jusqu'à l’u français, son « le plus fermé de cette échelle, ainsi que toutes «les nuances des organes consonnants, il fau- « drait des séries indéfinies de signes distincts « que l’on serait obligé de modifier sans cesse ; « car non-seulement chaque race d'hommes, cha- « que peuple, ont des articulations particulières, « mais même chaque individu; et la prononcia- «tion des mots change sensiblement tous les « siècles. On n’arrivera jamais à fixer les articu- « lations d’une langue parlée aussi rigoureusement que l’on fixe par la relation les sons d'un instrument, ou ceux de la voix humaine dans le chant. Une perfection exagérée dans un alphabet est doncune chimère. »
Oui, sans doute, une perfection exagérée est une chimère quand on confond les différences de valeur et les différences de qualité des sons, et qu'on s’efforce de reproduire indistinctement par une même écriture les unes et les autres, Mais ce n’est pas une chimère, si l’on distingue ces deux éléments des sons parlés, et si l'on ne s'attache à représenter par une écriture commune à toutes les langues, que les différences de valeur.
C’est là le côté vrai, pratique, réalisable,. de l’alphabet universel, Le côté chimérique, c'est ce-
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