‹ Des principes de l'écriture phonétique et des moyens d'arriver à une écriture universelleChapitre 28 sur 65 · CHAP. XIV. DE LA DISTINCTION DES SONS, ETC · texte numérisé non relu

CHAP. XIV. DE LA DISTINCTION DES SONS, ETC

sans aucune différence de qualité, et où ils ne se distinguent les uns des autres que par des différences de valeur. En revanche, notre-langue est l’une de celles qui emploie le plus de sons de valeur différente. Sur 36 que peut émettre l’appareil vocal de l’homme, il n'y en a que 4 qui nous manquent, tandis que les autres langues européennes, qui viennent immédiatement après la nôtre, n’en emploient que de 25 à 30.

De ce principe que les langues considérées au point de vue des sons, offrent, à côté d'éléments communs, des éléments propres à chacune d’elles, dérive naturellement cette conclusion, qu’une écriture universelle ne peut s'appliquer qu’à la partie du langage commune à tous les peuples et à toutes les langues. A côté de cette écriture générale, chaque peuple devra avoir, pour représenter la partie propre de sa langue, c’est-à-dire les différences de qualité qui la caractérisent, des signes spéciaux, qui viendront s'ajouter pour lui aux caractères employés par tous les peuples pour représenter les différences de valeur. L'écriture, image de la langue parlée, comprendra ainsi deux parties, correspondant exactement aux deux parties qui se rencontrent, au point de vue des sons, dans chaque langue parlée : une partie fixe, invariable, la même pour tous les pays et toutes les langues, correspondant à la partie fixe et invariable de l’ensem-

ble des sons qui composent le langage; cette partie de l'écriture étant de beaucoup la principale; et une partie spéciale à chaque langue, et correspondant aux différences de qualité qui s’y rencontreront. Cette partie accessoire ne comprendra qu’un nombre de signes très-restreint, 5 ou 6 en moyenne pour les langues eurvpéeunes, 8 ou 10 pour les langues des autres parties du monde qui sont plus chargées de nuances.

C'est parce qu'on a jusqu'ici méconnu ces principes, c'est parce qu'on a confondu la partie fixe et la partie variable des sons qui composent le langage, c’est parce qu’on s’est ingénié à obtenir une écriture qui s’appliquât à tous sans distinction, aussi bien à ceux qui diffèrent par leur qualité seulement qu’à ceux qui diffèrent par leur valeur, que les discussions sur l'écriture universelle n’ont pu aboutir à une entente ni à un résultat utile. Ceux qui prétendaient arriver, au moyen d’une écriture commune à toutes les langues, à la représentation complète des sons usités dans chacune d’elles,sentaienteux-mêmesqu'ilsse heurtaient contre un obstacle invincible, naissant de la multiplicité des nuances, et de la difficulté qu'offrent, quand on lesconsidère comme faisant partie d'un même ensemble, leur détermination et leur représentation par l'écriture. Ils se rendaient compte qu’il y a dans les sons quelque chose de fixe et d’invariable; mais ils ne sont

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