CHAP. V. DE LA FIXITÉ DES SONS
cru reconnaître de très-légères différences entre l'appareil vocal du nègre et celui de l'Européen ; dans tous les cas, ces différences n’exerceraient qu’une influence imperceptible sur la nature et l'articulation des sons qui entrent dans la composition du langage. |
L'opinion que nous venons de formuler, quelque incontestable qu’elle soit, n’est point une de ces opinions faites que tout le monde accepte sans difficulté. On entend souvent dire, au contraire, que les sons qui composent le langage varient avec la race et le climat, et on allègue à l'appui de cette proposition le fait, vrai en lui-même, que les langues méridionales sont en général moins rudes que les langues du Nord. Mais ce fait est dû simplement à une préférence donnée par les peuples qui parlent les langues du Midi, aux sons les plus doux, et non à l'impossibilité où serait leur appareil vocal d'émettre d’autres sons (1). 11 est d’ailleurs certaines langues du Midi qui font exception à la règle ; la langue arabe, notamment, est l’une de celles qui contiennent le plus de sons durs et rudes. Auprès d'elle, les langues russes et suédoises sont comparativement fort douces. Enfin, les étrangers transportés tout jeunes d’une con-
(4) Gerdy (Mémoire sur la voix et lu prononciation, p. 5 et suix.) traite fort bien cette question. Il indique à l’appui de ses conclusionsle caractère de la prononciation chez un grand nombre de peuples.
trée dans une autre, alors que leur appareil vocal encore flexible, se plie volontiers à de nouveaux sons, apprennent sans accent, el presque aussi facilement que les enfants du pays, l1 langue de leur nouvelle patrie ; au contraire, ils ont peine à s’habituer à la prononciation de leur langue nationale, lorsqu'ils ne commencent à la parler qu'à un âge déjà avancé.
On peut donc poser en principe, et ce point n’est pas sérieusement contesté, que les sons fondamentaux que peut émettre l'appareil vocal de l’homme, et dont la réunion forme le langage, sont les mêmes chez tous les peuples.