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CHAPITRE IV DES DIFFÉRENTES NATURES DE RYTHME

Le rythme de la versification n'est point unique ; si nous l'analysons avec attention, nous voyons bientôt qu'il se décompose en trois : le rvthme psychologique, le rythme lexicologique, le rythme phonétique . Il nous faut expliquer ces expressions.

Le rythme est phonétique lorsqu'il consiste principalement , ou qu'on le considère comme consistant dans un accord soit des sons, soit de la mesure, que cette mesure s'applique au nombre des syllabes, à celui des accents, ou à celui des moments de temps, c'est à-dire dans un accord soit qualitatif, soit quantitatif, de phonèmes (côté symétrique) ; ou dans une division égale du temps et une répartition égale ou proportionnelle des éléments rythmiques entre ces divisions (côté temporal); dans tous ces cas, il s'agit des sons du langage, abstraction faite delà signification, abstraction faite aussi de la réunion en un seul mot ou de la division en plusieurs.

C'est ainsi que la rime ordinaire est une réalisation du rythme phonétique. On n'envisage que la conformité des phonèmes finaux, sans s'inquiéter de la signification du mot qui le porte ni de l'ensemble du discours.

Le rythme est lexicologique quand on considère si une coupure temporale tombe au milieu ou à la fin de ce mot ; par exemple, elle doit dans le vers français coïncider à la fin ; celle-ci est exigée presque toujours à la césure ; lorsqu'elle l'est, le système est lexicologique. Le mot est envisagé alors, abstraction faite de sa signification ; c'est un élément du lantrage, ce n'en est pas un de la pensée laquelle n'est pas mise en ligne de compte.

Le rythme est psychologique, lorsque c'est principalement ou exclusivement la pensée qui le compose, abstraction faite de son expression, des mots employés et aussi des sons, ou lorsque ceux-ci n'interviennent que pour un rôle secondaire. Un exemple frappant de rythme purement psychologique, c'est celui qui consiste à opposer à une pensée une

autre pensée antithétique, c'est ce qu'on appelle le parallélisme : que la lumière soit et la lumière fut. Il n'existe pas encore de vers, mais seulement des incises dans la phrase.

Ainsi le rythme peut n'exister que dans la pensée, ou résider surtout en elle; il peut n'être que dans les mots, ou surtout dans les mots ; il peut être enfin surtout dans les sons, ou n'être qu'en eux, ce qui justifie notre nomenclature en rythme psychologique, rythme lexicologique, rythme phonétique.

Souvent, et en français dans le système classique, ils se trouvent réunis tous les trois, c'est le rythme parfait ou intégral. Ils peuvent aussi apparaître démembrés ; ce démembrement peut d'ailleurs n'être que momentané ; les trois rythmes voyagent quelque temps séparément pour se réunir ensuite. Mais souvent aussi cette séparation est complète, l'un d'eux a éliminé tous les autres. Il y a donc facilement lutte entre les rythmes, mais cette lutte n'aboutit pas toujours à des exclusions, elle peut n'avoir pour résultat que la prédominance de l'un d'eux. D'ailleurs, il y a entre ces rythmes un ordre chronologique certain.

Dans la grammaire, il faut faire une distinction analogue. Les diverses relations et catégories grammaticales s'expriment soit par des mots vides, soit par une modification vocalique, soit par l'ordre syntactique. Le premier moyen est d'ordre lexicologique ; le second phonétique ; le troisième psychologique.

Nous avons à rechercher successivement i° la coïncidence de tous les rythmes, ou le rythme intégral ; 20 la prédominance de l'un d'eux; 3° leur discordance momentanée ; 4° l'élimination des autres rythmes par l'un d'eux ; 5° l'ordre chronologique des trois rythmes.

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