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CHAPITRE 111 DES DIVERSES UNITÉS RYTHMIQUES

Lorsqu'il s'agit du nllime, c'est toujours le vers qui est directement et qui semble uniquement considéré. Cependant ce n'est point la seule unité rythmique, ce n'est même pas l'élément fondamental, mais seulement ['unité moyenne. On peut le comparer au mètre qui a au-dessous de lui le décimètre, le centimètre .et au-dessus le décamètre, 1 hectomètre.

L'unité fondamentale du rythme est \epied, surtout dans les langues où il est le régulateur rythmique; mais même dans les autres, comme en français, il subsiste latent, car il est facile d'y trouver à tout instant des iambes et des anapestes. Dans la métrique grecque et latine, il y a la réunion de deux pieds, la dipodie ou mètre, laquelle n'existe pas en français. Puis au-dessus apparaît Yhémisliche, autrefois un petit vers à lui seul. Les Allemands l'appellent kurzzeile (petite ligne), par opposition au vers laïu/zeile (grande ligne).

Quand on atteint à l'hémistiche, on a donc trouvé déjà deux unités rythmiques inférieures. Deux hémistiches forment à leur tour un vers. C'est le vers qui est l'unité moyenne, et cependant dans les versifications comme la nôtre, qui admettent et exigent le rime, il est loin d'être complet par lui-même. Pour le déterminer parfaitement, il lui faut un second vers rimant avec lui : d'où un couple de vers, le distique, qui serait plutôt la première unité bien complète.

Mais le distique à son tour se développe, s'amplifie, et un conglomérat de vers se forme, non d'une manière amorphe, mais de façon à constituer à son tour une unité organique , c'est la stance ou strophe, dont le sens se termine au dernier vers*, et dont la dernière rime conclut rythmiquement.

Enfin les stances se réunissent ensemble de manière à ce qu'elles constituent un poème. Le poème est l'unité rythmique supérieure.

\insi la succession des unités est la suivante : i" le pied, 3" le mètre, 3* l'hémistiche, '1 le vers, 5 le distique, fila strophe, 7° le pooinc.

Lorsqu'on étudie un phénomène rythmique, il ne suffit pas de le considérer dans le vers : cette étude serait incomplète et par conséquent faussée ; il faut l'étudier successivement dans chacune des unités, quand même il pourrait actuellement n'exister que dans une seule. Par exemple, la rime, qui ne se rencontre actuellement que dans la strophe ou le distique, a existé autrefois dans le vers, d'hémistiche à hémistiche, ainsi que l'attestent de nombreux proverbes. De même, elle existe dans la strophe, de vers à vers, et dans le poëme.de strophe à strophe. Cependant ce procédé qui s'impose a été rarement suivi, ce qui a empêché de comprendre beaucoup de phénomènes rythmiques.

Ces unités sont reliées les unes aux autres très étroitement et on passe de l'une à l'autre par des transitions insensibles. C'est ainsi que pendant longtemps le mètre n'a pas existé, et que les deux pieds qui le forment étaient indépendants, puisse sont hiérachisés et subordonnés l'un à l'autre. De même les deux hémistiches furent d'abord des vers indépendants, puis on les réunit, et leur point de suture fut longtemps reconnaissable dans la césure.

Il faut distinguer dans chacune de ces unités l'état amorphe et celui organique. Par exemple, les deux vers qui riment ensemble peuvent être deux vers à rime plate se suivant et que rien ne détache du contexte, ou au contraire, une véritable unité rythmique inférieure, tout à fait distincte du surplus, soit hétérométrique, soit isométrique.

Voici des exemples qui feront bien sentir cette différence.

Couple amorphe de deux vers.

C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit. Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée, Comme au jour de sa mort pompeusement parée. Ses malheurs n'avaient point, etc.

Couple amorphe hétérométrique, ou iambe français.

Ainsi quand dans sa bauge aride et solitaire,

Le sanglier frappé à mort Est là, tout palpitant, étendu sur la terre

Et sous le soleil qui le mord, etc.

Couple organique de deux vers, ou strophe binaire isométrique.

Par unsoir de grand deuil de tous les bords de l'île IVrs l'église on les voit s'avancer à la file

Chacune d'elles avait le chapelet en main Lentement égrené par le triste chemin.

Comme on le voit, le vers qui ne se répartit pas en strophes grandes ou petites forme un poème amorphe, inorganique; au contraire, s'il se compose de strophes correspondantes, il devient organique, forme une unité à parties différenciées.

Le rythme a-t-il commencé par la strophe et le poëme duquel s'est détaché le vers, ou au contraire, les vers ont-ils précédé, formant par leur réunion une strophe.

Dans le rythme français, l'origine a été intermédiaire. Il n'y avait ni strophe complètement organisée, ni vers isolé, mais la laisse, c'est-àdire une suite indéterminée de vers réunis par la même rime.

Nous n'avons pas à poursuivre plus loin ici cette distinction profonde entre les différentes unités rythmiques ; mais elle doit nous guider dans tout notre chemin.

Quant à la distinction entre l'unité rythmique amorphe et celle organisée, elle répond à une autre qui existe dans la poésie.

Celle-ci se divise en deux branches principales : la poésie lyrique qui exprime les sensations subjectives et la poésie épique et dramatique qui raconte ou montre les événements objectifs. Elles ont toujours probablement coexisté.

La poésie lyrique s'est alliée à la musique et a été longtemps dominée par elle, ce qui s'observe surtout dans la lyrique grecque. Elle exigeait l'isosyllabie pour pouvoir être chantée facilement. La poésie narrative était, au contraire, distincte de la musique ; elle ne se chantait pas, elle se récitait.

La première s'exprime ordinairement par la strophe qui répond d'ailleurs au chant en parties et en chœur, tandis que la seconde, par le vers amorphe qui'sert au récitatif.

Aux deux genres principaux de poésie : celle lyrique et celle dramatique-épique correspondent donc les deux sortes de rythme : celui

amorphe et celui organique. Il y a correspondance aussi des deux unités rythmiques principales : le vers et la strophe.

D'autre part, le rythme strophique est intimement lié à la musique et à la chorégraphie, et le rythme versuel en est tout à fait indépendant.

La poésie épique dramatique forme un groupe qu'on doit opposer à la poésie lyrique, mais elle se subdivise en celle épique, qui raconte les événements passés, et celle dramatique, qui fait vivre les événements comme s'ils étaient présents. Cette distinction se retrouve dans le rythme, au moins, pour certaines versifications. Par exemple, en latin le genre épique se sert du rythme trochaïque ou descendant ; le genre dramatique, du rythme iambique ou ascendant ; mais dans la versification française il y a confusion sur ce point, c'est ce qui rend l'alexandrin si peu naturel au théâtre.

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