‹ Des principes de la versification françaiseChapitre 85 sur 97 · LES HUGUENOTS · texte numérisé non relu

LES HUGUENOTS

4 temps c in s de de de n s de de de

O | viens ... di-vin Luther ... pour le sau- I

n. s de n. s de ! n s c n s de de de ver... du mal... ô ! viens... mêler... ta voix ton- |

n. de de n. de de I b

nante à leur chant infer- | nal

Il faut remarquer la première mesure incomplète en anacruse.

Voici les conclusions définitives que nous pouvons tirer de cette observation.

Le rythme musical correspond au rythme du langage en plaçaût un temps fort musical sur l'accent tonique : ce temps fort est marqué par une blanche, par une noire pointée, par une noire, et si elle est entourée de doubles croches, par une croche, de sorte que sa valeur est toujours relativement plus grande que celle des syllabes atones. Il en est du moins ainsi dans les opéras sérieux, car dans l'opérette les règle s de concordance des deux rythmes sont à chaque instant enfreintes, par

exemple, dans la Fille de Madame Angot. Quelquefois le librettiste semble chercher des effets comiques dans cette contradiction

11 est possible que la syllabe accentuée ne supporte pas une blanche, ni une noire, mais alors il y a accumulation sur elle de deux croches, tandis que les syllabes atones n'en ont qu'une, ou d'un triolet. Ce cas répond à la résolution de la longue placée à l'arsis dans le vers iambique latin, et aussi à la syllable accentuée brève du vers vieux germanique ; dans ce cas, l'arsis est tenue par plusieurs syllabes ; il y a là encore une résolution analogue.

Voici un exemple de vésolution dans le vers iambique.

£<7T£)i I XOV aù | 70V IX£ | (710UÇ | 7t£U. TOOV | )aTaÇ V V V

dans le pied-cov ixe,le temps fort final remplacelalonguepardeux brèves.

Dans le vers vieux Scandinave les résolutions sont encore plus fréquentes, elles portent sur les temps forts ; si la syllabe accentuée est brève, il faut une autre brève pour composer l'arsis.

Il est possible que la syllabe tonique ne se distingue nullement des autres dans certaines mesures, mais sporadiquement; la tonique et l'atone sont alors marquées par des croches, mais ce défaut d'équilibre n'est pas continu. C'est qu'alors dans le langage l'accent oratoire fait échec à l'accent tonique et hâte la prononciation.

L'accent rythmique, c'est-à dire celui qui accompagne le repos de L'hémistiche et de la fin du vers est plus marqué que l'accent tonique à d'autres places ; tandis qu'ailleurs on trouve une noire, on rencontre, en général, à ces endroits une noire pointée.

Les syllabes atones ne sont marquées que d'une croche, ou d'une équivalence, c'est-à-dire, de deux doubles croches ; dans ce cas, il y a résolution très naturelle et qui ne fausse pas le rythme.

Dans tous ceux où une syllabe séchante sur deux notes, la voyelle est répétée dans la prononciation, ce qui semble nécessaire pour mettre les deux rythmes d'accord, mais ce moyen fait apparaître la résolution.

Quelquefois une syllabe atone est marquée d'une noire ou de deux croches, comme si elle était tonique, et il semble qu'il y ait un discord. Il n'en est rien. C'est que l'accent principal crée par alternance deux syllabes auparavant un accent secondaire que la musique utilise pour son rythme, mais qui existait déjà et qu'elle fait seulement apparaître par son réactif. L'effet de cet accent secondaire est très harmonieux.

Le rythme delà musique est toujours ascendant et commence par un temps fort, tandis que celui de la versification française est ascendant, ce qui crée un véritable désaccord. Le raccord se fait au moyen de l'anacruse. La musique commence par une mesure incomplète ne comprenant par exemple qu'une croche, comme dans l'exemple sa | lut demeure chaste et pure ; le premier temps faible dégagé, on peut suivre partout le rythme descendant. D'autres fois, l'anacruse est poétique, mais non musicale ; la musique comprend dans une blanche une mesure complète ah \ f/ue la nuit est belle. Quelquefois enfin la musique commence par une série de temps faibles : la brise est douce et parfumée.

C'est en ce qui concerne la voyelle atone qu'il existe souvent un véritable désaccord entre les deux rythmes et le désaccord le plus choquant II est vrai que \'e muet supporte une note généralement d'une moindre durée que celle de la tonique qui précède, et jamais en tout cas une note plus longue, mais quelquefois il y a égalité, ce qui est contraire au langage. Les musiciens l'ont senti et quelquefois ils ont su l'éviter. Ils ont employé pour cela deux moyens : tantôt ils ont fait abstraction de le muet, c'est ce qu'au point de vue de la versification faisaient nos anciens poètes à l'endroit de la césure, tantôt ils ont fait porter les deux notes sur la syllabe précédente, ce qui est bien conforme à l'effet produit dans le langage par \'e muet s'effaçant, les compositeurs devraient toujours agir ainsi, l'esprit et l'oreille ne seraient plus mécontents.

Il est fâcheux que les concordances nombreuses que nous venons de constater dans les bons opéras n'existent plus dans les autres et soient remplacées par les discordances les plus choquantes. La musique et la poésie sont deux sœurs dont les querelles sont désagréables au plus haut degré et dont l'accord serait divin, mais il est loin d'être réalisé ; cependant il s'établit généralement à la fin du vers.

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