Des progrès de la révolution et de la guerre contre l'église
Que la France et FEurope s'acheuiinent vers des rëvolutions nouvelles , c'est maintenant ce que chacun voit. Les plus intrépides espérances » nourries long-temps par Tinte'rét ou par Fimbdcillité , cèdent à Tévidence des faits , sur lesquels il n'est plus possible à qui que ce soit de se faire illusion. Rien ne sauroit demeurer tel qu'il est-, tout chancelle , tout penche : conturhatœ sunt gentes j et inclinata sunt régna ^. La persécution religieuse à laquelle le Pouvoir s'est laissé entraîner , et qui dépassera de beaucoup le point où. il se flatte de l'arrêter peut-être , donne à ses ennemis la mesure de sa foiblesse ^ et annonce sa ruine •, car toute faction qui a pu dominer le Pouvoir , le renversera tôt ou tard , et commander c'est déjà régner : le reste n'est qu'une simple forme. Dans cette position , il est naturel qu'on porte ses regards sur l'avenir, et qu'on cherche ^
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ea moditant les lois essentielles de la société , les chances de salut qu'il peut encore offrir , lorsque le désordre aura parcouru les périodes successifs de sa durée nécessaire. Nul autre moyen , d'ailleurs , de se reconnoître , au milieu de Teffroyable confusion des doctrines qui se croisent en mille sens divers , et des événements qui se précipitent. Il a donc fallu , pour juger des unes et d-es autres , les comparer avec la seule théorie sociale qui nous paroisse vraie et même concevable. Mais comme nous n'avons pu , dans un écrit de la nature de celui-ci , la développer complètement , ni l'environner de ses preuves, qui ne sont, en grande partie , que la tradition générale du genre humain et la tradition particulière de TEglise chrétienne , il se pourroit que quelques esprits ne la saisissent pas d'abord parfaitement j et c'est pourquoi nous prions qu'on ne se hâte pas de se prévenir contre elle , a raison de ce qu elle renferme d'opposé à certaines idées modernes , auxquelles l'expérience n'a pas du attacher beaucoup ceux qui tiennent à la stabilité des Etats et au bonheur des peuples. Nous espérons au moins qu'en nous lisant on sentira que nos désirs n'ont point d'autre objet 5 et, sous ce rapport , nous présentons cet ouvrage avec confiance à quiconque , dégagé des petitesses de l'esprit de parti , a une âme ca-
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palJ^' de comprendre les pures inspirations de la foi et le zèle désintéresse. Que les autres nous jugent comme ils voudront , qu'ils nous réfutent par l'injure ou par la violence ^ leur dernière et souvent leur unique raison, peu nous importe. Lorsqu en des temps semblables à ceux-ci , un homme îsold , sans appui , se décide a dire la vérité à toutes les forces qui abusent d'elles-mêmes, on doit croire qu'il sait à quoi il s'expose, et qu il est préparé à tout.
Nous demandons pour TEglisc catholique la liberté promise par la charte à toutes les religions , la libeité dont jouissent les prolestants, les juifs, dont jouiroient les sectateurs de Mahomet et de Bouddha , s'A enexîstoit en France, Ce n"*estpas , je pense, trop demander, çt vingt-cinq millions de catholiques ont bien le droit aussi de se compter pour quelque chose , le droit de ne pas trouver bon que Ton fasse d'eux un peuple de serfs , des espèces d'ilotes ou de parias. On s^est trop habitué à ne voir en eux qu'une masse inerte , née pour subir le joug qu'on voudra lui imposer. Le repos de l'avenir exige qu'on se détrompe à cet égard. Que le libéralisme s'en souvienne.
Nous demandons la liberté de conscience , la liberté de la presse, la liberté de l'éducation: et c'est là ce cjue demandent comme nous les
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catholiques belges , opprime's par un gouvernement persécuteur. Ils ont senti que , menaces d'une église nationale , ils ne pouvoient éviter le schisme qu en opposant à l'odieuse et lâche tyrannie du Pouvoir, les droits imprescriptibles des nations chrétiennes, et en les défendant avec cette énergie qui triomphe tôt ou tard, parce qu'à la longue il n'est point de puissance qui prévale contre ce qui est juste et vrai. Il ne s'agit point ici de querelles politiques , de systèmes d'administration-, il s'agit de ce qu'on ne peut sans crime ravir à nul homme quel qu'il soit , et il est temps enfin que les catholiques sachent si l'on entend les mettre hors de la loi commune , et les réduire à un esclavage tel qu'il n'en exista jamais d'égal dans le monde. Que l'on s'explique là-dessus, car alors la question changeroit. Jusque-là il est permis de discuter toutes celles qui se lient à de si grands intérêts : il est permis de réclamer ce qu'on ne sauroit refuser à personne sans violer les principes mêmes sur lesquels repose l'Etat, et les garanties les plus solennelles.
Cet écrit étoit achevé , lorsque nous avons acquis la certitude que la lettre de Rome , dont le ministère a voulu se servir pour diviser TEpiscopat , loin de contenir aucune approbation de3 Ordonnances, louoit au contraire les réclama-
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lions et la fermeté des Evêques , et ne parloit de la piété du Roi , que comme d'un motif d'espérer qu'il en modifieroit l'éxecution : et cette espérance eût été, certes, une entière et douce certitude , si le Roi avoit été maître de suivre en cela les religieuses inspirations de sa conscience et de son cœur. Les ministres répondront seuls de la violence qu'ils ont faite à ses sentiments connus , ainsi que de l'indigne fourberie par laquelle ils ont essayé de tromper les catholiques françois et leurs premiers Pasteurs.
Au reste , on ne sauroit trop admirer la noble constance qu'ont déployée presque tous ceux-ci. Fermes dans leur résistance aux dispositions antichrétiennes qu'ils avoient signalées dans les Ordonnances , il a fallu plus que du courage à M. Feutrier pour oser supposer leur adhésion , malgré les déclarations les plus formelles soutenues jusqu'à la fin. L'histoire , en dévoilant les impostures sans nombre accumulées par ce Prélat dans ses correspondances et dans le Journal officiel , dira ce qu'une sorte de pudeur nous empêche de dire avant elle.
Tandis qu'il s'efforce de surprendre la bonne foi des évêques et d'abuser la France sur leur pensée réelle , M. de Vatimesnil poursuit la persécution avec une ardeur qui lui a justement
mérité Ws éloges et la confiance de la factioii révolutionnaire. Déjà nombre d'écoles ont été détruites, beaucoup d^autres sont menacées de l'être prochainement*, et comme si le meurtre légal de tant dVtablissements ou la jeunesse trouvoit un asile contre Timpiété et les mauvaises mœurs , ne suffisoit pas à cet exécuteur des hautes-œu\res du libéralisme , il organise encore un vaste système d'espionnage et de délation , pour atteindre jusqu'aux curés qui , recueillant au fond des campagnes , dans la solitude de leurs presbytères , une partie des débris de ces grandes destructions , oseroient en secret parler de Dieu à quelques pauvres enfants , les instruire de sa loi , et les préparer à Fannoncer au monde. Grâce aux soins du ministre , des départements presque entiers ne tarderont pas d'être privés complètement de tout moyen d'éducation , et on reverrâ les jours de Julien l'Apostat , premier inventeur de ce genre d'attaque contre l'Eglise et le christianisme. La Religion en est réduite à regretter les temps du Directoire et de l'Empire -, et nous ne sommes encore qu'au commencement ^ et bientôt les catholiques seront soumis à de nouvelles et de plus dures épreuves. Puisse leur union les abréger ! Paisse le sentiment de leurs droits ouv^tte^ment violés , éveiller dans leurs coeurs Finébranlablc
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re^solution de les défendre! Paissent- ils , toujours soumis au Pouvoir véritable, prendre avec eux-mêmes l'engagement sacré de ne jamais courber la tête sous la tyrannie des factions, et de mourir plutôt que de renoncer à la liberté sainte que le Christ leur a acquise de son sang î Tels sont les vœux que nous formons, et ce sont des vœux d'ordre et de paix , car il n y a de paix et d'ordre que sous le règne , égal pour tous , de la justice et du droit.