‹ Des progrès de la révolution et de la guerre contre l'égliseChapitre 7 sur 15 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des Ordonnances du 21 avril et du i6 juin 1828.

<{ J'ai toujours cru , disoit Leibnitz , qu'on « réformeroit le genre humain , si on réforme moit l'éducation de la jeunesse ». Tout sort en effet de l'éducation , le bien et le mal , les croyances , les opinions, les mœurs , les sentiments , les habitudes. C'est par elle qu'un peuple est ce qu'il est ^ lui et non pas un autre 3 elle forme entre les générations successives le lien d'où résulte l'identité nationale , et perpétue , avec la langue , le caractère propre , le génie particulier des races diverses. Nul changement profond et durable ne sauroit s'opérer dans les idées , les institutions , les lois , à moins qne l'éducation ne subisse un changement de même nature : en elle est l'avenir tout entier : et voilà pour-

quoi j partout où la révolution a pénétré , elle a cherché d'abord à s'emparer de l'éducation 5 poussant à cet égard la tyrannie jusqu'à ses derniers excès , parce que , voulant créer soudain un ordre nouveau , une nation nouvelle , il lui falloit* séparer violemment l'enfance de ce qui l'auroit pu rattacher au passé , et dès lors la soustraire à l'influence , si puissante dans le premier âge , de l'esprit et des traditions de la famille. De là cet axiome de Danton proclamé aussi par Roberspierre ^ , et qui n^a pas cessé de servir de

* ce Vous lui imprimerez sans doute ( a l'éducation ) un ce grand caractère analogue a la nature de notre gouverct nement , a la sublimité des destinées de notre répucc blique. Yous sentirez la nécessité de la rendre comte mune et égale pour tous les François. Il ne s'agit plus et de former des messieurs , mais des citoyens; la patrie et a seule le droit d'élever ses enfants ; elle ne peut conte fier ce dépôt à l'orgueil des familles , ni aux préjugés ce des particuliers , aliments éternels de l'aristocratie et ce d'un fédéralisme domestique , qui rétrécit les âmes en ce les isolant, et détruit, avec l'égalité, tous les fondcte ments de l'ordre sociale. Rapport fait an nom du Comité de salut public , par Max. Roberspierre , sur le rapport des idées religieuses et morales avec les principes républicains ', et sur les fêtes nationales.

( »47 ) base à notre législation sur ce point : Les enfants appartiennent à la république avant d' appartenir à leurs parents : maxime qui traduite en langage clair , signifie qu'on ne reconnoît point d'autorité , de droit paternel , que la société domestique est une chimère , ou au moins un abus qu'on doit réformer , que l'unique objet du mariage est de fournir à rÉtat des petits de Tespèce humaine , qu'il fait élever comme il lui plaît , dont il dispose comme il lui plaît. Et ces détestables extravagances trouvent encore des défenseurs! et c'est là ce que répètent chaque jour , en termes équivalents , les parleurs de liberté ! Arrêtons-nous quelques instants sur un sujet d'une importance si grave. On ne nous accusera point d'adapter nos doctrines aux circonstances. Constamment étranger aux passions des partis , et les ayant tous , quels qu'ils soient , combattus tour à tour , nous nous sommes affranchis de la nécessité de varier avec eux ,^et en protestant ici ^ de toute l'énergie de notre âme , contre le système d'oppression qui pèse sur la France , nous n'aurons qu'a rappeler les principes que nous

avons soutenus sans interruption depuis quatorze ans.

On comprend d'ordinaire , sous le nom commun d'éducation, deux choses distinctes, quoique intimement liées , renseignement qui forme Thomme moral , détermine les croyances , règle les mœurs , et celui qui n'a pour objet que les connoissances purement humaines. Le premier, nécessaire universellement, est le fondement même de la société : il ne pourroit manquer tout--à-fait chez un peuple, sans que ce peuple ne tombât au dessous de la barbarie , dans un état pire que Tétat sauvage. Représentez- vous , en effet, un assemblage d'hommes dépourvus de toute nolion religieuse, ignorants de tout devoir, livrés, sans aucun frein, à l'instinct d'une nature brutale, et concevez, s'il vous est possible, une dégradation plus profonde, un plus complet anéantissement de tout ordre social imaginable. Préparer pour la société les générations naissantes, les introduire, en quelque sorte, dans la hiérarchie des êtres qu'unissent la justice et la vérité, voilà donc quel est le but de la véritable éducation. Et

( 1*9 ) comme elle ne se compose pas seulement de maximes spéculatives , et qu'elle consiste ^ au contraire , principalement dans un ensemble dliabitudes pratiques, qui garantissent la soumission de l'esprit et de la volonté à la loi du devoir, il s'ensuit, qu'embrassant toutes les actions et tous les instants de la vie, elle doit accompagner, animer, régler l'éducation secondaire, dont elle est inséparable, au moins pour Tenfance.

Afin d'éviter la confusion que pourroit faire naître l'emploi du même terme appliqué à des choses diverses, nous appellerons désormais simplement éducation celle qui a pour objet de former l'homme social , et instruction celle qui n'a de rapport qu'à la science proprement dite. Parlons d'abord de la première.

On a vu précédemment que la société politique, dans laquelle on ne peut trouver nn véritable lien d'union entre les hommes , supposoit Texistence d'une société. antérieure , immuable, universelle, comme la justice et la vérité qui en sont la base, et que cette société, spirituelle par sa nature, est ce que,

partout et dan^ tous les temps , on a nommé Religion. Hors d'elle il n'existe qu'mi ordre arbitraire , de relations externes établies par le hasard ou la convenance , maintenues parla force , et qui n'imposant aucune obligation morale, ne sauroient constituer jamais ni un droit ni un devoir. Il suit de là , que l'éducation , étrangère à l'Etat , appartient exclusivement à la société religieuse , puisqu'avant de connoître ses lois et de s'y être soumis, l'homme, indépendant par sa pensée, indépendant par sa conscience, n'obéit qu'à lui-même , à ses passions , à ses intérêts , et n'est pas même un être sociable.

Il n'y a , sous le rapport oii nous le considérons en ce moment , que trois positions possibles pour le gouvernement civil. Ou, comme chez les anciens peuples , l'Etat et la Religion ne forment qu'une seule et même société, de telle sorte que les lois religieuses soient aussi des lois politiques, et les lois politiques des lois religieuses , et alors, dans cette vraie théocratie, qu'on retrouve partout avant le Christianisme , et dans les républiques même de la Grèce, jusqu'à l'époque où, en-

vahies par une démagogie effrénée , elles tombèrent en dissolution; alors, dis-je, réducalion , soit politique , soit domestique , dépend toujours, et nécessairement de la Religion.

Ou la société politique , distincte de la société religieuse , est néanmoins, suivant un mode de subordination naturelle, intimement liée à celle-ci, comme il arriva quand le Christianisme eut fondé sur les débris du paganisme un ordre social plus parfait 3 et alors l'éducation appartient encore tout entière à la Religion , le Pouvoir civil se bornant à protéger son droit et à en faciliter Texercice , sans quoi il romproit à l'instant même le lien qui unit l'Eglise à TÉtat.

Ou enfin la société politique , s'étant séparée totalement de la société religieuse, a brisé l'unité de croyances, et indépendante de toute loi divine , proclame , sous le même rapport , l'indépendance de chacun de ses inembres; et alors, à moins de violer le principe qui la constitue ce qu'elle est, elle doit, en ce qui tient à l'éducation , établir une liberté universelle et absolue.

En effet; qu'on noiis dise en vertu de quel

droit le gouvernement s'en attribueroit la direction ? Si . à cet égard, il se substitue à l'autorité spirituelle, détermine les croyances par renseignement dont il dispose , fixe les devoirs , en un mot exerce sur la société une domination intellectuelle et morale dont il ne peut montrer d'autre titre que la force , il opprime les consciences que la loi déclare libres , il crée une espèce de théocratie civile monstrueuse, d'après laquelle le vrai et le faux , le bien et mal , le juste et l'injuste , dépendront uniquement de sa pensée et de sa volonté : c'est-à-dire, qu'il jette dans les âmes mêmes Ja base d'un despotisme sans limites, qu'il consacre à son profit la plus humiliante comme la plus détestable tyrannie, et qu'il ne lui reste, après avoir exigé des hommes cette obéissance dégradante , qu'à exiger encore leurs adorations, car il se fait Dieu. En même temps qu'on ne sauroit concevoir de servitude égale .à celle d'un peuple pour qui le pouvoir politique créeroit à son gré la vérité, la justice, il est impossible d'imaginer un renversement plus complet des principes sur lesquels repose notre législation

présente. Qu'est-ce que la liberté garantie par la loi fondamentale , si le gouvernement maître des doctrines ^ peut tenir à chaque père de famille ce langage : L'éducation m'appartient de droit, et en conséquence ton fils aura la religion que je voudrai , la morale que je voudrai ; c'est a moi de former, comme je l'entendrai, sa conscience et sa foi ?

* Que si Ton dit que le gouvernement ne se mêlera point de ces choses , qui sont hors de son domaine, il y aura donc une éducation indépendante de toute morale et de toute religion ? en d'autres termes , une éducation où n'entrera rien de ce qui constitue essentiellement l'éducation? On se gardera de parler à l'enfance de dogmes , de devoirs, de Dieu même , et les générations nouvelles seront élevées dans un athéisme absolu !

Pressé entre deux nécessités fatales, d'une théocratie civile , ou d'une éducation athée , le ministre à qui nous devons l'ordonnance du 2 1 avril , a eu l'habileté rare , en voulant éviter ces écueils terribles, de se briser à la fois sur l'un et sur l'autre.

Et d'abord , Fordonnaiice établit , de droit et de fait , la théocratie civile : car selon le ministre , « il faut que l'instruction soit relii{ gieuse , et il faut pour cela que les maîtres « aient une instruction religieuse-'. » Fort bien ; mais qui déterminera cette instruction religieuse ? « Voilà , continue le ministre , « de quelle manière a été établi le concours (c des deux autorités : le droit de décider a « été attribué à l'autorité civile ^ elle ad- « minisire après avoir pris des avis, mais <r d'une manière indépendante " ». J'adjure ici , au nom du bon sens , quiconque est capable de lier deux idées : si ce n'est pas là nettement avouer l'intention d'établir une théocratie civile, qu'est-ce donc? Aussi le journal semi-officiel en est-il convenu sans difficulté. « A qui faut-il ( ce sont ses paroles ) « donner la préférence entre le maire et le « desservant ? ou , en d'autres termes , quelle i{ estj en fait d'instruction primaire, dans les

' Discours de M. de Vatimesnil, dans la séance du 26 avril. Messager des Chambres du 27 avril 1828. • Ibid.

<c trente-cinq mille communes dont nous par- « Ions , rinfluence réelle et nécessaire? est-ce <i l'influence religieuse ? est-ce l'influence ci- {( vile? là est toute la question \ » Et comment Ta-t-on résolue ? En ôtant aux éyêques la suprématie des écoles primaires ^ ainsi que s'exprime le même journal. Heureuse donc la France, heureuse la jeunesse : soustraite désormais à l'influence épiscopale. M- de Vatimesnil se charge de lui faire administra tivement sa morale et sa religion.

Mais une religion quelconqne fera-t-elle réellement partie de l'éducation primaire? Prendra-t-on le soin d'inculquer à l'enfant la loi du devoir j de graver au fond de son cœur et de son intelligence la foi sans laquelle tout est incertain et désordonné dans la vie humaine ? Nullement. Il s'agit d'abord , il s'agit surtout de conserver précieusement à l'enfance son privilège constitutionnel de croire ou de ne pas croire , comme elle le voudra : et c'est pourquoi dans la manière dont M, de Vatimesnil exécutera l'ordonnance ^ les

* Messager des Chambres du i^r mai 1828.

dispositions qui ont trait à l'enseignement religieux , seront toujours une garantie de la liberté de conscience* « Par conséquent il est « nécessaire que , dans toutes les écoles prim^ii- « res, les enfants de toute religion^ soient mis ({ à même de connoître les vérités de leur re- « ligion =". )) L'instituteur enseignera donc toutes ces {hérités simultanément , avec toutefois certaines précautions ^ « afin que les enfants « puissent recevoir cette sorte d'instruction , <{ sans qu il en résulte aucun inconvénient » , c'est-à-dire , sans que « par des influences qui ^< seroient illégitimes, ils soient détournés de « suivre le culte de leurs pères. Voilà le vœu a de Tarticle i5 de l'ordonnance ' ». Il faut croire que celui-là au moins est légal. Quoi qu*il en soit, pour être impartial entre les divets cultes, et pour que chacun soit content 5 on enseignera toutes les religions ^ et elles seront toutes de ivraies religions*

» Discours de M. de Yatimesnil , dans la séance du u6 avril.

« Ibid.

( 1^7 ) Le ministre l'entend comme cela : voyez un peu s'il est possible d'être plus facile et plus obligeant. Que si l'on dit , qu à la rigueur , elles ne seront toutes vraies que dans les écoles mixtes; encore bien que ni l'ordonnance, ni le ministre , ne s'en expliquent nulle part , j'y consens très volontiers : ce ne sera qu'une merveille de plus.

Peut-être ajoutera-t-on , qu^en ce qui touche les écoles catholiques , l'ordonnance stîUue , article 9 , que celui qui aspire aux fonctions d'mstituteur , devra , pour obtenir l'autorisation universitaire , a présenter au (( recteur de l'académie, ou à l'examinateur a délégué par le recteur , outre le certificat « de bonne vie et mœurs , un certificat d'ins- « truction religieuse, délivré par un délégué « de l'évêque, ou^ à son défaut, par le curé « de la paroisse de l'aspirant »,

Il est vrai , et le minisire « conçoit que cet « article pourroit prêter à diverses objections, <( si l'attestation relative à l'iustruetion reli- « gieuseétoit exigée à une époque quelconque « de la vie de l'instituteur. Mais ce n'est pas <? ainsi que cela se fera, » — On ne l'exigera

à aucune époque ? — Vraiment si , laissez donc parler. « C'est avant l'obtention du bre- <{ vet de capacité qu'est exigée l'attestation , <( et ordinairement le brevet de capacité est « obtenu par des jeunes gens qui n'ont pas « encore atteint l'âge du recrutement '. »

Ainsi Ton sera toujours propre à devenir instituteur et capable d'enseigner la religion pourvu qu'on l'ait sue avant l'âge du recrutement. C'est en matière de catéchisme, Tâge critique, l'âge légal.

Mais enfin s'il arrivoit qu'à cet âge même , l'aspirant , comme on l'appelle , fût aussi ignorant qu'on lui permet de l'être plus tai'd , lui refuseroit-on l'autorisation ?

M. de Vatimesnil va vous répondre luimême : « Quelquefois il pourroit y avoir re- « fus d'accorder l'autorisation , ce seroit lors- « qu'il résulteroit des circonstances locales « que quelques inconvénients peuvent avoir « lieu 5 que la liberté de conscience qui a été « établie par la charte peut recevoir des at- « teintes. Hors de là, je vous prie de le croire,

Ihid.

« lorsque j'aurai l'honneur de présider le con- <( seil de l'instruction publique , Tautorisation « ne sera pas refusée ". »

De quoi d'ailleurs est-il question ? d'une simple formalité, a Un individu se présente <{ pour entrer dans Tinstruction primaire , on <{ lui dit : Remplissez les conditions qui pa- « roissent nécessaires. On lui dit remplissez « les conditions , comme on dit au jeune <( homme qui se présente pour faire son droit: « Produisez-nous un diplôme de baccalau- ({ réat *. y>

N'est-il pas en eifet assez naturel que le gouvernement avant de confier à un individu l'éducation de l'enfance, exige qu'il soit au moins bachelier en bonne vie et mœurs , bachelier même en religion ? Plus , ce seroit du luxe j attendu que « l'enseignement de la ^ lettre du catéchisme et non du dogme ^ fait « partie de l'instruction primaire '. »

X Ibid.

• Ibid.

^ Ibid.

Résumons ces extravagances. On enseigne dans les écoles mixtes , toutes les religions y et on les enseigne toutes comme également vraies. Dans les écoles purement catholiques , il suffît , et encore n'est-ce pas de rigueur , que l'aspirant ait su quelque chose de la religion , avant l'âge du recrutement. On j enseigne la lettre du catéchisme y et non le dogme ; il y est défendu d'expliquer à l'enfance cette parole : Je crois en Dieu,

Donc , selon l'ordonnance commentée par le ministre, l'éducation primaire est athée.

Certes , personne ne s'en étonnera. Mais ce que nous désirons surtout qu'on remarque , au sujet des contradictions de la doctrine ministérielle que nous venons d'examiner , c'est le combat des deux principes qui luttent dans la société. Le principe de despotisme cherche à se développer, et aussitôt un instinct sûr avertit le pouvoir qu'il faut à\hoYà substituer l'influence civile à [influence religieuse y c'est-à-dire, dominer, asservir l'Église, dont l'indépendance forme un obstacle éternel à ses desseins. Une suprématie de

fait 5 sans schisme apparent, voilà ce qu'il voudroit. Mais le principe d'anarchie , qui tend aussi et plus énergiquement à se développer, a besoin pour y parvenir de l'entière destruction du christianisme , et , avec les forces que lui prêtent les institutions, les lois , l'opinion, il pousse le gouvernement de ruine en ruine, et au lieu de lui permettre d'usurper à son profit le droit des évêques sur l'enseignement , le contraint de consacrer l'athéisme de l'éducation.

On a vu, qu'à moins d'établir une efîi'oyable tyrannie , elle doit ou dépendre exclusivement de l'autorité spirituelle, si TÉiat reconnoît une pareille autorité, ou demeurer entièrement libre. Quant à Tinstruction qui a pour objet les connoissances purement humaines, considérée dans sa liaison intime et nécessaire avec la véritable éducation , il est évident que les mêmes principes s'appliquent à l'une et à l'autre. On ne conçoit , sous aucun rapport , à quel titre le gouvernement interviendroit dans l'instruction. Rien de plus libre par son essence, de plus indépendant

du pouvoir politique \ Les connoissances appartiennent à tous , comme la lumière du soleil. Elles sont le domaine commun de la société 5 des familles , des individus. Il n'est personne qui n'y ait un droit naturel et inaliénable. Seulement quelques-uns possèdent plus de moyens que d'autres de les acquérir : et encore en cela la Providence à pourvu au maintien de l'ordre temporel , que troubleroit un développement trop rapide et trop étendu des facultés intellectuelles dans une grande masse d'hommes, en les dégoûtant de leur état et les enlevant aux travaux indispensables de Fagriculiure et de l'industrie , sans que , du reste , il en résultât pour eux aucun bien réel. L'équilibre entre là science utile et celle qui nuiroit , s'établit de soi-même par la liberté. Il se forme naturellement une hiérarchie d'écoles proportionnées chacune , dans les degrés divers de Tinstructioû qu'elles

» Cette -vérité est consacrée par lé langage même des nations chrétiennes, qui unissant, d'une nïani ère inséparable , l'idée de science et celle de liberté , disoient avec raison , non pas le royaume , mais la république des lettres.

répatldenf , aux besoins , aux désirs , aux ressoUi'ceè des difFérentes classes de la Société ; la Religion même en fonde de! grattiifes , de sô^te que , depuis la plus humble condition jusqu'à la plus haute , tous peuvent patticipet à cet enseignement gradué, et que ïîiil n'est condamné nécessairemeut à rignof auce , par le désavantage de la position où sa nais^ sance l'a placé.

Le monopole de Tinstruction, qui produit TefFet contraire et ferme inexorablement les sources dd savoir à Fimmense majorité de 1^ population , étôit lin genre de tyl'annié totalement inconnu au monde avant Buonaparte. Né concevant le pouvoir que sous la forme du despotisme le plus absolu , le despotisme niilitaife, il essaya de partager la France eU deui catégories. Tune composée de la masse du peuple 5 en paï'tie destinée à remplir les vastes cadres de son armée ^ et disposée p^t FabrUtisseftient oii il la vouloit maintenir, à une obéissance passive et à un fanatique dé'vouement 3 l'autre, plus élevée à raison de sa seule richesse , devoit conduire la pi'emière , selon les vues du chef qui les dofniboit égalc^

ment, et pour cela être formée elle-même dans des écoles où , en même temps qu'on la dresseroit à une soumission servile et , pour ainsi dire, mécanique , elle acquerroit les connoissances relatives surtout à l'art de la guerre et à une administration matérielle. Les liens de la vanité et de l'intérêt dévoient ensuite l'attacher à sa personne , et l'identifier , en quelque sorte , à son système de gouvernement. Telles furent les pensées qui présidèrent à la création de l'université impériale. Ce ne fut en réalité qu'une application des ' maximes de Roberspierre. Buonaparte, au reste , régna trop peu pour aflPermir son ouvrage 5 et pour recueillir tous les fruits qu'il s'en promettoiL Cependant il y avoit dans la volonté de cet homme extraordinaire une si étonnante vigueur , et tant de prestige dans . sa gloire j qu'au moment où il succomba presque toute la jeunesse françoise étoit déjà comme emportée dans la sphère de son sinistre génie.

Après lui TUniversilé devint ce qu'elle a continué d'être , premièrement une odieuse institution fiscale, vexatoire pour les familles.

( «65 ) sans aucun avantage pour l'État forcé , au contraire, d'ajouter annuellement une somme considérable au produit de la subvention, nous ne disons pas illégalement, mais tyranniquement perçue : secondement , un moyen d'oppression religieuse , ainsi qu'on le verra bientôt : et enfin une violation directe et permanente des droits les plus sacrés qui puissent exister sur la terre. Car, d'une part, le gouvernemenC contraint d'acheter, au prix qu'il y met , l'instruction qui , par sa nature , doit être libre et accessible à tous; et, de l'autre, il oblige les pères de famille , ou à souffrir que leurs enfants demeurent privés de toute instruction , ou à les exposer, dans des écoles dangereuses , h perdre leurs mœurs et leur foi. Certes, nous le répétons, jamais, depuis Torigine du monde, un si exécrable despotisme n'av oit pesé sur la race humaine, et si quelque chose prouve à quel point la vraie notion de la liberté s'est altérée de nos jours , c'est sans doute la honteuse patience avec laquelle on l'a supporté jusqu'à présent.

Quand , pour le justifier , le ministère nous parle de je ne sais quel droit de surveillance,

que personne , dit-il, ne conteste à Tajiminist.ration ' 3 ignore-t'-il donc que , hors les cas prévus par les codes , et qui rentrent dans le ^domaine de la justice .cominnne , ce droii qu elle appelle de surveillance est au contraire précisément ce qu'on lui contesle. En ce qui tient à Tinstruelion, il est clair quil n'existe point de surveillance imaginable ; car, dans l'ordre des connoissanees purement humaines, tout est bon, ou indifférent en soi. Et quant à l'éducation, réelje, ou aux doctrines religieuses et morales , elles ne sauroient la reigarder en rien , ni suivant les principes cons^ tamment admis, ni selon les maximes sur lesquelles repose notre législation actuelle. Son intolérable prétention de surveiller les doctrines, n'est que la prétention de les dominer, et d'imposer, par un enseignemj^tit exclusif, celles qu'il lui plaira de foire prévaloir , c^est-à-dire, toujours celles qu'elle jugera le plus conformes à ses intérêts ; et encore quelle distance énorme d'une simple

^ Messager jdu i5 juillet 1828,

surveillance au njonopole entier de Tipsiruction 1

Ici tous doivent être d'accord, quelles que soient d'ailleurs leurs opinions 5 il ne doit y avoir qu'un sentiment pour repousser cette indigue oppression morale et intellectuelle 3 et puisqu'on parle de liberté , qu'on commence donc p^r briser les fers dont on s'efforcç (J çncb^LÎner les kwes mêmes.

Une seule chose aujourd'hui est du ressort du gouvernement , c'est de favoriser la diffusion ^t le progrès de la science , en instituant des cours élevés que chacun puisse suivre librement. L'Université telle qu'on Taftite , et en générfil Iç régime de collèges , tue les fortes études , et c'est une des causes principales de l'infériorité de la France sous ce rapport. Au Jieu de persécuter , au lieu d'opprimer , fondez, sur une grande échelle, des institutions analogues à celles qui existent en Angleterre et surtout en Allemagne , alors vous rendreai aq pays \in service réel, alors cette ardeur de savoir qui tourmente la génération nouvelle produira un vrai développement du génie national. Voilà ce que réclame de vous

Félat du siècle et des esprits. Mais, ne fûtce que par pudeur , ne nous vantez pas votre zèle pour la science, lorsque vous ne savez qu'étendre votre hideux despotisme jusqu'au catéchisme et au rudiment.

Le progrès en ce genre a été rapide , et il le deviendra davantage chaque jour. L'ordonnance du 2 1 avril n'étoit que le prélude de celles du 16 juin , dans lesquelles le ministère , s'élevant au-dessus de tous les droits et de toutes les lois, a déployé, comme on devoit s'y attendre, avec tout ce qu'il y a naturellement de violence dans sa lâcheté , un luxe de tyrannie qui n'avoit point encore eu d'exemple. Il ne reste plus rien à dire sur ces Ordonnances fatales, qui provoquèrent, dès qu elles parurent, les saintes réclamations de l'Épiscopat françois ^ , dont M. Févêque de Chartres et quelques autres prélats, non moins vénérables par leurs vertus que par leurs lumières , ont signalé les vices et le caractère anti-chrétien, tandis que MM. Lau-

* Voyez les Pièces justificatives, N" V.

rentie, Berryerfils, O'Mahony, et tous les écrivains attachés à la cause catholique , montroient ce qu'elles renferment d'illégal , d'odieux, d'oppressif, et en prédisoient les suites funestes.

La première , signée Portails , expulse les Jésuites des petits séminaires qu'ils occupoient, au nombre de huit. Cet acte d'injustice administrative étoit depuis long-temps sollicité, avec des cris de fureur, par la révolution. Elle vouloit , comme Voltaire , manger du jésuite y et M. Portalis s'est chargé d'apaiser sa faim. Ce n^est ici ni le lieu , ni le moment de juger la Compagnie de Jésus 5 et de chercher entre les calomnies de la haine et les panégyriques de l'enthousiasme, la vérité rigoureuse et pure. Rien de plus absurde, de plus inique, de plus révoltant, que la plupart des accusations dont elle a été Fobjet. On ne trouveroit nulle part de société -dont les membres aient plus de droit à Tadmiration par leur zèle et au respect par leurs vertus. Après cela, que leur institut, si saint en lui-même , soit exempt aujourd'hui d'inconvénients, même

( »7û ) graves , qu'il soit suflisamment approprié à Tétat actuel des esprits , aux besoins présents du îiQQnde, nous ne le pepsons pas. Mais, encore une fois , ce n est ici »i le lieu m k moment de traiter cette grande question , et nous ressentirions une peine profonde , s'il nous écliappoit une seule parole qui pût contrister ce? bommes vénérables , à Finstant où le fanatisme de rjrppiété persécute sous leur nom rÉglise catholique tout entière.

]Et à quel titre les poursuit-on ? Où est la loi qui interdit au^i François de se réunir pour yivr^ enseipble , d'après un mode d'association convepu , et suivant une règle vor lontgiirement acceptée, en ne réclamant d'ail- Içurs aucun privilège , aucune exemption du droit eommuq ? Que 8} cette loi n'existe point (et Top défie de la produire), si l'on n'a pa§ enqorq annoncé la prétention de pépétrer dans la conscience pour lui demander corqpte des devoirs qu'elle s'est imposés , des engageinenl^ intérieurs , qu'au fond du sanctu^^irç sa,^vé ouvert à Dieu seul, elle a pu contracter envers lui 3 en vertu de quelle ipaxipie oscf t-on ravir administrfitiveipent à

■(ï70 quelqp^s gommes, une liberté que le législateur accorde à tous indistinctement ?

Ce n'est pias là ce que nous faisons , s'écrient les ministres : et cela est vrai , car ils font pis, Déclarer francbement qu'on met hors des lois une classe de François , par cela s^ul qu'on le v^eut et qu'on est le plus fort , seroit moins odieux mille fois , que de prétendre , AVeç toutes le^ ruses d'une basse hypocrisie y légitipîer la persécution. Vous êtes libres , 4isentfils aui^ catholiques 5 de vous lier par des vœux que l'État ne connoît point , sur lesquels il n'a ni ne peut avoir aucune autorité dans je for intérieur. Il vous est permis d'étr* nsiembres d'une congrégation religieuse , coninje au protestant de s'agréger à la communauté des Frères Moraves. Nous ne voulons pas plus gêner votre conscience que la sienne, A Dieu ne plaise que nous portions la moindre atteinte à la liberté voulue, garantie par la Charte. Ministres , tel est votre langage : voyons maintenant vos actes.

« Voulant pourvoir à l'exécution des lois « du royaume ,

« Nous avons ordonné et ordonnons ce qui a suit :

« Art. 1^^. A dater du i^' octobre pro- (i chain , tous les établissements connus sous « le nom d'écoles secondaires ecclésiasti- « ques y dirigés par des personnes apparte- <( nant à une congrégation religieuse non au- « torisée , et actuellement existants à Aix , <( Billom 5 Bordeaux , Dôle , Forcalquier , « Montmorillon , Saint- Acheul et Sainte- « Anne-d'Auray , seront soumis au régime « de rUniversité.

« 2. A dater de la même époque , nul ne pourc< ra être ou demeurer chargé soit de la diree- <{ tion j soit de l'enseignement dans une des <{ maisons d'éducation dépendantes de l'Uni- « versité , ou dans une des écoles secondaires « ecclésiastiques 5 s'il n'a affirmé par écrit « qu'il n'appartient à aucune congrégation re- <{ ligieuse non légalement établie en France '.»

Ceci est clair , je vous entends 3 mais entendez aussi la voix de vingt-cinq millions de

* Ordonnance du 16 juin.

catholiques, à qui ces dispositions oppressives ont arraché simultanément un cri de surprise et d'indignation. Comprenez tout ce qu'elles renferment de contraire aux droits les plus sacrés , ainsi qu'à ces lois du rojaume y à Uexécution desquelles vous voulez pourvoir ^ dites-vous.

Vous violez le droit de propriété , en dépouillant des hommes qui n'ont enfreint auc\me loi quelconque , d'établissements formés par eux sous la protection de la loi même.

Vous violez les droits de Tépiscopat , en soumettant , par un simple acte de votre volonté , au régime universitaire des écoles ecclésiastiques sur lesquelles vous n'avez ni ne pouvez avoir aucune autorité légitime.

Vous violez les droits des pères de famille , en leur enlevant le moyen de faire élever leurs enfants selon les principes de leur foi , et dans la pratique , sujQiisamment assurée pour eux , de la religion qu'ils professent.

Vous violez avec la Charte les droits de tous les François , en créant à votre bon plaisir des incapacités civiles résultantes j non pas d'un motif de l'ordre, civil , mais d'une

cause purement religieuse , d'une condition prise dans PintéHetii' de la conscience : iniquité telle qu'elle à révolté jtisqu aux i*édacteuts libéraux dO Globe \

Voiis violez là cotrscience mêmeî, en forçant dés bonimeë à révéler contre eu^i lin secfet dont ils ne doivent compte qti'à Dieu seul, ou à mehtir pour échappef à votre oppression.

Vous étiïblissez une inquisition dont Henri VÏII y dans ses plus grands excès , n'a pas fourni d'eXettiple , cat il n'obligeoiÉ pas les catholiques d'être eUx-mémes leurs délateurs.

* « Voila une étrange règle imposée au pays I C'est la loi du Test de PAngletéiîTe , et comment imposée ! Ce mot de étyngtégaiion , qui ne signifie |)as Corporalîon , qui ne rappelle aucun des engagements des anciennes com^ munaiités religieuses , aucun des droits que notre vieiEc régime leur conféroit , ce mot seul de congrégation couvre tni crime , trtipatXt urie incapacité civile ! . . . En vérité , notis n'y cônc'évoiiS' rieti ; è'est faire de l'absurde pour le seul plaisir d'en faire ^ c'est créer un antécédent déplorable , c'est renouveler les billets de confession, les déclarations de civisme; c'est commander l'h^^pocrisie , le mensonge , et ïe Commander sans nécessité.:»» Le Oldbe.

Vous viole* les droits de TEglise , et vous l'insultez, en excluant de l'enseignement ceux à qui elle donne mission particulièi*e d'enseigner, ceux qui font une profession plus étroite de la perfection qu*elle recommande aux chrétiens.

Vous violeî^ plus directement encore ses droits divitis , en étendant à ses propres écoles cette exclusion monstrueuse.

Voilà les libertés dont la France vous rend grâces 5 elle en avoit déjà connu de semblables, de plus étendues même , sous 1 Empire et auparavant^ mais elle peut désormais espérer de tout recouvrer. Misérables aveugles , digues d'une immense compassion , l*a venir vous apprendra ce que vous ne savez pas encore , combien petite est la distance qui sépare l'homme de peur de l*homme de crime. La révolution vous applaudit : je le crois , certes : que faites-vous qu'obéir à ses injonctions? Opprimez, persécutez , tyrannisez à son profit f sa reconnoissance nous vengera.

Vous parlez comme elle de l'ordre légal : et que veut dire ce mot ? Il y a eu, je pense , plus d'un ordre légal de lygSà 1828. Tout

( '76 ) cela, étoit-ce l'ordre véritable , la justice , la liberté ? Suffît-il que la force commande, pour qu'il y ait ordre , pour qu'il y ait loi ? Répondez , ceci est grave. Quand la loi conduis oit sur la place Louis XV celui qu'en ce moment je n'ose nommer, qu'étoit-ce à vos yeux que cette loi ? Lui devoit-on respect , soumission ? J'attends ce que vous direz. Mais vous ne direz pas que le régicide , les proscriptions , les spoliations , et tant d'autres forfaits fussent ce que vous appelez l'ordre légal. Il existoit alors aussi cependant une force 5 un pouvoir public. Il y a donc un ordre contre lequel la force, le Pouvoir ne peut rien , une Loi qui juge les lois mêmes. Qu'estce que cette loi ? La connoissez-vous ? Et dans le conflit entre elle et les volontés arbitraires, oppressives de la puissance humaine, qu'y a-t-il à faire ' ? Imprudents ! quel vertige vous étour-

» Ce qui a donné naissance a la théorie moderne de l'ordre légal , c'est premièrement le besoin d'un prétexte pour opprimer avec une apparence quelconque de droit ; secondement, la nécessité où se trouve le libéralisme dogmatique , après avoir rejeté toute règle de justice

dit ; et comment ne tremblez-vous pas de contraindre la France à poser ces questions terribles , et à les résoudre peut- être ?

Il nous reste à parler d'une troisième orimmuable et divine , et par conséquent détruit la notion du devoir , de soutenir ou qu'on n'est Jamais , et en aucun cas , tenu d'obéir a ce que le Pouvoir commande , maxime qui renverse immédiatement lâ société; ou qu'on doit toujours obéir a la loi , quelle qu'elle soit , c' est-a-dire , aux prescriptions arbitraires de la force actuellement prédominante. Au contraire, le Christianisme ne séparant jamais ces deux choses également saintes , également indispensables , l'ordre et la liberté , ordonne d'hêtre soumis a la puissance , c'est-a-dire , à l'autorité et à la raison; et fixant aussitôt, pour prévenir la tyrannie , la règle et les limites de cette soumission , il déclare qu'elle n'est due c^aux commandements justes et raisonnables , selon Dieii , l'autorité ecclésiastique,, et le droit civil. Il nous semble pourtant qu'il y a quelque dignité dans cette doctrine , et qu'à tout prendre cela n'est pas trop mal pour le neuvième siècle. « Si quis potestati regiaî , quae non est , juxta ce Apostulum , nisi a Deo , contumaci ac inflato spicc ritu contra auctoritatem et ralioiiem , pertinaciter te contradicerc pra:sumpserit , et ejus justis ac rationace bilibus imperiis socundum Deum et auctoritatem ecclecc siaslicam ac jus civile obtemperare irrefragabiliter ho- « luerit , anathematizetur «. Concil. Parisiens. ; aliàs keldens. 846, c. XV.

(178) donnancej qui complète le système de persc^cution suivi par le ministère , sous la direction du libéralisme. A raison du caractère de rhomme qui Fa provoquée , celle-ci est en quelque sorte empreinte d'un sceau particulier , et comme de je ne sais quel signé semblable à celui que Dieu imprima sur le front de l'auteur du premier meurtre. La Providence a permis qu'un évêque se rencontrât , qui , possédant tout ce qu'il falloit pour préparer un schisme , et sentant au fond de lui-même le triste courage d'être dans l'Eglise , ce qu'étoit , selon les doctrines de l'ancien Orient , Abriman dans l'univers , n'a point été effrayé de se rendre comme lui le chef de ceux qui nont point de chef.

Il a dit au Roi : « Il s'écoulera bien des an- <{ nées avant que le personnel du clergé soit « en proportion avec les besoins de la France , a et que les évêques puissent répondre aux « instantes prières de toutes les populace tions qui demandent des pasteurs M> : en

» Rapport au Roi par M. Feutrier, évêqiie de Beauvais. Messager du i8 juin 1828.

( 1/9 ) conséquence, je propose à Votre Majesté de réduire de moitié le nombre des élèves qui annoncent l'intention de se consacrer au saint ministère.

Il a dit aux familles : Vous avez une répugnance naturelle ' à permettre que vos enfants embrassent une carrière semée de tant de dégoûts et que chaque jour on rend plus pénible ; eh bien , sachez désormais à quoi vous les exposez , en souffrant qu'ils éprouvent leur vocation dans une école ecclésiastique : s'il leur arrive plus tard de reconnoître qu'ils n'étoient pas réellement appelés , ils perdront tout le fruit de leurs études, l'accès de toute autre profession leur sera fermé , le grade de Bachelier es-lettres , exigé pour être admis dans les écoles de droit , de médecine , etc. , leur sera complètement inutile ■.

Il a dit aux Évêques : Vous avez entendu de la bouche de Jésus -Christ cette parole : Allez et enseignez ;el moi je vous dis: Vous n'en-* seignerez pas sans l'autorisation royale; vous

« ihid.

• Ihiil

n'aurez d'écoles qu'autant qu'il plaira au pou^ voir civil , et pour rendre plus efficace sa surveillance sur votre enseignement , il est enjoint auoc supérieurs et directeurs nommes par vous^ de ne commencer leurs fonctions qu après avoir obtenu son agrément ^.

Il a dit à Dieu : Ton sanctuaire est désert, tes autels sont abandonnés 3 les petits enfants dem,andent du pain^ et Un y apersonnepour le leur rompre ^ ; leurs cris m'importunent 3 je te permets donc de te choisir vingt mille prêtres parmi les François ; mais pas un de plus , entends- le bien !

On sent qu'il n^est pas question de discuter des droits , lorsqu'ils sont tous si clairement violés j et avec tant d'audace. Mais comme il falloit au moins un prétexte, quel qu'il fût, on a parlé des intérêts de l'Université , et pour venger le monopole , et propager le bienfait d'une éducation généralement accusée d'être anti-clirétienne , un évéque a frappé le sacerdoce dans sa racine. Et si on lui demande

Ibid.

* Jerem. Thren. , IV, 4-

( j8iJ

raison, au nom de Jésus-Christ, de cet énorme attentat contre sa doctrine , ses lois , et, puisqu'il faut le dire, contre sa rédemption même , dont il ose ravir le fruit aux populations qui^ dans leur délaissement, sollicitent des pasteurs avec d'instantes prières * , que répondil ? « Je pense avec un orateur entendu avec « faveur sur ce sujet , que les discussions ca- « tholiques et religieuses sont dépfiacées à «'cette tribune. Le clergé ne doit être ni atta- <{ que avec amertume , ni défendu avec cha- « leur et enthousiasme ». » Il s'est mis, certes , fort à Pabri de ce dernier inconvénient.

Mais remarquons ici les inconséquences des partis, et combien, souvent, il y a loin de leurs principes à leurs œuvres. Le libéralisme proclame avec faste la liberté, il abonde en protestations de son amour pour elle 3 et quand on attaque , dans un sens opposé au catholicisme , toutes les libertés religieuses ensenvble ,

Ka«i^

' Rapport au Roi par M. l'cvêque Je Beauvais. ' Discours de M. Feutricr, dans la séaucedù 7 juillet, Messageries Chambres du S juillet iSiS^.

et jusqu'aux libertés naturelles de la famille, ii applaudit et tressaille de joie.

A l'entendre, quoi de plus odieux que le monopole et le privilège? 11 ne combat, si 1 on veut l'en croire , que pour en affranchir le monde. A tnerveille 3 mais s'agit-il du privilège de l'éducation, du monopole des doctrines et de tout ce qui forme Ibomme moral et intellectuel , il trouvera bon que le gouvernement se l'arrogé, il le pressera même d'établir une servitude au dessous de laquelle on ne peut rien concevoir , et si les prêtres élèvent la voix pour réclamer en faveur du droit paternel et de la liberté de conscience , il taxera de rébellion cette résistance à l'esclavage, et provoquera contre eux les violences du Pouvoir qu'il domine , et qu'il pousse impérieusement à la tyrannie.

Il affecte un grand zèle pour l'instruction du peuple, il veut qu'oa la répande jusque dans les dernières classes de la société, et reprochant à TEglise d'étouffer les lumières, il Faccuse de tenir les hommes dans une ignorance profonde , afin de régner sur eux plus

aisément , après les avoir abrutis. Si je comprends bien ces accusations, il fàudroit que l'Eglise , pour répondre aux besoins du siècle et aux désirs du libéralisme , s'occupât d'instruire la population ignorante : je ne saurois y trouver un autre sens. Qu'arrive-t-il néanmoins ? On dit au clergé : « Vous multipliez vos écoles au delà de « toute mesure; vingt-cinq mille enfants qui « ne se destinent point k l'état ecclésiasti- « que, y sont instruits par vous, la plupart « gratuitement». Aussitôt le libéralisme, enflammé de colère , demande qu'on supprime au plus vite ces écoles illégales , et qu'on ne tolère que celles de l'Université , qui n'ouvre ses portes qu'aux enfants des ricbes. Est-ce assez de passion et assez de misère ?

Lorsque les Ordonnances que nous venons d'examiner rapidement parurent , tous les catholiques se sentirent blessés dans leur foi, dans leur conscience, dans leur liberté , et l'opposition qu'elles éprouvèrent révéla aux ministres ce qu'ils ignoroient , la puissance de l'esprit religieux en France , puissance que l'on connoî-

tra bien mieux encore plus lard. Les évêques, donnant l'exemple qu'on attendoit d'eux , se refusèrent à Texécution de ces mesures tyranniques et anti-chrétiennes. Alors le ministère 5 pressé entre Tépiscopat et la révolution j négocia, usa de ruse : il promit à l'une des violences, et à Tautre des ménagements, sans satisfaire personne. Un agent quil avoit, dans son embarras , expédié en toute bâte à Rome, en rapporta une lettre mystérieuse dans laquelle , dit on , le secrétaire d'Etat , de nulle autorité d'ailleurs dans l'Eglise , engageoit les évéques à s'en rapporter à la piété du Roi') comme si le Roi étoit maître en cela de suivre les pieuses inspirations de son cœur, comme si sa piété personnelle changeoit la nature des choses, et rendoit moins désastreuses des dispositions où tout le monde voyoit la violation des droits les plus sacrés ^ la ruine du sanctuaire , et le commencement d'une vaste persécution. La révolution, irritée de cette intervention étrangère ^ éclata en murmures et en menaces , et le ministère , gprès s'être de son mieux excusé près d'elle,

ne songea plus qu'à tirer parti , ou pluîôt à abuser de la lettre obtenue , pour opérer , au moins , une division parmi les évêques. 11 y a toujours des hommes qui tremblent de résister, et à qui le devoir pèse. Leur peur attentive cberche de tous côtés et leur conscience saisit avidement un prétexte , quel qu'il soit , de se soulager de ce poids incommode. Sous ce point de vue le ministère ne calculoit pas lout-à-fait mal peut-être.

Au moment où nous écrivons ceci , on ne sait pas encore quel sera le résultat final de ses efforts. Si des exemples déplorables ont été donnés j d'autres, et plus nombreux, ont aussi consolé la foi. La foiblesse est de l'homme, et ne sauroit étonner; mais la force, qui vient de Dieu seul , remplit l'âme d'une joie d'autant plus grande , qu'elle le montre comme présent dans son Eglise, pour l'assister selon ses promesses. Sous sa puissante main , qui ne seroit en paix ? Au i^este les choses ne peuvent demeurer au point où les ont amenées la haine révolutionnaire et la lâcheté de l'administration. Nous essaierons

bieiilut d'indiquer Ta venir qui se prépaie ; mais auparavant il est nécessaire de discuter certaines maximes par lesquelles le ministère a voulu justifier ses actes , et que le libéralisme a adoptées avec empressement.

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