‹ Des progrès de la révolution et de la guerre contre l'égliseChapitre 8 sur 15 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Maximes officielles établies à l'occasion des Ordonnances Portails et Feiitrier.

Rien de pins important pour l'Église que de bien connoîlre les doctrines des souverainetés temporelles avec lesquelles elle est en rapport ) car ces doctrines étant constamment la règle de l'administration et formant l'esprit qui Tanime , donnent à l'ensemble de ses actes une tendance invariable, et déterminent la nature des relations qui subsistent entre la Religion et l'État. Quand ces doctrines sont pures 5 il y a , entre Tun et Fautre , harmonie parfaite. Dans le cas contraire , une lutte s'établit^ et cette lutte toujours plus vive ne peut finir que de deux manières , ou par le retour de la souveraineté aux vraies doctrines qui ne changent point, ou par une séparation ouverte et complète de l'État et de la Reli-

gion. L'erreur des gouvernements est de s'imaginer que, par adresse et par violence, ils parviendront à forcer l'Eglise de se modifier sur leur système propre , et qu'ils atteindront ainsi , sans révolution ni secousse , le but qu'ils se proposent. Mais ils s'abusent étrangement en cela. L'Eglise qui ne rompt jamais qu'à la dernière extrémité et lorsqu'elle arrive aux limites posées par Dieu même de la condescendance permise, se prête d'abord à tout ce qui est absolument possible, use de ménagements , évite les chocs directs , élude les questions d'où naîtroit une guerre décisive et une scission déclarée, dissimule les torts que la passion aggraveroit, sielleenexigeoit la réparation , prolonge , attend , exhorte , imite enfin , dans sa conduite , celui qui est patient, parce qu'il est éternel. Ainsi vont les choses pendant quelque temps. Mais, comme rien ne s'arrête dans le monde, que tout y est progressif , il vient un moment oi\ le Pouvoir, d'usurpation en usurpation, exige ce que l'Eglise ne peut accorder. Il veut réaliser sa doctrine tout entière , et pour cela il est contraint d'attaquer, non plus seulement

( ï89 ) des droits partiels , mais l'existence même de l'Église. Alors, au lieu de la subjuguer, comme il Tespéroit, il perd ce qu'il avoit d'influence sur elle et par elle. Une fraction du clergé se livre ou se vend, et devient, 50US les fers dont on le charge et l'opprobre qui s'attache à son apostasie , une église nationale, c'est-à-dire , une église nulle; tandis que la vraie Eglise , plus libre et dès lors plus forte, rentre par le schisme même, dans la pleine indépendance qui lui appartient. Elle ressaisit, d'une main ferme et sure^ les rênes de son empire immortel, et du sein de la persécution soulevée contre elle , gouvernant avec plus d'autorité que jamais, les intelligences, qui ne vivent que de la vérité dont ses enseignements sont la source, elle prépare au monde de nouveaux destins.

Nous avons précédemment essayé de faire voir, qu'en même temps que le libéralisme tend, par ses erreurs, à détruire le christianisme et toute société spirituelle, les maximes du gouvernement, empruntées à la monarchie despotique de Louis XIY , constituent dans leur application, un système d'envahis-

sèment progressif ^ dont le dernier résultat seroit rasservissement total de l'i^^glise , et par conséquent le schisme , car TÉglise ne peut ni périr, ni subsister asservie. Et comme on pourroit penser qu'en tirant , avec une rigueur logique, les conséquences des principes qui règlent l'action du pouvoir civil , nous avons été au delà de ses doctrines avouées et pratiques , nous voulons montrer ces mêmes conséquences reconnues nettement et dogmatiquement exposées par Tadministration , sans qu elle ait pu s'en défendre , lorsqu'elle a voulu justifier les Ordonnances illégales et tyranniques du 21 avril et du 36 juin» Pour légitimer ses violences , illui falloit nécessairement une théorie de l'oppression , et cette théorie fournit tout ensemble un sûr moyen d'apprécier ses actes , en révélant l'esprit qui les a dictés , et un grave sujet de méditation sur les nouvelles épreuves que le catholicisme doit subir dans un avenir prochain.

Et d'abord on avoue que l'Eglise, originairement séparée de l'État , sous les empereurs païens , jouissoit alôris d'une complète indé-

( 191 ) peiidance. « Tant que Constantin n'a pas v< pos(^ la croix sur son diadème , FEglise eut <( une constitution indépendante des lois po- <{ litiques , cela devoit être , elle étoit en <{ dehors de la société ; el le se gouvernoit « par ses Pontifes , ces Pontifes n avoient « de compte à rendre à personne » : et pourquoi ? « parce qu'au lieu de protection , les « rescrits les livroient aux licteurs '. »

Aujourd'hui qu'on les livre eux et leurs écoles aux gendarmes , aux recteurs d'académie , et aux procureurs du Roi , on pourroit trouver peut-être assez de ressemblance entre leur position et celle où , selon le raisonneur officiel j ils n aboient de compte à rendre à personne.

Mais nous lui demanderons comment l'Église qui avoit primitivement une constitution indépendante des lois politiques , a pu perdre cette constitution , et devenir ensuite dépendante des lois politiques. Cette constitution primordiale , de qui la tenoit-eîle , si ce n'est de son Chef , de

^ Messager des Chambres du 2 juillet 1828.

Jësus-Christ ? Il faudra donc dire que les hommes ont le droit de renverser ce, que Jésus-Cbrist a établi , et qu'en fondant une société immuable , éternelle , il Ta livrée au hasard des temps , aux caprices de César et de ses ministres ? Si c'est là ce que vous soutenez , vous n'êtes pas catholiques , vous n'êtes pas chrétiens 3 si , effrayés de cette conséquence , vous reconnoissez que la constitution de l'Eglise est invariable , vous renversez la base de votre théorie , et vous vous cc»adamnez vous-même sans retour.

« Dés que le Prince, ajoutez-vous , est de- « venu chrétien , et qu il y a eu communauté « entre la cité et le sanctuaire, les lois ont a protégé le clergé 3 mais à son tour le clergé a a reconnu l'empire des lois. Les codes Théo- <{ dosien et Juslinien le constatent ' ». Lorsque la Religion chrétienne, adoptée par le Prince, est devenue le fondement de l'État, ou , pour parler votre langage , lorsqu'il J a eu communauté entre la cité et le sanc-tuaire y la force publique a sans doute pro-

Ihid.

( 395 ) tegé Tordre spirituel , c'est-à-dire , protégé la société même. Alors , comme toujours , le clergé a reconnu l'empire des lois polititiques et civiles, pourvu qu'elles ne continssent rien d'opposé aux lois divines et ecclésiastiques , sa règle première et inviolable : et voilà pourquoi le législateur a constamment pris soin, même en Orient, malgré le despotisme impérial, de mettre en harmonie les unes et les autres. Voilà ce qu'on voit , et rien de plus, dans les codes Théodosien et Justinien : et quand les empereurs ont rompu cette harmonie nécessaire , l'Église , loin de reconnoître V empire de leurs lois antichrétiennes , a maintenu contre elles inflexiblement la souveraine autorité de sa propre législation.

Enfin, selon la doctrine ministérielle, lorsque l'État est devenu chrétien, le christianisme a changé par cela même de nature ; il a perdu le caractère d'immutabilité, sans lequel il est impossible de le concevoir comme divin 3 l'institution de Jésus-Christ, soumise aux caprices des princes qui ne régnent que par Jésus-Christ , a dû prendre une nouvelle

( ï9^ ) forme , ot FEglisc passer sous la dépendance du pouvoir politique et de ses lois. En effet, dit l'écrivain cliargé d'exprimer les pensées et de défendre les actes de l'adminislration , <^ que les lois puissent se mêler du régime <{ extérieur de l'Église, et dans tout ce qui se <"< produit sous des formes terrestres, c'est une <(. maxime qu'on ne peut désavouer. » Nous vendons tout- à-l'heure 3 écoutons ce qui suit: « Avant nos troubles politiques comme ({ après , les édits des Rois ont réglé les vœux ({ monastiques, 'les éJablissements de main- « morte, les donations ecclésiastiques, Tensei- <{ gneraent des écoles. La souveraineté dont « on reconnoissoit alors la puissance , ne la a reconnoît-on plus aujourd'hui » ? En ce qui tient aux vœux monastiques, l'Etat en régloit les effets civils, et il avoit ce droit. Les établissements de main-morte , les donations ecclésiastiques, ressortissoient aussi , à plusieurs égards, de son autorité; nulle contestation sur ce point , et la souverainelé dont on reconnoissoit alors la puissance , on

» Messager des Chambres du 2 jinlJct i8j8.

( '95) la rcconnoît également aujourd'hui. Il est vrai que les magistrats, en cela comme en tout le reste, outre-passèrent souvent, et de beaucoup, les véritables droits de la souveraineté 3 et alors le clergé opposa constamment ses réclamations aux envahissements de la Puissance civile, devenus intolérables surtout dans les derniers temps de l'ancienne monarchie. Quiconque ne sait pas cela devroit commencer , avant de parler de ces matières , par lire au moins l'histoire du dixhuitième siècle , toute remplie des luttes continuelles des Evéques et des Parlements.

Quant aux édits des Rois qui ont réglé l'enseignement des écoles , avec la meilleure volonté du monde de complaire aux ministres , on est forcé de leur dire que cette assertion a quelque chose de hasardé, et qu'avant d'affirmer si positivement, il est fâcheux qu'ils n'aient pas pris la peine d'ouvrir, je ne dirai pas les Procès-verbaux des Assemblées du Clergé de France, mais les registres du Conseil d'Étal, lis y auroientlu, ù la date du 25 janvier 1680, la déclaration suivante, qui ne prouve pas précisément ce

que leur apologiste vent prouver : « Il est <i manifeste qu'il n'appartient qu'à l'Église de <i prendre connoissance du fait des écoles. « Cet usage a toujours été suivi en France ;... f< aussi les jurisconsultes disent que le soin « des écoles est soumis aux ecclésiastiques ». Que M. Feutrier ait ignoré cela, on s'en étonne peu; il n'est, après tout, qu'évéque: mais M. Portalis de voit le savoir.

Ce que personne jusqu'à présent n'avoit encore su, c'est la maxime qu'on ne peut désai^ouer j que les lois peui^ent se mêler du régime extérieur de V Eglise y et dans tout ce qui se produit sous une foime terrestre, je voudrois bien que l'on m'apprît, ce qui , dans la Religion , ne se produit pas nécessairement sous une forme terrestre. Connoît-on un moyen d'enseigner autrement qu'à l'aide de la parole , et la parole qu'est-ce autre chose qu'ï/A7e forme terrestre de la pensée ? Les décisions dogmatiques des Pontifes et des Conciles, la hiérarchie, les sacrements, le culte tout entier , et , puisqu'on nous oblige de le dire , Dieu lui-même, in visible et présent sur l'autel où s'accomplit le sacrifice chrétien, ne

se produit-il pas sous une forme terrestre ? Et les lois , nous dit-on froidement , pourront se mêler dans tout celajle Prince, parce qu*il a daigné participer à Ja rédemption du Christ , aura pouvoir sur sa doctrine , sur son Église, sur lui-même , sur Dieu! Ce que l'on éprouve n'a d'autre expression que le silence.

Considérez cependant tout ce qu'embrassent les prétentions avouées du Pouvoir civil 3 le régime extérieur de V Eglise y c'està-dire, sa constitution , ses lois , sa discipline, son culte, les vœux monastiques, les ordres religieux, dont il jugera la doctrine et la morale ' , l'enseignement des écoles, l'enseignement même de la Religion, conçu sous sa notion exclusive et propre : et cela

» « Une corporation n'est-elle en rapport qu'avec Dieu ? N'a-t-elle pas aussi des relations sociales ? et ces relations sociales, l'État n'a-t-il pas le dioit d'y inter^ venir pour voir si l'association est légale, si ses dootri nés sont en rapport avec les principes du gouvernement, si elle ne blesse en rien la morale , si par quelque côté que ce soit, elle est ou peut devenir un danger public ». Messager des Chambres du 21 juin 1828,

( >98 ) toujours parce que la Religion doit être iiécessairemeiil dépendante de l'Etat, dès que rÉlat veut bien reconnoître une religion.

<i Qu'est-ce que la Religion de l'État ? « C'est le catholicisme sans doute ; mais ce a sont aussi les règles qui, de temps immémo- <i rial , ont fait loi en France; c'est la Reli- « gion de Rome, on n'en peut disconvenir 3 <{ mais avec les influences et les surveillances « que le pouvoir s'est toujonrs réservées , e est {( la Religion de Louis XIV et de Bossuet.

« Dira-t-on qu'il y a de la tyrannie , du <{ sacrilège, dans ce système d'influences et <{ de surveillances, que l'Etat doit rester in- « différent à l'exercice de la Religion de <i l'État? On n'oseroit. Reconnoître que PE- « tat a droit de se choisir sa religion , et <( c'est le reconnoître en effet , que de s'ap- « puyer sur la disposition politique qui dé- « clare religion de l'Etat tel culte , plutôt « que tel autre; n est-ce pas accorder à TEr « tat le pouvoir d'arracher renseignement <( de cette religion aux mains qui pourroient « la dénaturer ou la corrompre? Le contraire « seroit un véritable vasselage. LEtat se

( >99) « nieLtanl tout entier dans lEglise, au lieu « d'appeler l'Église à lui , perdroit par ce « seul fait sa constitulion primitive , et de « monarchique qu'il ëtoit, se transformeroit « en théocratie \

Nous ne connoissons point la religion de Louis XI F et de Bossuet ^ nous ne connoissons que la Beligion de Jésus-Christ j invariable par son essence, et qu'il n'appartient à nul homme 7 quelle que soit. 3a puissance et son génie , de changer ni do modifier. Cette religion est celle de Rome y on n'en peut disconvenir : donc ou vous l'accepterez telle que Rome la professe et l'enseigne , ou ce ne sera plus la Religion de Jésus-Christ. Si c'est là ce que vous appelez la religion de Louis XIV et de Bossuet , leurs noms sont au moins inutiles icij celui de catholique consacré par le langage de tous les temps et de toutes les nations suflit , et aucun autre ne peut lui êti^ substitué , sans une impiété scandaleuse. Tout ce qui marque une différence, quelque chose de

' Messager des Chambres du 5 juiUel 1828.

( îioo )

divers et de local , altère sa vraie notioii. Qu'importe à la Religion , qu'importe à l'Eglise ce qu'a fait ou pensé un despote dtt dix-septième siècle? Ces influences et ces surt^eillances y tous ces mots ambigus dans lesquels on s'enveloppe ^ que signifient-ils? L'État , sous le rapport religieux , est ou supérieur à l'Kglise , ou indépendant de l'Église j ou soumis à l'Église. Dans le premier cas , il opprime et persécute , dans le second il est étranger au christianisme et à ses lois 5 dans le troisième seul il est catholique ; et il a le droit de choisir entre ces trois positions , comme chaque homme a le droit de choisir entre la foi et l'athéisme , entre l'ordre et le désordre, entre la vertu et le crime; et comme le choix de l'homme ne lui crée aucun pouvoir sur l'objet de sa foi et la règle de ses actions , le choix de rÉtât ne lui crée aucun pouvoir sur la vérité, sur Dieu. Obéir librement n'implique, en aucune manière et à aucun degré , le droit de commander. On osera donc très fort affirmer qu'il j a de la tyrannie ^ du sacrilège ^ daiu Un système d'influences

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e/ de sutveillances qui impliqueroit une autorité quelconque du souverain dans TÉglise et sur TEglise • on osera dire que , s'il ne doit pas rester indiffèrent à Veocer^ cice de la religion de V État y en ce sens qu'il lui doit la protection de sa force , qu'il doit 5 autant qu'il est en lui , maintenir la loi fondamentale de la société , il ne doit pas prétendre intervenir à un autre titre en rien de ce qui touche l'ordre religieux 5 que son pouvoir doit toujours suivre, jamais précéder celui de l'Eglise , bien moins encore \ influencer et le surveiller , car on ne surveille et on n'influence que ce qui dépend de soi en quelque façon. Seconder telle est sa fonction : dominer est son crime.

Lui refusera-t-on cependant le pouvoir d* arracher l'enseignement de cette religion qu'il a choisie , aux mains qui pourroient la dénaturer et la corrompre ? Que ce soit son droit , nous ne le disons pas 3 nous disons que c'est son devoir. Mais entendez comment. L'Eglise parle, elle déclare qu'un enseignement erroné j corrompt , dénature sa doctrine 3 le Prince alors intervient pour donner force au

jugement de l'Église, et rharmonie la plus parfaite subsiste entre les deux Puissances 3 l'une décide, l'autre agit : voilà l'ordre • et cet ordre n'est jamais troublé que lorsque le Prince, s'érigeant en juge de l'Église que son devoir est d'écouter , rejette ses décisions , corrompt et dénature lui-même sa doctrine 3 lorsqu'à la Religion catholique , apostolique , romaine , il veut substituer , par exemple , la religion de Louis ILIV et de Bossuet, Contestez-lui ce droit , refusez de le reconnoitre pour l'arbitre suprême de tout ce qui , dans l'Église , se produit sous des formes terrestres j il se trouvera bien vite des écrivains gagés pour soutenir qu'il peut , à raison même de l'obéissance promise par lui. en devenant chrétien , surveiller y influencer y réformer renseignement de ceux à qui Jésus-Christ a dit : ylllez et enseignez y que le contraire seroit un véritable vasselage ; qu'il est esclave, s'il ne commande pas. « L'État alors se <i mettant tout entier dans l'Eglise , au lieu « d'appeler l'Eglise à lui , perdroit par ce « seul fait sa constitution primitive, et de

« monarchique qu'il étoit se transformeroit <( en théocratie- »

Ici c'est aux peuples à écouter. La doctrine catholique sur les rapports des Puissances spirituelle et temporelle, se réduit à ces deux points : i° Que le Souverain ne possède légitimement aucune autorité sur les esprits et sur les consciences; en d'autres termes , que la vérité et les devoirs sont indépendants de ses pensées et de sa volonté; 2" Qu il existe une Loi de justice immuable, universelle, obligatoire pour lui , comme pour ses sujets , et que cette Loi de justice, fondement de son droit et de la société , TEglise est chargée de la consL^rver, et de la défendre contre les abus de la force , qui tend sans cesse à Fallérer. La Puissance spirituelle exerce ainsi, suivant l'institution de Jésus-Christ, une double fonction 3 elle maintient Tordre , en prescrivant , au nom de Dieu , l'obéissance au Pouvoir qui vient de lui; elle maintient la liberté, en obligeant ce même Pouvoir à régner selon la justice : elle le déclare soumis, sous ee rapport , aux mêmes devoirs que tous les hommes, et du reste libre et indépendant. Ap-

pelez , si cela vous plaît , ce régime une théocratie y les mots ne font rien aux choses: dites que VEtat^ perdant sa constitution primitive ^ cessera d*étre une monarchie : il s'ensuivra seulement qu'une monarchie, pour vous, est un gouvernement, ou qui ne reconnoît aucune loi de justice , ou qui crée à son gré cette loi : et c'est là, en effet, ce qui sort de toutes vos maximes. 11 faut que les peuples le sachent enfin , il faut qu'ils voient à nu le fond de vos doctrines, afin qu'éclairés sur leurs conséquences, et consultant leurs vrais intérêts, leurs droits légitimes, et tout ce qu il y a dans l'âme humaine de sentiments élevés , ils se décident entre l'inexprimable infamie de la servitude dont vous établisez la théorie , et la noble , la sainte liberté que leur offre le catholicisme.

Et remarquez ce principe, que VÊtat ne doit pas se mettre tout entier dans P Église , radis appeler U Eglise à hii^ sous peine de se transformer y par ce seul fait ^ de monarchique quil étoit^ en théocratie. Donc il y aura théocratie toutes les fois que l'Etat reconnoitra pleinement, dans Tordre spiri-

tuel, l'autorité indépendante de rÉglise; toutes les fois qu'elle ne sera pas soumise à son influence , à l'égard de son régime extérieur et de son enseignement ; c'est-à-dire qu'il y aura théocratie toutes les fois que FEglise restera ce que Jésus-Christ l'a faite, ce qu'il lui est impossible de ne pas être toujours , et que vous ne concevez de monarchie qu'avec une Eglise dans laquelle l'JEtat, suivant votre expression, ne se met point tout entier, mais qu'/Z appelle à lui j qu'avec une Eglise circonscrite dès lors dans les limites de l'Etat même et dépendante de ses volontés , de ses sw^i^e illances et de ses influences , avec une église nationale. Cela est-il assez clair, et ce que nous avons dit des maximes qui dirigent l'action du Pouvoir temporel, est-il assez justifié?

En vain l'on essaie d'atténuer, par quelques paroles vagues, ce que ces maximes schismatiques ont de choquant et d'intolérable 3 en vain l'on s'efforce de les déguiser aux yeux des inattentifs , la vérité l'emporte , et le mot fatal échappe , comme nous, le verrons dans un instant. On dit aux simples : « Et nous

« aussi nous connoissons les droits de Tépis- « copat y nous savons tout ce que la relire gion mérite d'honmiages, et les privilèges <( de l'Église gallicane de respect "... Mais <{ en quoi l'exécution des lois du royaume « pourroit-elle blesser les droits de FEglise? (( La Religion est-elle intéressée à ce que <( certaines corporations proscrites par nos « lois , soient chargées de renseignement « public? à ce que, tout en respectant la ju- <{ ridiction épiscopale , les écoles ecclésiasti- « ques soient soumises à quelques-unes des « conditions qui tiennent au droit commun? « L'autorité royale doit-elle tout-à-fait de- <{ meurer étrangère à Texercice d'un pouvoir <( et d'un enseignement qui s'adresse à ses <( sujets ? Se méfieroit-on de sa protection « comme d'une tyrannie importune? Si les a institutions civiles doivent se ressentir de « Finfluence de la Religion de l'État, les ins-

^ Ainsi le minislère a des hommages pour ta Reli ligion, et du respect pour les privilèges de l'Église gallicane. Je soupçonne qu'il pourroit avoir de la considcration pour Dieu, s'il <5loit légalement reconnu.

« litulions religieuses doivent tenir compte a aussi des lois civiles par lesquelles on ré- ^< git la société. S'il y a alliance entre l'Église ({ et TElat, cette alliance crée des droits {( comme elle inipose des obligations com- « munes ' . »

Traduisons en termes clairs cette harangue ministérielle. <^ En quoi l'exécution des lois du royaume, au nom desquelles nous opprimons 5 nous persécutons l'Eglise , pourroitelle blesser les droits de l'Église? La Religion est-elle intéressée a ce que certaines congrégations proscrites par nos lois ' , établies par les lois de l'Eglise avec mission particulière d'enseigner , soient déclarés inhabiles à l'enseignement ? à ce qu'on envahisse respectueusement la juridiction des évêques , leurs droits les plus essentiels, les plus saints , en assujettissant les écoles ecclésiastiques à la puissance séculière? L'autoriié royale doitelle tout à-fait demeurer étrangère à l'exercice

' Messager des Chambres du 19 juin 1828.

* L'assertion est fausse , mais nous la prenons telle qu'elle est donnée.

du Pouvoir spirituel confié par Jésus-Christ aux seuls pontifes , et à l'enseignement religieux qui s'adresse à ses sujets • ou, pour parler nettement , le Roi ne doit-il pas gouverner et enseigner l'Église avec le Pape et les évêques? Comment seroit-il le fils aîné de l'Église , s'il n'en étbit pas le Père et le Chef? Se méfieroit-on de sa protection , qui s'étend jusqu'à se chaîner, pour le soulagement de l'épiscopat , d'enseigner et de gouverner 3 et prendroit-on ce zèle d'enseignement et de gouvernement pour une tyrannie importune ? Si les institutions civiles doivent se ressentir de l'influence de la Religion de l'Etat, les institutions religieuses doivent aussi s'accommoder aux lois civiles anti-chrétiennes , par lesquelles on régit la société. S'il y a alliance entre l'Église et l'État , cette alliance crée à l'État des droits sur l'Église, comme elle impose à l'Église l'obligation de se reconnoître dépendante de l'Etat. »

Qui ne voit , dans ce langage , le système entier de la suprématie civile , la doctrine de Henri VIII , énoncée avec une sorte de précaution timide , pour ne pas armer immédiate-

rneiit contre elle la foi de lous les catholitjiies, et compromettre ainsi les destins du schisme futur ? Mais comme nous l'avons dit, la vérilé se fait jour à travers ces craintes et ces ruses , et Ton avoue expressément, à propos des Ordonnances et pour les justifier, que le Roi a usé, en cette occasion, du droit qu'il possède de régler souverainement ce qui tient à l'essence même de l'autorité spirituelle. « Comme dans notre ancien droit public , « sous la constitution monarchique, le Roi <{ est intervenu pour régler par sa volonté « souveraine ce qui étoit utile et bon pour <{ l'intérêt de l'Eglise de France et de l'Éc{ tat\ »

Après cela qu'ajouter? que reste-t-il à dire? Ecoutez bien, vous qui jusqu'ici vous êtes fait illusion sur les doctrines du gouvernement et sur leurs conséquences ) écoutez et comprenez : Ce qui est utile et bon à V Eglise de France y en fait d'institutions religieuses, d'écoles ecclésiastiques, de vœux monastiques , et de tout ce qui se produit sous une

' Messager des Chambres du 19 juin 1828.

forme terrestre y ce qui est utile et bon , pour repeupler le sanctuaire et assurer la distribution du pain de la parole et des sacrements 3 ce qui est utile et bon, touchant le choix des directeurs et des professeurs charges de former la nouvelle génération sacerdotale, les besoins spirituels des peuples, et le nombre des pasteurs que ces besoins réclament 3 ce qui est utile et bon en matière d'enseignement , en matière de dogmes et de morale : le Roi règle tout , décide tout par sa volonté soui'eraine* Que prétendoit de plus Henri VIII ' , et si ce n'est pas là, dans toute sa rigueur schismatique , la suprématie civile 5 qu'est-ce donc ?

On s'appuie encore , pour l'établir , d'un autre prétexte que le libéralisme, n'a pas manqué de saisir avidement. On dit à l'Eglise : L'Elat vous paie , donc vous devez obéir à l'Etat , recevoir de lui votre discipline , votre régime extérieur ^ vos dogmes même} c'est la condition nécessaire de Talliance qu'il a contractée avec vous. Pliez donc , soumettez-

» Voyez les Pièces justificatives, N" Vï.

VOUS , ou , si vous voulez être libre , rompes le contrat indivisible oii sont stipulés tout ensemble et vos privilèges et votre servitude *.

Avec moins de francliise , le ministère exprime au fond la même pensée : <i Crier, « dit- il , à la persécution de l'Eglise sous « les Bourbons , avec le Roi très chrétien , « avec un banc d'évêques dans la chambre « haute 5 avec les solennités publiques d'un « culte dominant, avec une liste civile des « autels aussi sacrée dans le vote des subsi- <i des que celle de la royauté > il y a hypo- <i crisie et ridicule ' . »

Donc, pourvu qu'on accorde un salaire et des dignités aux ministres de la Religion ^ il y aura hypocrisie et ridicule y toutes les fois qu'on se plaindra que la Religion est persécutée. Nous osons croire pourtant qu'à toute force , les dignités et les salaires peuvent rester et la Religion se perdre. En Angleterre , si je ne me trompe , il existe un banc à'évêques dans la chambre haute , le clergé possède des revenus immenses. Seroit-il possible de

^ Le Globe.

" Messager des Chambres du 19 juin 1828.

demander , sans hypocrisie et sans ridicule , ce qu'est devenu le catholicisme dans cette contrée , et la foi sous l'empire du Déjenseur" de la foi ^. Nous ne voyons pas clairement, puisqu'il faut l'avouer, Fidentité que le ministère paroi t avoir découverte entre le symbole et le budget 3 et s'il n'étoit aussi loin que chacun le sait du ridicule et de l'hypocrisie , nous aurions peine à nous défendre de soupçonner un peu de l'un et de l'autre dans cette bizarre alliance d'idées. Quant au hanccVés^ëques dans la chambre haute ^ la distraction est manifeste; il a voulu dire probablement, des éçêques sur les bancs dans la chambre haute j car il est vrai que le Roi a conféré à plusieurs évêques les honneurs de la pairie , mais cette distinction , purement personnelle et nullement inhérente à leur titre ou à leur siéo[e, ne les constitue en aucune manière, les représentants d'une Eglise reconnue pour un corps de TEtat , et jouissant de droits politiques

* Titre donné par le Pape a Henri VIII, lorsqu'il eut écrit son livre contre Luther , et tjue ses successeurs ont conservé.

comme en Angleterre. Aussi ne pouvons-nous qu'exprimer de nouveau le regret, que les respectables Prélats qui ont subi cette pesante distinction , ne se soient pas dérobés à des faveurs dont le ministère tire aujourd'hui un prétexte d'opprimer l'Eglise', et nous croyons qu'assez honorés par la plénitude du sacerdoce qu'ils ont reçu de Jésus-Christ, ils donneroient un exemple heureux en déposant aux pieds du Roi , les tristes insignes d'une dignité qu'on rend le prix de leur servitude. Un évêque 5 ce nous semble, ne doit accepter de fers que ceux qui firent la sainte joie des confesseurs et consacrèrent les mains des martyrs.

Examinons maintenant le plaidoyer du libéralisme en faveur de l'esclavage religieux. De ce que la Religion catholique , apostolique , romaine , est déclarée religion de l'Etat dans la loi fondamentale , il en conclut que l'État dispose de la religion et gouverne FÉgiise à son gré \ hypothèse absurde et qui aboutit nécessairement à l'athéisme.

Nous disons hypothèse absurde : car la notion même de la Religion catholique ou uni-

verselle , exclut rigoureusement toute dépendance locale ou particulière , comme la notion générale de la Religion exclut toute dépendance d'un pouvoir humain quelconque , sans quoi la Religion ne seroit pas divine , c'est-àdire 5 ne seroit pas une religion. Et c'est pourquoi l'hypothèse libérale renferme ëvi* demmerit l'athéisme , puisqu'elle met le Prince à la place de Dieu, seul légitime législateur de la raison et de la conscience.

De plus , il s'ensuit du principe établi par le libéralisme , que l'Etat ne sauroit reconnoître de religion que celle qu'il se fait lui-même, et qu^ainsi il ne sauroit exister pour les peuples que des religions nationales , imposées par le souverain : maxime athée , et qui voue à une servitude sans remède ce qu'il y a de plus noble dans l'homme , et qui seul l'élève au dessus de la brute , l'intelligence et la conscience même. Lorsqu'on en est là , ilfaudroitpeut-êtr(ï vanter un peu moins son amour pour la liberté.

On va encore chercher contre elle d'autres arguments dans le budget. L'Etat paie l'Église, donc l'Eglise doit obéir à l'Etat. Mais d aboixl qu^esl-ce qiie TEtat ? Le libéralisme trouvera

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t-il bon que le Souverain réponde comme Louis WY yl État c'est moi! Alors tous les droits, sans exception j étant concentrés en lui^ il ne restera hors de lui qu'une masse passive, pri^ vée d'existence propre soit intellectHelIe , soit morale , soit polilique , et née seulement pour se soumettre, avec une aveugle docilité , à tout ce qn^il lui plaira d^ordonner d'elle. Que si TEtat n'est pas uniquement le Souverain , mais encore et principalement la nation pour laquelle le Souverain i qui ne doit être, dit Fénelon, que V homme des lois et V homme de Dieu ^ est établi , la religion de l'Etat , dans cette hypothèse , est la Religion professée par la généralité de la nation , et conséquemment, en France , la Religion catholique , apostolique, romaine , telle que tous les hon> mes l'ont toujours crue , comprise et pratiquée. Or, comme nous l'avons observé déjà, universelle par son essence , elle exclut l'idée même d'une dépendance quelconque du pou voir humain, en tout ce qui est de l'ordre spirituel , c'est-à-dire , en ce qui touche le dogme , la morale , la discipline et la hiérarchie ; on rie sauroit la concevoir sous la notion foudamen-

lalement opposée à sa nature , de religion oh d'église particulière et nationale. Donc soutenir qu*en France la Religion doit dépendre de l'Etat , qu'il a puissance sur elle , c'est , en termes équivalents , soutenir que la généralité de la nation, professant la Religion catholique , apostolique , romaine , doit à cause de cela même, protester qu'elle abjure la Religion catholique , apostolique , romaine , qu'elle est à la fois et n'est pas soumise à son autorité , qu'elle croit et ne croit pas toutensemble. Estce la peine d'élre absurde jusqu'à ce monstrueux excès , pour ne créer que la servitude ? Que si Ton prétend que la nation françoise n'entend pas en ce sens la Religion catholique, apostolique, romaine, je demanderai comment il se peut qu'elle l'entende autrement qu'elle n'est et qu'elle ne fut toujours enseignée? Je demanderai que Ton m'explique ce que seroit une religion catholique, apostolique, romaine, que repousseroit le Pontife de Rome, les successeurs des apôtres, le corps des pasteurs, et dont chaque souverain déiermineroit exclusivement, pour ses Etats, la doctrine et la discipline ?

La vérité, et on le sait bien, est que les Fiançoisi sont catholiques, comme on Test dans le monde entier, de Tunique manière qu'on puisse Tétre : le contraire est non seulement faux, mais implique contradiction.il existe parmi eux quelques juifs , six à sept cent mille protestants^ le reste professe extérieurement le vrai christianisme , et si un certain nombre d'hommes ont renoncé à la foi de leurs pères, pour vivre sans croyances et sans règle, vingt-cinq millions d'autres Font conservée et veulent la transmettre à leurs enfants. Ces vingt-cinq millions de chrétiens ont bien aussi des droits, je pense. A quel titre viendroit-on les en dépouiller ? à quel titre oseroit-on leur ravir ce qu'ils ont de plus cher , opprimer leur conscience , et mettre pour eux la loi humaine ou la tyrannie de quelques fanatiques d'impiété à la place de la Loi de Dieu ? Nous payons le clergé, répète-t-on encore. Non, vous ne le payez pas, vous acquittez en partie la dette légalement reconnue en sa faveur, la dette contractée envers lui, lorsqu'on le spolia de ses propriétés légitimes. Non , vous ne le payez pas, vous régularisez la

perception et la distribution de ce que paient volontairement vingt-cinq millions de catholiques, pour la conservation du culte que Dieu leur commande de perpétuer, et dont la charte même leur garantit le libre exercice. Ils savent peut-eLre qu il faut un autel pour célébrer les sacrés mystères , et un morceau de pain pour leurs pasteurs. Parce que Jésus-Christ vous est en haine, ne tourmentez pas ceux qui Tadorent. François comme vous, ne sont-ils pas, sans nulle comparaison, plus nombreux que vous? Ne les en faites pas souvenir. Ils vous plaignent J^a^o/r/?erJi/ le bien de V intelligence ' , mais ils ne vous persécutent point. Accordez à leur foi le repos qu'ils accordent à voire incrédulité. Leur tête ne se courbera sous aucun joug , ni surtout sous le vôtre 3 ils en ont brisé de moins pesants. Craiguez , je le dis avec un désir, avec un amour ardent de la paix , craignez de tenter leur patience : il y a , plus que vous ne pensez , il y a de la force là où est Dieu.

î Yederai le genti dolorose Ch' hanuo peiduto il ben dell' intellcto. Dan le , Infer. Cant. III.

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